La province autonome de Bolzano ( ; ; ), plus connue en français comme Haut-Adige, Tyrol du Sud ou Sud-Tyrol, est une province italienne, située dans le nord-est du pays, partie de la région autonome du Trentin-Haut-Adige, à la frontière de l'Autriche et de la Suisse. Depuis 2001, les deux noms, Alto Adige (italien) et Südtirol (allemand) figurent dans la Constitution italienne. Son chef-lieu est Bolzano.

La majorité des habitants est de langue allemande, parlant généralement un dialecte allemand du groupe bavarois, appelé (tyrolien méridional). Un bon quart de la population est italophone (sud de la province) tandis qu'une petite minorité emploie une des formes du ladin comme langue maternelle.

Toponymie vignette|gauche|Présentation bilingue d'un odonyme à Bolzano présentant les deux versions du toponyme provincial. Cette région des Alpes est connue sous différentes appellations, dues aux vicissitudes de l'histoire. En italien, le nom officiel est . Haut-Adige, l'appellation la plus fréquente en français, vient d'une création lexicale et toponymique pour la région, alors autrichienne, du Tyrol méridional, un nom géographique imposé pendant l'occupation napoléonienne faisant référence aux sources de l'Adige.

Le toponyme complet allemand est . Les germanophones disent couramment , et même l'administration provinciale utilise comme politique linguistique Sud-Tyrol pour sa présentation internet en français. Tyrol du sud est l'appellation la plus fréquente en français en Belgique et .. Ce nom correspond à la région historique et géographique du Tyrol. Le Tyrol du Nord, le Tyrol de l'Est, le Tyrol du Sud et le Tyrol italien (, le Trentin d'aujourd'hui) constituent ensemble la région historique du Tyrol (unité administrative de l'Autriche-Hongrie avant 1918).

En ladin, la province s'appelle Provinzia autonòma de Balsan - Südtirol ou Provinzia autonòma de Bulsan - Südtirol selon le dialecte.

La Constitution de l'Italie (art. 116) reconnaît officiellement les deux versions Alto-Adige/Südtirol. En plus, tous les noms géographiques doivent être bilingues, trilingues dans les vallées ladines. La plupart des toponymes italiens ont été introduits par Ettore Tolomei, un linguiste originaire du Trentin, qui publia un manuel avec le titre Prontuario dei nomi locali dell'Alto Adige, devenu officiel sous le gouvernement fasciste et encore en vigueur.

Géographie vignette|Le refuge de Pforzheimer dans la province autonome de Bolzano. Septembre 2019. La province est limitrophe au nord et à l'est de l'Autriche (Tyrol et Salzbourg), à l'ouest de la Suisse (Grisons), au sud-est de la Vénétie (province de Belluno), au sud de la province autonome de Trente (Trentin) et au sud-ouest (par le col du Stelvio) de la Lombardie (province de Sondrio).

Le Haut-Adige est une région entièrement montagneuse, caractérisée par les Alpes et les Dolomites. Le massif des Dolomites est constitué d'une roche calcaire particulière, la dolomie, identifiée au par un géologue français, Déodat Gratet de Dolomieu, qui lui a laissé son nom. Ce massif est depuis 2009 inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCOPage officielle de l'UNESCO sur les Dolomites sur le site de l'UNESCO, consulté le 8 février 2011.. Chaque année, des millions de touristes parcourent cette contrée, pratiquant, selon la saison, le ski ou l'escalade. Ils y trouvent aussi le repos dans de confortables chalets au pied des Dolomites. Le sommet le plus élevé du Haut-Adige est l'Ortles (allemand ), qui dépasse les d'altitude.

Hydrographie Fleuves Le territoire est irrigué par plusieurs cours d'eau : l'Adige (en allemand Etsch), l'Isarco (en allemand Eisack), le Rienza (en allemand Rienz), le Passirio (en allemand Passer), le Talvera (en allemand Talfer).

