Le massacre des Lucs-sur-Boulogne a eu lieu le et le , pendant la guerre de Vendée. Il est le plus célèbre et le plus important massacre perpétré par les troupes républicaines des colonnes infernales. Sa notoriété est notamment due aux archives qui ont permis un débat historiographique à son sujet.
Contexte Les Lucs-sur-Boulogne sont situés à l'intérieur d'un triangle constitué par les routes joignant Challans, Montaigu et La Roche-sur-Yon.. Avant la Révolution, la commune est constituée de deux paroisses : le Grand-Luc, peuplé de habitants, et le Petit-Luc, situé plus à l'est, et habité par 150 personnes. Une petite rivière, la Boulogne, passe le bourg depuis le sud-est avant de filer vers le nord. Autour du bourg, le paysage est constitué de bocage, de landes et de quelques bois, où sont éparpillés une dizaine de gros villages, trente hameaux et de nombreuses métairies isolées.
Au début de l'année 1794, la Vendée est parcourue par les colonnes infernales du général Turreau.. Partie de Brissac le , la colonne du général de division Étienne Cordellier se signale notamment par de nombreux massacres. Le , Cordellier écrit de Tiffauges au général Turreau : .
Déroulement
Le , le général Cordellier aborde les Lucs-sur-Boulogne afin de déloger les troupes vendéennes de François Athanase Charette de La Contrie qui bivouaquent dans les landes de la Vivantière, au sud des Lucs-sur-Boulogne... Il attaque avec deux colonnes, l'une commandée par lui-même et par le général Crouzat et l'autre par le chef de bataillon Matincourt.
Cordellier suit la rive gauche de la Boulogne, mais sa colonne marche dans une grande confusion et prend du retard. Matincourt file quant à lui le long de la rive droite de la rivière avec sa colonne, constituée du régiment d'infanterie, du bataillon de volontaires de Paris, du bataillon de volontaires des Ardennes et de quelques cavaliers.. Rapidement, les républicains se dispersent en petits groupes et commencent à incendier les fermes sur leur passage et à fusiller les habitants qu'ils rencontrent. L'opération militaire dégénère en massacre général au cours duquel des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants sont mis à mort. Par trois fois, Matincourt tente, sans succès, de faire reformer les rangs, mais il finit cependant par aborder le Petit Luc. Les tirailleurs républicains ne rencontrent que quelques combattants vendéens et se lancent à leur poursuite pendant environ une heure. Cependant, Charette fait ensuite son apparition avec le gros de ses forces et surprend complètement les hommes de Matincourt. Trop éparpillés, ces derniers prennent la fuite et entraînent dans leur déroute les hommes de Crouzat avant que ces derniers n'aient pu engager le combat. Cordellier est quant à lui très en arrière, une partie de sa colonne n'ayant toujours pas franchi le défilé du moulin de l'Audrenière, pourtant située non loin de son point de départ. Toutes les colonnes républicaines se replient alors sur Legé, au nord-ouest des Lucs. Les Vendéens arrêtent leur poursuite aux abords de la ville.
Après le combat, Charette abandonne les Lucs et se porte sur Le Poiré-sur-Vie. Cependant le lendemain, le général Cordellier lance une contre-attaque sur Les Lucs avec ses colonnes et celle de Legé, dirigée par Rouget, le commandant du bataillon de volontaires des Deux-Sèvres. Les républicains ne trouvent aucune trace des troupes de Charette et commettent de nouveaux massacres entre Legé et les Lucs.
Témoignages Il reste peu de témoignages sur le déroulement du massacre. Un soldat républicain, nommé Chapelain, écrit dans une lettre : Un autre, nommé François Pelereau, écrit que les volontaires .
En 1823, le mémorialiste royaliste Urbain-René-Thomas Le Bouvier-Desmortiers écrit d'après un témoignage recueilli : ..
D'après la tradition orale, de nombreux habitants parviennent cependant à trouver refuge dans les bois.
