Cet article retrace l'histoire cartographique de l'Arménie, de l'antiquité au .
Avant-propos thumb|left|Carte représentant l'Arménie et la Géorgie Cet article dresse une vue panoramique sur les cartes représentant l'Arménie à travers les époques de l'histoire, on peut le considérer comme une liste, mais qui n'est pas exhaustiveLa plupart des images du texte ci-présent par exemple ne correspondent pas aux cartes énumérées, du fait que certaines cartes ont été perdues au cours du temps, et qu'on ne peut pas toutes les énumérer.
Antiquité
L'Antiquité cartographique, bien que peu développée, a laissé de très belles cartes, qui ont pour auteurs Hécatée de Milet, Ptolémée, etc. Malheureusement, ces chefs-d'œuvre n'existent plus et ce sont donc le plus souvent des reproductions de l'époque médiévale.
D'un point de vue historique, les origines de l'Arménie viennent des peuples (Armens et Hayasa-Azzi) qui vivaient dans l'Anatolie et qui se sont déplacés vers le Caucase. Là, ils vont se fondre avec les Urartéens, une civilisation rivale de l'Assyrie. Puis ce royaume urartéen va disparaître, et les Arméniens vont se créer des dynasties au moment de la naissance de J.-C. (dynasties orontide, artaxiade, arsacide). Vers l'an 301Une autre hypothèse serait que la conversion au christianisme aurait eu lieu en 314, mais de toute manière l'Arménie restera comme le premier pays chrétien au monde, l'Arménie devient chrétienne, puis en 405, Mesrop MachtotsMoine arménien crée l'alphabet arménien. Là commence le Moyen Âge.
Carte d'Hécatée de Milet La carte d'Hécatée de Milet date du av. J.-C., mais sa reconstitution date du . Cette carte est abondamment citée par Hérodote dans ses écritsII 143, V 36 et 125s., VI 137.. Sur cette œuvre d'Hécatée, on trouve, pour la première foisMüller Ch., Fragmenta historicorum Graecorum, t. I, Paris, 1874, p. 13, fragm. 195., l'inscription « Armenioi », (en grec arménien, Αβεποὶ), la mention de l'empire achéménide, les peuples Matiènes, Gordyens, Mèdes, Parthes.
La carte est actuellement exposée à la BNF, bibliothèque nationale de France, située à Paris.
Carte de Ptolémée thumb|Carte de Ptolémée Cette carte date du , mais son exemplaire est une reconstitution de 1466. Elle est en latin. L'auteur est Ptolémée, mais son statut est rarement contesté. Sur la carte, on distingue le Caucase : Arménie « Armenia Maior », l'Ibérie « Iberia », la Colchide « Colchis », l'Albanie « Albania ». À part le Caucase, la carte permet de voir la Médie « Mediae Pars », l'Assyrie « Assyria Pars''' » et les mers Caspienne et Noire. Beaucoup de lieux historiques sont représentés, comme la ville d'« Artaxata », « Tigranocerte » ou encore le lac de Van, « Thospitis ».
Cette carte est exposée à Modène (Italie), à la Biblioteca EstenceLa Biblioteca Estence de Modène rassemble un grand nombre de cartes historiques du Caucase.
Carte de Jérôme thumb|left|Carte présumée de Jérôme La carte de Jérôme date du . L'original étant perdu, la représentation de cette carte est une reconstitution du . Jérome est un écrivain latin chrétien mort en 420. Il fut prêtre au Proche-Orient pendant la fin de sa vie. La carte est en fait une représentation de l'Asie, c'est-à-dire l'Anatolie (à l'époque, le terme Asie correspondait à l'Anatolie et au Caucase actuel). Sur sa carte, Jérôme représente l'Araxe qui se jette dans la mer Caspienne, et plus à droite, le Tigre et l'Euphrate ; entre ces deux fleuves, il écrit le terme « Armenia Maior » (Arménie Majeure). Il indique à droite les villes de Nisibine, Carrhes, Samosate, Édesse. Au sud de l'Euphrate est inscrite la mention « Armenia » (Arménie), et « Armenia inferior » (Arménie inférieure).
La Carte de Jérôme est conservée à Londres, à la British Library.