Lacs La province autonome de Bolzane compte d’eau naturels d’une longueur supérieure ou égale à . La plupart de ces bassins sont situés à des altitudes supérieures à . Il existe naturels d'une superficie supérieure à cinq hectares, dont trois seulement, le lac de Caldaro (le plus grand lac naturel du Haut-Adige) et les deux lacs de Monticolo, sont situés à moins de .

Les principaux lacs naturels sont le lac de Resia (), le lac de Caldaro (), le lac de Montiggl (), le lac de Braies (), le lac de Carezza et le lac de Vahrn (). La particularité hydrologique du Tyrol du Sud est que l'ensemble de ses cours d'eau appartient au bassin versant du Pô (ce qui a légitimé les demandes de rattachement à l'Italie plutôt qu'à l'Autriche), excepté la zone Nord-Est de la province, où commence le bassin de la Drau qui se jette, plus loin, dans le Danube.

Cascades vignette|gauche|Les cascades de Stanghe. Le Tyrol du Sud compte de nombreuses cascades. Parmi les plus connues, on trouve les cascades de Stanghe, à Racines, près de Vipiteno, les cascades de Riva, à Campo Tures dans la vallée d’Aurina, la cascade de Parcines, à Parcines dans la val Venosta, la plus haute du Tyrol du Sud.

Organisation territoriale La province de Bolzano compte 116 communes, organisées en 8 communautés (italien , allemand ).

Communautés Communauté (italien/allemand) Chef-lieu (italien/allemand) Superficie (en km) HabitantsBolzano/Bozen Bolzano/Bozen 52,34 (2018)Burgraviato/Burggrafenamt Merano/Meran (2005)Oltradige-Bassa Atesina/Überetsch-Unterland Egna/Neumarkt 424 (2010)Salto-Sciliar/Salten-Schlern Bolzano/Bozen (2005)Valle Isarco/Eisacktal Bressanone/Brixen 624 (2005)Val Pusteria/Pustertal Brunico/Bruneck (2005)Val Venosta/Vinschgau Silandro/Schlanders (2005)Alta Valle Isarco/Wipptal Vipiteno/Sterzing 650 (2005)

Communes majeures Commune (italien) Commune (allemand) Habitants (2017)Altitude (m)BolzanoBozen262MeranoMeran325BressanoneBrixen560LaivesLeifers258BrunicoBruneck838Appiano sulla Strada del VinoEppan an der Weinstraße416LanaLana310Caldaro sulla strada del vino Kaltern an der Weinstraße425RenonRitten1000SarentinoSarntal900CastelrottoKastelruth1060VipitenoSterzing950SilandroSchlanders720Valle AurinaAhrntal1054NaturnoNaturns528LacesLatsch639

Population

vignette|200px|Signalisation trilingue avec indications en ladin, en allemand et en italien.|alt= La province de Bolzane est, comme la Vallée d'Aoste et le Frioul-Vénétie Julienne, une région officiellement multilingue. L'italien et l'allemand sont les langues officielles de toute la province, auxquelles s'ajoute le ladin dans quelques communes. C'est pourquoi la signalisation est presque entièrement bilingue ou parfois trilingue. Le gouvernement provincial voudrait privilégier la version allemande.

Chaque citoyen a le droit de s'exprimer dans sa langue maternelle avec l'administration publique, même devant un juge. Les écoles sont séparées pour chaque groupe linguistique.

Groupe linguistique 1991 2001 2011 Allemand 67,99 % 69,15 % 69,41 % Italien 27,65 % 26,47 % 26,06 % Ladin 4,36 % 4,37 % 4,53 %

Pour garantir une distribution équilibrée des emplois dans l'administration publique, il y a un système appelé proportionnalité ethnique (italien , allemand ). À l'occasion du recensement décennal de la population, chaque citoyen doit déclarer son appartenance à un groupe linguistique : italien, allemand ou ladin.

La plupart des italophones habitent dans les villes les plus grandes. Le chef-lieu Bolzano et quatre autres communes (Laives, Bronzolo, Salorno et Vadena) ont une majorité de langue italienne. Dans 103 des 116 communes les germanophones sont le premier groupe linguistique, atteignant 99,81 % à San Pancrazio/St. Pankraz.