Bilan humain : le martyrologe des Lucs Le , une liste précise des victimes, avec leurs noms, âges et domiciles, est dressée par l'abbé Charles Vincent Barbedette, curé du Grand-Luc et aumônier des troupes de Charette.. Pour l'historien Alain Gérard, ce document, appelé , constitue la seule liste des victimes d'un massacre à avoir été dressée au moment des faits. À la fin de son cahier, l'abbé Barbedette précise : ...
Si d'après l'abbé Barbedette, les massacres du et du font 564 morts, sa liste ne comprend que 459 noms, ce qui, pour l'historien Alain Gérard, est probablement dû à la perte d'un feuillet. Parmi les 459 noms connus figurent 80 hommes et 127 femmes de , 124 personnes de plus de 50 ans et 127 enfants de moins de 10 ans.
Les tueries du ont principalement lieu dans les villages et les hameaux le long de la Boulogne, entre Rocheservière et les Lucs, tandis que celles du ont lieu le long de la route entre Legé et les Lucs.. On relève ainsi 54 morts au Grand-Luc et 25 morts au Petit-Luc, ainsi que 31 morts à La Guyonnière, 16 morts à La Pèlerinière, 12 morts à La Primandière, 10 morts à la Bugelière. Entre Legé et les Lucs, on compte notamment 32 morts à La Gaconnière, 23 morts à La Sorinière, 14 morts à La Renaudière, 14 morts à La Bromière, 11 morts à La Moricière, 11 morts aux Guénières et 10 morts à La Coruetière. Certaines métairies et certains hameaux sont cependant épargnés par le passage des colonnes..
Historiographie Les mémoires du chef vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière, rédigés en 1798, semblent avoir été les premiers à faire état des événements survenus aux Lucs. Ce premier récit sert de base à Alphonse de Beauchamp, auteur d'une Histoire de la guerre de Vendée en 1806 et de prétendus Mémoires de Bodereau en 1804, qui seraient de sa main. Il ajoute également la présence de Haxo. En 1808, sous prétexte de réfuter Beauchamp, Le Bouvier-Desmortiers publie une Vie du général Charette, dans laquelle il reprend cependant son récit des Lucs, qu'il étoffe. En 1819, Berthre de Bournizeaux ajoute encore quelques éléments de son cru dans son Histoire des guerres de Vendée et des Chouans, de même que Jacques Crétineau-Joly en 1840, dans son Histoire de la Vendée militaire, dans laquelle il donne le comme date des faits, jusque là située par aucun auteur.
Les ruines de l'ancienne église du Petit-Luc ne sont déblayées qu'en 1863 à l'initiative d'une équipe missionnaire des Pères de Chavagnes. À cette occasion, de nombreux ossements humains, ainsi que des balles, des scapulaires et des « Sacrés-Cœurs » sont découverts. Des recherches sont alors entreprises par l'abbé Jean Bart, curé de la paroisse. Entre 1866 et 1873, il découvre le cahier manuscrit de l'abbé Barbedette dans les papiers du presbytère des Lucs.
vignette|Vitrail de l'église des Lucs-sur-Boulogne représentant la mort de l'abbé Voyneau, réalisé par Lux Fournier en 1941.
En 1867, Jean Bart publie un opuscule intitulé Chapelle de Notre-Dame des Lucs dans lequel il reprend la date du et le récit développé par la tradition historiographique. Selon lui, la population, cachée dans les broussailles de la Vivantière, aurait été surprise par une colonne à la recherche de Charette. La moitié des habitants, plus un, aurait été massacrée. Puis les hommes rescapés se seraient ressaisis pour résister à l'ennemi, tandis que les plus faibles se rassemblaient dans la chapelle du Petit-Luc pour prier. Enfin, la venue de Charette et de son adjoint Guérin aurait permis de faire fuir la colonne qui, en partant, aurait tué l'abbé Voyneau, curé du Petit-Luc, puis massacré les gens réunis dans la chapelle, détruite à coups de canons depuis le chêne du Quati-Fort.
Dans une seconde version, parue en 1874 sous le titre : Chapelle de Notre-Dame des Lucs, reine des martyrs, Jean Bart situe un massacre au , en reprenant les éléments trouvés dans le cahier de Barbedette. Il y ajoute une précision pour justifier sa première version : .
