vignette|L'humoriste Jamel Debbouze, d’origine marocaine, en 2013. « Beur » (féminin « beure » ou « beurette », en verlan rebeu) est un néologisme qui désigne initialement les personnes d'origine arabe nées sur le territoire français et dont les parents (sur les dernières générations) sont immigrés d'un pays du Maghreb ou plus généralement d'un pays arabe.
Le terme de jeune d’origine arabe peut également être employé encore qu'il se réfère davantage à un jeune dont le père ou l'un des parents est né dans un pays arabe (au sens large) sans que celui-ci soit né français, ce qui peut vouloir dire que ce parent est de culture arabeArnaud Dupray, Stéphanie Moullet, L’insertion des jeunes d’origine maghrébine en France : des différences plus marquées dans l’accès à l’emploi qu’en matière salariale, Marseille, Rabat, mai 2004..
Le terme « beur » est le verlan (syllabes d'un mot prononcé à l'envers) du mot « arabe » ; il a été popularisé au début des années 1980 par l'émergence de cette génération, jusqu'à faire émerger vers la fin des années 1990 l'idée d'une . Au féminin, il peut devenir , ou , terme qui selon les usages peut être perçu comme péjoratif. Le terme de « beurette » est qualifié par de nombreuses associations de lutte contre le racisme d'injure à caractère racial, il peut être rapproché de l'injure de pour les femmes noires.
Devenu commun à l'écrit et reconnu par certains dictionnaires, le terme tend cependant à être supplanté par son contre-verlan rebeu, dans la langue oraledéfinition sur linternaute.fr.
Apparition du terme dans les années 1980
Ce terme est apparu dans la langue vernaculaire des cités dans les années 1980. Il a ensuite été popularisé par Nacer Kettane cofondateur et animateur en 1981 de la radio associative Radio Beur, puis, en 1982, dans un article de Mustapha Harzoun et Edouard Waintrop publié dans le quotidien Libération sous le titre Un petit Beur et des youyous.
Le , le terme apparaît en une de Libération à propos de la Marche pour l'égalité et contre le racisme : Paris sur "Beur", La marche des jeunes franco-arabes "pour l'égalité" traverse Paris. La Marche pour l'égalité et contre le racisme, rebaptisée Antiracisme à travers les Unes de «Libé», Libération, 3 décembre 1983 revendiquait une carte de séjour de dix ans et le droit de vote des étrangers. "Cette Marche qui a relié Marseille à Paris entre octobre et est restée dans les mémoires notamment pour sa force symbolique : c'est la première fois que les descendants d'immigrés maghrébins interviennent sur la scène publique pour prendre la parole, un geste fort et porteur de beaucoup d'espoir quant à leur reconnaissance".
En 1984, Jean Djemad et la chorégraphe Christine Coudun fondent une des premières compagnies de danse hip-hop qu'ils nomment Black Blanc Beur. L'expression « black-blanc-beur » est reprise en 1998 à l'occasion de la victoire de l’équipe de France de football lors de la Coupe du monde de football de 1998 et est dès lors utilisée comme équivalent de , en parlant de la France.
Terminologie Le terme beur a été créé en verlan, à l'origine argot populaire des ouvriers, artisans et petits délinquants de Paris et de sa proche banlieue qui procède à l’inversion des syllabes d'un mot de base, en inversant l’ordre des syllabes du mot : a-ra-beu, donnant beu-ra-a, puis, par contraction, .. Ce qui donnera plus tard le contre-verlan .
Le terme beur a permis d'éviter l'usage des termes arabes et maghrébins parfois perçus, considérés ou utilisés dans des discours dépréciatifs, bien que les nord-africains ne soit pas tous arabes, une partie appartenant a des groupes amazighs divisés en plusieurs ethnies (kabyles, chleuh, rifains, touaregs, etc.). On continue aussi à associer les français ayant des origines (plus ou moins récentes) Maghrébines à la religion musulmane qui est la religion de la majorité des Maghrébins à 99%.
Les termes « beur » et « beurette » entrent dans le dictionnaire Petit Robert en 1996.. L'utilisation de ce terme est entrée dans le langage courant pour désigner de façon « policée » une personne d'origine maghrébine. Toutefois, le terme beur peut lui-même être perçu comme ayant une connotation péjorative ou raciste du fait de sa proximité phonétique avec le lexème beurrePropos d'étymologie sociale 2: Des mots en politique, Maurice Tournier, extrait: « (...) le terme, échappant au verlan originel, trouve dans certains discours de vieilles valeurs péjoratives, tant l'analogie avec notre beurre, dont les immigrés couvrent leurs tartines, est évidente ».
Le terme porte une distinction entre Français selon le lieu de naissance de leurs parents. Enfants d’immigrés, les Beurs sont parfois désignés par l'expression « immigrés de deuxième génération », en opposition aux « primo-arrivants »Une « question de la seconde génération » en France ? Le rôle de l'école dans la formation d'une identité minoritaire - par Patrick Simon .. Dans le langage administratif, on utilise le plus souvent l'expression plus neutre « Français issu de l'immigration ».
Ce terme, progressivement rejeté par les jeunes issus de l'immigration maghrébineGérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (-): Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007Anne Dujin, « La "beurette", icône républicaine devenue objet sexuel », lemonde.fr, 9 décembre 2017., tend à tomber en désuétude en langage populaire, au profit de son descendant, le mot (verlan du verlan)Descendants d'immigrés maghrébins, éternel étrangers ? : la fabrique du mot "Beur", France Culture, 25 mai 2018.
Contexte
L'immigration maghrébine a commencé en France avant que le mot beur soit utilisé..
