L'affaire Grégory Villemin débute le dans les Vosges. Grégory, âgé de quatre ans, est enlevé à son domicile de Lépanges-sur-Vologne et retrouvé mort le soir même dans la Vologne, à sept kilomètres de là. Le ou les assassins demeurent inconnus. Par son mystère et son traitement judiciaire, elle devient l’une des affaires les plus marquantes de l’histoire criminelle française.
La photographie du corps ligoté, publiée dès les premiers jours, bouleverse l’opinion publique. Très vite, de nombreux journalistes français et étrangers affluent, et l’affaire fait la une nationale.
Le rôle des médias sera vivement critiqué : dramatisation, manque d’objectivité, intrusion dans la vie privée et dans l’enquête. Cet emballement nuira à la sérénité des investigations, ce que reconnaîtront certains enquêteurs et journalistes.
L’affaire a provoqué une évolution des techniques de police scientifique, jugées depuis rudimentaires, et inspiré une réflexion sur les relations entre magistrats, avocats, gendarmes et médias. Elle a aussi contribué à faire progresser la législation sur la présomption d’innocence et le secret de l'instruction.
Sa durée, son contexte, le caractère énigmatique du mobile et des circonstances du crime ainsi que les divers rebondissements qu'elle a connus, dont l'assassinat d'un des suspects, Bernard Laroche, par le père de Grégory en 1985 et le suicide en 2017 du premier juge d'instruction, Jean-Michel Lambert, en font une affaire criminelle hors norme.
La famille Villemin Grégory Villemin Grégory Gilbert Villemin est né le , sur deces.politologue.com à Saint-Dié-des-Vosges. Il est le fils de Jean-Marie Villemin, né le à Aumontzey (Vosges), contremaître depuis à l'usine spécialisée dans la fabrication de sièges d'automobiles Auto Coussin Industrie (ACI, Faurecia) de La Chapelle-devant-Bruyères, et de Christine Blaise, née le à Petitmont (Meurthe-et-Moselle), ancienne élève du lycée Jeanne d'Arc de Bruyères ., à l'époque, couturière à la Manufacture de confection vosgienne (MCV), à Lépanges-sur-Vologne. Ils se sont rencontrés en 1976, puis mariés le , et se sont installés dans un pavillon qu'ils ont fait construire à Lépanges, un an après la naissance de leur premier enfant, Grégory..
Le à , le corps sans vie de Grégory est retrouvé dans la Vologne, à Docelles, à sept kilomètres en aval de Lépanges. Il a les pieds, les mains et la tête liés par des cordelettes et son bonnet est rabattu sur son visage. L'affaire est aussitôt relayée par la presse régionale et nationale, la découverte du corps par les gendarmes faisant sur le champ l'objet de clichés photographiques diffusés dès les jours suivants.
Les obsèques de l'enfant se déroulent à Lépanges le et attirent une foule de près de sept cent personnes. Déjà persuadés que le ou les coupables se trouvent dans l'entourage familial, les enquêteurs cherchent à y déceler d'éventuels comportements suspects. La mise en terre dans le cimetière communal est ponctuée de débordements, notamment en raison de la présence intrusive de photographes et de journalistes qui sont la cible de jets de pierres. Christine Villemin, mère de la victime, très affectée, est victime d'un malaise et doit être évacuée du cimetière..
Après la mort de Grégory, le couple a trois autres enfants : Julien en 1985, Émelyne en 1990 et Simon en 1998..
En , le corps de Grégory est, selon la volonté de ses parents, exhumé du cimetière de Lépanges et incinéré à Épinal après une cérémonie strictement privée., le couple conservant la moitié des cendres..
Les familles impliquées Arbre généalogique simplifié des familles Villemin, Jacob et Laroche (avec leur âge au moment du crime).... :
Légende : les pointillés indiquent et relient en amont les personnes qui n'étaient plus vivantes au moment de la mort de Grégory.
Incidents antérieurs à l'affaire Grégory Mort de Gaston Villemin En 1942, Gaston Villemin, qui était prisonnier de guerre, est libéré et revient au village. Il apprend que son épouse Jeanne-Marie est partie avec un soldat allemand. Profondément affecté par cet abandon, qui fait suite à la mort du petit Étienne, il met fin à ses jours en se pendant.
Une famille avec un lourd passé De fortes tensions d'origines diverses existent au sein de cette famille élargie., notamment entre d'une part Albert Villemin, Monique Jacob son épouse et Jean-Marie Villemin, l'un de leurs fils, et d'autre part Marcel Jacob, frère cadet de Monique, Jacqueline Thuriot son épouse, Bernard Laroche leur neveu ainsi que d'autres membres.. Le journaliste François Caviglioli décrit un clan archaïque composé d'une matriarche., Monique Jacob, et aux .
Appels malveillants chez Jean-Marie et Christine Villemin En , les parents de Grégory emménagent dans le pavillon qu'ils viennent de faire construire sur les hauteurs de Lépanges. Cela intervient après la promotion au mérite en de Jean-Marie au poste de contremaître à l’usine., où il avait refusé de reprendre une carte de la CGT malgré la présence de Roger Jacquel, délégué au sein de l'entreprise, militant communiste et beau-père de son frère Jacky. Très vite, Jean-Marie et Christine Villemin voient s'abattre sur eux une forte jalousie familiale et sont victimes de harcèlements. En effet, à partir d', alors que leur ligne téléphonique n'a été installée que le mois précédent, le couple reçoit, comme du reste d'autres membres de la famille, des appels téléphoniques malveillants réitérés émanant d'un individu mystérieux que les intéressés appellent entre eux (voire Voir Thibaut Solano, La Voix rauque, Paris, Les Arènes, 2018, .) et que les commentateurs vont vite surnommer le « corbeau », par allusion au célèbre film de Clouzot. D'abord muets, ces appels ne tardent pas à se transformer en menaces verbales auxquelles Jean-Marie Villemin fait face avec sang-froid, afin de déstabiliser le(s) harceleur(s). D'ailleurs lui-même et sa femme reconnaîtront plus tard avoir, eux aussi, cédé à la tentation de jouer les corbeaux pour tenter de démasquer celui ou celle qui les persécutait.
