de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé, d'abord désigné par le titre de duc d'Enghien, né le à Paris et mort le à Fontainebleauou le 11 novembre, selon les sources., est un prince du sang français, cousinLeur ancêtre commun le plus récent est duc de Vendôme (1489-1537), grand-père d', dont est le petit-fils, et d'Henri de Bourbon-Condé dont est le petit-fils. de , et un des généraux du Grand Siècle, devenu le quatrième prince de Condé.

Engagé à la fin de la guerre de Trente Ans comme général de l'armée française, il devient célèbre dans toute l'Europe dès l'âge de 21 ans à l'issue de la bataille de Rocroi (1643), au cours de laquelle il inflige une sévère défaite à l'armée espagnole. Il devient ensuite un des principaux meneurs de la Fronde des princes contre le cardinal Mazarin au début des années 1650, et se met ensuite un moment au service de l'Espagne, avant de rentrer en France, gracié par . Ses exploits militaires et sa bravoure lui valurent le surnom de Grand Condé.

Le Grand Condé porte de nombreux titres, hérités ou attribués : premier prince du sang, pair de France, prince de Condé, duc de Bourbon, duc d'Enghien, duc de Montmorency, duc de Châteauroux, duc de Bellegarde, duc de Fronsac, comte de Sancerre (1646-1686), comte de Charolais ; il a également détenu la fonction de gouverneur du Berry et le gouvernement de Bourgogne.

Biographie Origines familiales et formation

La branche des princes de Condé est issue du fils cadet de , duc de Vendôme, Louis (1530-1569), arrière-grand-père du Grand Condé, tandis que la dynastie royale est issue d'Antoine (1518-1562), son fils aîné, père d'. Durant les guerres de religion (1562-1598), les membres des deux branches font partie du camp protestant, ce qui n'empêche pas des rivalités, notamment entre et son cousin germain Henri de Bourbon-Condé (1552-1588), mort dans des conditions suspectes.

est le fils d' (1588-1646), qui a été héritier présomptif d' de 1596 à 1601, date de la naissance de . Dans les années 1620, détient notamment la fonction de gouverneur du Berry, dont hérite à sa mort. L'héritier présomptif de est alors son frère Gaston (1608-1660), dont la situation matrimoniale est telle que les Condé peuvent avoir l'espérance d'arriver un jour sur le trône de France, du moins jusqu'à la naissance tardive de , en 1638.

Sa mère, Charlotte-Marguerite de Montmorency (1594-1650), est la petite-fille du connétable Anne de Montmorency. En 1629, après qu'elle a donné naissance à un second fils, Armand, son mari part pour son gouvernement du Berry, en emmenant Louis.

Celui-ci, qui a jusque-là été éduqué assez sévèrement par des précepteurs à l'hôtel de Condé, poursuit ses études au collège des jésuites de Bourges.

En 1640, son père le fait entrer dans l'armée et il participe au siège d’ArrasLa France est alors impliquée dans la guerre de Trente Ans, qui oppose dans le Saint-Empire les princes catholiques (notamment l'empereur, chef de la maison de Habsbourg) et protestants, ainsi que le roi de Suède, la France étant généralement alliée aux protestants, ennemis des Habsbourg. Depuis 1635, la France est en guerre contre l'Espagne, dont le roi (de la maison des Habsbourg d'Espagne), est aussi le souverain des Pays-Bas espagnols, dont les frontières méridionales, celles du comté d'Artois et du duché de Luxembourg, sont proches de Paris. La guerre de Trente Ans prend fin en 1648 (traité de Münster), la guerre franco-espagnole en 1659 (traité des Pyrénées)..

Des fiançailles politiques avec la nièce de Richelieu (1633-1641)

Un projet de mariage est élaboré dès le début des années 1630 entre le prince du sang , qui est assez proche du trône de France jusqu'à la naissance de , et la nièce du cardinal de Richelieu, Claire-Clémence de Maillé (1628-1694), fille d'Urbain, marquis de Brézé. Les fiançailles ont lieu en 1633, entre deux enfants de .

Pour , Claire-Clémence doit apporter une dot considérable, en contrepartie d'un degré de noblesse sans commune mesure avec celui des Condé.

