Félicien Rops, né le à Namur et mort le à Essonnes, est un peintre, dessinateur, illustrateur et graveur belge.
Biographie Enfance et jeunesse à Namur vignette|redresse|gauche|Façade de la maison natale de Rops au 33, rue du Président à Namur. Félicien Victor Joseph Rops naît le en la demeure de ses parents à Namur, place Marché au beurre (actuelle place Chanoine Descamps). Une plaque commémorative se trouve sur la façade arrière de la maison, rue du Président. Il est baptisé le lendemain à l'église Saint-Loup..
Félicien Rops est le fils unique de l'industriel Nicolas-Joseph Rops (1782-1849) et de Sophie Maubille (1794-1872). Son père produit et commercialise des tissus imprimés, il est passionné de musiqueSon père jouait de la musique avec deux amis, Karl-Ludwig Büch et Van Gelroth. et d'horticulture. (Félicien hérite de ce goût pour l'horticulture, à laquelle il se consacre, notamment, à la fin de sa vie, dans sa propriété d'Essonnes). En 1837, alors que le jeune Félicien a quatre ans, la famille quitte le quartier du Vieux Namur où il est né et s'installe dans un hôtel de maître qu'a fait construire son père dans une autre partie de la ville correspondant mieux à leur statut de bourgeois aisé (la rue Neuve, actuellement nommée rue Pépin).
Dès 1838, Rops est scolarisé chez les Jésuites, au collège Notre-Dame de la Paix. Il reçoit également un enseignement de précepteurs privés, à domicile. Au collège, il rencontre notamment le futur écrivain Octave Pirmez, d'un an son aîné, dont l'amitié se prolongera par une longue relation épistolaire. Il est bon élève. et se voit récompenser en 1844 par le premier prix d'excellence. Il quitte cet établissement en 1849 et poursuit ses études à l'Athénée royal de Namur. Parallèlement, il suit des cours de peinture à l'Académie des Beaux-Arts de Namur, auprès de Ferdinand Marinus.
Nicolas-Joseph, son père, meurt le . Félicien, alors âgé de quinze ans, est placé sous la tutelle de son oncle Alphonse Rops. Ses relations avec son tuteur, échevin de la ville de Namur, sont difficiles : dans ses lettres, Félicien décrit celui-ci comme intransigeant et sermonnaire, ce qui ne fait qu'accroître sa soif de liberté et d'évasion. De plus, il se sent étouffé dans cette ville qu'il estime envahie par la pensée bourgeoiseIl l'exprime notamment a posteriori dans une lettre à Armand Rassenfosse, datée du : (Extrait cité dans Le Musée provincial Félicien Rops Namur, dir. Bernadette Bonnier, Bruxelles, Fonds Mercator et Dexia Banque, 2005, )..
Carrière bruxelloise vignette|redresse|gauche|Paul Mathey, Félicien Rops dans son atelier (vers 1888), dépôt du musée d'Orsay au château de Versailles. Rops quitte Namur en 1851. Inscrit à l'Université libre de Bruxelles, pour une candidature en philosophie préparatoire au droit, il rejoint le cercle littéraire Les Joyeux, fondé en 1847 par une vingtaine d'amis dont l'écrivain Charles De Coster.. Si Félicien apprécie tout particulièrement l'effervescence créative et audacieuse de ce milieu estudiantin (en témoignent les efforts qu'il déploie pour créer l'hebdomadaire Uylenspiegel, sous-titré Journal des ébats artistiques et littéraires, qui parait dès et jusqu'en 1863, faisant date dans l'histoire littéraire belge ), il ne cherche nullement à décrocher un diplôme. Il continue en revanche à se former à la peinture par sa participation à l'Atelier Saint-Luc, animé par Ernest Slingeneyer et rassemblant des artistes d'avant-garde.
Ses premières œuvres publiées (notamment dans le journal Le Crocodile) sont principalement des caricatures. Parmi celles-ci, La Médaille de Waterloo (1858), charge contre les Belges arborant la médaille de Sainte-Hélène (créée l'année précédente), choque véritablement l'opinion publique et lui vaut une provocation en duel de la part du fils d'un officier de l'EmpireL'anecdote est racontée par le journaliste et écrivain Alfred Delvau, ami proche de Rops qui l'a d'ailleurs introduit dans le milieu parisien, dans le journal londonien La Tamise : (Extrait cité dans Erastène Ramiro [pseudonyme d'Eugène Rodrigues], Félicien Rops, Paris, G. Pellet, H. Floury, 1905, ).Ce n'est pas la seule occasion où Félicien Rops veut défendre son honneur par les armes. En 1886, déjà cinquantenaire, Rops envisage ainsi de provoquer en duel l'avocat Adolphe Englebienne, de onze ans son cadet. Celui-ci défend alors le député Gustave Vandersmissen, accusé d'avoir assassiné son épouse de cinq coups de revolver. Au cours du procès, M Englebienne diffuse les lettres que Rops avait envoyées à la victime durant leur relation, ternissant du coup la réputation de celui-ci (au sujet de l'affaire Vandersmissen, lire notamment Du fait divers médiatique à la littérature judiciaire : l’affaire Vandersmissen de Paul Aron, FNRS-Université libre de Bruxelles, Centre Philixte). Le projet du dessinateur d'en demander réparation est rapporté par Edmond et Jules de Goncourt dans leur Journal des Goncourt : Mémoires de la vie littéraire (Paris, Bibliothèque-Charpentier), qui attribuent l'origine de cette information à l'écrivain Georges Rodenbach : (Extrait de l'entrée du )..
