Lobsang Trinley Lhündrub Chökyi Gyaltsen (), né le à Karang Bidho (Qinghai/Amdo, Chine) et mort le à Shigatsé (Tibet), était le du Tibet. Il est souvent dénommé plus simplement Choekyi Gyaltsen (également écrit Choekyi Gyaltse ou Choskyi Gyantsen).

Biographie Le est né le dans le village de Karang Bidho, dans le Xian autonome salar de Xunhua, dans la province du Qinghai. Plus précisément, ce village se situe dans la région de Dowi (tibétain, appelé Xunhua en chinois mandarin), rattachée depuis 1959 au Qinghai. Son père, Gonpo Tseten, et sa mère, Sonam Drolma, lui donnèrent le nom de Gonpo Tseten.

Selon sa fille, Yabshi Pan Rinzinwangmo, à partir de l'âge de trois ans, il fut élevé en tant que « Bouddha vivant » au temple de Ta'er, connu des Tibétains sous le nom de monastère de Kumbum The Tibetan People's Princess, China Rights Forum, , 2006 : (ou kumbum byams-pa gling).

Intronisation vignette|Le jeune panchen-lama en 1947. Il a été reconnu par Lakho Rinpoché The Panchen Lamas..

Le Nang gang, nom du collectif des membres de l'entourage du , décida de réaliser une cérémonie d'investiture de Gönpo Tseten, un des trois candidats à la succession, au monastère de Kumbum en 1944 en dépit de la désapprobation du Guomindang pour qui cette reconnaissance ne pouvait avoir lieu qu'à LhassaSamten Karmay, , ..

Selon Melvyn Goldstein, l'urne d'or ne fut pas utilisée pour sélectionner le panchen-lama John Powers, The Buddha Party: How the People's Republic of China Works to Define and Control Tibetan Buddhism, Oxford University Press, 2016, , p. 102.

Melvyn C. Goldstein, The Demise of the Lamaist State, in Alex C. McKay (ed.), The History of Tibet. The Modern Period: 1895-1959. The Encounter with Modernity, RoutledgeCurzon, 2003..

Il est intronisé le par le gouvernement nationaliste au monastère de Kumbum sans aucun test traditionnelFabienne Jagou, (2004). Le Panchen Lama (1883-1937) : enjeu des relations sino-tibétaines. Paris : EFEO/De Boccard, Monographie 191, p. 290.. Étant donné que le choix des incarnations du panchen-lama relève du dalaï-lama ou du régent et du Tsongdu, Lhassa a refusé de reconnaître la validité de la candidatureMichael Harris Goodman, Le Dernier Dalaï-Lama ?, p. 165.

Télégrammes de soutien à l'unification de la Chine vignette|Soutien des moines du monastère de Kumbum à la nouvelle République populaire de Chine en 1949. Lorsque les communistes arrivent au pouvoir en 1949, l'entourage du panchen-lama décide de lier son sort aux nouveaux responsables et envoie, le octobre 1949, au nom du nouveau panchen-lama Parshotam Mehra, From conflict to conciliation: Tibetan polity revisited : a brief historical conspectus of the Dalai Lama-Panchen Lama Standoff, ca. 1904-1989, ., alors âgé de onze ans, des télégrammes à Mao, Zhu De et Peng Dehuai affirmant son soutien à l’unification de la Chine Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, Vol. 2: The Calm Before the Storm: 1951-1955, University of California Press, 2007 , , : . De même, le 31 janvier 1950, il envoya à Mao un autre télégramme appelant à la libération du TibetMelvyn Goldstein, , : .

À ce sujet, Frédéric Lenoir et Laurent Deshayes évoquent l'opportunisme politique de l'entourage du panchen-lama et précisent que ce dernier était « trop jeune encore pour avoir une pensée politique élaborée »L'épopée des Tibétains : entre mythe et réalité, coécrit par Frédéric Lenoir et Laurent Deshayes, Fayard, 2002, .. Pour Samten Karmay, l'existence du télégramme relève de l'allégation : on ne dispose pas de trace du télégramme en date du 31 janvier 1950 Samten Karmay Historical fatcs, in Authenticating Tibet: Answers to China’s 100 Questions (sous la direction de A. M. Blondeau, K. Buffetrille, Wei Jing), préface de Donald Lopez, University of California Press, Berkeley . Édition revue et mise à jour de la version française Le Tibet est-il chinois ?, ..

