Michel Polnareff, né le à Nérac (Lot-et-Garonne), est un auteur-compositeur-interprète français.
Pianiste et mélodiste pop, surnommé « L'Amiral », il est le compositeur et l'interprète de nombreux succès populaires, comme : Love Me, Please Love Me, La Poupée qui fait non, Le Bal des Laze, Tout, tout pour ma chérie, Je suis un homme, On ira tous au paradis, Lettre à France ou encore Goodbye Marylou.
Biographie et carrière De l'enfant au jeune adulte Michel Polnareff est le fils de Leib Polnareff (1899-1988), pianiste et compositeur de variété Français juif d'origine ukrainienne, né à Odessa et réfugié à Paris en 1929, et de Simonne Lane (1912-1973), danseuse originaire de Lennon (Finistère) dont l'ascendance a des attaches à Port-Launay et à Loctudy.. Sa tante, Kila Polnareff, est pianiste, et l'époux de celle-ci, Boris Vinitsky, photographe ; ils sont morts tous deux en déportation à Auschwitz.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Leib est résistant dans le département de Lot-et-Garonne. Les Polnareff obtiennent des faux papiers grâce à Raymond Pichon, commissaire de police, et Odile Perella, employée de la mairie de Nérac..
Michel Polnareff passe son enfance dans un univers musical. Son père est un compositeur qui a écrit des chansons pour Édith Piaf (La Java en mineur, Partance...), Mouloudji ou Yves Montand (Léo Poll fait les arrangements français de la chanson Le Galérien d'après une mélodie populaire russe du début du ).. Sa mère Simonne Lane est danseuse de jazz moderne et acrobatique et de claquettes. Dans l'appartement familial du 24 rue Oberkampf à Paris., Leib Polnareff impose d'écouter uniquement de la musique classique et met son fils au piano dès l'âge de quatre ans.
vignette|gauche|Michel Polnareff en 1967. Leib Polnareff inscrit très tôt son fils au Conservatoire de musique de Paris et parallèlement au cours Hattemer.
Michel Polnareff reçoit à douze ans le premier prix de solfège du Conservatoire mais garde un très mauvais souvenir de son parcours scolaire et de son apprentissage de la musique, témoignant dans son autobiographie et ses interviews que son père lui donne des gifles et des coups de ceinturon, lorsqu'il ne respecte pas les consignes ou fait des fausses notes. Le but du jeune garçon est d'être : rêvant d'Amérique et du rock, il ne sera pas pianiste classique.
En 1957, à l'âge de , il se familiarise avec la langue anglaise lors d'un séjour linguistique dans le Dorset. En 1961, il échoue au baccalauréat littéraire, redouble et obtient son diplôme avant d'effectuer sept mois de service militaire à Épinal, puis à Montluçon, où il tient la grosse caisse de l'orchestre..
À vingt ans, il quitte le cocon familial qu'il juge étouffant, multiplie les petits boulots. Après avoir été employé aux écritures dans une banque, vendeur de cartes postales pour les aveugles ou démarcheur à domicile pour des assurances, il fait la manche sur les marches du Sacré-Cœur avec une guitare achetée avec ses économies. Il est beatnik et pacifiste ; il reprend les standards rock. Ses premières notes personnelles sont celles de La Poupée qui fait non.
Débuts retentissants (1966-1970) Le , repéré par André Pousse, il remporte un concours de rock organisé par le magazine Disco Revue au club La Locomotive. Le premier prix est un contrat avec Barclay, que Polnareff refuse, par peur d'être formaté.
Gérard Woog, un ami d’enfance, le présente à Lucien Morisse, patron d'Europe 1 et futur manager. Michel signe avec la maison Disc AZ de Morisse, à condition d'enregistrer à Londres avec Jimmy Page à la guitare et John Paul Jones à la basse (futurs Led Zeppelin), ce que Disc AZ accepte. La Poupée qui fait non sort le . C'est un triomphe.
