Le Yémen (en / al-yaman), en forme longue la république du Yémen (en / al-jumhūriyya al-yamaniyya), est un pays d'Asie de l'Ouest, plus précisément du Moyen-Orient, il est situé à la pointe sud-ouest de la péninsule d'Arabie. Il possède une frontière terrestre avec l'Arabie saoudite au nord et avec Oman au nord-est, et une frontière maritime avec Djibouti et l'Érythrée à l'ouest et la Somalie au sud. Il présente une importante façade maritime sur le golfe d'Aden, une moindre sur la mer Rouge, et contrôle, avec Djibouti, le détroit de Bab-el-Mandeb qui mène vers le canal de Suez. Sa capitale, Sanaa, se situe dans l'ouest du pays, et son principal port est Aden.

Le Yémen est l'un des plus anciens berceaux de la civilisation au Moyen-Orient. Dans l'Antiquité, le pays était un territoire du royaume de Saba. Il est aussi l'une des premières nations à adopter l'islam et constitue également un important centre de la théologie chaféite. L'actuelle nation yéménite est née de la réunion de la république démocratique populaire du Yémen (Yémen du Sud) et de la république arabe du Yémen (Yémen du Nord), le . L'histoire du pays est marquée par une forte instabilité politique, qui continue de nos jours.

L'Arabie saoudite, depuis 2015, a lancé un blocus qui empêche l'importation de produits alimentaires, déclenchant la plus grande crise humanitaire du moment.. Le Yémen se classe sur à l'indice de développement humain de l'ONU en 2021 avec un IDH de contre en 1990.

Étymologie En arabe, Yemen signifie « la droite ». En effet, les anciens Sémites avaient pris l'habitude de s'orienter en regardant le soleil levant, c'est-à-dire vers l'est. Le sud était alors situé à leur droite, tandis que le nord était désigné sous le terme de ash-shamal, qui dérive du mot al-ashmal signifiant « la gauche ».

Le terme arabe « al-yiumna » qui signifie « prospérité », expliquerait aussi l'interprétation selon laquelle le sud en général et le Yémen en particulier seraient associés à la richesse, d'où le surnom d'« Arabie Heureuse » qui lui a été attribué jadis. Il se trouve, en effet, que le Yémen est l'une des zones les plus irriguées de la péninsule arabiqueDictionnaire des noms de lieux – Louis Deroy et Marianne Mulon (Le Robert, 1994) ..

Par ailleurs, Yémen a aussi désigné les territoires au sud de la capitale Sanaa, par opposition au Cham, l'extrême nord du pays..

Histoire thumb|left|Vue des ruines de l'antique Marib, ancienne capitale des royaumes de Saba et d'Himyar dont la prospérité est liée à l'irrigation permise par le barrage.

Des traces de civilisation apparaissent dans les montagnes du nord du Yémen dès le .

À partir du , les principaux royaumes sudarabiques commencèrent à prendre forme. Ils se nommaient Saba, Hadramaout, Qataban et Ma'in. Le plus puissant, Saba (en arabe : سَـبَـأ) est connu par ses mentions dans la Bible et dans le Coran. Les souverains sabéens portaient le titre de « mukarrib », signifiant « unificateur » ou « roi-prêtre ». Vers 700 av. J.-C, les Sabéens construisirent le grand barrage de Marib, pour résister aux crues soudaines et saisonnières qui déferlaient dans la vallée. L'ouvrage est considéré comme une merveille d'ingénierie du monde antique et l'un des plus beaux exemples d'architecture de la péninsule Arabique..

Selon l'historien Jean-Claude Grenier, les sociétés sudarabiques furent les « championnes de l'irrigation » et à Marib, « plus qu'ailleurs, les hommes ont su être des jardiniers du paysage ». En effet, les premiers programmes d'irrigation à grande échelle au Yémen commencèrent au .

À son apogée, sous le règne de Karib'il Watar, le royaume de Saba étendit sa souveraineté sur une grande partie de l'Arabie du Sud et dans le nord de l'Éthiopie et de l'Érythrée actuelles. Les Sabéens y fondèrent plusieurs colonies de peuplement. L'influence sabéenne en Éthiopie et en Érythrée se retrouve d'ailleurs dans l'architecture, la religion et les nombreuses inscriptions présentes.