Invitation à Pékin en 1951 lors de l'accord en 17 points Selon Glenn Freeman et Thubten Samphel, en 1951, invité à Pékin au moment de l'arrivée de la délégation tibétaine qui se trouva finalement forcée de signer l'accord en 17 points, le panchen-lama fut contraint d'envoyer un télégramme demandant au dalaï-lama d'appliquer l'accord<ref> Glenn Freeman, The Panchen Lama and Tibet's Future, 'Trendirama.com, 20 février 2007, reproduit sur le site exilé Phayul.com : .</ref>.

Pour Dawa Norbu, les communistes amenèrent le panchen-lama à Pékin pour faire pression sur les délégués tibétains afin qu'ils signent l'accord en 17 points Dawa Norbu, Tibet : the road ahead, Rider & Co, 1998, , ..

Reconnaissance par le dalaï-lama Le , le 14e dalaï-lama adresse à Choekyi Gyaltsen une lettre où il le reconnaît comme réincarnation du précédent panchen-lama, et l'autorise à s'installer au Tashilhunpo.

Rapports initiaux avec le Pour une réincarnation de la stature du panchen-lama, son authentification par le dalaï-lama était nécessaire. Comme le dalaï-lama était encore mineur, le gouvernement tibétain demanda que les vérifications traditionnelles soient réalisées avant la confirmation officielle, ce qui retarda sa reconnaissance officielle par LhassaDawa Norbu, , ..

En 1946, le gouvernement tibétain ordonna au Tashilhunpo de dépêcher une délégation à Xining auprès du Nang gang, l'entourage du panchen-lama, pour ramener à Lhassa les candidats de l'Amdo pour qu'ils y subissent une épreuve officielle, tandis qu'une mission gouvernementale devait amener le candidat du Kham. Cependant, un désaccord se produisit entre les délégués de Tashilhunpo et le Nang gang qui ne soutenait que Gönpo Tseten Samten Karmay, , ..

Le 10 août 1949, le Guomindang reconnut officiellement Gönpo Tséten, sans doute en réponse à l'expulsion de tous les ressortissants chinois par Lhassa le 8 juillet pour espionnage.

Lors des négociations engagées à Pékin en vue de l’accord en 17 points, le chef de la délégation tibétaine, Ngabo Ngawang Jigme, sur l’insistance de la partie chinoise, envoya au dalaï-lama, réfugié à Yadong, un télégramme lui demandant de reconnaître le jeune Gönpo Tseten pour ne pas faire capoter les négociations. Après une séance divinatoire, le dalaï-lama répondit que le jeune garçon était bien la réincarnation authentique du Melvyn C. Goldstein, : .

Finalement, le retour du panchen-lama à Shigatsé fut accepté par les négociateurs tibétains en vertu des points 5 et 6 de l’accord en 17 points de 1951 Melvyn Goldstein, p. 105 : ; pp. 101-102 : .

Après la signature de l'accord en 17 points, où les statuts du panchen-lama et du dalaï-lama avaient été définis, le jeune panchen-lama arriva à Lhassa, venant de Pékin, le 28 avril 1952, avant de se rendre au Tashilhunpo, escorté par des soldats chinois. Selon Dawa Norbu, durant son bref séjour à Lhassa, il rencontra à deux reprises le dalaï-lama qui décrivit dans ses mémoires ses impressions qui s'avérèrent prophétiquesDawa Norbu, ..

Selon un article publié dans The Hindu, le dalaï-lama aurait admis en 1954 que l'ambiance entre lui et le panchen-lama au départ n'était pas à la coopération mais qu'ils étaient désormais tous deux bons amis et coopéraient comme deux frères Miscellaneous, Progress of Tibet, in The Hindu, 28 octobre 1954 : . Pourtant, selon le journaliste Israel Epstein, rédacteur de China Reconstructs, lors d'une réception à Pékin en 1954, lorsqu'il demanda aux deux chefs religieux de mettre leur autographe sur son carton d'invitation et qu'il tendit celui-ci tout d'abord au panchen-lama, le dalaï-lama s'en saisit aussitôt, en s'écriant « Je suis le dalaï-lama » Israel Epstein, My China Eye: memoirs of a Jew and a journalist, Long River Press, 2005, 358 p., pp. 274-275 : . Thubten Samphel, The Tenth Panchen Lama, 3 août 2002..

