L'administration centrale tibétaine, ou ACT (anglais : Central Tibetan Administration – CTA, ), également appelée gouvernement tibétain en exil ou GTE, est le gouvernement en exil conduit par le premier ministre tibétain, Penpa Tsering, et installé à Dharamsala en Inde. Il se donne pour mission de prendre en charge les réfugiés tibétains et de « restaurer la liberté au Tibet ».

Aucun pays n'a officiellement reconnu le gouvernement tibétain en exilDalaï-lama, Sofia Stril-Rever, Appel au monde, Éditions du Seuil, 2011, 360 p., p. 1942 (livre numérique) : Martine Bulard, Chine-Tibet, des identités communes, article publié le 30 avril 2008 sur le blogue Planète Asie : « Rappelons que les Nations unies n’ont jamais inclus le Tibet dans les pays à décoloniser (avant comme après 1971 – date du remplacement de Taïwan par la Chine populaire) et qu’aucun pays n’a reconnu le « gouvernement » tibétain en exil et donc la possibilité d’une indépendance ». Barry Sautman, China's strategic vulnerability to minority separatism in Tibet, in Asian Affairs: An American Review, 32, 2 (Summer 2005), 87 (32) : . Ursula Bernis, Exiled from Exile (1996-1999), site Dorje Shugden Devotees Charitable and Religious Society : ., l'Inde y compris même si, celle-ci, en 1966, avait pris la décision de reconnaître le gouvernement tibétain en exil au retour du premier ministre indien Lâl Bahâdur Shâstrî de Tachkent, avant que celui-ci ne succombe à une crise cardiaque. L’Inde, qui accorda en 1959 l’asile au dalaï-lama, aux membres de son gouvernement et aux milliers de réfugiés tibétains, octroya rapidement à ce gouvernement des facilités lui permettant de prendre en charge les réfugiés tibétainsAstrid Fossier, La communauté internationale et la question tibétaine, Irenees, juin 2003 : . Le gouvernement indien donna aux Tibétains un large degré d'autonomie dans la conduite de leurs affaires internes, permettant au gouvernement tibétain en exil de gérer programmes sociaux, impôt volontaire, écoles, perspectives d'emploi, et d'autres aspects Keila Diehl, Echoes from Dharamsala: music in the life of a Tibetan refugee community, University of California Press, 2002, , p. 116 : .

L'administration centrale tibétaine a des représentations étrangères, dénommées Bureau du Tibet, dans 11 pays, fonctionnant en tant qu’agences officielles à New Delhi, Katmandou, Genève, New York, Tokyo, Londres, Moscou, Paris, Bruxelles, Canberra, Pretoria et TaipeiDIIR, Offices of Tibet, Department of Information and International Relations, .

Fondation Le gouvernement tibétain en exil fut proclamé le . Initialement basé à Mussoorie, dans l'Uttarakhand au nord de l'Inde, il fut transféré à Dharamsala en 1960 grâce à l'accord du gouvernement indien. Après sa fuite du Tibet en 1959, le dalaï-lama, qui fut suivi de la plupart des membres de son gouvernement, décida de reconstituer un gouvernement en exil dont la mission serait à la fois de prendre en charge les réfugiés tibétains et de « restaurer la liberté » au Tibet.

L'Administration centrale tibétaine ne revendique pas l'indépendance, mais l'autonomie du Tibet, et n'entend pas s'adjuger le pouvoir au Tibet. Il a pour rôle d'établir un droit constitutionnel transitoire en exil, suivant ce qu'il qualifie de transition démocratique dont la phase finale serait atteinte quand il pourra retourner au Tibet pour y préparer les institutions d'un nouveau régimeJulien Cleyet-Marel, , p. 175.

Le gouvernement tibétain en exil, relativement à sa branche exécutive, se fonde partiellement sur le pouvoir traditionnel du dalaï-lama qui exerça le pouvoir au Tibet avant 1959, dont le charisme est reconnu internationalement, et qui fut jusqu'à sa retraite officielle le , le chef de l'Administration centrale tibétaine et de l'exécutifJulien Cleyet-Marel, , p. 178.

