thumb|upright=0.94|Mentha pulegium

La menthe pouliot ou pouliot (Mentha pulegium L.) est une plante herbacée de la famille des Lamiacées (Labiées), originaire d'Europe, d'Afrique du Nord et d'Asie tempérée. Connue depuis l'Antiquité européenne comme plante médicinale, elle ne fut rattachée aux menthes qu'à l'époque moderne.

Après avoir été très estimée jusqu'à la Renaissance, sa consommation même sous forme d'infusion, est maintenant déconseillée en raison de la présence d'un composant très hépatotoxique, la pulégone, pouvant parfois être présent dans une concentration élevée.

Histoire de la nomenclature Durant l'Antiquité européenne, de nombreux phytonymes ont été utilisés pour décrire les menthes. Le philologue Jacques André reconnait la menthe pouliot sous l'appellation de pūleium employée par l'encyclopédiste romain du Pline dans Histoire naturelle, 20, 152 ou par Dioscoride, Mat.Med. 3, 31. Elle était recommandée comme emménagogue et abortive.

Le terme français de pouliot est l'ancienne dénomination de l'espèce linnéenne de Mentha pulegium. Il dérive, via plusieurs intermédiaires, du latin populaire *pǔleium (latin classique pūleium) désignant cette même plante. Avec pouliot royalpour le botaniste du Jacque Dalechamps « le commun Pouliot qu'on appelle à présent Royal est une herbe trainant par terre...» Histoire générale des plantes 1615, c'était le terme communément employé en français par les herboristes ou les botanistes pré-linnéens comme Jean Rueldans sa traduction en français de 1554 De materia medica de Dioscoride (à partir de la traduction commentée du Siennois Mattioli), cf. Livre de Diosc. ou Jacques Daléchampsdans Histoire générale des plantes. Les autres termes, très polysémiquesNouveau dictionnaire d'histoire naturelle, appliquée aux arts, à l'agriculture, à l'économie rurale et domestique, à la médecine Vol 9 et Vol 2, d'herbe aux puces (pulex puces), herbe de saint Laurent, dictame de Virginie, frétillet, cités par Fournier furent rarement employés et le furent toujours dans des contextes extrêmement restreints, voire erronéspour Émile Littré, frétillet « un des noms vulgaires du pouliot » ; dans cette définition pouliot est manifestement une coquille pour pouillot (un oiseau), car la menthe pouliot ne frétille pas.

Dans l'ouvrage fondateur de la nomenclature moderne Species plantarum (1753), Linné décrit 10 espèces de menthe dont Mentha pulegium en se référant à Pulegium latifolium de C. Bauhin (Pinax Theathri BotBauhin) et Pulegium Fuchs.

Description C'est une plante vivace par ses rhizomes, basse, de 10 à de haut, fréquente dans les milieux humides, qui exhale une senteur citronnée.

Les tiges à section carrée, sont plus ou moins dressées, verdâtres ou grisâtres, très ramifiées. Étalées ou couchées, elles émettent très facilement des racines adventives à la face inférieure des nœuds.

Les feuilles, opposées, petites (0,8-1,3 cm x 5-6 mm), sont ovales ou oblongues presque entières (légèrement dentelées ou crénelées) et munies d'un court pétiole, base arrondie, apex obtu.

Les fleurs, qui apparaissent l'été, de juillet à fin septembre, sont rose lilas, parfois blanches, et sont groupées à l'aisselle des feuilles en glomérules (faux verticilles) largement espacés le long de la tige. Le calice est velu, glandulaire, tubuleux et la gorge est fermée par des poils connivents ; il est bilabié, à 5 dents inégales (les 2 dents inférieures sont plus étroites). La corolle gibbeuse (formant une bosse) est composée de 4 lobes semblables. Les 4 étamines sont saillantes. Les 2 carpelles sont soudés.

Les fruits sont des akènes.

