Jean Bourdichon, né à Tours en 1456/1457, et mort à Tours en 1520/1521, est un peintre et enlumineur de la cour de France entre la fin du et le début du . Il fut peintre en titre de quatre rois de France, Louis XI, , Louis XII et . Jean Bourdichon est surtout connu comme l'enlumineur de son œuvre principale, Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne.
Éléments biographiques Il est né en 1456 ou 1457 probablement à Tours, et a principalement vécu dans la région du Val de Loire.
Jean Bourdichon a été identifié en 1880 par l'historien lyonnais André Steyert (1830-1904) grâce à la découverte d'une pièce d'archives de 1508 — un mandement ou ordre de paiement d'Anne de Bretagne — concernant les Grandes Heures d'Anne de Bretagne.. Bourdichon déclare avoir cinquante-six ans au procès de canonisation de François de Paule en 1513, et il est donc né en 1456 ou 1457.. En 1520, Bourdichon est mentionné pour la dernière fois, et en , sa fille se présente pour toucher sa part de la succession de son père qui est donc mort en 1520 ou au début de 1521Le livre de (difficile à trouver) est encore considéré comme fondamental par ..
Il a reçu sa formation dans l'atelier de Jean Fouquet ou de celui de l'un de ses fils.. Au milieu des années 1470, Jean Bourdichon travaille auprès du principal associé de Jean Fouquet, le Maître du Boccace de Munich qui est sans doute l'un des deux fils de Fouquet, Louis ou François. En 1481, Bourdichon succède à Jean Fouquet comme « peintre et valet de chambre » du roi. Le peintre touche des gages et apparaît dans les comptes royaux principalement pour de multiples travaux d'ornementation utilitaire et de décors éphémères, mais aussi pour des patrons de monnaies, d'orfèvrerie et de vitraux. En tant que peintre, il réalise de nombreux tableaux sur bois, des Vierges en gloire, des portraits de membres de la famille royale ainsi que de François de Paule. Peu de tableaux subsistent.
Son œuvre d'enlumineur est très abondante. La clientèle de Bourdichon est celle du milieu royal immédiat qui impose et met à la mode un art de cour fait pour plaire par sa somptuosité, à une époque où l'imprimerie commence à permettre une diffusion large des mêmes textes et ouvrages.
Éléments de style thumb|Anne de Bretagne et ses protectrices, Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne. Jean Bourdichon est issu de l'« école de Fouquet » et utilise nombre d'éléments de son style, comme la perspective ou les bâtiments italianisants. Le Maître du Boccace de Munich l'influence également, et lui transmet des caractères venant de Colin d'Amiens.
Jean Bourdichon utilise un cadrage à mi-corps des figures qui rapproche l'œil du spectateur et crée un effet d'intimité. Au minces filets qui encadrent les miniatures se substituent des cadres dorés et ombrés, portant fréquemment des inscriptions, et qui en font de plus en plus des peintures de chevalet. L'artiste privilégie l'or et le bleu. Il aime placer ses personnages dans une atmosphère de nuit, ombrée de bleu où des sources de lumière dorée éclairent des personnages. Si le fond est un paysage, il est pris dans une couche de bleu amorti éclairé d'un coucher ou lever de soleil naissant, dans un intérieur, la perspective est rigoureusement respectée. Les vêtements des personnages principaux sont rehaussés de fines rayures d'or. Les premières miniatures sont étonnamment claires, plates, roses et fortement rehaussées de longues hachures dorées. Dans certaines miniatures ultérieures, comme la Nativité des Grandes Heures, les vêtements ne portent aucun rehaut d'or malgré l'effet d'éclairage artificiel apporté dans la scène nocturne par la lanterne de Joseph. Dans les images de dévotion, les yeux des personnages, rehaussés de blanc, sont levés vers le ciel dans une posture pieuse.
