Lexpédition antarctique australasienne (en , AAE), dite expédition Aurora ou expédition Mawson, est une expédition australasienne en Antarctique. Menée entre 1911 et 1914 par Douglas Mawson, elle permet l'exploration et la cartographie d'une partie quasiment inexplorée de la côte de l'Antarctique située au sud de l'Australie, entre le cap Adare et le mont Gauss.
Mawson s'inspire pour sa propre expédition de ses expériences lors de l'expédition Nimrod (1907-1909) d'Ernest Shackleton. Pendant son séjour en Antarctique, les équipes à traîneau de l'expédition parcourent environ de territoire inexploré, tandis que son navire, le SY Aurora, navigue sur de côtes non cartographiées. Les activités scientifiques comprennent des mesures météorologiques, des observations sur le magnétisme, un vaste programme océanographique et la collecte de nombreux échantillons biologiques et géologiques, dont la découverte de la première météorite récoltée en Antarctique. L'expédition est la première à établir et à maintenir un contact sans fil entre l'Antarctique et l'Australie. Une autre innovation prévue, l'utilisation d'un avion, est contrecarrée par un accident avant le départ de l'expédition. Le fuselage de l'avion est alors adapté pour former un « traîneau à traction aérienne », mais il s'avère d'une utilisation très limitée.
L'expédition est organisée en trois bases : une sur l'île subantarctique de Macquarie et deux sur le continent antarctique. La base principale, sous le commandement de Mawson, est installée au cap Denison, à environ à l'ouest du cap Adare, et une base ouest sous le commandement de Frank Wild est établie sur la barrière de Shackleton, à plus de à l'ouest du cap Denison. Les activités dans les deux bases continentales sont entravées par des vents extrêmes, qui rendent souvent impossible le travail à l'extérieur.
L'expédition est marquée par la mort de deux membres lors d'une tentative d'atteindre la terre de Oates : Belgrave Edward Sutton Ninnis, qui tombe dans une crevasse, et Xavier Mertz, qui meurt lors d'un pénible voyage de retour. Mawson, qui les accompagne sur le traîneau, est ensuite contraint de faire une marche ardue en solitaire pour retourner à la base. Il rate le départ du navire et doit passer une année supplémentaire au cap Denison, avec un groupe de secours de six personnes. Ce séjour est également rendu difficile par le développement de troubles mentaux chez leur opérateur sans fil. Lorsque Mawson revient de l'Antarctique, il est accueilli en héros et reçoit de nombreuses distinctions, dont un titre de chevalier. Les études scientifiques fournissent des données abondantes et détaillées et le vaste programme d'exploration de l'expédition jette les bases des revendications territoriales ultérieures de l'Australie en Antarctique.
Contexte
thumb|upright=0.8|left|alt=Trois hommes se tenant près d'un drapeau.|Alistair Mackay, Edgeworth David et Douglas Mawson au pôle Sud magnétique le pendant l'expédition Nimrod d'Ernest Shackleton.
En , un groupe de trois hommes de l'expédition Nimrod d'Ernest Shackleton calcule qu'ils ont atteint le pôle Sud magnétique. Ce groupe comprend un jeune géologue australien, Douglas Mawson, qui, inspiré par ses expériences, rentre chez lui avec l'idée d'organiser sa propre expédition. Son intérêt particulier ne se porte pas sur le pôle Sud géographique, mais sur l'exploration des terres antarctiques à l'ouest du cap Adare, immédiatement au sud de l'Australie. Cette côte a été partiellement explorée dans les années 1840 par le Français Jules Dumont d'Urville (expédition Dumont d'Urville) et l'Américain Charles Wilkes (expédition Wilkes), mais n'a pas été visitée depuis.