Distribution et habitat C'est une espèce spontanée dans l'ensemble de l'Europe, l'ouest de l'Asie (de Chypre au Turkménistan) et le nord de l'Afrique (du Maroc à l'Égypte): Europe de l'Ouest, Ukraine, Russie Afrique du Nord : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte, Éthiopie Asie tempérée : Turquie, Iran, Israël, Liban, Syrie, Caucase, Russie, Kazakhstan, Turkménistan

En France, cette plante est irrégulièrement répartie; tandis qu'elle manque dans de vastes contrées, même siliceuses, elle surabonde dans d'autres.

La menthe pouliot s'est naturalisée dans de nombreux pays : Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis, Brésil, Argentine, Chili, Uruguay.

Elle est cultivée en Géorgie, Inde, Indonésie, Europe, Canada, États-Unis, Mexique, Cuba, Brésil, Chili.

La menthe pouliot croît de préférence sur la silice et les alluvions, dans les endroits humides, champs et prairies, bords des mares, lieux inondés l'hiver.

Synonymes Voici quelques synonymes de Mentha pulegium selon Tucker et Naczi : Pulegium vulgare Miller 1768 Pulegium erectum Mill. 1768 Pulegium aromaticum S.F. Gray 1821 Pulegium pubescens Opiz ex Boenn 1824 Mentha aromatica Salisb. 1796 Le botaniste-jardinier de Chelsea, Miller, choisit de classer la plante sous le genre de Pulegium, en raison de l'usage traditionnel du terme de Pulegium regium Pulioll-royall (ayant donné en anglais moderne "pennyroyal") par les herboristes et les jardiniers. Bien que Miller reconnaisse lui-même que P. Miller, The gardeners dictionary, 1768, un certain nombre de botanistes ont continué à utiliser le genre Pulegium jusqu'à la fin du .

La variété micrantha, croissant dans le sud de la Russie et dans le Kazakhstan, a aussi reçu les noms suivants : Mentha micrantha Fisch. ex Benth. 1848 Pulegium micranthum Claus., Beitr., 1850

Composition chimique L'huile essentielle s'obtient par distillation à la vapeur d'eau des parties aériennes de la plante.

Elle possède trois chémotypes chémotype 1 : huiles riches en pulégone, menthone et isomenthone chémotype 2 : huiles riches en pipériténone, ou pipéritone, avec de la pulégone, menthone et isomenthone chémotype 3 : huiles riches en isomenthones, néoisomenthone avec de la pulégone et de la menthone. Le pulégone et le menthofurane sont des composés hépatotoxiques. Ils peuvent représenter des concentrations élevées.

Kokkini et al. (2002) en analysant dix populations de menthe pouliot réparties sur toute la Grèce, ont trouvé d'énormes variations du taux de pulégone, allant de traces (<0.1 %) jusqu'à 90,70 %. Seules deux populations étaient riches en pulégone (42,9 % et 90,7 %), les autres en contenant en quantité bien moindre (jusqu'à 35 %). Ces dernières étaient riches soit en menthone/isomenthone soit en pipéritone/pipériténone ou pipéritone.

L'analyse de menthes pouliots prélevées dans le nord-est de l'Algérie, révèle une huile riche en pulégone (39 %) et menthone (Boukhebti et als, 2011) : Huile essentielle de M. pulegium (d'après Boukhebti al., 2011) pulégone menthone isomenthone pipériténone pipéritone limonène 38.81 % 19.24 % 6.09 % 16.53 % 6.35 % 4.29 %