Les ladinophones sont nombreux dans le Val Gardena et dans le Val Badia.

vignette|centré|400px|Carte de la répartition des langues dans la province : en vert l'allemand, en bleu le ladin, en rouge et jaune l'italien.

Histoire

Le territoire de la province de Bolzane fait partie des rares régions disputées entre la Romania (où se pratiquent des langues romanes) et la Germania (où se pratiquent des langues germaniques). La frontière linguistique initiale, qui correspondait alors approximativement au limes de l'Empire romain, a reculé au Moyen Âge en certains endroits (comté de Flandre, Lorraine, Alsace, Suisse et Tyrol). Ce glissement est expliqué par une colonisation bavaroise et en partie lombarde qui semble remonter à l'an 1200. Cette région fut le berceau de poètes qui jouèrent un rôle important dans le développement de la langue allemande comme Oswald von Wolkenstein et Walther von der Vogelweide.

À partir du , le Tyrol fait partie, comme tout le nord et le centre de l'Italie, du Saint-Empire romain et, à partir de l'année 1363, de l'Empire autrichien des Habsbourg, partageant le sort et l'histoire de l'Autriche de manière presque ininterrompue jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

Le Tyrol tomba quelque temps aux mains des troupes françaises de Napoléon et de ses alliés bavarois. Le héros de la lutte armée contre les envahisseurs, Andreas Hofer, fusillé à Mantoue, est un personnage populaire du Tyrol, comme peut l'être Giuseppe Garibaldi pour les Italiens. Son irrédentisme fut souvent mis en avant à des époques plus récentes. L'hymne d'Andreas Hofer est devenu l'hymne officiel du Tyrol.

Le territoire du Tyrol du Sud, presque complètement germanophone (presque 90 % de sa population, contre 2,9 % d'italophones en 1910), fut rattaché à l'Italie à la fin de la Première Guerre mondiale en application du traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919.. Depuis le , la « Vénétie tridentine » faisait partie des « terres irrédentes » dans la vision des nationalistes italiens.

À partir de 1922, les Tyroliens rattachés à l'Italie furent soumis à une tentative avortée d’italianisation forcée, de la part du régime fasciste, qui favorisa l'immigration depuis les autres régions italiennes, et tenta d'imposer l'usage généralisé de la langue italienne, surtout grâce à l'enseignement monolingue dans les écoles, ce qui, non seulement provoqua protestations et rancœur de la part des habitants de langue allemande, mais aussi la naissance d'un enseignement clandestin, dans les écoles des catacombes. Le Programme de Tolomei, mis en œuvre à la suite des propositions faites par le sénateur Ettore Tolomei en 1923, a permis l'italianisation de l'ancien autrichien, peuplé d'une population en très grande majorité germanophone. La toponymie allemande devait être supprimée et remplacée, en se servant du , dont Tolomei lui-même était l'auteur.

Dans le même temps toutefois, le rapprochement entre Hitler et Mussolini, et l'annexion de l'Autriche par le Troisième Reich (Anschluss), allégea la pression de la propagande, tandis que des cellules nazies, tolérées par Rome, proliféraient dans le Haut-Adige.

En 1939, un accord entre le régime nazi et le régime fasciste, intéressés pour divers motifs à éloigner le plus grand nombre possible d'Allemands de la région, conduisit aux Options, qui virent une bonne partie des habitants allemands, confrontés aux pressions fascistes, choisir d'émigrer vers le Troisième Reich, en premier lieu vers les terres conquises à l'Est (Pologne), déchirant des familles entières entre les (« ceux qui restent là », qui décidèrent de ne pas quitter leur terre) et les « » (qui privilégièrent leur identité culturelle). Dans les faits, comme le remarquent des responsables italiens (Journal de Ciano par exemple), l'Allemagne retarda tellement l'accueil des candidats au déplacement que presque tous étaient encore sur place en 1943 ; ce qui explique que, malgré les projets d'italianisation, la province soit restée très majoritairement peuplée de germanophones.