Haïti, en forme longue la république d'Haïti ( , forme longue .), est un État des Grandes Antilles, occupant le tiers occidental de l'île d'Hispaniola (soit environ), les deux tiers orientaux étant occupés par la République dominicaine. Sa capitale est Port-au-Prince et son point culminant est le pic la Selle ( d'altitude). Haïti est le seul territoire francophone indépendant des Caraïbes, dont il est également le pays le plus peuplé..

La défaite française lors de l'expédition de Saint-Domingue, au terme de la révolution haïtienne., est à l'origine de la création de la république d'Haïti, qui devient en 1804 la première république à majorité noire des temps modernes et le deuxième État indépendant d'Amérique après les États-Unis..

Haïti subit l'occupation militaire américaine à partir de 1915 mais retrouve son indépendance en 1934, après dix-neuf ans.

Après avoir manqué la transition démocratique après la chute des Duvalier (François Duvalier, dit « Papa Doc », et son fils Jean-Claude Duvalier, dit « Baby Doc »), dictateurs de 1957 à 1971, puis de 1971 à 1986, Haïti, surnommée « la Perle des Antilles » depuis l'époque coloniale, tente de s'organiser, puis de se reconstruire après le violent séisme du ... Toutefois, le pays sombre progressivement dans le chaos et le président Jovenel Moïse est assassiné par des gangs le . Le Premier ministre Ariel Henry assure alors l'intérim jusqu'à sa démission, annoncée le , laissant le poste de chef de l'État vacant dans l'attente de la mise en place d'un Conseil présidentiel de transition. L'intérim du poste de Premier ministre est alors assuré par Michel Patrick Boisvert, ministre des Finances d'Ariel Henry.

En parallèle, le pouvoir législatif disparaît également à partir du lorsque le mandat de la totalité des députés et de deux tiers des sénateurs prend fin.. Les dix derniers sénateurs encore en fonction ont vu leur mandat s'achever début , sans être ni réélus ni remplacés..

Depuis le , l’homme d’affaires et politicien Alix Didier Fils-Aimé, nommé par le Conseil présidentiel de transition, est Premier ministre.

Haïti est un membre observateur et invité permanent de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et est membre de l'Organisation des Nations unies (ONU), de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), de la Commission internationale du riz (CIR) et du G33.

Toponymie

Chez les Taïnos, Ayiti signifierait, selon les versions, « terre des hautes montagnes »... ou « la montagne dans la mer »., ou « âpre terre »..

Lorsque les flibustiers français — qui ont d'abord envahi l'île de la Tortue au nord — migrent vers la partie occidentale de l'île d'Hispaniola, ils francisent en Saint-Domingue le nom de Santo Domingo, qui est celui de la capitale de l'île fondée par les Espagnols au sud-est de celle-ci.

De 1630 à 1664, ce nom reste informel jusqu'à ce que Jean-Baptiste Colbert incorpore la « colonie de Saint-Domingue » à la Compagnie française des Indes occidentales. Le nom de Saint-Domingue sera confirmé par les traités de Ryswick (1697) et de Bâle (1795) pour désigner la partie occidentale qui, durant cette période coloniale française, est aussi surnommée la « perle des Antilles ».

Le , en déclarant l'indépendance du pays, Jean-Jacques Dessalines lui redonne le nom taïno d'origine, « Haïti », en l'honneur de ce peuple amérindien..

Histoire

Peuplement amérindien, arrivée des Espagnols et établissement de la traite des Noirs Peuplement amérindien vignette|redresse|Une représentation de Christophe Colomb débarquant à Hispaniola en 1492. Scène réalisée en 1594.|gauche

Les peuples de culture arawak, kalinago et taïno occupent l'île avant l'arrivée des Espagnols. La présence des Taïnos est attestée par les fouilles archéologiques entreprises dans la grotte Marie-Jeanne, dans la commune de Port-à-Piment, située au sud du pays. Puis, débarquant le , Christophe Colomb la nomme l'île Hispaniola, alors que les indigènes la nommaient de trois façons : Ayiti, Quisqueya et Bohio. On estime qu'environ peuplaient l'île d'Hispaniola à la fin du . Arrivée des Espagnols et établissement de la traite des Noirs vignette|redresse|Esclaves originaires de Guinée travaillant dans une mine d'or et d'argent. Hispaniola, 1595.|gauche