Pour les menthes pouliot prélevées à Santarém au Portugal, Teixeira et als ont trouvé les composés suivants : Huile essentielle de M. pulegium (d'après Teixeira al., 1971)menthone neomenthone pulégone 8-hydroxy-4(5)-p-menthen-3-one 35.9 % 9.2 % 23.2 % 2.1 % Activités pharmacologiques L'huile essentielle de menthe pouliot manifeste des activités antibactériennes et antioxydantes. Silvia et als ont mené une étude des propriétés pharmacologiques d'une huile de Mentha pulegium récoltée au Brésil, assez riche en pulégone (50,01 %), en menthol (31,90 %) et menthone (16,56 %). La concentration en pulégone est très variable suivant le lieu de la récolte, la saison de la récolte (l'hiver le pulégone est moins abondant) et le régime de stress auquel la plante a été soumise. Activité antibactérienne : d'une manière générale, les bactéries à Gram positif sont plus sensibles à l'effet inhibiteur des huiles essentielles que les bactéries à Gram négatif. L'huile essentielle de pouliot inhibe la croissance bactérienne et est plus particulièrement efficace contre Staphylococcus aureus et Salmonella choleraesuis (=S. enterica). La bactérie la plus résistante est E. coli. Activité antioxydante : la méthode de désoxyribose a montré que M. pulegium présente une activité antioxydante supérieure à celle de la menthe verte (M. spicata). L'huile de pouliot est susceptible aussi d'inhiber le stress oxydant des ions ferriques et il a été observé que l'activité antioxydante augmentait progressivement en fonction de la concentration.

Toxicité

L'huile de pouliot se caractérise par une prépondérance plus ou moins importante d'une cétone monoterpénique toxique, la (+)-pulégone. Celle-ci et son produit d'oxydation, le menthofurane, sont en effet reconnus hépatotoxiques. La dose létale médiane DL de l'huile de pouliot et du pulégone sont :

DL de M. pulegium (d'après Mills al., 2005) Substance Voie, modèle DL mg/kgHuile de pouliot Orale, rat 220 à 580(+)-pulégone Orale, rat 470

Dans une première étape, l'oxydation du pulégone par les enzymes monooxygénases du cytochrome P450 du foie, suivie d'une cyclisation, conduit au menthofurane. Dans une seconde étape, le menthofurane est oxydé par une monooxygénase du cytochrome P450 en un composé réactif, le γ-ketoenal, l'hépatotoxine ultime. Celui-ci réagit avec les groupes nucléophiles des protéines pour former des adduits covalents dont on pense qu'ils sont responsables de l'hépatotoxicité de la pulégone.

Une vingtaine de cas d'intoxication humaine à la suite de l'ingestion de menthe pouliot sont connus. Dans le cas d'une femme décédée des suites d'une ingestion d'extraits de pouliot comme abortif, un examen post-mortem d'un échantillon du sérum, y a identifié de pulégone et de menthofurane. L'étude des divers cas montre, que les personnes exposées à au moins d'huile de pouliot peuvent être sujette à une intoxication modérée à grave et qu'au-delà de (ou d'environ ), la mort peut s'ensuivre. La pathologie clinique est caractérisée par une nécrose hépato-cellulaire, de l’œdème pulmonaire et une hémorragie interne. Bakering et al. ont rapporté la mort de deux bébés à la suite de la prise d'une infusion de menthe pouliot riche en pulégone, donnée comme remède traditionnel contre la colique du nourrisson.

En France, d'après l'arrêté du , Mentha pulegium n'est pas autorisée dans les compléments alimentaires. Pour l'Union européenne, un règlement interdit d'ajouter la pulégone en tant que telle aux denrées alimentaires. Et dans les denrées alimentaires contenant naturellement de la pulégone, une teneur maximale est donnée pour chacune d'elles, comme indiqué ci-dessous :

Teneurs maximales en pulégone (en mg/kg), naturellement présente dans les arômes et les ingrédients alimentaires (d'après Annexe III, 2008)Confiseries contenant de la menthe (à l'exception des micro-confiseries) 250 Micro-confiseries destinées à rafraîchir l'haleine 2 000 Gommes à mâcher 350 Boissons non alcoolisées contenant de la menthe 20 Boissons alcoolisées contenant de la menthe 100

La menthe pouliot est contre-indiquée chez la femme enceinte et allaitante. L'huile de menthe pouliot ne doit jamais être ingérée.

Utilisations

Historique des utilisations

Le pouliot était connu et utilisé en Égypte et Mésopotamie antiques.