Joseph Moscati (Bénévent le – Naples le ), ou Giuseppe Moscati, est un médecin italien et un saint de l'Église catholique romaine. Il est fêté le .
Enfance thumb|right|upright=0.6|Joseph Moscati enfant. La famille Moscati est originaire de Santa Lucia di Serino, près d'Avellino. François Moscati, père de Joseph (Giuseppe), naquit en 1836 dans cette ville, et exerça la profession de magistrat après sa maîtrise de droit. Il fut juge dans le tribunal de Cassino, président du tribunal de Bénévent, puis conseiller à la Cour d'appel, d'abord à Ancône et ensuite à Naples, où il mourut le . Il fut l'époux de Rosa de Luca, union de laquelle sont nés neuf enfants.
Joseph Moscati nait à Bénévent le (dans la cathédrale de Bénévent, dans la chapelle du Saint-Sacrement, on peut voir la statue de marbre de saint Joseph Moscati, œuvre de P. Mazzei de Pietrasanta). Il est baptisé six jours après la naissance, le , fait sa première communion le et reçoit le sacrement de confirmation par Pasquale De Siena le .
Les études Joseph Moscati entre au lycée classique Vittorio Emanuele de Naples en 1889. Élève du volcanologue Giuseppe Mercalli, il obtient son baccalauréat avec mention en 1897. Ému par l'un de ses frères, Alberto, accidenté lors d'une chute de cheval, il décide de s'en occuper. Celui-ci est sujet à des crises d'épilepsie s'accompagnant de convulsions fréquentes et violentes. Expérience éprouvante et décisive, vocation initiale pour la médecine, quoi qu'il en soit, il décide de se mettre au service des maladesLa Croix, « Saint Joseph Moscati, médecin chrétien », 7-9 avril 2012., et s'inscrit à la faculté de médecine. Il soutient une thèse sur l'uréogénèse hépatique le , et obtient son doctorat en médecine avec les félicitations du jury et autorisation de publier.
Ses activités médicales professionnelles Il commence aussitôt à exercer comme médecin et, après avoir réussi plusieurs concours, devient d'abord assistant puis professeur d'université. Joseph Moscati réussit d'abord le concours de collaborateur extraordinaire auprès de l'hôpital des Incurables en 1903, puis celui d'assistant à l'Institut de chimie physiologique en 1908.
Il se distingue pour son travail et son dévouement pendant l'éruption du Vésuve du . Les Hôpitaux réunis de Naples avaient une succursale à Torre del Greco, une petite ville près de Naples, à six km du cratère, où vivaient beaucoup de malades paralytiques et vieux. Moscati, en pressentant le danger, fait évacuer l'hôpital juste avant l'écroulement du toit et sauve tous les hospitalisés. Deux jours plus tard, il envoie une lettre au directeur général des Hôpitaux réunis de Naples, proposant de gratifier les personnes qui l'avaient aidé, insistant pour qu'on ne cite pas son nom.
Durant ces années, sa vie est marquée par des deuils familiaux : à la disparition de son père s’ajoute la perte de son très cher frère Alberto, après dix longues années de souffrances endurées grâce aux soins attentionnés de Joseph qui, probablement, a mûri sa vocation à travers cette expérience. Dans ce contexte, le jeune Moscati fait l’expérience des limites de la science médicale et, à l’inverse, de l’infaillibilité et du réconfort de la foi en Dieu à travers l’exercice de la charité, qui sera le fil conducteur de toute son existence Giuseppe Moscati: l’Amore che guarisce !, Maria Giordano, Famiglia del Cuore Immacolato di Maria (11/2022)..
À la suite de l'épidémie de choléra de 1911, il est appelé par le ministère au laboratoire de l'Inspection de la santé publique, pour faire des recherches sur l'origine du mal et les moyens les plus efficaces pour le vaincre. Il termine son étude rapidement, et présente une relation sur les interventions nécessaires pour assainir la ville ; à sa grande satisfaction, il voit la réalisation de beaucoup de ses propositions.
Toujours en 1911, à 31 ans, le docteur Moscati est reçu au concours de collaborateur ordinaire aux Hôpitaux réunis et cette même année, sur l'initiative d'Antonio Cardarelli, l'Académie royale de médecine chirurgicale le nomme membre agrégé tandis que le ministère de l'Instruction publique lui attribue le doctorat en chimie physiologique.
