Gedhun Choekyi Nyima (), né le à Lhari dans la préfecture de Nagchu au Tibet, a disparu le , trois jours après avoir été désigné par le comme étant la du panchen-lama.. Accusé par le gouvernement tibétain en exil de l'avoir enlevé ainsi que sa famille et de les retenir prisonniers, le gouvernement chinois déclara que ces derniers, craignant pour la sécurité de leur enfant, lui avaient demandé de les protéger. Le gouvernement de la région autonome du Tibet affirme que le jeune homme vit désormais comme un citoyen ordinaire. En 2018, le dalaï-lama a déclaré qu'il tenait de source sûre que Gedhun Choekyi Nyima était bien vivant et qu'il faisait des études. Cependant, ce dernier n’est jamais réapparu en public depuis 1995, et des instances des Nations unies soulignent le déficit d'information à son sujet.

Contexte

La nomination et la disparition de Gedhun Choekyi Nyima s'inscrivent dans les relations entre le gouvernement chinois et le dalaï-lama notamment au sujet du processus de reconnaissance des réincarnations.

En 1992, Orgyen Trinley Dorje est reconnu comme le karmapa, dignitaire religieux du Tibet, à la fois par le dalaï-lama et le gouvernement chinois, qui autorisent tous deux son intronisation la même année au monastère de TsourphouSofia Stril-Rever et dalaï-lama, Appel au monde, Seuil, 2011, , .. Le père du karmapa est même autorisé à porter un badge figurant le dalaï-lama, ce qui suggère qu'en 1993-1994, le dégel opéré dans les années 1980 par Hu Yaobang au Tibet était encore visible. Le forum sur le travail au Tibet qui se tint à Pékin en 1994 y mit fin..

La succession controversée du

Le , le meurt subitement à l’âge de . Les médecins diagnostiquent une crise cardiaque due au surmenage, alors que le gouvernement tibétain en exil affirme qu'il a été empoisonné par le gouvernement chinois quelques jours après son discours historique critiquant la politique chinoise et affirmant sa loyauté envers le dalaï-lama BBC NEWS | Asia-Pacific | Profile: Hu Jintao..

Après sa mort, le Parti communiste chinois chargea Chadrel Rinpoché, responsable du monastère de Tashilhunpo qu'il croyait lui être favorable Thubten Samphel, Chadrel Rinpoche stripped of more posts (CTA), 25 mai 1996.Matt Forney, Le temps joue en faveur de Pékin, 10 février 2005, Courrier international , de trouver la réincarnation du panchen-lama. Le dalaï-lama proposa au gouvernement de Pékin de dépêcher une délégation de hauts dignitaires religieux pour assister Chadrel Rinpoché, mais l’offre fut rejetée par la ChineJean-Claude Buhrer, , 29 juin 1995, Le Monde, qui la qualifia de « superflue ». Le dalaï-lama et les autorités tibétaines commencèrent à organiser les recherches de leur côté suivant les traditions tibétaines. Au Tibet, Chadrel Rinpoché retint trois enfants aux qualités remarquables, dont le petit Gedhun Choekyi Nyima, fils de nomades tibétains. Selon Tempa Tsering, les communications entre le dalaï-lama et Chadrel Rinpoché étaient officielles et utilisaient les canaux de l'ambassade de Chine en Inde, ou de l'association bouddhiste de Chine Tibetan government-in-exile condemns sentencing of Chadrel Rinpoche, Press Trust of India, 9 mai 1997.. Lors de l'examen, Gedhun reconnut sans hésiter les biens du défunt lama. Il avait d'ailleurs déclaré à ses parents : The Panchen Lama's recognition process.. Le , ce jeune garçon de six ans fut officiellement désigné par le dalaï-lama comme étant le ., sur les conseils de l'oracle de Nechung. Il a affirmé qu'il s'agissait d'une « question purement religieuse » et a appelé la Chine « à élargir son accord, sa coopération et son assistance » John Powers, The Buddha Party: How the People's Republic of China Works to Define and Control Tibetan Buddhism, Oxford University Press, 2016, , p. 118.