L'originalité la plus frappante de Bourdichon est l'usage de bordures de fleurs et de fruits, peuplées d'insectes réalisées en trompe-l'œil et qui ornent les pages, comme dans les Grandes Heures. Au lieu du semis de fleurs coupées en usage dans l'enluminure flamande, Bourdichon présente sur fond doré des plants entiers de fleurs, dressés sur toute la hauteur de la bordure, depuis leur pied jusqu'à leurs boutons, comme dans un traité de botanique. Ultérieurement, comme dans les Heures d'Aragon, il s'italianise au contact de Giovanni Todeschino et reprend notamment des candélabres massifs ou des encadrements architecturaux de style renaissance.
Œuvre Panneaux thumb|upright=1.5|La Vierge et l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste, Musée San Martino de Naples. Il existe peu de tableaux dont l'attribution est certaine.
Portrait de Saint-François de Paule, que François de France envoya au pape Léon X. Il ne reste qu'une gravure de Michel Lasne reproduisant le panneau. La Vierge et l'Enfant entre saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste, triptyque, huile sur bois, , Musée San Martino de Naples. Mise au tombeau, église Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse et .. L'attribution à Bourdichon est incertaine : Pierre-Gilles Girault. estime qu'il s'agit de l'œuvre d'un imitateur combinant des motifs empruntés à Bourdichon et à Poyer. Le Christ bénissant et Vierge en oraison, Musée des beaux-arts de Tours. Ces deux panneaux ont été acquis par le musée en 2007.. Les panneaux sont en partie tronqués sur les bords et la couche picturale présente quelques lacunes, mais leurs dimensions indiquent qu'ils formaient à l’origine un diptyque. Le couple formé par le Christ et sa mère a connu une diffusion importante, et il en existe de nombreuses variantes. L'attribution de ces œuvres est toutefois contestée notamment car dans toutes ses représentations de la Vierge Bourdichon entourent entièrement le visage de la Vierge du voile..
Vierge en oraison, Londres, collection privée de Sam Fogg. Cet exemplaire, autrefois à Riga et maintenant à Londres, est en tout point semblable à l'exemplaire de Tours. Des examens de laboratoire ont montré que les panneaux ont été peints en utilisant un calque ; il s'agit donc d'œuvres produites en petites séries, mais l'emploi de matériaux coûteux comme le bleu de lapis-lazuli montre qu'il s'agit néanmoins d'œuvres précieuses.
Miniatures et manuscrits Avec le Maître du Boccace de Munich
thumb|« Auguste nommant Quirinus gouverneur de Syrie », Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Paris, BnF, manuscrit NAF. 21013, folio 65. Jean Bourdichon a reçu sa formation dans l'atelier de Jean Fouquet ou de celui de l'un de ses fils. Au milieu des années 1470, Jean Bourdichon travaille auprès du principal associé de Jean Fouquet, le Maître du Boccace de Munich qui est sans doute l'un des deux fils de Fouquet, Louis ou François.. C'est à l'occasion de l'exposition Jean Fouquet de 2003 que François Avril a introduit le Maître du Boccace de Munich qu'il suppose être un des fils de Fouquet.:
À partir des années 1460, Jean Fouquet est solidement épaulé, dans son activité d'enlumineur, par un remarquable collaborateur dont la personnalité distincte, bien qu'imprégnée par l'art du maître, s'affirme pour la première fois dans les petites illustrations du Boccace de Munich. Il s'agit vraisemblablement d'un des fils de Fouquet, Louis ou François, dont l'existence est attestée par un témoignage tardif. Héritier des savoir-faire du peintre tourangeau et en contact avec l'atelier parisien du Maître de Coëtivy, cet enlumineur exécute, sous la tutelle artistique de Fouquet, quelques très importants manuscrits, dont les célèbres Antiquités judaïques, considérées souvent comme représentant la phase ultime de la carrière du maître. Une série de livres d'heures aux caractéristiques stylistiques et iconographiques communes sort également de l'officine de cet artiste visiblement très actif. Proposée ici pour la première fois, la définition de cette nouvelle personnalité artistique