vignette|Luxuria (la Luxure), dans Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Choses, de Jérôme Bosch. vignette|droite|Sur cette fresque de 1727 de David Selinitsiotis, des démons cautérisent le sexe d'une prostituée (I porni, en graphie grecque) qui a vécu dans la luxure, tandis que l'avare (O philargyros) est étouffé par un serpent (église Saint-Jean Baptiste de Kastoria, Grèce). vignette|La Luxure sur un chapiteau roman est représentée par la femme aux seins mordus par des serpents. La luxure (du mot latin luxuria, « exubérance, excès », lui-même dérivé de luxus « excès, débauche »Gaffiot, Félix (1934), Dictionnaire Illustré Latin-Français : 'luxuria'. ou « ce qui rompt la mesure », également au sens moral.) est un penchant considéré comme immodéré pour la pratique des plaisirs sexuels ou pour une sexualité incontrôlée et sans vocation procréative. Le mot apparaît au sur le Bestiaire de Philippe de Thaon'luxure', TLFi., œuvre anglo-normande rédigée entre 1121 et 1134Le Bestiaire de Philippe de Thaün]. Texte critique. Introduction, notes et glossaire d'Emmanuel Walberg. Lund, H. Möller: 1900, , [818 - : "E homicidium, Luxure, ebrietas, Tut ço fait sathanas... ". Son rapport à l'excès indiquerait la dépravation dans tous ses sens, (ce que vous lierai dans les cieux sera lié sur la terre et inversement) ; ce qui indiquerait un penchant pour le luxe délaissant les principes spirituels aux dépens du bien-être physique.
Formes religieuses Judaïsme Dans le judaïsme, la notion de luxure, qui se rapprocherait des notions talmudiques de « Taavat Hamin » (littéralement : « désir de l'espèce ») ou encore du « Znout » : « la débauche » dans sa forme générique, se rattache aux relations sexuelles prohibées par la BibleLévitique 18 (principalement: les relations incestueuses, adultérines, homosexuelles et zoophiles, une entorse faite à la niddah), mais également à des comportements sexuels jugés immoraux, tels que l'onanisme ou les pensées lascives.
De là, cette notion est passée, en évoluant, dans les civilisations judéo-chrétienne et islamique.
Christianisme Pour les chrétiens, c'est l'un des sept péchés capitaux. La théologie matrimoniale de saint Paul expose que l’idéal sexuel de la chrétienté demeure la continence. Le premier exposé systématique du péché originel est proposé au par Saint Augustin, ce caractère fondamentalement pécheur étant transmis à travers l'acte sexuel, même lors du mariage. Pour Jean Cassien, l'un des pères du monachisme (), la luxure est à la racine des autres péchés capitaux, « en tête de l'enchaînement causal » qui les relie les uns aux autres, pour reprendre l'expression de Michel FoucaultMichel Foucault, « Le combat de la chasteté », Communications, 35, 1981, , aux p. 15-16., (tandis que pour Grégoire le Grand, pape de 590 à 604 et Père de l'Église, c'est l'orgueil qui entraîne tous les autres péchés)Carla Casagrande, Silvana Vecchio, Histoire des péchés capitaux, trad. fr. Aubier, 2003, , 277-278.. Au Moyen Âge, à partir de la réforme grégorienne, la luxure fut considérée comme le péché le plus scandaleux et répréhensible chez les ecclésiastiques, symbolisant, chez eux, la trahison de leur mission auprès des fidèles et, plus généralement, la désobéissance à DieuJulien Théry, « Luxure cléricale, gouvernement de l’Église et royauté capétienne au temps de la “Bible de saint Louis” », « Revue Mabillon », 25, 2014, , disponible en ligne.. L'historien Jean-Louis Flandrin, en dépouillant des pénitentiels, a établi le calendrier auquel devait se soumettre le couple marié pour l'union charnelle : au Moyen Âge, un ménage pieux ne peut accomplir l'acte sexuel que 91 jours par an, les jours d’impureté de la femme (grossesse, post-partum, règles), les trois carêmes (Noël, Pâques, Pentecôte) et les jours d’abstinence, jeûne et prière sont en effet impropres à l'union sexuelle. Les pénitentiels prévoient les sanctions pour les couples n'appliquant pas ces prescriptions mais le christianisme vécu est différent du christianisme pratiqué, les couples n'appliquant pas systématiquement ces recommandationsAndré Vauchez, « L'Église et la sexualité », émission Concordance des temps sur France Culture, 19 janvier 2013. Dans l'Église catholique médiévale, la luxure des clercs est le plus souvent qualifiée d'incontinencia carnis, « incontinence de la chair ». Dans les procès menés par la papauté contre les prélats (archevêques, évêques et abbés) au et dans la première moitié du - l'époque où est à son apogée la théocratie pontificale, l'accusation d'« incontinence de la chair » est par exemple la deuxième plus fréquente (derrière celle de « dilapidation » des biens ecclésiastiques et avant celle de simonie)Selon Julien Théry, « 'Excès' et 'affaires d’enquête'. Les procédures criminelles de la papauté contre les prélats, de la mi- à la mi- siècle. Première approche », dans « La pathologie du pouvoir : vices, crimes et délits des gouvernants », dir. P. Gilli, Leyde : Brill, 2016, , disponible en ligne..
Le théologien Thomas Gousset propose ainsi en 1848 une typologie des péchés de luxure ou péchés d'impureté consomméeThomas Gousset, Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs, T. 1, , Jacques Lecoffres, Paris, 1848, . : la fornication simple (relation sexuelle entre deux personnes de sexe opposé, consentantes et libres de tous liens de mariage, vœux religieux, ou promesse de célibat), le stupre (défloration d'une vierge consentante), le rapt (enlèvement d'une personne non consentante pour des fins d'ordre sexuel), l'inceste (relation sexuelle entre personnes liées par des liens de consanguinité ou d'affinité à des degrés interdits par l'Église), le sacrilège (situation où, soit des choses, soit des lieux sacrés, soient des personnes consacrées sont violentées pour des raisons d'ordre sexuel), l'adultère (relation sexuelle d'un homme célibataire avec une femme mariée — adultère premier —, d'une femme célibataire avec un homme marié — adultère second —, d'un homme marié avec une femme mariée — adultère tierce), la sodomie, selon deux modalités : la sodomie parfaite, pour une relation entre deux personnes de même sexe, et la sodomie imparfaite, pour le coït de deux personnes de sexe opposé dans une partie du corps autre que le sexe féminin (vas indebitus, « vase indu »), la bestialité (actes de zoophilie, relation sexuelle d'un être humain et d'un animal, considérée comme le pire des péchés de luxure), la masturbation (plaisir sexuel recherché pour une fin égoïste, sans une unique et ultime fin de procréation).
Dans la vision religieuse, la luxure implique forcément la cécité spirituelle, la précipitation, l'attachement au présent, l'horreur ou désespoir de l'avenir.
La religion chrétienne au Moyen Âge considère la luxure comme le troisième péché capital le plus grave après l'orgueil et l'avarice, alors qu'elle était clairement considérée comme positive durant l'antiquité. Les représentations iconographiques les plus courantes de la luxure à cette époque sont la sirène et la femme nue aux seins et au sexe mordus par des serpents et des crapaudsYves Morvan. La Sirène et la luxure. Communication du Colloque « La luxure et le corps dans l'art roman ». Mozac. 2008..
Dante évoque la luxure dans ses cercles infernaux. Dans sa représentation, il place les luxurieux au deuxième cercle de l'Enfer. Il les décrit comme tourmentés par la bourrasque infernale : « Et je compris qu'un tel tourment était le sort des pécheurs charnels, qui soumettent la raison aux appétits ».
