vignette|Les co-présidents et membres du Space Law Interest Group de l'American Society of International Law (ASIL) à la réunion de Washington DC en 2014. Gerald Shields est absent de la photographie car il l'a prise. Le droit de l'espace, au sens strict, est la branche du droit international qui traite des activités des États dans l'espace dit « extra-atmosphérique ».
Bien qu'il n'existe aucune limite entre l'espace aérien et l'espace cosmique (la limite atmosphérique n'étant pas reconnue en droit), les règles du droit de l'espace prévoient un régime spécifique pour les activités d'exploration et d'utilisation de l'espace « extra-atmosphérique ». Au sens large, le droit de l'espace comprend l'ensemble des règles relatives aux activités spatiales, y compris les règles de droit privé.
Historique Lorsqu'en 1957, l'URSS lança le premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik, s'ouvrit une nouvelle ère. Cette exploration (alors qualifiée de « conquête ») d'un domaine tout à fait nouveau posa très rapidement des questions de natures très diverses. Au lieu d'étendre les principes applicables à d'autres domaines du droit des gens, les nations entreprirent d'instituer un corps de principes et de règles totalement nouveaux. Celui-ci inspira quelques années plus tard le droit international de la mer.
Un organe spécifique fut créé en 1959 au sein de l'Assemblée générale des Nations unies : le Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique (dit ). Ce comité est secondé par deux sous-comités, dont l'un chargé des questions juridiques.
Les réponses normatives aux questions posées par la course à l'espace furent très rapides. Le , l'Assemblée générale des Nations unies adopta par sa résolution 1962 (XVIII) une Déclaration des principes juridiques régissant les activités des États en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique. L'Espace était exploré et utilisé pour le bien commun de l'Humanité, n'était pas susceptible d'appropriation et ne pouvait être l'objet de souveraineté nationale. En outre, la responsabilité des États actifs dans ce domaine était engagée pour toutes les activités menées sous leur juridiction, qu'elles le soient par leur gouvernement ou par des particuliers. Cette résolution préfigurait les cinq grands traités du droit de l'espace.
Les principales sources du droit de l'espace Les principales sources du droit de l'espace stricto sensu sont les suivantes.
Traités internationaux négociés au sein des Nations unies Les traités internationaux négociés au sein des Nations unies sont au nombre de cinq : le Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, conclu le et entré en vigueur le (dit « Traité de l'espace »). Ce traité constitue en quelque sorte la « Charte de l'Espace ». Il reprend la plupart des principes énoncés par la Résolution de 1963 et il consacre le statut « d'envoyés de l'Humanité » des spationautes ; l'Accord sur le sauvetage des astronautes, le retour des astronautes et la restitution des objets lancés dans l'espace extra-atmosphérique (dit ), conclu le et entré en vigueur le . Ce traité prévoit les mesures en cas de retombée d'objets spatiaux, habités ou non, sur terre. Par ailleurs, il impose une obligation de secours et d'assistance aux spationautes dans l'espace extra-atmosphérique ; la Convention sur la responsabilité internationale pour les dommages causés par des objets spatiaux (dite « Convention sur la responsabilité spatiale »), conclue le et entrée en vigueur le . Elle impose aux États une forme de responsabilité internationale exorbitante par rapport au droit commun. Les États qui procèdent ou font procéder à un lancement, de même que ceux qui prêtent leur territoire ou leurs installations aux fins d'un lancement, sont solidairement tenus du dommage qui pourrait être causé par l'objet spatial ou ses composants. Cette responsabilité est basée sur la faute lorsque le dommage est causé dans l'Espace. Elle est absolue lorsque le dommage est causé à la surface de la Terre ou à un aéronef en vol ; la Convention sur l'immatriculation des objets lancés dans l'espace extra-atmosphérique (dite « Convention sur l'immatriculation »), conclue le et entrée en vigueur le . Cette convention édicte l'obligation pour l'État lançant un objet spatial d'immatriculer cet objet et de communiquer les informations relatives à son identification au secrétaire général des Nations unies. Un État conserve sous sa juridiction un objet immatriculé par lui. ; l'Accord régissant les activités des États sur la Lune et les autres corps célestes (dit « Traité sur la Lune »), conclu le et entré en vigueur le cf Traité sur la Lune, site des Nations unies. Ce dernier traité rencontra sensiblement moins de succès que le précédent quant à son taux de ratification. Ainsi, les grandes puissances impliquées dans la recherche spatiale, telles que les États-Unis, la Russie, la Chine, la France..., ne l'ont pas ratifiéPhilippe Achilleas, Espace : la loi du plus fort sera toujours la meilleure, Pour la science, n°460, (février 2016), p.12-13.. Le fait qu'il consacre la Lune et les autres corps célestes du Système solaire comme « patrimoine commun de l'Humanité » n'y est certainement pas étranger. À cet égard, il annonçait les difficultés qu'allaient rencontrer la Convention de Montego Bay sur le Droit de la Mer et, plus particulièrement, sa relative à l'exploitation des hauts fonds marins.