Par la suite, la tradition locale étoffe encore les premiers récits. Entre 1898 et 1908, une nouvelle chapelle est édifiée au Petit-Luc.. Vers 1935, le curé Boudaud orne la chapelle de panneaux de bois reprenant les noms des victimes connues ; en 1941, son successeur Gabriel Prouteau fait installer des vitraux célébrant, en plus des personnages bibliques et des saints nationaux et locaux, les curés Barbedette et Voyneau, ainsi que le souvenir du massacre. En 1947, un monument dédié au curé Voyneau et à ses compagnons est érigé.
Dans les années 1960, l'érudit Gilles de Maupeou découvre des documents inédits sur les opérations militaires aux Lucs du général Cordellier. En 1977, il découvre le procès intenté par Cordellier contre le chef de bataillon Matincourt.
À la fin du , le déroulement et le bilan humain du massacre fait l'objet de débats parmi les historiens. En 1992, le dossier est rouvert par Jean-Clément Martin, pour qui non seulement il paraît difficile d'affirmer qu'il n'y eut qu'un seul massacre, mais tout permet au contraire de penser qu'il y eut une multiplicité de combats et massacres entremêlés sur toute la paroisse des Lucs durant plusieurs mois de 1794. Les victimes mêlent à la fois femmes, vieillards, enfants et combattants tombés les armes à la mainJean-Clément Martin, Le Massacre des Lucs, Vendée 1794 (en collaboration avec Xavier Lardière), Geste Éditions, La Crèche, 1992. Selon lui, la « liste dressée en 1794 comptabilise manifestement l'ensemble des habitants tués depuis 1789, alors que toute une tradition veut la voir comme le résultat d'un massacre unique commis en deux jours de . Les conclusions sont évidemment fort divergentes selon la lecture adoptée »Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essai sur la naissance d'un mythe national, éditions du Seuil, 2006.
Il est suivi dans cette voie par Paul Tallonneau, dans un ouvrage rédigé en 1993Paul Tallonneau, Les Lucs et le génocide vendéen : comment on manipule les textes, Hécate, 1993. Cependant si Jean-Clément Martin conteste de larges pans du martyrologe des Lucs, Paul Tallonneau rejette totalement son authenticité. Refusant de croire à la réalité d'un massacre, il estime que la disparition de plusieurs centaines de villageois pourrait être imputable à une épidémie... En 2007, cette thèse est rejetée par Jacques Hussenet : .
En 1993, Pierre Marambaud, en s'appuyant sur des archives militaires, un dépouillement des archives paroissiales des Lucs et des paroisses limitrophes, et certaines lettres émanant de soldats présents lors des faits, soutient la thèse d'un massacre unique le et le . Il considère que ce massacre englobe non seulement les Lucs (qui à l'époque comprenait le Grand Luc et le Petit Luc où s'élève la chapelle commémorative), mais aussi les hameaux et métairies des alentours. Selon lui, l'authenticité du martyrologe est crédible et compatible avec les dénombrements et recensements qui l'encadrent. Il estime le nombre des victimes entre ..
La thèse de Marambaud est soutenue par Alain Gérard. De même, en 2007, Jacques Hussenet écrit : ..
Mémorial On peut visiter le Mémorial de la Vendée qui témoigne de cet événement. À l'occasion de son inauguration, le , Alexandre Soljenitsyne prononça un discours, où il fit un parallèle entre l'esprit qui animait les hommes politiques appliquant la Terreur et le totalitarisme soviétiqueExtraits sur France Catholique
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Gaëtan Bernoville. L'épopée des Lucs et les Saints Innocents de la Vendée. Paris 1944.
On trouvera ici une bibliographie détaillée Archives de la Vendée La Complainte des Lucs fut écrite par frère Gabriel-Marie Gauvrit, du Poiré-sur-Vie, supérieur général des Frères de Saint-Gabriel de Saint-Laurent et illustrée par Maurice de la Pintière.
Articles connexes Charles Vincent Barbedette
Liens externes Historial de la Vendée Vendée Janvier-Mai 1794 Discours d'Alexandre Soljenitsyne pour l'inauguration du mémorial de la Vendée aux Lucs-sur-Boulogne à l'occasion du bicentenaire de la Guerre de Vendée le
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