Outre son intense travail entre l'université et l'hôpital, le professeur Moscati assure aussi la direction de l'Institut d'anatomo-pathologie. Dans la salle d'autopsie, il a l’idée de faire accrocher un crucifix avec l'inscription : « Ero mors tua, o mors » (Osée 13,14: « Ô mort, je serai ta mort »).
Sa mère meurt le , du diabète ; quelques années plus tard, il est l'un des premiers médecins à Naples, à expérimenter l'insuline et à enseigner à un groupe de médecins les modalités du traitement du diabète. L'insuline est expérimentée sur les humains pour la première fois en .
Pendant la Première Guerre mondiale, Joseph Moscati fait une demande d'enrôlement volontaire, qui n'est pas acceptée. Les autorités militaires préférant lui confier les soins aux blessés. L'hôpital des Incurables est militarisé. Il visite et soigne environ militaires.
Le conseil d'administration de l'hôpital des Incurables le nomme officiellement directeur de la salle masculine en 1919 tandis qu'il continue à enseigner à un grand nombre d'étudiants.
Le , le ministère de l'Instruction publique lui attribue la libera docenza (titre académique italien permettant d'enseigner à titre privé dans les universités et les autres instituts supérieurs) en médecine clinique. Trois jours après Moscati écrit :
« Aime la vérité, montre la personne que tu es, sans feinte et sans peur, sans aucun ménagement. Et si la Vérité te vaut la persécution, toi, accepte-la, si elle t'apporte le tourment, toi, supporte-le. Et si pour la Vérité, il te fallait sacrifier toi-même et ta vie, sois fort dans le sacrifice ».
Sa mort thumb|Plaque commémorative à Naples. Le , un mardi saint, le professeur Moscati, après avoir participé à la messe, comme chaque jour, et reçu la communion, passe la matinée à l'hôpital, puis il rentre chez lui et après le repas, s'occupe comme d'habitude des patients venus le consulter à son domicile.
Vers 15 h, il a un malaise et s'assoit dans son fauteuil, où il s'éteint sereinement. Il avait 46 ans et 8 mois.
Son corps est enseveli au cimetière de Poggioreale. Trois ans plus tard, le , sur l'insistance de plusieurs personnalités du clergé et du laïcat, l'archevêque de Naples, le cardinal Alessio Ascalesi, permet la translation de son corps du cimetière à l'église du Gesù Nuovo, au milieu d'une double haie de personnes. Son corps est déposé dans une salle derrière l'autel de Saint François Xavier et aujourd'hui une pierre en marbre, à droite de cet autel, le rappelle encore.
Béatification et canonisation thumb|left|Châsse de Joseph Moscati dans l'église du Gesù Nuovo de Naples. La grande considération qui déjà entourait Joseph Moscati pendant sa vie s'accroit après sa mort dans la population de Naples à laquelle il s'était dévoué toute sa vie. Deux guérisons miraculeuses lui sont attribuées Les miracles de saint Joseph Moscati, médecin du corps et de l'âme, Editrice Shalom.. Le , le pape Paul VI proclame Joseph Moscati bienheureux, au cours d'une célébration solennelle à Saint-Pierre de Rome. En 1977, deux ans après la béatification, on recompose le squelette de Moscati et on le dépose dans une châsse en bronze, réalisée par Amédée Garufi placée sous l'autel de la Visitation.
En vue de la canonisation, l'Église catholique examine le cas de la guérison miraculeuse du jeune leucémique Joseph (Giuseppe) Montefusco en 1979. Le dossier est soumis à la Congrégation pour les causes des Saints, qui promulgue le décret sur le miracle le 27 mars 1987, confirmant « la nature de la guérison — relativement rapide, complète et durable — comme inexplicable au regard des connaissances médicales » Esame del miracolo, San Giuseppe Moscati : il Medico Santo di Napoli, de gesuiti.it. Le pape Jean-Paul II décide de canoniser Moscati à la fin du synode des évêques sur la vocation et la mission des laïcs dans l'Église et dans le monde, convoqué à Rome du au 30 octobre 1987.