Les Résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies Puisque émis par l'Assemblée générale et non le Conseil de sécurité, ces actes internationaux n'ont pas de force obligatoire. Ils n'en constituent pas moins des normes de référence incontournables pour l'ensemble des Nations unies. Ces résolutions sont les suivantes : Résolution 1962 (XVIII) portant Déclaration des principes juridiques régissant les activités des États en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, adoptée le . Il s'agit du texte à l'origine des principes consacrés quelques années plus tard par les traités internationaux ; Résolution 37/92 sur les Principes régissant l'utilisation par les États de satellites artificiels de la Terre aux fins de la télévision directe internationale, adoptée le . Ces principes régissent les émissions de programmes de télévision qui peuvent être directement captés hors des frontières d'un État ; Résolution 41/65 sur les Principes sur la télédétection, adoptée le . Ces principes s'appliquent aux activités d'observation active de la Terre, principalement à la détection de ressources naturelles ; Résolution 47/68 sur les Principes relatifs à l'utilisation de sources d'énergie nucléaire dans l'espace, adoptée le . Ces principes édictent les précautions à prendre lors du lancement de sources d'énergie nucléaire dans l'Espace ; Résolution 51/122 portant Déclaration sur la coopération internationale en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace au profit et dans l'intérêt de tous les États, compte tenu en particulier des besoins des pays en voie de développement, adoptée le . Cette Résolution présente un contenu plus politique. Elle réaffirme les principes fondamentaux du droit de l'espace ; Résolution 59/115 sur l'application de la notion d'État de lancement, adoptée le . Cette résolution vise à harmoniser la mise en œuvre par les États de ce concept-clé du droit de l'espace ; Résolution 62/101 portant recommandations visant à renforcer la pratique des États et des organisations internationales intergouvernementales concernant l'immatriculation des objets spatiaux, adoptée le . Cette résolution vise à harmoniser et à rendre plus cohérentes les pratiques respectives des États en matière d'immatriculation d'objets spatiaux, conformément aux dispositions du Traité de l'espace et de la Convention sur l'immatriculation de 1975. Résolution 68/74 portant recommandations sur les législations nationales relatives à l'exploration et l'utilisation pacifiques de l'espace extra-atmosphérique, adoptée le . Cette résolution encourage les États à adopter des législations nationales qui transposent et mettent en œuvre les traités internationaux.
À côté de ces résolutions, il faut également citer celle adoptée à l'issue de la Troisième conférence des Nations unies sur l'exploration et l'utilisation pacifique de l'espace extra-atmosphérique qui s'est tenue à Vienne, en . Il s'agit, là aussi, d'un texte éminemment politique.
En 2007, le Comité des Nations unies pour les Utilisations pacifiques de l'Espace extra-atmosphérique a entériné un ensemble de Lignes directrices pour la réduction des débris spatiaux. Ces lignes directrices sont largement basées sur celles préconisées par l'IADC (Comité inter-agences sur les débris spatiaux).
En 2009, au terme d'un effort conjoint du Sous-Comité scientifique et technique du Comité des Nations unies pour les Utilisations pacifiques de l'Espace extra-atmosphérique et de l'Agence internationale pour l'Énergie nucléaire, un Cadre de sûreté pour l'utilisation de sources d'énergie nucléaire dans l'espace extra-atmosphérique a été adopté.
Les autres sources du droit de l'espace Outre les traités et les résolutions des Nations unies, d'autres instruments internationaux sont sources de droit de l'espace : certains accords internationaux multilatéraux, comme l'Accord intergouvernemental pour le développement et l'utilisation de la Station spatiale internationale, conclu en 1988 et révisé en 1998 ; certains accords bilatéraux entre États ou organisations internationales ; certains actes ou traités fondateurs instituant des organisations internationales spécialisées ou actives dans le domaine des activités spatiales (Convention de l'Agence spatiale européenne, Convention EUMETSAT, Constitution, Convention et règlements de l'Union internationale des télécommunications, etc.) ; à certains égards, les législations nationales constituent un apport au droit de l'espace. Des pays comme les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'Australie, la Russie, la Suède ou le Canada disposent de législations spatiales (exemple : loi relative aux opérations spatiales), dont certaines instituent des organismes ou agences spécialisées (exemple : NASA) ; enfin, le droit international demeure la source fondamentale du droit de l'espace: les principes généraux, la Charte des Nations unies, la jurisprudence internationale (même s'il n'existe à ce jour aucune jurisprudence internationale en matière spatiale).
Les principes fondamentaux Le principe de la liberté d'exploration et d'utilisation Le principe de liberté d'exploration et d'utilisation de l'espace établi à l'article 1 du traité de 1967, ne bénéficie qu'aux États. Les entités privées ne peuvent utiliser librement l'espace qu'à la condition d'y avoir été autorisées par leur État de rattachement (article VI du traité de 1967).
Selon ce principe, dont certains auteurs estiment qu'il est devenu règle de droit international coutumier, aucun État ne peut se voir imposer des restrictions ou des conditions par un autre État pour explorer et utiliser l'espace conformément au droit international. Ce principe est souvent mis en avant par les États qui souhaitent utiliser l'Espace comme source d'informations stratégiques sur les activités d'États tiers. Ainsi, le survol du territoire d'un État par un satellite de reconnaissance est, en principe, libre.