Islam
L'islam reconnait le rapport sexuel uniquement dans le mariage. Il condamne la masturbation, le sexe prénuptial, l'homosexualité, l'adultère. Il recommande l'abstinence et la chasteté. Il interdit la procréation médicalement assistée (PMA), mais pas la fécondation in vitro (FIV). Droit du mariage dans la tradition musulmane Place des femmes dans l'islam
Polythéisme Les religions polythéistes ne concevaient pas le « vice luxurieux ». Au contraire, certaines religions jadis très répandues pratiquaient parfois des actes luxurieux dans le cadre de leurs rituels, comme les Bacchanales, dont les excès amenèrent le Sénat romain à les interdire à Rome en -186. On trouve aussi des célébrations dionysiaques qui pratiquaient collectivement ce genre d'excès, sous l'emprise de drogues et d'alcool (Temple de Dionysos à Baalbeck), et aussi des prostitutions sacrées. Voir Mont Éryx en Sicile, par exemple.
Dans la mythologie, il y eut des dieux de la Luxure dans bien des cultures : Ishtar à Babylone ; Aphrodite en Grèce ; Anoukis en Égypte (période ptolémaïque) ; Vénus à Rome ; Tlazolteotl pour les Mexicas ; Freyja pour les Nordiques ; Kâma pour l'hindouisme. Dans ce cas, c'est un dieu et de son nom provient le Kâmasûtra.
Certaines de ces figures étaient aussi considérées comme étant des dieux de l'Amour.
Socialement et moralement vignette|Paresse et Luxure de Gustave Courbet (1866). Faire de la recherche du plaisir sexuel un but à part entière n'est pas systématiquement perçu d'un mauvais œil. L'hédonisme et le Kâmasûtra peuvent illustrer ce propos.
On peut citer aussi certaines pratiques sexuelles, marginales, comme l'échangisme, la sexualité de groupe, le voyeurisme ou l'exhibitionnisme.
Il est difficile de mesurer les effets sociologiques d'une banalisation des pratiques sexuelles car les sondages et témoignages recueillis, se heurtant à l'intimité, reposent sur des faits invérifiables, amplifiables ou dissimulables selon l'image que le témoin veut donner de lui (envers les autres et parfois envers lui-même, jusque dans l'anonymat).
La pornographie entre pleinement dans le champ de la luxure lorsqu'elle pousse à l'extrême et à l'excès ses représentations, notamment lorsqu'elle fait preuve de violence. Elle est parfois accusée d'incitation au viol, de déformer le sens des réalités de ses consommateurs, d'imposer un imaginaire normatif et réducteur de la sexualité et de banaliser les comportements sexuels marginaux. Certaines études montrent, avec le soutien de psychiatres, que la dépendance à la pornographie jouait un rôle indéniable dans le passage à l'acte de nombreux délinquants sexuels. .
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En matière d'éducation des enfants, les effets du visionnage d’images pornographiques sont très appréhendés.
En philosophie
La luxure est une problématique fortement liée à la question du rapport amoureux.
À ce sujet Schopenhauer évoque la misère qui peut surgir d'un rapport amoureux. .
Artistiquement Littérature La littérature regorge de récits (autobiographiques ou non) dont les protagonistes font face à des expériences sexuelles luxurieuses. Outre les paillardises de certains auteurs (comme Courtilz de Sandras, Mérimée et Catulle de Mendès), Georges Bataille nous décrit une succession de scènes de bordel et rejoint les transgressions de Casanova, Verlaine, Huysmans et Boudard, en ne s'attaquant pas à la respectabilité des actes luxurieux mais à la pulsion de vie et de mort, cette dernière étant la source d'un profond mal-être que la violence et l'absurdité des circonstances amplifient.
Dans l'appendice de 1984, exposant les principes du Novlangue, George Orwell écrit que la vie sexuelle des membres du parti était minutieusement réglée par les deux mots novlangue : crimesex (immoralité sexuelle) et biensex (chasteté). Il fait ainsi référence à la notion de luxure sans en emprunter le terme original. Le roman décrit, entre autres, une société où les rapports sexuels entre membres du parti sont strictement interdits, la reproduction étant assurée par insémination artificielle ; le parti se montre plus clément à l'égard des membres ayant eu des rapports sexuels avec une prostituée.