oblige désormais à réviser l'étendue de l'activité de Fouquet comme enlumineur, et à envisager autrement les modalités de son rayonnement. L'atelier d'enluminure auprès de Fouquet explique l'influence durable qu'exerce l'art du maître sur la peinture et l'enluminure de Tours bien au-delà des années 1500. L'un des relais les plus actifs dans la diffusion des formules de Fouquet est sans doute son propre disciple et principal assistant, le Maître du Boccace de Munich, auprès duquel semble avoir été formé Bourdichon. Il pourrait avoir fait le lien entre l'art de son père et Bourdichon, d'une bonne génération plus jeune, et qui s'émancipa progressivement du grand Fouquet. Les premiers travaux de Bourdichon sont à placer sous la collaboration avec le Maître du Boccace de Munich : le Tite-Live de Versailles (Paris, BnF, manuscrit Fr. 273-274) enluminé en deux étapes, à Bruges par le maître du Boccace de Munich, vers 1455-1460, puis à Tours par Jean Bourdichon; deux miniatures sur deux colonnes (fr. 273, fol. 7 ; fr. 274, fol. 1); au total 63 miniaturesTite-Livre traduction par Pierre Bersuire.. le Tite-Live de Rochechouart (Paris, BnF, manuscrit Fr. 20071) illustration réalisée à Tours vers 1470-1480 par le maître du Boccace de Munich et d’autres artistes puis à Paris (?) vers 1490-1500 par Jean Bourdichon ; 56 miniatures (4 sur 2 colonnes des 2/3 de la justification et 48 sur 1 colonne d’1/3 de la justification)http://elec.enc.sorbonne.fr/miroir/titelive/traduction/para=bersuire.html#ms30 Tite-Livre] autre manuscrit de la traduction par Pierre Bersuire. le deuxième volume des Antiquités judaïques (Paris, BnF, manuscrit NAF. 21013) et les Heures de Bourbon-Vendôme (Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit 417)
Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne thumb|upright=0.5|Primevère.
Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne, Bibliothèque nationale de FranceBnF, manuscrit Lat. 9474., vers 1503-1508. Composé de 238 folios de . Toutes les marges du texte sont décorées par une flore extraordinaire. C'est un des manuscrits les plus populaires du monde. Cet herbier, peuplé d'insectes, formé en tout de trois cent trente-sept bordures, constitue la singularité de l'ouvrage.
Les miniatures sont de taille exceptionnelle pour un livre d'heures. Elles sont bordées d'un simple cadre d'or plat imitant un cadre en bois, avec une inscription sur le bas. Les personnages sont coupés à mi-hauteur. On reconnaît, dans la Nativité (folio 51v) ou la Fuite en Égypte (folio 76v), la prédilection pour les décors nocturnes, avec le fond en bleu amorti d'où émergent des sources de lumière. Les personnages sont souvent rehaussés de complexes hachures d'or et se détachent devant en avant de paysages artificiels.
Les Grandes Heures ont donné lieu à des répliques postérieures, dont trois exemplaires sont de conception très voisine : Heures Holford, Pierpont Morgan Library, New York, manuscrit M. 732 Heures Rothschild, Waddeson Manor, manuscrit 20 Heures Gardner, à Boston, Gardner Museum, ms. 8 Alors que la première réplique est présenté comme « un double des Grandes Heures » par Delisle, les deux suivantes ont les mêmes bordures florales, mais les peintures sont présentées dans des tabernacles à corniche dorée compliquée.
Heures de Louis XII
Le livre d'heures de Louis XII, qui date d'environ 1498-1499, ne subsiste plus qu'à l'état de fragments dispersés. Il est appelé aussi livre d'heures d'Henri VII d'Angleterre parce que Henri VII était en sa possession, probablement par l'intermédiaire de Marie d'Angleterre .. Le manuscrit a dû être démembré au . Deux feuillets de texte isolés existent et une cinquantaine de pages qui sont réunies en ordre dispersé dans un volume conservé à LondresBritish Library, manuscrit Royal 2 D XL.. Les bordures latérales sont ornées de compositions florales très caractéristiques, et présentent des combinaisons de grandes fleurs sur un fond doré accompagné d'insectes. Certaines de celles-ci ont été attribuées au jeune Maître de Claude de France, alors travaillant comme apprenti pour Bourdichon.