Pour Richelieu, c'est la perspective de devenir l'oncle de la reine de France. En effet, le mariage de , né en 1601, et d'Anne d'Autriche, est encore dépourvu de descendance. L'héritier présomptif avant , puis , Gaston d'Orléans, n'a pas eu de fils de son premier mariage (1626) et le second (1632) a été conclu sans l'autorisation du roi.

Malgré le changement de situation dû aux naissances royales de (1638), puis de Philippe d'Orléans (1640), le mariage est célébré en 1641, alors que les deux fiancés () n'ont aucun attrait l'un pour l'autre. Le duc d'Enghien proteste contre la contrainte qui lui est alors imposée, en vain.

Général au service de la France (1643-1648) vignette|gauche|Buste en bronze du Grand Condé par Antoine Coysevox, 1688, musée du Louvre.

Le duc d'Enghien montre dans la carrière militaire un génie précoce.

En 1643, à l'âge de , lui confie le commandement honorifique de l'armée de Picardie, sous les ordres de François de L'Hospital. Il s'agit de barrer la route à l'armée du roi d'Espagne , qui envahit la France à partir des Pays-Bas espagnols.

Le , cinq jours après la mort de , il remporte la victoire de Rocroi, brisant ainsi la réputation d'invincibilité des tercios. Ce très jeune général est alors vu dans toute l'Europe comme un égal de César et d'Alexandre.

Il est ensuite envoyé sur le Rhin, aux côtés de Turenne. Il bat les Allemands à Fribourg, puis remporte avec Turenne la bataille d'Alerheim en 1645 contre Franz von Mercy. En 1646, il s'empare de Dunkerque.

Fin décembre 1646, à la mort de son père, il devient le de Condé.

Envoyé en Catalogne, il ne réussit pas à prendre Lérida ; mais il remporte bientôt en Artois la victoire de Lens sur l'archiduc Léopold-Guillaume qui amène la paix avec les Habsbourg d'Autriche en 1648 (traité de Münster), tandis que la guerre franco-espagnole continue. Il est considéré comme l'un des plus grands commandants du royaume de France.

La période de la Fronde

Pendant les troubles de la Fronde, il adopte une attitude ambiguë. Il défend d'abord le parti de la cour, la régence durant la minorité de étant assumée par sa mère Anne d'Autriche, secondée par le cardinal Mazarin, premier ministre. Son soutien à la reine mère Anne d'Autriche permet d'abord la signature de la paix de Rueil. Remportant toutes les batailles entre 1643 à 1648, il réclame pour lui l’amirauté et pour ses amis tous les postes de responsabilité dans l’armée. En 1649, il prend parti contre Mazarin qu'il considère comme un usurpateur étranger et appelle « le faquin écarlate » ; il sympathise avec la cause de la Fronde. Le , lui, son frère le prince de Conti et son beau-frère le duc de Longueville sont jetés en prison par la reine-régente et Mazarin. Leur captivité dure 13 mois.

Le , devant l'union des Frondes, Mazarin s'enfuit et libère les princes. Condé prend la tête de la Fronde des princes, malgré la majorité récente de son grand cousin, . Il négocie avec le roi et le Lord-protecteur anglais, Oliver Cromwell. Il lève des troupes et marche sur Paris. Contre lui, , âgé de , réussit à gagner Turenne qui prend la tête des troupes royales et défait le prince à la bataille de Bléneau le , à Étampes en mai puis au faubourg Saint-Antoine à Paris. La duchesse de Montpensier, Anne-Marie-Louise d'Orléans (la Grande Mademoiselle), fait tirer les canons sur les troupes royales pour permettre à son cousin de se réfugier dans Paris.

Au service de l'Espagne (1654-1659) Déchu et condamné à mort, Condé se réfugie aux Pays-Bas et passe au service de l'Espagne. Il est battu par Turenne en août 1654 lors de la bataille du secours d'Arras, mais sort vainqueur du siège de Valenciennes ; il est définitivement battu en 1658 à la bataille des Dunes.