Au , les royaumes de Qataban, Hadramout et Ma'in deviennent indépendants de Saba. Ils le restent jusqu'à l'unification du Yémen par Shammar Yahri'sh, souverain d'Himyar. Sous la domination himyarite, le Yémen connut une nouvelle période de prospérité et de stabilité. Les Himyarites profitèrent du commerce maritime, étendant leur autorité et leur influence jusqu'en Afrique de l'Est. Par l'intermédiaire du gouverneur de Maʿafir, les souverains himyarites établirent leur domination sur l'Azania et ses ports.

Durant le règne d'Abîkarib As'ad (380-440 de notre ère), Himyar prit le contrôle de l'Arabie centrale (Nejd). Le judaïsme devint la religion officielle de l'État. à la suite de la conversion d'Abîkarib As'ad. Les princes des grandes tribus et le peuple se convertirent, conduisant au déclin et à la disparition du paganisme en Arabie du Sud.

Le voit se produire de graves troubles religieux, mais aussi le déclin politique de l'empire himyarite. Ainsi, vers 470 eut lieu le martyre d'Azqir, sous le règne de Sharahbi'îl Ya'far. Une lutte religieuse se développe entre chrétiens et juifs sous couvert d'une guerre civile. gauche|vignette|Musée national du Yémen à Sanaa. Dès 519, le roi d'Éthiopie Kaleb Ella Asbeha soutient activement le coup d'État du chrétien Madîkarib Yafur. Mais en juin 522, il est exécuté par le monarque juif Yusuf As'ar Yath'ar, qui s'empresse de prendre le pouvoir. Il lance une grande persécution contre les chrétiens, dont l'apogée se situe en novembre 523 avec le martyre de saint Aréthas à Najrân.

Mais l'Empire est impuissant à contrer la grande invasion du pays en 525 par le royaume d'Aksoum. Le roi Yusuf se suicide. Himyar entretient alors des relations diplomatiques avec Aksoum et avec l'Empire byzantin, puis avec les Sassanides. Himyar devient alors un protectorat aksoumite puis sassanide pendant une courte période, jusqu'à l'arrivée de l'Islam dans le pays.

Vers 630, Badhan, le gouverneur sassanide du Yémen, se convertit à l'Islam. Les habitants du pays se convertirent aussi et le Yémen devint rapidement islamisé. La confédération des Banu Hamdan fut d'ailleurs l'une des premières à se convertir.

Durant la période du Califat Rashidun, le Yémen entra dans une nouvelle période de stabilité. Les tribus yéménites ont joué un rôle central dans les conquêtes islamiques de l'Égypte, de l'Irak, de la Perse, du Levant, de l'Anatolie, du Maghreb, de la Sicile et de l'Andalousie. Les tribus yéménites installées en Syrie ont contribué de manière significative à la solidification de la domination Omeyyade, en particulier sous le règne de Marwān Ier.

Le Yémen connut ensuite la domination successive des Abbassides, des Ayyoubides, des Ziyadides, des Sulayhides, des Rassoulides et des Tahirides, des Zayidis et brièvement, des Ottomans. Entre 1902 et 1904, une frontière qui sépare le Nord ottoman et le Sud britannique est tracée et perdure jusqu'à l'unification en 1990.

Yémen du Nord et Yémen du Sud En 1585, les Ottomans occupent la partie nord du Yémen mais en sont chassés dès 1608 par les imams Al-Mansur al-Qasim et Al-Mu'ayyad Muhammad.

En 1835, l'imamat Zayidi commença à décliner. Au sud, les Britanniques occupent Aden en 1839 afin de contrôler la route des Indes et au nord les Ottomans profitent de l'instabilité politique et envahissent le pays en 1873, l'occupant jusqu'en 1918.

En 1949, la quasi-totalité de la population juive est évacuée par un pont aérien.

