William Speirs Bruce, né à Londres le et mort à Édimbourg le , est un océanographe britannique, spécialiste des pôles.

Il abandonne ses études de médecine pour se joindre à la Dundee Whaling Expedition comme assistant scientifique. Cette expédition se prolonge par des voyages en Arctique. En 1899, Bruce postule pour un poste scientifique dans l'expédition Discovery mais la confirmation tardive de cette nomination et les différences de vue avec le président de la Royal Geographical Society, Clements Markham, le conduisent à organiser sa propre expédition aux îles Orcades du Sud et en mer de Weddell sous le nom de Scottish National Antarctic Expedition (SNAE) : l'expédition Scotia (1902-1904). Bruce est le fondateur du Laboratoire océanographique écossais et est à l'origine de l'idée de la marche transcontinentale de l'Antarctique via le pôle Sud qui est, faute de moyens pour qu'il la réalise lui-même, mise en œuvre par Ernest Shackleton lors de l'expédition Endurance (1914-1917). Également spécialiste du Svalbard, il reçoit divers prix pour ses travaux polaires mais ne sera jamais considéré à sa juste valeur, notamment par la Royal Geographical Society.

Ses difficultés de reconnaissance sont généralement attribuées à sa déficience en matière de relations publiques, à son penchant à se faire des ennemis puissants et à son fervent nationalisme écossais. À sa mort, il est totalement oublié et redécouvert notamment à la suite du centenaire de l'expédition Scotia. Depuis, des efforts sont faits pour revaloriser son rôle dans l'histoire scientifique de l'exploration polaire.

Biographie Enfance et études

William Speirs Bruce naît le à Kensington Gardens Square à Londres.. Quatrième enfant de Samuel Noble Bruce, un médecin écossais, et de son épouse galloise Marie (née Lloyd), son deuxième prénom vient d'une autre branche de l'arbre généalogique de la famille. L'orthographe inhabituelle de ce second prénom le distingue du plus commun « Spiers » et a provoqué des difficultés répétées pour les journalistes et les biographes..

William passe sa petite enfance dans la maison familiale de Londres, au 18 Royal Crescent, Holland Park, sous la tutelle de son grand-père, le Révérend William Bruce. Il fait des visites régulières aux Kensington Gardens et parfois au Muséum d'histoire naturelle. Ces sorties développent l'intérêt du jeune William pour la selon Samuel Bruce..

En 1879, à l'âge de , William est placé en pensionnat dans la Norfolk County School, l'école du village de North Elmham dans le comté de Norfolk. Il y reste jusqu'en 1885, puis passe deux années à l'University College School de Hampstead afin de préparer l'examen d'entrée de l'University College de Londres, une école de médecine réputée. Il réussit à la troisième tentative et est prêt à commencer ses études de médecine à l'automne 1887.

Édimbourg

Au cours des vacances de l'été 1887, Bruce prend une décision essentielle pour sa carrière, il voyage vers le nord jusqu'à Édimbourg pour assister à des cours de sciences naturelles : durant six semaines, dans une station océanographique écossaise située à Granton sur le Firth of Forth, Bruce suit des cours pratiques de botanique et de zoologie sous la direction de Patrick Geddes et de John Arthur Thomson..

À la suite de cette expérience et de la rencontre de certains de ses contemporains les plus en avance en sciences naturelles, Bruce est résolu à rester en Écosse. Aussi, abandonne-t-il sa place à l'University College de Londres pour s'inscrire dans l'école de médecine de l'université d'Édimbourg.. Cela lui permet de maintenir le contact avec ses mentors et lui donne l'occasion de travailler pendant son temps libre aux laboratoires d'Édimbourg où les spécimens ramenés de l'expédition du Challenger sont examinés et classés. Là, il travaille sous la direction de John Murray et de son assistant , et acquiert une compréhension plus profonde de l'océanographie et une expérience essentielle des principes de la recherche scientifique.

Premiers voyages polaires Dundee Whaling Expedition

vignette|Tailles comparées d'une espèce du genre Eubalaena et de l'homme.|alt=Schéma représentant une baleine et un plongeur humain.