Les musiques de Polnareff s'inspirent de styles anglo-américains, suivent parfois une ligne néoclassique (telle Âme câline). L'artiste affiche un look androgyne qui ne cesse d’évoluer, et écrit des textes prônant la liberté sexuelle. La presse le considère comme un symbole de la décadence de la jeunesse, à cause de son apparence jugée efféminée (point commun avec David Bowie) et de ses textes qui choquent. L'Amour avec toi fait l'objet d'une plainte pour pornographie de la part de l'évêché de Paris et est interdite d'antenne avant ..
Michel Polnareff cumule les succès, de la complainte Love Me, Please Love Me (Rose d'or au festival d'Antibes, au Brésil.) au romantique Bal des Laze en passant par l’existentiel Sous quelle étoile suis-je né ? ou encore l’électrique et revanchard Roi des fourmis.
vignette|Polnareff en pleine prestation en 1967. Le , il monte pour la première fois sur la scène de l'Olympia, en première partie des Beach Boys dans le cadre de Musicorama. Il y chante cinq titres.
Du 5 au il y revient, en première partie de Dalida. Ses bons disques se suivent : Dans la maison vide ou Tous les bateaux, tous les oiseaux. En 1968 paraît le second album, Le bal des Laze.
Apogée (1970-1973) En 1970, Michel Polnareff est cette fois-ci la vedette à l'Olympia, et continue par une tournée. Sur scène, il innove : mi-concert, mi-spectacle, les musiciens sont installés sur une scène verticale et des automates envahissent la scène. Il réplique à toutes les critiques sur son apparence et son mode de vie avec la chanson Je suis un homme. En mai, il est agressé sur scène lors d'un concert à Périgueux, il annule alors les autres dates de la tournée dont un concert symphonique au Palais des Sports.
Cette agression, la mort en de Lucien Morisse, qui l'a lancé, ainsi qu'une crise sentimentale, le plongent dans la dépression.
En 1971, Michel Polnareff refait surface avec une tournée et, à l'automne (du au ), accompagne gracieusement aux claviers Johnny Hallyday durant le spectacle de ce dernier au Palais des SportsMichel Polnareff a lui-même proposé à Johnny Hallyday de jouer avec lui sur scène, sans rémunération, simplement pour le plaisir. De cette collaboration il dira : « Cela me plaisait de jouer avec lui. Johnny a été le seul, avant moi, à tenter de renouveler le tour de chant traditionnel. Depuis, presque tout le monde semble avoir compris qu'un chanteur derrière un micro, c'est du passé ! » Quant à Johnny Hallyday il déclarera : « Michel Polnareff a été critiqué lorsqu'il m'a accompagné. Des gens ont dit : cela ne doit plus marcher pour lui s'il joue le musicien pour Hallyday. Cela n'a pas été fait dans ce but là. En Angleterre, en Amérique c'est courant [...], nous avons voulu faire la même chose. Michel est venu prendre son pied tous les soirs sur scène avec moi. » Source : .Frédéric Quinonero, Johnny live 50 ans de scènes, 2012, Éditions l'Archipel, pages 159, 160, 161, 162, citation : « [...]Michel Polnareff officie au claviers, jouant successivement du piano, de l'orgue, du clavecin. »https://www.hallyday.com/Son/Tournee/1971.html / consulté le ..
C'est lors de ces représentations qu'il arbore son nouveau look : il porte désormais des lunettes à verres foncés aux larges montures blanches, créées par l'opticien Pierre MarlyPierre Marly (1915-2015), La Gazette Drouot, , du , page 138., qui cachent sa forte myopie et protègent ses yeux fragilesÉmission "Un jour, un destin" du 30/12/2008 sur France 2., ses longs cheveux sont blondis et ondulés. Il ne change plus guère de style.
À propos de son allure, le journaliste Bertrand Dicale indique dans l'émission Un jour, un destin (sur France 2 en ) : « Il radicalise tout ce qu'on lui reproche ». Quant au photographe Jean-Marie Périer, il commente : « Il fabrique un autre, et se cache derrière »Quotidien belge "Le Soir" du 30/12/2008, page 29.. Polnareff a une autre explicationÉmission À bout portant, 1972. : « Quand je me vois dans la glace, je corresponds à ce que je voudrais être. Le jour où je n’y correspondrai plus, je me tirerai une balle dans la tête, probablement. »
La même année, il compose la bande originale du film Ça n'arrive qu'aux autres de Nadine Trintignant, puis celle du film à succès La Folie des grandeurs de Gérard Oury, avec Louis de Funès et Yves Montand.