La monarchie (imamat), qui portait le nom de royaume mutawakkilite du Yémen, est abolie en 1962 et la partie nord du pays prend le nom de république arabe du Yémen (Yémen du Nord), où une guerre civile dure jusqu'en 1970.

La partie sud du Yémen correspond à l'ancienne colonie britannique, formée progressivement à partir de 1839 autour du port d'Aden. Après le départ des troupes britanniques, la fédération d'Arabie du Sud et le protectorat d'Arabie du Sud se regroupent en 1967 pour former un nouvel État indépendant, la république démocratique populaire du Yémen (Yémen du Sud), d'orientation pro-soviétique. gauche|vignette|Des parachutistes britanniques patrouillent après des émeutes dans la région d'Aden, novembre 1956 Les positions révolutionnaires du gouvernement du Yémen du Sud provoquent son isolement au sein de la péninsule arabique. Les monarchies absolues de la région se considèrent menacées, voyant le Yémen du Sud comme l'avant-garde de mouvements révolutionnaires potentiels dans leurs propres États. Ceux-ci, en particulier l'Arabie saoudite, favorisent l'isolement économique du pays et soutiennent les incursions armées de groupe d'opposition, forçant le régime à privilégier les dépenses militaires et la défense au détriment du développement. Le Yémen du Sud est la cible de plusieurs interventions militaires : de l'Arabie saoudite en , et ; de la part du Yémen du Nord en septembre et ; et l'aviation britannique bombarda et rasa en la ville de Hauf.

Les difficultés économiques sont par ailleurs accentuées par la fermeture du canal de Suez à partir de (sur lequel reposait une grande partie des activités du port d'Aden) et par la fuite de l'élite économique du secteur privé, emportant avec elle ses actifs financiers. L'arrière-pays, essentiellement désertique, ne présente qu'un potentiel limité..

Malgré cet environnement hostile, le régime du Yémen du Sud adopte des réformes politiques, sociales et économiques significatives : éducation universelle, service de santé gratuit, égalité formelle pour les femmes. Le gouvernement tente également de lutter contre le tribalisme. L'écart entre les conditions de vie rurales et urbaines est considérablement réduit ; le régime, dont une partie des dirigeants était d'origine rurale, veillait à ce que les campagnes ne soient pas négligées malgré leur faible densité de population et l'étendue géographique du pays. Pour autant, les conflits récurrents entre factions à l'intérieur du pouvoir finiront par saper sa crédibilité.

Histoire contemporaine thumb|Carte du Yémen de 1990 jusqu'au traité du

Le , le Yémen du Nord et le Yémen du Sud se réunissent pour former la république du Yémen actuelle.

La même année, le Yémen soutient l'Irak durant la première guerre du Golfe (sans pour autant valider son annexion du Koweït) ce qui lui vaut des représailles de la part des États-Unis : la monnaie est attaquée et fortement dévaluée, l'Arabie saoudite suit l'allié américain et expulse de son territoire le million de travailleurs yéménites privant des millions de familles de ressources.

En 1994, le sud du Yémen tente en vain de faire de nouveau sécession. Le conflit fait .

Au début des années 2000, le gouvernement doit faire face à des mouvements rebelles islamistes, en particulier l'insurrection des Houthis. En 2004, les affrontements près de la frontière avec l'Arabie saoudite ont fait environ . Depuis 2004, le Yémen est aussi confronté à une rébellion armée de la minorité chiite zaïdite dans le gouvernorat de Sa'dah (nord-ouest), qui ne reconnait pas le régime du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1990. Au début du mois d'avril 2005, les forces du gouvernement ont attaqué la position des rebelles dans les montagnes du nord-ouest du pays ; trois semaines de combats dans la province de Sa'dah ont provoqué la mort d'environ . En 2009, la guerre civile continue toujours et l'ONU compte .. Depuis le , l'Arabie saoudite intervient militairement contre la rébellion.. Malgré un ancrage officiel dans le camp occidental et une coopération pour le contrôle de ses côtes, le pays reste un foyer d'instabilité.

gauche|vignette|Révolution yéménite, 2011.