La guerre d’Algérie a provoqué une vague migratoire importante et subite, qui a fait des Algériens une des principales communautés immigrées de France. Une génération plus tard, les à proprement parler n'ont pas grandi dans une revendication relative à cette guerre qu'ils n'ont pas connue, mais ont été la première génération postcoloniale à être née en France, à y grandir et à s'y intégrer..
Culture beur et discriminations
D'après Bouchera Azzouz, les beurs ont été les premiers à affronter la question d'une double culture, constituée d'une part des traditions familiales et d'autre part de la société d’accueilOn nous appelait beurettes, Bouchera Azzouz, 2018, film documentaire français de 58 minutes, en couleur.
Selon certains auteurs, les Beurs auraient créé un ensemble de comportements, de modes de vie, des modes vestimentaires, une littérature, un cinéma avec ses films culte, de la musique, un humour, etc., qui constitueraient la culture beur. espace supposé d'expression d'un mal-être de se sentir « partagé entre deux cultures », ainsi que de difficultés rencontrées dans leurs relations avec leur famille, souvent encore très marquée par leur pays d’origine, et la société française..
En littérature, selon Laura Reek, ..
L'identité beur est portée par certains artistes au cinéma, comme avec le film Beur sur la ville de Djamel Bensalah en 2011, qui mettait en scène des comédiens comme Booder et Ramzy Bedia, ou la même année Halal police d'État de Rachid Dhibou, avec les mêmes têtes d'affiche. Avant cela, le premier gros succès cinématographique mettant en vedette un beur fut probablement taxi de Luc Besson, en 1998, avec Samy Nacéri.
Ressemblances et dissemblances Un livre sur les Français d'origine maghrébine, africaine et turque ou « nouveaux Français » publié en 2005-2006 compare les ressemblances et dissemblances entre ces « nouveaux Français » et les autres français. Les auteurs, Sylvain Brouard et Vincent Tiberj, concluent que ces nouveaux français sont des Français comme les autres, avec des dissimilitudes plus de l'ordre des nuances que des contrastes, notamment sur des sujets tels qu'antisémitisme, exogamie, réussite individuelle, accès à l'emploi, participation électorale..
Alors que tout le monde s'accorde sur la difficulté d'intégration des immigrés, pour les nouveaux français cette difficulté résulterait du reste de la société, alors que pour le reste de la société, cette difficulté serait attribuée aux "immigrés".
Une étude du commissariat du Plan pointe dès 1984 le problème lié à la scolariasatoion des beurs: « ces enfants prennent (...) une distance par rapport à la culture et au tissu social de leurs parents », de sorte que « si l'école contribue à une apparente socialisation des jeunes et si elle homogénéise jusqu'à un certain point leurs aspirations par rapport à celles des jeunes autochtones de statut social comparable », elle concourt aussi à perturber leur personnalité."
Accès à l'emploi
En 2004 il a été considéré que le jeune homme d’origine maghrébine pouvait avoir une plus grande difficulté à accéder à un CDI, sans que cela ait un effet sur le salaire touché. Pour les femmes, l'accès à l'emploi et le salaire ne semblent pas différenciés par rapport aux femmes de référence. Image des femmes vignette|Femmes d'Alger dans leur appartement, d'Eugène Delacroix (1833), joue sur les fantasmes de l'époque coloniale en représentant des Algériennes lascives avec une chicha.. vignette|Charles Gleyre, La Pudeur égyptienne, 1838.Le peintre, selon un poncif orientaliste, représente ici une Égyptienne préférant montrer sa nudité plutôt que son visage. Entre deux sociétés, les beurettes, ou jeunes filles aux parents maghrébins, se trouvent dans une situation complexe, caractéristique de l'intersectionnalité..
Intersectionnalité D'après Bouchera Azzouz, les femmes ou , ont été les premières à affronter la question d'une double identité, constituée d'une part des traditions familiales et d'autre part de la société d’accueil.
Stéréotype de la beurette
Un féminin de est , cependant ce terme ne se limite pas à une féminisation, mais renvoie également dans certains contextes à tout un imaginaire particulier.
Colonialisme Selon le chercheur Nicolas Bancel, l'imagerie ethnographie des femmes indigènes photographiées (couvent contre leur gré) nues, et souvent de manière grivoise, a imprégné durablement l'imaginaire colonial.
Selon le géographe et chercheur spécialiste des géographies culturelles et économiques Jean-François Staszak, le quartier Bousbir à Casablanca au Maroc incarne un territoire dans lequel l'image de la femme nord-africaine correspond à l'imaginaire factice (néo)colonial : .
L'historienne Christelle Taraud rappelle que l'idée obsessionelle de créer une imagerie coloniale dévalorisante des individus vivant dans les territoires occupés s'illustre également dans le fait qu', contribuant aussi à fixer durablement dans les esprits un qui perdure dans les productions pornographiques contemporaines.
Dans Des Beurettes aux descendantes d’immigrants nord-africains, Nacira Guénif-Souilamas relève que la forme féminine de , le terme , est
Porteuse dans certains contextes d’une charge érotique, le terme devient par la suite une figure récurrente du film pornographique français au début des années 2000, comme le relève Fatima Aït Bounoua : . La France est le seul d'Europe occidentale à placer en tête des occurrences pornographiques une catégorie raciale : « beurette ». D'après Salima Tenfiche et Sarah Diffalah, cela est lié à l’héritage colonial et notamment à l'image de la femme maghrébine dans le cinéma colonialBeurettes : Un fantasme français, Salima Tenfiche et Sarah Diffalah, 2021, Éditions du SeuilSalima Tenfiche : « Le terme “beurette” montre que le corps des femmes arabes est le dernier territoire de conquête coloniale », Alizée Vincent, 5 mai 2021, Causette. D'après la doctorante en sciences politiques Karima Ramdani, il s'agit d'un fantasme orientaliste datant de l’époque coloniale : .