La Dundee Whaling Expedition (1892-1893) est une prospection touchant le potentiel de la chasse à la baleine dans les eaux antarctiques en localisant une zone de passage réguliers de groupes de baleines.. Des observations scientifiques et des recherches océanographiques sont également effectuées à bord des quatre baleiniers : le Balaena, l’Active, le Diana et le Polar Star.. Bruce est recommandé par Hugh Robert Mill, une relation de Granton qui était devenu bibliothécaire à la Royal Geographical Society de Londres. Bien que cela implique une réduction de la durée de ses études de médecineEn fait, Bruce ne reprendra jamais ses études de médecine et ne fut jamais médecin. Le titre de Doctor qu'il obtient plus tard est un Doctor of Letters (Litt. D.) honoris causa., Bruce n'hésite pas et prend ses fonctions sur le BalaenaPaul-Émile Victor, Les Explorations polaires, tome IV de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, sous la direction du capitaine Alexander Fairweather. Les quatre navires quittent Dundee le ..

L'expédition est relativement courte et Bruce est de retour en Écosse en 1893.. Elle a échoué dans son principal objectif et a eu peu de profit scientifique. Aucune baleine du genre Eubalaena n'est trouvée et, afin de réduire le déficit de l'expédition, un abattage massif de phoques est ordonné, pour ramener les peaux et la graisse. Bruce n'apprécie pas cela, d'autant plus qu'il était prévu qu'il participe à la mise à mort.. Les travaux scientifiques du voyage sont qualifiés, selon les mots de Bruce, de Lettre à Hugh Robert Mill du 31 mai 1893 .. Dans une lettre adressée à la Royal Geographical Society, il écrit : Lettre aux secrétaires de la Royal Geographical Society .. Bruce se voit refuser l'accès aux données, de sorte qu'il n'est pas en mesure d'établir l'emplacement exact du massacre. Il est obligé de travailler alors qu'il aurait dû faire des études météorologiques et d'autres observations, et aucune installation ne lui est autorisée pour la préparation des spécimens biologiques, dont beaucoup seront perdus par la négligence de l'équipage. Néanmoins, il écrit à la fin de sa lettre à la Royal Geographical Society : . Dans une autre lettre à Mill, il souligne sa volonté d'aller de nouveau au Sud, en ajoutant : Lettre à Hugh Robert Mill de juin 1893 ..

Dans les mois suivants, il fait des propositions pour une expédition scientifique vers la Géorgie du Sud, mais la Royal Geographical Society n'appuie pas ses plans.. Début 1896, il examine une collaboration avec les Norvégiens, Henryk Bull et Carsten Borchgrevink pour tenter d'atteindre le pôle Sud magnétique, mais cela aussi ne s'est pas concrétisé.

Expédition Jackson-Harmsworth

thumb|upright=0.5|left|Fridtjof Nansen, explorateur polaire et prix Nobel de la paix|alt=Photographie noir et blanc d'un homme moustachu.

De à , Bruce travaille à la station météorologique du sommet de Ben Nevis, où il acquiert davantage d'expérience dans les méthodes scientifiques et dans l'emploi des différents instruments météorologiques.. En , de nouveau sur la recommandation de Mill, il quitte ce poste pour rejoindre l'expédition Jackson-Harmsworth, alors dans sa troisième année dans l'Arctique, sur l'archipel François-Joseph.. Cette expédition, dirigée par Frederick George Jackson et financée par le magnat de la presse Alfred Harmsworth, avait quitté Londres en 1894. Les membres de l'expédition réalisent une étude détaillée de l'archipel qui avait été découvert, mais incorrectement cartographié, au cours d'une expédition autrichienne vingt ans plus tôt.. L'équipe de l'expédition Jackson-Harmsworth est basée au cap Flora sur l'île Northbrook, l'île la plus méridionale. Les ravitaillements sont réalisés par des visites régulières du navire de l'expédition, le Windward, sur lequel Bruce navigue depuis Londres le .