Sur un modèle parlementaire dualiste, la Charte des Tibétains en exil de 1991 donna une forme particulière à l'exécutif, composé du Premier ministre tibétain et du dalaï-lama, qui non élu du corps électoral, détenait le pouvoir exécutif de droit commun, lui permettant notamment de dissoudre le Parlement tibétain en exil et de révoquer, dans des circonstances d'urgence, les ministres.

Projet de dissolution A la fin du « Mémorandum sur l'autonomie authentique du peuple tibétain », un document officiel rédigé en 2008 dans le cadre du dialogue entre le gouvernement tibétain en exil et la république populaire de Chine entre 2002 et 2010, à la suite d'une demande du gouvernement chinois de définir la vision de l'autonomie véritable prônée par l'ACT, il est indiqué qu'en cas de résolution politique du conflit sino-tibétain, l'ACT sera dissoute. Selon Dicki Chhoyang, cela montre que la question du rôle de l'ACT de porte parole des Tibétains au Tibet n'a pas pour but de retourner au Tibet pour y prendre le pouvoir.

Question de la reconnaissance internationale L'Administration centrale tibétaine est un gouvernement en exil et une entité paraétatique qui n'est reconnu par aucun État, bien qu'apparaissant comme un système institutionnel élaboré, produisant des normes qui s'appliquent à la diaspora tibétaine laquelle compte plus de , grâce à l’accueil principal de l'Inde qui, sans avoir reconnu le gouvernement tibétain, lui permet d'avoir une autonomie de faitJulien Cleyet-Marel, Le développement du système politique tibétain en exil, préface Richard Ghevontian, Fondation Varenne, 2013, , p. 167-168..

Ainsi que le signale Martine Bulard, journaliste au Monde diplomatique, responsable de l’Asie, aucun pays n'a officiellement reconnu le gouvernement tibétain en exil et le Tibet n'a jamais été répertorié par les Nations unies comme « pays à décoloniser », que ce soit avant ou après 1971, date de l'entrée de la Chine populaire au sein de cette organisation internationale. Pour Barry Sautman, aucun État ne reconnaît le GTE ni l'assertion que le Tibet était indépendant. Le sinologue Pierre Gentelle, pour sa part, signale qu'Pierre Gentelle, Géostratégies et écostratégies : le Tibet, in Outre-Terre, 1/2009, , pp. 203-214..

Cependant, selon la géographe politique ., même si le gouvernement tibétain en exil n'a fait l'objet d'aucune reconnaissance internationale et n'exerce aucune souveraineté de jure sur un territoire que ce soit au Tibet ou en exil, cette administration en exil clame sa légitimité en tant que représentant officiel du peuple tibétain, exécute nombre de fonctions de type étatique en rapport avec sa « communauté » en diaspora et tente de se faire entendre de la communauté internationale Fiona McConnell, De facto, displaced, tacit: the sovereign articulation of the Tibetan Government in Exile, in Political Geography, 28, 2009, 343-352 : ..

Pour Julien Cleyet-Marel, si les grandes caractéristiques de l'ACT n'ont pas changé depuis sa mise en place en 1959, ses composantes se sont enrichies et développées aboutissant à un système complexe de gouvernement. En dépit du défaut de reconnaissance d'autres États, l'ACT jouit d'une effectivité partielle lui permettant de se rapprocher de ses objectifsJulien Cleyet-Marel, , p. 193..

L’Inde, qui a accordé en 1959 l’asile au dalaï-lama, aux membres de son gouvernement et aux milliers de Tibétains exilés, octroya rapidement au gouvernement tibétain en exil des facilités lui permettant de prendre en charge les Tibétains en exil. De cette position découla en partie le conflit qui l’opposa à la Chine.