À l'affût des nouveautés, Polnareff utilise des synthétiseurs comme le Minimoog sur l’instrumental Computer’s dream. L'album mêle jazz (Né dans un ice cream), pop (Le désert n’est plus en Afrique) et soul (Hey you woman). Mais Polnareff ne peut en assurer la promotion : victime d'une seconde dépression nerveuse en , il fait une cure de sommeil dans un hôpital de la région parisienne.
En 1972, paraissent La Mouche, Holidays et On ira tous au paradis. C'est aussi l'année du concert Polnarévolution à l'Olympia. Les de ce concert font scandale lorsqu'elles sont placardées le dans la capitale : Polnareff, travesti, y montre ses fesses nuesAffiche Polnarévolution signée de son photographe attitré Tony Frank : Polnareff chapeau de mariée sur la tête, tunique blanche à la David Hamilton retroussée, se retourne pour dévoiler ses fesses dénudées.. Le tribunal correctionnel le condamne à Soit pour chacune des posées. d'amende pour attentat à la pudeur.
Le concert Polnarévolution est une innovation : il est le premier concert français à bénéficier du son 5.1. Les costumes sont dessinés par Paco Rabanne, les musiciens — les Dynastie Crisis — sont vêtus de collants noirs et d'un haut en plastique, Polnareff est couvert de paillettes argentées. Les instruments de musique sont fabriqués en plexiglasPhoto du concert.. Au début du concert, une fille du Crazy Horse déguisée en Polnareff arrive de dos et baisse son pantalon en référence à l’affiche.
En , Michel Polnareff crée Polnarêve, un spectacle de nouvelles chansons. Mal préparé et fort de son succès à l'Olympia au printemps 1973, il revient six mois plus tard avec des chansons inédites qui constituent un show inabouti et bancal qu'il doit amender dès la première.
Drames personnels (1973) En 1973, de retour d'une tournée internationale, Polnareff découvre durant l'été que son déficit bancaire se calcule en millions de francs ; son homme de confiance Bernard Seneau (mort début 2015.) l'a escroqué : avec l'argent de l'artiste, il a loué un logement et une voiture à celui-ci, sans les lui acheter (alors que Polnareff se croyait propriétaire), puis est parti avec son argent, sans avoir payé les impôts du chanteur. Le chanteur est non seulement ruiné, mais débiteur d'une énorme dette fiscale, il faudra des années pour que ses avocats prouvent sa non-complicité dans cet impayé d'un million de francsSomme citée par "Le Monde" du .. Sa mère meurt la même année.
À la suite de ces événements Polnareff tombe une nouvelle fois en dépression et refait une cure de sommeil. Le il s'exile. aux États-Unis. D'après l'émission Un jour, un , les secrets d'un exil, il voyage par bateau par peur de l'avion. Plus tard, il tente de s'acheter une camionnette blindée et une arme auprès de Christophe Rocancourt, escroc qui extorqua quelque deux cent cinquante mille dollars à la vedette. et qui, dans l'émission en question, émet l'hypothèse que : « Michel Polnareff est un parano, un peu obsédé par les armes. ».
Avant de partir, Polnareff travaille sur l'album Michel Polnareff, mixé et distribué après le départ de l'artiste pour les États-Unis. Il ne comporte pas d'indication sur la pochette ; il contient le mélancolique Homme qui pleurait des larmes de verre écrit avec le parolier Pierre Grosz qui, à part un morceau signé Jean-Loup Dabadie, est le coauteur de tous les titres. L'arrangeur fétiche de Serge Gainsbourg, Jean-Claude Vannier, est de la partie et semble s'être chargé des mixages.
Exil américain (1973-1977) À son arrivée aux États-Unis, Polnareff passe trois mois à New York, il s'installe ensuite à Los Angeles et signe avec le label Atlantic qui sort son dernier disque français. En 1974, Michel Polnareff est salué par le groupe Il était une fois avec « Polnarevient » ; Serge Koolenn et Richard Dewitte avaient été musiciens du chanteur.