La cérémonie de canonisation a lieu sur la place Saint-Pierre le en présence de plus de fidèles, durant laquelle le pape prononce cette hagiographie : « L'homme qu'à partir d'aujourd'hui nous invoquerons comme un Saint de l'Église universelle représente pour nous la réalisation concrète de l'idéal laïc chrétien. Joseph Moscati, Médecin chef de clinique, chercheur fameux dans le domaine scientifique, professeur universitaire de physiologique humaine et de chimie physiologique, a embrassé de multiples activités avec tous l'engagement et le sérieux que demande le service de la délicate profession de laïc. À ce point de vue Moscati est un exemple non seulement à admirer mais à suivre, surtout par le personnel de santé. Il représente même un exemple pour ceux qui ne partagent pas sa foi »Saint Joseph Moscati.
Spiritualité franciscaine de Joseph Moscati Les recherches des écrits sur Joseph Moscati ont été très difficiles dans la mesure où celui-ci ne conservait que très peu de documentsC. Testore s.j., Il Prof. Joseph Moscati della Regia Università di Napoli Naples 1929, p.105. Entre ceux qui repêchèrent les peu feuilles par la corbeille à papier, il faut rappeler Nina, sœur du Saint et les écrits que l’on a de lui sont principalement des lettres écrites à des amis. Cependant on peut constater une empreinte franciscaine dans la spiritualité de Joseph Moscati. On peut constater une cohérence profonde dans la vie de Joseph Moscati depuis l’enfance et durant toute sa vie. Agostino Gemelli, o.f.m., spécialiste italien de Joseph Moscati, affirme ainsi qu’il y a toujours eu chez Moscati une fusion entre la science et la foi, et ceci depuis l’enfance : A.Gemelli O.F.M., Una esemplare figura di medico cristiano. Il napoletano Prof. Joseph Moscati, dans Vita e Pensiero, 21 (1930), pp.225-226.. La famille de Moscati était très proche des Franciscains et beaucoup de jeunes ont été éduqués chez les ClarissesA. Marranzini s.j., Joseph Moscati modello del laico cristiano di oggi Rome, 1989, pp. 81-82.. De plus Moscati a choisi un franciscain, Pio Brizzi, comme conseiller spirituel pendant sa jeunesse, et a gardé de nombreux liens avec des jésuites. Mais c’est surtout par l’application de l’idéal franciscain, tel que la pauvreté et la charité que l’on peut voir l’influence franciscaine dans sa vie, bien qu’il ne fut pas du Tiers-Ordre franciscain. Son confesseur affirmera que Témoignage mentionné par E.Marini, Il Prof Joseph Moscati della Regia Università di Napoli, Naples 1929, p. 247..
La recherche de la pauvreté est ainsi très grande dans la vie de Joseph Moscati, comme on le constate dans une ordonnance à l'un de ces patients, Ordonnance datée du 17/7/1926, comme le recommandait saint François d'Assise. De plus son renoncement à la carrière académique peut être considéré comme une volonté d’être plus proche des pauvres, et suivre sa volonté de A. Marranzini s.j., Joseph Moscati modello del laico cristiano di oggi Rome, 1989, pp. 111.. Il vivait ainsi l’idéal franciscain chez lui, ayant un style vestimentaire modeste mais aussi sa maison, son cabinet... comme l’attestent de nombreux témoignages lors de son procès de canonisationE. Polichetti, Joseph Moscati e la malattia mortale di Enrico Caruso, 70 (1956), p. 490.. Lui-même affirmait A. Marranzini s.j., œuvre citée, p.226..
Citations
Fête La fête liturgique initialement prévue le , a été déplacée, à la demande des Jésuites de Naples pour éviter que celle-ci ne tombe pendant la Semaine Sainte ou une semaine proche de Pâques.
Celle-ci est donc le , date du transfert des restes de Joseph Moscati dans l'église du Gesu Nuovo, trois ans après sa mort.
Il est fêté le d’après le Martyrologe romain et le (date de la translation des restes du saint).
Bibliographie « Saint Joseph Moscati, médecin chrétien », par Xavier Lecoeur, dans La Croix, 7-, 16 .