Le traité des Pyrénées d'avril 1659 consacre plusieurs articles (79 à 88) au cas du prince de Condé, qui est autorisé par Mazarin à rentrer en France en recouvrant ses biens. Le pardon royal est proclamé à Aix-en-Provence, peu avant le mariage de et de l'infante Marie-Thérèse d'Autriche.

Les années 1660 et 1670 : le retour en grâce et « l'affaire de Pologne » Néanmoins, dans un premier temps, écarte Condé de tout emploi militaire ou civil. Il consacre donc les années 1660 à l'embellissement de son château de Chantilly, où il entretient une petite cour plus libre que celle de Versailles. Il vit pratiquement séparé de son épouse, qui réside en général à Paris, ou à Saint-Maur pendant l'été.

La décennie 1660 est néanmoins marquée par une entreprise diplomatique d'importance : la tentative d'élection du duc d'Enghien, fils du Grand Condé, au trône de Pologne. À la fin du Déluge suédois en 1660 la reine Louise-Marie demeure particulièrement inquiète pour la République, notamment du fait de l'absence d'héritier au trône. En cas de décès du roi Jean Casimir, la reine craint que l'interrègne constitue une période de grande faiblesse pour le royaume dont tenteront de profiter les puissances étrangères. On envisage donc de faire élire un successeur du vivant du roi. Proche de la famille de Condé, jugeant intéressante géopolitiquement l'alliance avec la France, la reine et son entourage choisissent de soutenir secrètement la candidature du jeune Henri-Jules. Louis II de Bourbon-Condé est un des acteurs de cette affaire et y investit beaucoup de temps et d'argent. Si le roi a ses propres ambassadeurs sur place, le prince décide d'envoyer à la cour de Varsovie un de ses agents personnels, Pierre Caillet, afin qu'il agisse en son nom en Pologne et qu'il l'informe de la manière dont évolue l'affaire. Henri-Jules, désintéressé par cette entreprise, en est relativement absent. Condé, bien connu en Pologne, permet au parti des Français de gagner un grand nombre de soutiens. Bien qu'il soit toujours question de soutenir la candidature du duc d'Enghien, certaines voix s'élèvent préférant la perspective de voir le Grand Condé roi de Pologne si l'affaire venait à réussir. Le prince n'a néanmoins jamais tenu à être élu, considérant comme indigne l'idée d'être un "roi par interim" devant attendre la mort de Jean Casimir pour régner.

Malgré près de dix ans d'entreprise diplomatique, le parti des Français à Varsovie ne parvient pas à faire accepter par la diète la proposition de faire élire un successeur du vivant du roi, provoquant même une révolte dans les rangs de la noblesse menée par Jerzy Lubomirski. La mort de Louise-Marie en 1667 entérine l'échec de "l'affaire de Pologne". Néanmoins, après l'abdication de Jean Casimir en 1669, les soutiens de Condé défendent sa candidature au moment de la diète d'élection. Le prince obtient, malgré lui, un grand nombre de voix, le plaçant ainsi en deuxième position après Michał Korybut Wiśniowiecki.

La guerre s'étant rallumée entre la France et l'Espagne, Condé retrouve un commandement dans les armées du roi. Dans le contexte de la guerre de Dévolution (1667-1668), il conquiert le comté de Bourgogne (actuelle Franche-Comté), possession du roi d'Espagne au terme d'une campagne de trois semaines. Le comté est cependant restitué au roi d'Espagne par le traité d'Aix-la-Chapelle.

En , à la suite d'un incident survenu à l'hôtel de Condé, la rumeur se répand que la princesse de Condé, son épouse, a eu une liaison avec un domestique. Face au scandale, le prince de Condé demande au roi une lettre de cachet qui assigne à résidence son épouse, dans le château Raoul à Châteauroux, où elle restera, jusqu'à sa mort en 1694.

En , le prince de Condé invite et une partie de la cour de Versailles à une grande fête (23-). Cette fête est marquée par le suicide du maître d'hôtel François Vatel, en raison d'un retard dans la livraison des poissons (pour plusieurs centaines de personnes) pour le repas du vendredi . Malgré cet événement, ces fêtes marquent la complète réconciliation entre le roi et le prince de Condé.