Moyen Âge
Avant cette époque, la plupart des cartes étaient des copies, les cartes originales ayant été perdues au fil du temps. Au haut Moyen Âge, les cartes sont quasiment inexistantes. C'est à partir du que la cartographie se développe vraimentLa cartographie était déjà présente dans l'Antiquité en Orient et en Occident. Nous trouvons principalement des « portulans » (cartes marines) faites par des Portugais, et des mappemondes aux . La cartographie française n'était que peut développée. Elle le sera plus tard, à partir du .
Historiquement, l'Arménie a été envahie par des conquérants (Mongols, Arabes…), causant des migrations d'Arméniens, qui ont notamment fondé un royaume, le royaume arménien de Cilicie aussi appelé dernier royaume d'Arménie, vers le .
« Tabula Rogeriana » d'Idrisi
La « Tabula Rogeriana » date de 1154. C'est un chef-d'œuvre de la cartographie arabe. Cette carte est connue du monde des lettrés arabes. Elle fut réalisée par Al Idrissi, un savant marocain, et commandée par Roger II de Sicile. Sur la carte, les noms arabes sont écrits en caractères latins. La carte représente tout le Caucase, l'Anatolie orientale, la mer Caspienne, la Haute-Mésopotamie. On repère facilement la mer Méditerranée à droite avec Chypre, les trois lacs de Van, d'Ourmia et de Sevan. Si nous nous intéressons à l'Arménie, nous distinguons le terme « A safel Arminia » (Basse-Arménie), « Dabil » (Dvin), « Kalikala » (Erzurum), « Argis » (Ardchech), et « Halat » (Akhlat). Entre les deux lacs d'Ourmiah et de Van, est noté « Bakiet Arminia » (le « reste » ou l'« autre » Arménie).
La « Tabula » est conservée à la BNF, à Paris.
Le Portulan d'Angélino Dulcert thumb|carte datant du
Ce portulan, datant de 1339, a été réalisé par Angélino Dulcert. C'est un Catalan, et il est, avec cette carte, le premier « cartographe de portulans » de Catalogne. Contrairement à d'autres portulans, il représente évidemment les mers Noire et Méditerranée, mais il rentre dans les terres, et montre l'Anatolie et l'Arménie. La taille de la carte est de 1 m de long et de 75 cm de large. Dulcert montre Chypre et le dernier royaume d'Arménie, situé en Cilicie, nommé « Ermenja minor » sur la carte, mais cela produit une confusion avec la vraie « Armenia Minor », située au nord-est. On retrouve les drapeaux avec les croix et le lion, symbole du royaume d'Arménie. Au-delà du Tigre et de l'Euphrate, est noté « Archa de noe » (Arche de Noé) et plus au-dessus, « armenia maior » (Arménie majeure).
Elle est conservée à la BNF.
Portulan des frères Pizigani
Ce portulan date de 1367, et a été fait par les Vénitiens Domenico et Francesco Pizigani. Il mesure 90 cm sur 134 cm. Il est d'un style ressemblant au style du portulan d'Angélino Dulcert. Sur la carte, nous apercevons « Ermenia Maior » et « Mons Ararat in quoi permansit arca Noe post diluvium » (traduction du latin : « le mont Ararat où s'est posée l'arche de Noé après le déluge »). Nous lisons aussi « Cilicia » (Cilicie) et « Ermenia minor » . La capitale de l'Arménie de l'époque est elle aussi représentée : « Syso » (Sis actuellement Kozan). La carte est ornée de dessins de forteresses. Aucune carte antérieure à celle-ci n'a représenté l'Arménie de façon si détaillée.
La carte est exposée à la Biblioteca Palatina, à Parme (Italie).
Portulan circulaire de Modène
Ce portulan date de la fin du . C'est une carte circulaire, et elle ne comporte ni date, ni lieu, ni nom d'auteur. Malgré cela, plusieurs indices montrent que cette carte date de la fin du (notamment le fait de présenter certains royaumes et pas d'autres). Elle mesure 1,20 m de diamètre. Le style du portulan est catalan, l'ornementation en est l'exemple. Nous lisons la mention « Ermenia maior »; et les villes d'« Arzenga » (Erzindjan) et « Malatia ». La Cilicie arménienne n'est pas représentée, car à cette époque, le dernier royaume arménien de Cilicie s'était éteint, et cela renforce l'hypothèse selon laquelle la carte aurait été réalisée à la fin du . Enfin, on peut lire le terme « montana negra », signifiant Montagne noire, qui était le nom médiéval de l'Amanus.