Après ces débuts de caricaturiste, Rops entame une carrière d'illustrateur. Il contribue notamment à l'édition des œuvres de son ami Charles De Coster (dont La Légende et les aventures d'Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandre et ailleurs, parue en 1867) et — son succès l'ayant amené à Paris — de celles de Jules Barbey d'Aurevilly, de Joséphin Peladan, de Félicien Champsaur ou de Stéphane Mallarmé.
À Bruxelles, Rops est membre de la Société des agathopèdes et de la Société libre des beaux-arts dont il devient vice-président en 1868. Il y fonde également la Société internationale des Aquafortistes, dont les statuts sont rédigés le Au sujet de cette vaste entreprise, lire : Méneux, C., La Magie de l'encre. Félicien Rops et la Société internationale des aquafortistes (1869-1877), éditions Pandora, 2000.. Cette entreprise, rapidement interrompue par la guerre franco-prussienne qui paralyse l'Europe, n'aboutit cependant pas, faute de parvenir à réunir des artistes issus d'autres nations que la France, les Pays-Bas et la Belgique. Malgré une relance après la fin du conflit, le départ de Belgique de Rops, puis celui de l'imprimeur François Nys, son plus important collaborateur, provoquent la fin d'activité de cet embryon de société internationale, en .
En , Rops, au même titre qu'Anna Boch, est admis comme membre du Groupe des XX en remplacement de Frans Simons et de Théodore Verstraete, tous deux démissionnaires. L’année précédente, Rops avait participé en tant qu'artiste invité au premier salon annuel des XX, où il avait présenté sa Tentation de saint Antoine.
Féru de botanique, il s'y adonne en compagnie de l'éditeur français Auguste Poulet-Malassis, exilé à Bruxelles de à . Pour celui-ci, il réalise les frontispices des Bas-fonds de la société d'Henry Monnier (1864), du Diable au corps d'Andrea de Nerciat (1865), des Épaves de Charles Baudelaire (1866), des Jeunes France de Théophile Gautier (1866), de Gamiani d'Alfred de Musset (1866) ou encore de Point de lendemain de Vivant Denon (1867)..
Franc-maçon, il devient membre de la loge maçonnique namuroise La Bonne Amitié, du Grand Orient de Belgique, le . Pierre-Joseph Proudhon assistera à son initiation. Il y aurait même prononcé un discoursC. De Brouwer et Raphael Lagasse, Pierre-Joseph Proudhon et l'Université libre de Bruxelles, Éd. de l'UAE, 2013..
Vie de famille à Thozée vignette|redresse|Le château de Thozée en 2011. Le , Rops épouse Charlotte Polet de Faveaux, fille d'un juge au Tribunal de Namur, qu'il connait depuis l'université. Les époux vivent successivement à Namur (13, rue Neuve), à Bruxelles où ils se font construire une maison au rond-point de l'avenue Louise et au château de Thozée, près de Mettet, gentilhommière dont Charlotte a hérité après le décès d'un de ses oncles. Rops profite de ce grand domaine pour inviter chez lui de nombreux artistes et amis, Charles Baudelaire notamment.
De son union avec Charlotte naissent un fils, Paul, le , et une fille, Juliette. Celle-ci, née le , meurt d'une méningite à l'âge de cinq ans le , causant à Rops un grand chagrin.
Passionné de canotage, Rops collabore en 1862 à la fondation de l'actuel Royal Club Nautique Sambre et Meuse (anciennement Cercle Nautique de Sambre et Meuse), dont il est le premier président jusqu'en 1869. À la suite des démarches effectuées par le graveur et ses comparses, le cercle obtient le titre de « société royale » dès 1865 par S.A.R. le duc de Brabant (le futur Léopold II) qui accepte pour son fils, le petit prince comte de Hainaut, la présidence du RCNSM..
Carrière parisienne redresse|vignette|La Dame au pantin (1877). Les contacts de Félicien Rops avec la vie parisienne remontent à sa rencontre avec le journaliste et écrivain Alfred Delvau. Après avoir fait son éloge en lui consacrant une critique dans le journal RabelaisCritique signée du pseudonyme de Léon Fuchs, publiée dans le Rabelais du ., Delvau le charge de réaliser les frontispices de plusieurs de ses ouvrages : Histoire anecdotique des Cafés et Cabarets de Paris (1862), Les Cythères parisiennes, histoire anecdotique des bals de Paris (1864) et Dictionnaire érotique moderne (1864). Ce sont ces commandes qui amènent Rops à accompagner le journaliste dans les bas-fonds parisiens pour se documenter. Les « cocottes » parisiennes (Manette Salomon ou Parisine, 1867 ; La Buveuse d'absinthe, 1869 ; La Dèche, 1882…) et les débits de boissons (Le Gandin ivre, date inconnue ; Le Bouge à matelots, 1875 ; Le Quatrième Verre de cognac, vers 1880…) font alors massivement leur entrée dans son œuvre.
C'est également Delvau qui présente Rops à l'éditeur Auguste Poulet-Malassis, à Paris en 1863. Celui-ci confie de nombreux projets au graveur, surtout après son exil à Bruxelles. Il s'agit principalement d'illustrations d'ouvrages licencieux (les deux hommes ont travaillé ensemble sur trente-quatre titres entre 1864 et 1870), qui lui valent encore aujourd'hui une réputation sulfureuse, obérant sa reconnaissance publique.