Le gouvernement tibétain en exil ouvrit des bureaux du Tibet pour faciliter ses contacts extérieurs. Le Népal qui avait maintenu un consulat à Lhassa depuis le fut le premier pays à accepter cette représentationRoland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, 1993, , p. 345.

Tsepon W.D. Shakabpa rapporta au dalaï-lama que le premier ministre indien Lâl Bahâdur Shâstrî lui avait fait part, lors d'un entretien en 1966, du fait que l'Inde avait décidé de reconnaître le gouvernement tibétain en exil à son retour de Tachkent, mais celui-ci y succomba d'une crise cardiaqueClaude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, Calmann-Lévy, 2000, chap. 24, p. 302.. Juchen Thupten Namgyal confirme cette information. Sa mort prématurée, comme celle de Jayaprakash Narayan, une autre personnalité politique indienne soutenant le Tibet, semble être un manque de chance, mais Claude Arpi suppose qu'elles pourraient être liées à une autre facteurInterview with Kasur Thubten Juchen Namgyal, 15 mars 1997. De même, selon Anand Kumar, des documents politiques indiquent qu'il allait annoncer sa reconnaissance au gouvernement tibétain en exil sous la direction du dalaï-lamaAnand Kumar Tibet: A Source Book, 1995, p. 224: . Dawa Norbu remarque que peu avant un délégué indien a soutenu ouvertement la Résolution sur le Tibet à l'ONU, pour la première fois depuis 1950Dawa Norbu Tibet in Sino-Indian Relations: The Centrality of Marginality, Asian Survey, Vol. 37, No. 11 (Nov., 1997), pp. 1078-1095 : .

Selon Anne-Marie Blondeau, les gouvernements, ne souhaitant pas affronter la république populaire de Chine en raison de la compétition internationale dont ses marchés font l’objet, évitent de prendre parti en évoquant le « statut peu clair » du Tibet et n’abordent pas l’autodétermination des Tibétains, même s’ils évoquent les violations des droits de l'homme au TibetAnne-Marie Blondeau in Le Tibet est-il chinois ?, Albin Michel, 2002, , p. 89.

Entre 2002 et 2009, la Fondation des échanges Taïwan-Tibet a servi de canal de communication semi-officiel entre Taïwan et le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala, en IndeMongolian and Tibetan Affairs Commission sidelining Taiwan-Tibet Exchange Foundation?, 24 juin 2009, Tibetan Review.

Les États-Unis ont créé la fonction de coordinateur spécial pour le Tibet le , elle fut inscrite en 2002 dans le Tibetan Policy ActLe Congrès américain vient de réaffirmer avec force son soutien financier à l’égard du TibetNomination d'un coordinateur spécial européen sur le TibetTibet : un peuple en dangerInterview de Samdhong RinpochéSpecial Coordinator for Tibetan Issues.

Question de la séparation du religieux et du politique .

Cette union des affaires religieuses et politiques, affirmée dans le préambule de la constitution, s'inscrit, d'après Ursula Bernis, docteur en philosophie et nonne bouddhiste soutenant Dordjé Shougdèn DIIR, Vested interest group up in arms against the Dalai Lama, 2 septembre 1999 Dorje Shugden and the Dalai Lama of Tibet, Dorje Shugden International Coalition, 1998, 122 p., p. 90 : ., dans la continuité du gouvernement Ganden Potang du Tibet établi par le dalaï-lama en 1642. Selon Bernis, le dalaï-lama continue à être le chef non élu du gouvernement et le système politique reste privé d'opposition institutionnalisée. Les efforts de démocratisation ne se sont pas étendus à la séparation de la religion et de la politique Ursula Bernis, : .. Cependant, en , à la demande du dalaï-lama, la Charte fut amendée de façon à permettre l'élection du Premier ministre tibétain par les Tibétains en exil Central Tibetan Administration, . En , le dalaï-lama en semi-retraite depuis 2001, prit sa retraite politique complète Dalai Lama will resign as political leader, Radio France internationale, 10 mars 2011.