Disparition forcée Trois jours après sa désignation, Gedhun Choekyi Nyima et ses parents disparurent Seth Faison, Beijing Seems to Lose Battle Over Who Is the Real Lama, The New York Times, 9 juillet 1999, reproduit sur le site d'International Campaign for Tibet : .Préoccupations d'Amnesty International France. et furent placés dans un lieu tenu secret, à Pékin selon Tibet Information NetworkCaroline Puel, Entre Pékin et les Tibétains, la guerre des lamas continue. La Chine espère asseoir son contrôle sur le Tibet., Libération, 30 novembre 1995. La disparition de l'enfant à l'âge de six ans, souvent qualifiée d'enlèvement..., fit de lui, selon les exilés tibétains et des associations de défense des droits de l'homme dont Amnesty International, « le plus jeune prisonnier politique du monde ». Benjamin Kang Lim, World's youngest political prisoner turns 17, Reuters, April 23, 2006 : . Thomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, Grove Press, N.Y., 2006, p. 374 . Laura Neack, The New Foreign Policy: U.S. and Comparative Foreign Policy in the 21st Century, p. 3.

Selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, le même jour Chadrel Rinpoché a été arrêté et emprisonné pour avoir informé le dalaï-lama. Sept ans plus tard, en 2002, il a été relâché et mis en résidence surveillée TCHRDChadrel Rinpoche released from prison but under house arrest..

La Chine a démenti durant plus d'une année détenir Gedhun et sa famille. Interfaith International, WS on Panchen Lamas Case, Interfaith International : ..

Le documentaire de 2025 ITV Exposure, Inside China: The Battle for Tibet enquête en Chine sur le sort de Gedhun Choekyi Nyima. Il indique qu'une unique photo de lui a fait surface depuis son enlèvement à Lhari. Kate Saunders, spécialiste du Tibet, qui a obtenu cette photo inédite déclare : « Cela semble montrer Gedhun Choekyi Nyima. Il a un hélicoptère jouet ; il est assis sur les genoux de son père. Il pourrait avoir 10 ans ou 11 ans…. Je pense que c’est authentique, mais nous n’avons toujours pas été en mesure de le confirmer pleinement. » Les auteurs du documentaire indiquent que ceux qui pourraient connaître la provenance de la photo ont trop peur de parler pour donner des informations..

Demande du Comité des droits de l'enfant Le , son cas fut examiné par le Comité des droits de l'enfant de l'ONU dépendant du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, et les autorités chinoises admirent pour la première fois avoir « pris l'enfant pour sa sécurité » TCHRD, Gedhun Choekyi Nyima: the XIth Panchen Lama of Tibet.. L'ambassadeur chinois Wu Jianmin déclara au Comité : « puisque les séparatistes cherchaient à enlever l’enfant, ses parents se sont inquiétés pour sa sécurité et ont demandé la protection du gouvernement chinois, qui leur a été fournie. L’enfant habite avec ses parents dans de bonnes conditions », sans préciser où se trouve l'enfant.. Le Comité demanda à rendre visite à Gedhun Choekyi Nyima, mais les autorités chinoises ne donnèrent jamais suite et le dossier n'a pas avancé depuis, malgré un appel lancé régulièrement par près de 400 associations et personnalités (dont 11 prix Nobel) réclamant cette visiteDes personnalités demandent qu'une délégation du Comité des Droits de l'Enfant de l'ONU rende visite à un enfant tibétain en résidence surveillée depuis 1995 en Chine, France-Tibet, août-septembre 2005..

En 1997, une délégation américaine s'est vu dire qu'il était à Pékin. Selon le Centre tibétain pour les droits de l'homme et la démocratie, la RPC refuse tout accès extérieur à Gendhun Choekyi Nyima et à ses parents.

Une alerte AMBER mondiale a été lancée par le monastère de Tashilhunpo en Inde, siège d'exil du panchen-lama, et une récompense est offerte à toute personne fournissant une information permettant d'entrer en contact avec luiAlerte Amber..