En , à Londres, Mawson rencontre Robert Falcon Scott, qui prépare alors son expédition Terra Nova. Scott est impressionné de la participation réussie de l'Australien à l'expédition Nimrod et lui propose de se joindre à son expédition à la tête d'une équipe indépendante, basée au cap Adare. Bien que Mawson se montre intéressé, ils ne parviennent pas à s'entendre sur l'étendue des responsabilités de ce dernier et à inclure les objectifs du géologue dans les siens.. Shackleton, qui est à Londres pour étudier la possibilité d'organiser et de financer sa propre expédition, suggère à Mawson qu'il pourrait agir en tant que scientifique en chef. Tandis que Shackleton collecte des fonds en donnant des conférences en Amérique, Mawson est envoyé étudier la possibilité d'acheter et de développer une mine d'or en Hongrie pour diversifier les sources de financement. Comme la demande semble étrange, Mawson contacte Shackleton pour vérifier s'il est toujours concrètement engagé dans l'expédition. Le , Shackleton publie donc une déclaration confirmant le poste de Mawson en tant que scientifique en chef, ajoutant que, si lui-même est incapable d'accompagner l'expédition, . Avec cette assurance, Mawson retourne en Australie.
Son incertitude renaît toutefois après les mois de silence qui suivent. Shackleton essaye toujours de lancer l'entreprise d'extraction d'or et lutte pour lever des fonds pour l'expédition. Enfin, le , Shackleton confirme qu'il ne peut se joindre à l'expédition mais que, comme promis, il apporte tout son soutien à Mawson.
Préparatifs Objectifs vignette|alt=Carte montrant l'Australie et la zone de l'Antarctique au sud de celle-ci. Les endroits étiquetés en dehors de l'Antarctique sont Sydney, Wellington, Hobart et l'île Macquarie ; et d'est en ouest en Antarctique, Cap Adare, base principale, base ouest, le mont Gauss.|Carte des lieux notables de l'expédition antarctique australasienne.
En , Mawson révèle ses plans lors d'une réunion de l'Australasian Association for the Advancement of Science (AAAS). Il a l'intention d'opérer dans l'arc côtier antarctique entre le cap Adare à l'est et le mont Gauss (Gaussberg) à l'ouest. À l'intérieur de ces limites, déclare Mawson, s'étend le territoire . Une étude scientifique et géographique complète de ces terres doit être accompagnée d'un programme océanographique par navire. L'AAAS répond à ces propositions avec enthousiasme. Un comité est formé sous la présidence du professeur Edgeworth David de l'université de Sydney et Mawson acquiert rapidement le soutien des communautés scientifiques et politiques, ainsi que des promesses de soutien financier d'industriels de premier plan. Assuré que son expédition est maintenant lancée en toute sécurité, Mawson se rend à Londres pour commencer les arrangements pratiques.
L'intention initiale de Mawson est d'établir sa principale base côtière au cap Adare et d'en établir d'autres plus à l'ouest. Il juge nécessaire de modifier cela quand, en , il apprend que l'expédition de Scott envoie un groupe détaché dans la région du cap Adare. En conséquence, il décide de déplacer sa base principale bien plus à l'ouest du cap, en territoire inexploré.
Le navire et l'équipement
À Londres, à la recherche d'un navire convenable, Mawson sollicite l'aide de John King Davis, à qui il offre le poste de capitaine du navire et de commandant en second de l'expédition. Davis avait servi comme officier en chef du Nimrod lors de la récente expédition de Shackleton et avait agi comme capitaine lors du voyage de retour en Angleterre. Il accepte l'offre de Mawson sans hésitation..
Mawson espère sécuriser l'un des nouveaux navires d'expédition antarctique mais aucun d'entre eux n'est disponible. Il se replie finalement sur lAurora, un vieux baleinier de Dundee, construit en 1876 pour travailler dans l'Arctique. En 1884, le navire avait participé aux efforts de sauvetage de l'expédition de la baie Lady Franklin de l'explorateur américain Adolphus Greely. Le navire coûte de l'époque, ce que Mawson considère comme une bonne affaire. Davis supervise un vaste radoub, qui comprend des modifications de son gréement et une grande réorganisation interne pour fournir un espace de vie approprié, des laboratoires et du stockage supplémentaire.