Le Windward arrive le au cap Flora où Bruce trouve de façon inattendue, en plus des membres de l'équipe Jackson-Harmsworth, Fridtjof Nansen et son coéquipier Hjalmar Johansen. Les deux Norvégiens ont vécu sur la glace pendant plus d'un an depuis le départ de leur navire, le Fram, pour une tentative vers le pôle Nord et c'est par pure coïncidence qu'ils sont amenés au seul lieu habité à des milliers de kilomètres. Bruce mentionne la réunion avec Nansen dans une lettre adressée à Mill.. Sa rencontre avec le célèbre Norvégien sera à l'origine de divers conseils et encouragements..

Au cours de son année au cap Flora, Bruce recueille près de zoologiques, souvent dans des conditions très difficiles. Selon Jackson : .. Jackson nomme le cap Bruce en son honneur, à la limite nord de l'île Northbrook, à 55' N.. Jackson est moins satisfait du sentiment de propriété de Bruce envers ses spécimens qu'il refuse de confier au British Museum avec les autres trouvailles de l'expédition. Cette et le manque de tact dans les relations humaines, sont à l'époque les premières manifestations du caractère qui lui sera reproché plus tard au cours de sa vie.

Autres voyages en Arctique thumb|upright=0.7|Le Prince Albert de Monaco à bord du Princesse Alice avec un cétacé dépecé.|alt=Photographie d'un pont de navire où divers personnes regardent un cétacé dépecé.

À son retour de l'archipel François-Joseph, Bruce travaille à Édimbourg en qualité d'assistant de son ancien mentor John Arthur Thomson et reprend ses fonctions à l'observatoire du Ben Nevis. En , il reçoit une offre pour se joindre au major Andrew Coats pour un safari dans les eaux arctiques autour de la Nouvelle-Zemble et du Svalbard dans le yacht privé, le Blencathra. Cette proposition est d'abord faite à Hugh Robert Mill, mais celui-ci n'obtenant pas d'autorisation de la Royal Geographical Society, propose à nouveau Bruce pour le remplacer..

Andrew Coats est membre de la prospère famille de baronnets Coats, propriétaire de filatures textile, qui a fondé l'observatoire Coats de Paisley.L'association entre Bruce et cette famille sera très bénéfique, notamment en raison de leur soutien financier pour sa principale expédition en Antarctique entreprise quelques années plus tard.. Bruce rejoint le Blencathra à Tromsø en Norvège en , pour une exploration de la mer de Barents, la Nouvelle-Zemble et l'île de Kolgouïev, avant un retour à Vardø dans le nord-est de la Norvège pour un ravitaillement avant le voyage au Svalbard.. Dans une lettre à Mill, Bruce déclare : . Cependant, son travail scientifique est effectué sans relâche : ..

Le Blencathra navigue vers le Svalbard, mais bloqué par le pack, il retourne à Tromsø. Il y rencontre le navire de recherche Princesse Alice, conçu pour le prince Albert de Monaco, l'un des principaux océanographes de l'époque. Bruce est ravi de l'invitation du prince à se joindre à lui à bord de la Princesse Alice pour un relevé hydrographique autour du Svalbard. Le navire navigue jusqu'à la côte ouest du Spitzberg, l'île principale, et visite Adventfjorden et Smeerenburg plus au nord. Au cours des dernières étapes du voyage, Bruce est chargé des relevés des observations scientifiques..

L'été suivant, Bruce est invité à se joindre au prince Albert sur une autre croisière océanographique au Svalbard. À Raudfjorden (latitude N), Bruce gravit le sommet le plus élevé de la région, que le Prince baptise « Ben Nevis » en son honneur.. Lorsque la Princesse Alice s'échoue sur un rocher submergé, le Prince Albert charge Bruce de préparer un camp pour hiverner, avec la conviction que le navire ne pourrait pas repartir. Heureusement, il est dégagé et peut rentrer à Tromsø pour des réparations.

Mariage et vie de famille