Le traité de Trianon est un accord de paix signé le . Le traité entre en vigueur le . Il met fin à l'état de guerre entre la Hongrie et la plupart des puissances alliées, issu de la Première Guerre mondiale. Le traité est signé au château du Grand Trianon à Versailles et est l'un des nombreux accords préparés lors de la conférence de paix de Paris. Le traité oblige les parties à reconnaître les nouvelles frontières internationales entre la Hongrie et ses voisins : Tchécoslovaquie, Roumanie, Yougoslavie et Autriche. Il impose à la Hongrie de payer des réparations et de limiter ses forces armées. Mais il accorde également à la Hongrie des avantages commerciaux avec l'Autriche et la Tchécoslovaquie, des garanties de fourniture de charbon de la part de la Tchécoslovaquie et de la Pologne, et une protection juridique de ses biens et de ses citoyens à l'étranger. La plupart des stipulations sont révisées par accord entre les parties ou deviennent caduques à la fin de l'Anschluss. Cependant, les frontières dites de Trianon ont été rétablies par le Traité de paix de Paris de 1947.

En signant le traité de Trianon le , la Hongrie renonce à sa souveraineté sur , soit les deux tiers de son territoire de 1914. Dans la pratique, le gouvernement de Budapest ne garde sous son contrôle que . Le seul territoire que Budapest put récupérer après la signature du traité de paix est Sopron, capitale du Burgenland cédé à l'Autriche, à la fin 1921. Dans le même temps, la mise en œuvre du traité se traduit par le retrait des armées coalisées qui l'occupaient, notamment, rive gauche de la Tisza, les armées française et roumaine (peu avant la signature du traité de paix), et, dans les zones minières de Pécs, les armées serbes en (à la suite de l'entrée en vigueur du traité).

Le traité implique que la Hongrie accepte la perte de deux tiers de ses anciens territoires et leur union avec les États voisins. Ainsi, son territoire est réduit de (ou avec la Croatie) à , et sa population de 21 millions à 7,5 millions. Parmi les 12 millions d'habitants des régions détachées, 3,5 millions sont des Magyars ethniques. La moitié d'entre eux vivent à proximité des nouvelles frontières de la Hongrie. Les nouvelles frontières sont considérées par la Hongrie comme une « injustice historique » : sa demande de révision du traité est un point majeur de sa politique étrangère durant l'entre-deux-guerres et concourt au rapprochement du pays avec l'Allemagne nazie.. Une partie de ces revendications ressurgit après la dislocation du bloc de l'Est et, depuis 2010, le est officiellement baptisé Journée de l'Unité nationale. Pour le centième anniversaire du traité de Trianon en 2020., le gouvernement nationaliste de Viktor Orbán prépare une commémoration, mais le projet est occulté par la pandémie de Covid-19., ce qui n'empêche pas l'érection d'un grand mémorial à Budapest.

Pourparlers vignette|gauche|Les délégués en pourparlers au Trianon. La Hongrie, qui faisait partie de l'Empire austro-hongrois, était engagée dans la Première Guerre mondiale depuis . Après que ses alliés ont signé des armistices avec l'Entente, l'élite politique de Budapest a choisi de mettre fin à la guerre également. Le , le gouvernement de Budapest a déclaré que la Hongrie ne dépendait plus de l'Autriche et a immédiatement entamé des pourparlers de paix avec les Alliés. Les premiers contacts aboutissent à un le : la Hongrie s'engage à démobiliser son armée et accorde aux Alliés le droit d'occuper le sud (Voïvodine et Croatie) et l'est de la Hongrie (sud de la Transylvanie) jusqu'à la signature d'un traité de paix. Malgré la fin des hostilités, les Alliés de l'Entente – voisins de la Hongrie – la Tchécoslovaquie (qui a déclaré son indépendance le ), la Roumanie et la Yougoslavie soumettent la Hongrie à un blocus économique. En privant la Hongrie d'importations de denrées alimentaires, de combustibles (charbon et essence) et d'autres biens importants, ils espèrent pousser Budapest à accepter des pertes territoriales plus sévères, comme le prévoit l'armistice de Belgrade. Pour tenter d'atténuer la crise économique, les gouvernements hongrois successifs demandent à l'Entente de lever le blocus et de rétablir le commerce régional. En , Budapest autorise les troupes tchécoslovaques à occuper également le nord de la Hongrie (Slovaquie). En échange, Budapest espère rouvrir le commerce extérieur et fournir du charbon.