L'équipement spécialisé requis pour le programme océanographique comprend deux sondeurs : un sondeur Lucas pour des travaux à des profondeurs allant jusqu'à () prêté à l'expédition par Bruce, et une machine Kelvin plus légère pour une utilisation dans des profondeurs plus limitées. Mawson acquiert également un petit monoplan R.E.P. de Vickers., à la fois pour son utilité potentielle et sa valeur publicitaire considérable. L'avion est expédié en Australie où il est gravement endommagé lors d'un vol de démonstration. Mawson doit d'abandonner l'idée d'un avion, mais en enlevant les ailes et en adaptant le fuselage et le moteur, il peut créer un traîneau à moteur : un « traîneau à traction aérienne ».
thumb|left|alt=Un navire sombre se distinguant devant la banquise blanche où sont visibles des manchots.|Le SY Aurora ancré à la banquise pendant l'expédition.
Les intérêts technologiques de Mawson s'étendent au nouveau domaine de la télégraphie sans fil. Après des discussions avec le Bureau météorologique du Commonwealth, il décide d'installer une base supplémentaire sur l'île Macquarie, à mi-chemin entre la Tasmanie et l'Antarctique, pour servir de station relais pour les messages sans fil entre l'Antarctique et l'Australie. L'établissement d'une base à Macquarie a l'avantage supplémentaire de permettre la première étude scientifique appropriée de l'île.
Les membres
Avant de retourner en Australie, Mawson recrute celui qu'il surnomme , c'est-à-dire le vétéran polaire Frank Wild, en tant que chef de l'une des bases continentales proposées. Wild avait refusé une invitation à rejoindre l'expédition de Scott à cause de la rigidité toute militaire de cet officier. Mawson embauche également Belgrave Edward Sutton Ninnis, un lieutenant de vingt-trois ans dans les Royal Fusiliers dont le père, également appelé Belgrave Ninnis, était membre de l'expédition Arctique britannique (1875-1876). Ninnis doit prendre en charge les cinquante chiens d'attelage de l'expédition une fois arrivés du Groenland ., même s'il n'a aucune expérience préalable avec les chiens. Il doit être assisté par un autre maître-chien novice, Xavier Mertz, un Suisse champion de saut à ski et alpiniste, dont Mawson pense que l'expertise en ski peut être un atout important.
Pour préserver le caractère principalement « australasien » de l'expédition, Mawson recrute son personnel scientifique dans les universités d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Aux postes-clés figurent , un Néo-Zélandais de vingt-deux ans devenu responsable du magnétisme, et Cecil Madigan, également âgé de vingt-deux ans, nommé météorologue de la base principale. Madigan reporte une bourse Rhodes à l'université d'Oxford pendant un an pour rejoindre l'expédition. La décision d'établir un relais sans fil et une station scientifique sur l'île Macquarie signifie également le recrutement d'une nouvelle équipe de cinq hommes. Pour commander la station, Mawson nomme George Ainsworth du Bureau météorologique du Commonwealth, ainsi que deux techniciens spécialistes de la transmission sans fil, un géologue et un biologiste. En tant que photographe de l'expédition, Mawson engage Frank Hurley qui avait offert ses services gratuitement dès qu'il avait entendu que Mawson recrutait.
Financement thumb|upright=1.4|alt=Carte ancienne montrant le trajet de l'expédition.|Carte de l'expédition antarctique australasienne (1911-1914).
Conformément à son engagement de soutenir l'expédition, Shackleton persuade le baron de la presse Alfred Harmsworth, Northcliffe, de publier un appel de fonds dans le Daily Mail. L'appel entraîne un afflux immédiat d'argent : plus de en deux jours. Le gouvernement britannique donne et, après une présentation réussie de Mawson, la Royal Geographical Society contribue de . Au total, à la suite de l'appel, les sources d'origine britanniques fournissent un montant proche de .