Les Espagnols exploitent l'île pour son or. Les Amérindiens refusant de travailler dans les mines sont réduits en esclavage ou massacrés ; les rares personnes qui réussissent à s'échapper trouvent refuge dans les montagnes et sont marginalisées et fortement paupérisées. Les maladies infectieuses arrivées avec les Européens font des ravages. Les mauvais traitements, la dénutrition et la baisse de natalité font le reste : la population indigène est exterminée en quelques décennies.

Les Espagnols font alors venir d'Afrique des esclaves noirs déportés. En 1517, Charles Quint autorise la traite des esclaves, qu'il interdira dès la décennie suivante, mais sans succès, pas plus qu'ensuite le pape .

vignette|redresse=1.2|Île d'Hispaniola vers 1665, Johannes Vingboons.|gauche

La partie ouest d'Hispaniola, dépourvue de minerai, est vite négligée par les colons espagnols, qui la laissent vide. Des boucaniers français s'y installent, malgré plusieurs expéditions militaires espagnoles. Au , sous l'autorité du cardinal de Richelieu, l'installation française s'institutionnalise. La colonie de l'Île de la Tortue, au nord-ouest d'Hispaniola, devient le siège de la flibuste. Ces aventuriers gagnent peu à peu la « Grande terre » : en 1654, ils créent la première ville de la future colonie de Saint-Domingue : Petit-Goâve. Le premier gouverneur de la colonie est Bertrand d'Ogeron de La Bouëre, nommé en 1665. Sachant se faire accepter des flibustiers, il organise la colonisation par la venue de Français qui s'engagent à travailler trois ans avant de devenir propriétaires de terres (on les appelait les « ») et celle de « filles à marier ».. Il favorise la plantation de tabac. Ainsi, il sédentarise une population de boucaniers et de flibustiers peu portée à accepter l'autorité royale jusqu'aux années 1660. Bertrand d'Ogeron attire aussi des colons de Martinique et de Guadeloupe.

Mais en 1670-1690 intervient la crise du tabac et un grand nombre de places sont abandonnées. Les rangs de la flibuste grossissent, les pillages, comme ceux de Vera Cruz en 1683 ou de Campêche en 1686, se multiplient et Jean-Baptiste Colbert, ministre de la Marine, ramène l'ordre en prenant un grand nombre de mesures. Il transfère le gouvernement à Port-de-Paix en 1676. Il encourage la création de plantations d'indigo et de canne à sucre. Le premier moulin à sucre est créé en 1685. Enfin, il réglemente l'esclavage en préparant le Code noir (qui sera promulgué en 1685, après sa mort). Avant l'adoption de ce code, l'esclavage était théoriquement interdit, mais largement pratiqué dans la réalité. L'ensemble de ces actions permet l'essor économique de la colonie.

À la suite du traité de Ryswick en 1697 et de l'accession au trône d'Espagne de Philippe V, petit-fils du roi de France , les Espagnols renoncent à contester la souveraineté de la France sur le tiers occidental de l'île, abandonnant ses prétentions hégémoniques sur l’île d'Hispaniola et acceptant aussitôt la présence française dans sa partie occidentale, la future Haïti. La France officialise, dès lors, le nom de Saint-Domingue pour cette partie de l'île. C'est alors que viennent de France de nombreux colons qui développent les plantations ou travaillent dans celles-ci. De 1713 à 1787, viennent grossir le nombre des colons présents dans la partie ouest de l'île.

vignette|redresse=1.2|Isle de Saint Domingue scindée en deux parties : la française à l'ouest et l'espagnole à l'est. Le Rouge, Georges-Louis ; Crépy (Firm), 1767, Bibliothèque du Congrès des États-Unis.