En 1956, à l'invitation de la Société de la Maha Bodhi, il part en pèlerinage pour l'Inde avec le dalaï-lama et karmapa, alors que l'Inde célèbre le de Bouddha Jayanti Gaby Naher, Wrestling The Dragon: In search of the Tibetan lama who defied China, p. 233.

Formation et rôle à Shigatsé Selon Dawa Norbu, dans les années 1950, Choekyi Gyaltsen reçut les enseignements bouddhiques du monastère de Tashilhunpo et de la tradition gélugpa de Gyenak Rinpoché et Kachen Ang Nyima, puis après la mort de ce dernier, de Kachen Nyulchu Rinpoché. Il assuma également une responsabilité sociale pour la communauté qu'il était appelé à diriger. Réalisant que l'ancien système ne permettrait pas la survie du Tibet dans la modernité, il ouvrit en 1956 une école, le Chensel Labdra, qui accueillait 300 étudiants et avait un programme révolutionnaire pour un établissement fondé par un haut lama : on y enseignait le tibétain, le hindi, le chinois, la photographie, la conduite, l'équitation et le tir. Quand la Chine mit en doute la loyauté du jeune lama, l'école fut soupçonnée d'avoir été utilisée pour susciter le soulèvement tibétain de 1959 A poisoned arrow: the secret report of the 10th Panchen Lama, Volume 29, Tibet Information Network, 1997 : , page xxv..

Nominations et postes officiels En septembre 1954, le panchen-lama se rend, ainsi que le dalaï-lama et le , à Pékin pour participer à l' qui doit donner à la Chine une nouvelle constitution. Accueillis par Zhou Enlai et Zhu De à leur arrivée, les deux chefs religieux rencontrent Mao Zedong, lequel donne plusieurs dîners en leur honneur. Le panchen-lama est nommé membre du Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire de la Chine tandis que le dalaï-lama en devient le vice-président Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet: The Calm before the Storm: 1951-1955, University of California Press , pp. 493 et 496 : Wang Lixiong, Reflections on Tibet, in New Left Review, 14, mars-avril 2002 : .

En 1955, les deux dignitaires gélugpa célèbrent les fêtes de nouvel an à PékinJean Dif, « Chronologie de l'histoire du Tibet et de ses relations avec le reste du monde (Suite 3) - Le quatorzième Dalaï lama »..

En 1956, le dalaï-lama devient le président du comité préparatoire à l'établissement de la Région autonome du Tibet tandis que le panchen lama est désigné premier vice-président. Il part en pèlerinage pour l'Inde avec le dalaï-lama, alors que l'Inde célèbre le de Bouddha Jayanti.

Lorsque le dalaï-Lama se réfugie en Inde en 1959, l'ensemble de son gouvernement le suit. Le panchen-lama, quant à lui, reste au Tibet. Il se voit offrir la présidence par intérim du comité préparatoire à l'établissement de la Région autonome du Tibet, inauguré par le maréchal Chen YiRichard Poulin, La politique des nationalités de la République populaire de Chine., le dalaï-lama gardant le titre de président.

Sous la direction du panchen lama, le Comité préparatoire, devenu le nouveau gouvernement tibétain, abolit le travail forcé et la servitude individuelle le 28 mars 1959 Bill Brugger, China: Liberation and Transformation 1942-1962, Rowman & Littelfield, 1981, 288 p., p. 199 : .

Répression des moines et destruction d'une partie du monastère de Tashilhunpo Selon Michael Buckley et , fin 1960, l’Armée populaire de libération (APL) entoura le monastère de Tashilhunpo (qui jusque-là avait échappé aux réformes) et arrêta ses moines. Certains furent par la suite exécutés, d'autres se suicidèrent, un grand nombre furent emmenés dans des camps de travail Michael Buckley, Tibet, Bradt Travel Guides, 2006 , page 184 : . Ardy Verhaegen affirme que le fit dès lors ouvertement ce qu'il put pour préserver la religion du Tibet, répétant que le était l'authentique dirigeant du Tibet Ardy Verhaegen, The Dalai Lamas: the Institution and its history, 2002 , : .

Fabienne Jagou précise qu'après le saccage du monastère de Tashilhunpo en 1960, le se rallia au . Selon Keith Dowman, c'est sous la révolution culturelle que le monastère subit des destructions : elles concernèrent les deux tiers des bâtiments, principalement les habitations des moines Keith Dowman, The Power-places of Central Tibet: The Pilgrim's Guide, Routledge & Kegan Paul, London and New York, 1988 , : ..