La cible principale reste les grands-parents paternels de Grégory., Monique et Albert Villemin, dont le corbeau connaît parfaitement certains détails de la vie intime, et qui déposent une plainte en . Une information est ouverte par le procureur de la République. La demande de procédure, adressée le au juge d'instruction de Saint-Dié-des-Vosges, est close par une ordonnance de non-lieu faute d'éléments probants. Un soir, une vitre de la maison de Jean-Marie est brisée alors que Christine se trouve à l'intérieur avec Grégory.. Puis les pneus d'un véhicule appartenant au couple sont crevés sans que l'identité du ou des responsables puisse être établie. Au début des appels, le chef de la brigade de gendarmerie de Corcieux suggère à Jean-Marie Villemin d'appeler au téléphone les personnes qu'il soupçonne, afin d'identifier leur voix. C'est ainsi qu'il appelle notamment Roger Jacquel, le beau-père de son frère Jacky, à deux heures du matin. Le , à l'usine Auto Coussin où il est en train de travailler, lors d'une communication de dix minutes puis d'une autre d'une trentaine de minutes, l'anonyme évoque son appel de la nuit précédente , laissant penser à Jean-Marie que c'est peut-être Roger Jacquel ou quelqu'un qui essaie de se faire passer pour lui . Arrivé au domicile de Roger Jacquel, à Granges-sur-Vologne, il aperçoit, garées devant la maison, deux Renault 4 qu'il prend pour des estafettes de gendarmerie à cause de la pénombre, ce qui le dissuade de poursuivre...
Quelques semaines plus tôt, le , Liliane Jacquel, épouse de Jacky Villemin, a reçu un appel téléphonique anonyme dont l'auteur menace de s'en prendre physiquement à Jean-Marie. Ce dernier, alors en mauvais termes avec son demi-frère et sa belle-sœur, n'en sera jamais averti. Huit jours avant le drame, les parents ont obtenu un prêt qui leur a permis l'acquisition à crédit d'un salon de cuir d'une valeur de Laurence Lacour, Le Bûcher des innocents, Paris, Les Arènes, 2006..
Trois lettres anonymes Le est glissée dans les volets du domicile de Jean-Marie Villemin la première des quatre lettres de menaces manuscrites du ou des corbeaux. La première, en capitales, comporte deux fautes d'orthographe : . La deuxième lettre est reçue le par les grands-parents, Albert et Monique Villemin écrite également en lettres d’imprimerie puis la troisième le , toutes deux adressées aux grands-parents paternels de Grégory.. Celle du profère une menace contre Grégory et est écrite dans un style plus personnel et passe en lettres cursives.
L'auteur d'une lettre anonyme du est identifié 38 ans plus tard. en 2023 grâce à une analyse ADN. Il s'agit d'une femme originaire de la Guadeloupe, qui se trouvait à Paris au moment de l’envoi. Elle a reconnu en audition être l’autrice de la missive. https://cdn-jhajf.nitrocdn.com/pIMbRIZWuoNLnsPMUIGnmgdVLoLUCJhQ/assets/images/optimized/rev-38e25f3/www.police-scientifique.com/wp-content/uploads/2014/01/derniere-lettre.jpg, était-il écrit. C'est une personne désœuvrée sans lien avec l’affairehttps://www.lemonde.fr/societe/article/2023/10/11/affaire-gregory-un-corbeau-recemment-identifie-par-la-justice-est-une-fausse-piste-selon-le-parquet_6193858_3224.html.
Les dernières heures de Grégory Villemin Le vers , Christine Villemin quitte son travail à la MCV (Manufacture de Confection Vosgienne) à Lépanges. Plusieurs de ses collègues de travail, surnommées « les filles de la Poste » par les enquêteurs, sorties en même temps qu'elle déclarent l'avoir vue s'arrêter devant la Poste de Lépanges située le long de la route RD 44 en direction de Bruyères, ce que Madame Villemin a nié, affirmant que c'était le qu'elle avait posté une lettre adressée à une entreprise de vente par correspondance (point qui a été confirmé par l'entreprise destinataire). Christine Villemin serait ensuite allée récupérer Grégory chez sa nourrice, Christine Jacquot, aux HLM du Gai Champ situés dans ce même village. Selon ses déclarations, de retour au domicile familial, après avoir enfilé à son fils un bonnet en raison du froid, car l'enfant voulait rester dehors pour jouer un peu sur le tas de graviers d'excavation situé devant la maison, elle se serait préparée à faire du repassage. Elle dit avoir mis la radio à un volume élevé, de façon à entendre l'émission Les Grosses têtes depuis la pièce où elle repassait son linge. Vu l'heure, elle n'a pas rouvert les volets, que son mari avait l'habitude de fermer le matin par crainte des cambrioleurs. Lors de son audition par le SRPJ, rapportée par le commissaire Jacques Corazzi dans son livre « Le secret de la Vologne » (p. 74), Madame Villemin a déclaré, au sujet du fait qu'elle avait laissé son enfant de 4 ans jouer tout seul devant la maison et aurait dû laisser les volets ouverts pour le surveiller : « Si j'avais laissé ouvert, on ne pouvait pas me le prendre... et puis c'est toujours notre habitude de fermer dès que les journées sont plus courtes. Si je m'étais doutée... », avant d'éclater en sanglots.