Le portulan est conservé à Modène (d'où son nom), à la Biblioteca Estence.
Mappemonde ovale de Florence thumb|Carte datant du Cette mappemonde ovale (45 × 82 cm) date du . L'œuvre est vraisemblablement génoise. La Cilicie arménienne n'est plus mentionnée. Nous pouvons lire les termes « armenia » et « arzerum » (Erzurum). L'importance de Damas et l'absence du sultan ottoman suggèrent une datation du début du , quand le sultan mamelouk d'Égypte et de Syrie était le souverain musulman le plus importantSource : Atlas historique de l'Arménie, par C. Mutafian et É. V. Lauwe, collection Atlas.
La mappemonde est préservée à Florence, à la Biblioteca Nazionale Centrale, en Italie.
Mappemonde de Fra Mauro
La carte de Fra Mauro date de 1460. L'original, commandé par le roi du Portugal, a été perdu, et le seul exemplaire subsistant est une copie plus contemporaine commandée par la république de Venise. La carte est circulaire, d'un diamètre de presque 2 m. Elle se lit à l'envers, le sud étant représenté en haut à cette époque. Elle peut être considérée comme une encyclopédie cartographique de la région, vu l'ampleur des détails. Si l'on s'intéresse à l'Arménie, on distingue les mentions « Armenia », « Cilicia », ou encore « Armenia me[nor] ». L'Euphrate se voit très nettement sur la mappemonde.
La carte est conservée à la Biblioteca Nazionale Marciana de Venise (Italie).
Renaissance
L'époque de la Renaissance voit la naissance de cartes très détaillées. On fait à cette époque des planisphères et des atlas, souvent réalisés par des Génois, en concurrence avec d'autres cartographes renommés en Europe. Les représentations de l'Arménie passent par des cartes plus génériques, qui montrent aussi les régions frontalières de ce pays, c'est-à-dire le Caucase, l'Anatolie, la Perse… C'est aussi à cette époque que les cartes changent de langue. On voit notamment le français qui commence à s'imposer au détriment du latin.
D'un point de vue historique, l'Arménie est divisée entre les Ottomans et les Séfévides. À cette époque apparaît vraisemblablement la première diaspora arménienne. L'Arménie est menacée par les envahisseurs, et va devenir en quelque sorte vassale de l'empire ottoman.
Planisphère de Nicolaus de Caverio thumb|left|Carte datant de 1522, représentant l'Albanie du CaucaseL'Albanie de l'époque correspond à l'Azerbaïdjan actuel et l'Arménie
Le planisphère de Nicolaus de Caverio date de 1505. C'est une œuvre génoise, comme pour la mappemonde de Fra Mauro. Les dimensions de la carte sont très grandes : 1,15 × 2,25 m. Elle ne représente pas seulement l'Arménie, mais aussi toute l'Europe et même l'Arabie, avec une grande précision. On retrouve l'habituelle mention de l'Arménie, « Armenia », mais aussi « Tartaria » (Tartarie), écrite plus au nord. Plus bas figurent « Arabia » avec La Mecque, et « Ierusalem » (Jérusalem).
La carte est conservée à Paris (France), à la Bibliothèque nationale de France (BNF).
Planisphère de Pierre Desceliers
Ce planisphère de 1550 a pour auteur Pierre Desceliers. Il mesure 1,35 mètre sur 2,15 mètres. On peut le considérer comme une carte princièreSources : Planisphère de Pierre Desceliers, p.112, Atlas historique de l'Arménie d'une grande finesse, avec de remarquables décorations. La carte oriente le nord vers le sud actuel, ce qui se faisait beaucoup à l'époque de la Renaissance. On retrouve la mention « Armenie », mais pour la première fois cette mention est bien placée, en gros caractères, et en français. Les villes arméniennes ne sont pas mentionnées. On retrouve autour de l'Arménie « Albanie », en plus petit « Iberia » et « Colcos » (Colchide), « Georgia », « Alie minor » (Asie mineure), et « Arabie de ferre » (Arabie de terre, en français actuel Terre d'Arabie, qui correspond à l'Arabie saoudite).
La carte est conservée à la British Library de Londres.
Atlas de Battista Agnese vignette|Carte de Battista Agnese.