Déclarations et informations sur l'enfant En 2002, Amnesty International demanda au président américain George Bush de demander au président chinois Jiang Zemin des informations sur l'enfant et sa famille, et la levée de toute restriction de leur liberté de mouvement International Campaign for Tibet Amnesty Asks Bush to Raise Panchen Lama Issue with President Jiang, 25 octobre 2002..

Bien qu'il soit reconnu par le dalaï-lama et le gouvernement tibétain en exil comme la réincarnation d'un des plus hauts dignitaires religieux Graham Shepherd, Travels With a Monkey Mind, E-Books Publisher, . et très apprécié des Tibétains, en 2005, Gedhun Choekyi Nyima menait, selon le gouvernement chinois, une vie normale et était scolarisé, sa localisation étant gardée secrète pour des raisons de sécurité Xizang-zhiye, 27 avril 2005..

En avril 2006, dans un communiqué remis à l'agence de presse Reuters, le gouvernement chinois démentait que Gedhun Choekyi Nyima fût retenu en tant que prisonnier politique, précisant que, « loin d'être la réincarnation du panchen lama », il n'était « qu'un garçon comme les autres », qu'il « menait une vie normale et heureuse et recevait une bonne éducation » Prisoners of Tibet 2006 Special Report : (“China says boy not political prisoner”, Reuters, 28 Avril 2006, Beijing)..

En , une délégation du Groupe d'information internationale sur le Tibet en visite à Pékin et à Lhassa demandant des nouvelles de Gendun Choekyi Nyima obtint comme réponse qu'il ..

En , le Tibetan UN Advocacy signalait que la république populaire de Chine n'avait pas répondu à une question posée en par Asma Jahangir, rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de croyance du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, qui demandait aux autorités chinoises quelles mesures elles avaient prises pour appliquer la recommandation du comité des droits de l'enfant et de permette à un expert indépendant de rendre visite à Gedhun Choekyi Nyima. Dans leur réponse en date du , les autorités chinoises firent la déclaration suivante : Tibetan UN Advocacy, : ..

En , Tseten Samdup Chhoekyapa, le représentant du dalaï-lama à Genève, se déclarait particulièrement inquiet au sujet de Gedhun Choekyi Nyima car n'ayant pas de nouvelles de lui depuis son arrestation Exiled Tibetans: China Can't Pick Next Dalai Lama : ..

En mars 2010, Padma Choling, président tibétain du gouvernement de la région autonome du Tibet, a indiqué que le garçon vivait maintenant comme citoyen ordinaire du Tibet. « Ses frères et sœurs cadets vont à l'université ou ont déjà commencé à travailler », a-t-il indiqué. « Ce garçon est une victime. Lui et sa famille ne veulent pas être dérangés et souhaitent mener une vie ordinaire »Tibet : modernisation pour promouvoir le touristique, xinhua, 15/03/2010, reproduit sur le site Tourisme islamique, 17/03/2010.. C'est aussi la raison invoquée par Hao Peng, un responsable du Parti communiste de la région autonome du Tibet, pour expliquer pourquoi l'on ne peut lui rendre visite In search of the real Panchen Lama ..

Selon le TCHRD, en 2012, personne, en dehors du gouvernement chinois, ne savait ce que l'enfant et sa famille étaient devenus , TCHRD, 25 avril 2012..

En , à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa disparition, les États-Unis, par la voix de Mike Pompeo, demandent des explications aux autorités chinoises, indiquant être . Le gouvernement communiste indique qu’il mène une existence paisible à Pékin sans autre précisionTibet : vingt-cinq ans après son enlèvement, la Chine donne des nouvelles du panchen-lama Libération, 21 mai 2020. Réactions Frédéric Lenoir considère que l'aura de Gedhun Choekyi Nyima est si importante au Tibet que s'il était libre, « il représenterait un candidat sérieux pour la succession de l'actuel dalaï-lama ». C'est pourquoi soit il a été assassiné, soit il est enfermé pour recevoir « une éducation communiste de première main, espérant en faire un jour une marionnette »Frédéric Lenoir, Tibet Le moment de vérité, Édition Plon, 2008, page 139..