Les guerres éclatent en Europe et se prolongent sur les mers jusqu'aux Antilles et aux Caraïbes. En 1756, le commerce est paralysé. Un grand nombre de colons et leurs familles quittent Saint-Domingue pour la Louisiane, où ils s'installent dans des postes établis par la France et administrés par des militaires.

Vers 1790, Saint-Domingue est cependant la colonie française la plus riche d'Amérique grâce aux profits immenses générés par le travail des esclaves de l'industrie sucrière et de celle de l'indigo. Des dizaines de milliers d'Africains ont été déportés chaque année comme esclaves pour faire fonctionner ces industries (dans les années 1780, ils sont déportés dans la colonie au rythme de par an pour remplacer leurs prédécesseurs morts à la tâche.) ; leur sort est juridiquement encadré par le Code noir, mais, dans les faits, ils subissent des traitements souvent pires que ceux prescrits par ledit code. Leur nombre () est dix fois plus élevé que celui des Blancs, avec une centaine de milliers d'Africains déportés à Saint-Domingue pendant les précédant la Révolution française..

De la révolte des esclaves à la proclamation de l'indépendance

vignette|redresse|Toussaint Louverture.

Avant la Révolution une Société des amis des Noirs est créée en France en 1788. Elle se donne pour objectif d'obtenir l'abolition de l'esclavage. La Révolution française entraîne de graves bouleversements sociaux dans les petites Antilles comme à Saint-Domingue.

De nombreux députés français réclament l'abolition comme l'abbé Grégoire. S'ensuivent des révoltes d'esclaves qui se terminent en 1793 avec l'abolition de l'esclavage par les commissaires civils Léger-Félicité Sonthonax et Étienne Polverel, décision avalisée et généralisée à l'ensemble des colonies françaises par la Convention six mois plus tard (première abolition de l'esclavage le , donc le ). La grande majorité des non-esclaves ayant fui la colonie, soient-ils Européens ou gens de couleur, les habitations (plantations) du pays sont collectivisées par le gouvernement provisoire et mises sous le contrôle des cultivateurs.

Toussaint Louverture, nommé gouverneur général à vie de Saint-Domingue par la France, après avoir rétabli la paix, chasse les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie. La promulgation le d'une constitution autonomiste lui permet de développer la cohésion des citoyens de l'île.

vignette|redresse=1.2|Combats de la Crête-à-Pierrot entre les troupes napoléoniennes et les insurgés de Saint-Domingue.

L'abolition de l'esclavage ayant entraîné le ralliement à l'Angleterre des autres colonies françaises, Napoléon Bonaparte, sous l'influence des Créoles (Français — et Espagnols — nés sur l'une des îles des Antilles, plus tard en Louisiane aussi) et des négriers, décide de rétablir l'esclavage. Il envoie en une expédition de sous les ordres de son beau-frère, le général Charles Victoire Emmanuel Leclerc, avec pour mission de démettre Louverture et de rétablir l'esclavage à Saint-Domingue. Mais, après quelques victoires, la capture par traîtrise le ., puis la déportation de Toussaint Louverture en métropole, les troupes françaises commandées par Donatien de Rochambeau sont définitivement battues par Jean-Jacques Dessalines, qui avait rejoint l'insurrection, à la bataille de Vertières le .

Au terme d'une double bataille, la Déclaration d'indépendance du pays est proclamée le .. Le nom d'Haïti (ancien nom de l'île du temps des Indiens Caraïbes) est donné au territoire. Il est le premier pays au monde issu d'une révolte d'esclaves.

Du gouvernement de Dessalines à l'élection de Faustin Soulouque vignette|redresse=1.2|La citadelle La Ferrière est construite par . Elle représente un des plus gros ouvrages de ce genre dans les Caraïbes.

Jean-Jacques Dessalines est proclamé gouverneur à vie par ses troupes. Il est assassiné le par des mulâtres. Le pays se divise alors en deux : un royaume au nord, commandé par le roi Henri Christophe, et une république au sud, dirigée par le mulâtre Alexandre Pétion.