Afin d'étendre leurs zones d'occupation en Hongrie, la Roumanie et la Tchécoslovaquie avancent leurs armées en Hongrie en , soutenues par des forces françaises. En , les puissances de l'Entente ordonnent à Budapest, Prague et Bucarest de cesser les combats et d'accepter les tracés de la commission interalliée « Lord » comme futures frontières de la Hongrie. Malgré des succès militaires temporaires contre les Tchèques et les Roumains, Budapest doit retirer son armée derrière les lignes de démarcation comme celle demandée par la note de Fernand Vix. L'armée roumaine poursuit son offensive vers l'Ouest, traverse la Tisza et, au début du mois d', entre à Budapest pour en chasser le gouvernement bolchevik de Béla Kun et le remplacer par celui, anticommuniste, de Gyula Peidl, ce qui marque la fin des hostilités entre les Hongrois et les Roumains.

Ensuite, l'Entente demande aux Roumains de quitter Budapest en et orchestre la formation d'un nouveau gouvernement hongrois de coalition qui est invité à participer à la conférence de paix de Paris. Robert Vallery-Radot rend compte de la manière dont fut accueillie la délégation hongroise (où dominaient les nobles, dont les comtes Albert Apponyi, Pál Teleki et István Bethlen) :

La délégation hongroise est confrontée à deux préalables qui limitent grandement sa marge de manœuvre : les proclamations d'auto-détermination des Slovaques, des Roumains transylvains, des Slovènes, des Croates et des Serbes dès l'armistice de ; la situation de facto mise en place dans leurs territoires en 1919 par la commission internationale « Lord » qui trace des frontières entre ces territoires, sans autre traité de jure. que celui de Saint-Germain qui officialise la frontière avec l'Autriche à l'ouest et avec la Tchécoslovaquie au nord.

Arguant de son étendue historique, la Hongrie conteste la légalité des proclamations slovaques, roumaines et slaves du sud, ainsi que les travaux de la commission Lord, et exige sans succès une révision du traité de Saint-Germain, mais se heurte au principe du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » offert par les vainqueurs à leurs alliés, mais pas aux vaincus (ainsi, les germanophones d'Autriche-Hongrie qui souhaitaient s'unir à l'Allemagne en furent empêchés par le traité de Saint-Germain et, en outre, il n'est tenu aucun compte des revendications ukrainiennes).

Clauses du traité et nouvelles frontières La commission Lord, présidée par des géographes tels que et Emmanuel de Martonne, comprend l'historien Ernest Denis et plusieurs géographes et historiens américains, britanniques, français, italiens, belges, tchèques, serbes et roumains, mais seulement trois Hongrois : István Bethlen, Gyula Varga et Pál Teleki. Ses conclusions tiennent compte des majorités linguistiques rurales, mais défavorisent la Hongrie en ne tenant pas compte des villes (presque toutes majoritairement hongroises) et en appliquant à son détriment le « principe de viabilité des frontières » : ainsi, pour donner accès au Danube à la Tchécoslovaquie, la plaine danubienne avec les villes de Pozsony, Érsekújvár et Komárom devient tchécoslovaque en dépit de sa majorité magyare, tandis que la frontière hungaro-roumaine inclut du côté roumain une importante voie ferrée reliant quatre villes à majorité alors hongroise (Temesvár, Arad, Nagyvárad et Szatmár-Németi), parce que la campagne alentour est roumaine, mais surtout parce qu'elle relie la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la future Yougoslavie, États-clients des Alliés..

Plusieurs fois, la commission est accusée par les Hongrois de partialité : à titre d'exemple, pour la ville de Kassa, les procès-verbaux de la commission Lord constituèrent lors des négociations de paix un argument décisif pour détacher cette cité de la Hongrie. La délégation hongroise contesta ces procès-verbaux en affirmant que « les observateurs américains censés être neutres étaient en fait des Tchèques récemment naturalisés américains, qui ont falsifié la commission d'enquête et déclaré qu'il n'y avait aucun Hongrois à Košice »Robert Vallery-Radot, « La Hongrie et l'esprit maçonnique des traités », extrait de La Revue hebdomadaire, Paris, ..

En , la Hongrie reçoit la proposition de traité de paix des Alliés. Le traité stipule la légalisation des lignes de démarcation du en tant que nouvelles frontières et garantit la fin du blocus, le rétablissement du libre-échange entre les anciens territoires des Habsbourg et l'importation de charbon en Hongrie. Le gouvernement de Budapest et le Parlement hongrois (ouvert en ) acceptent les conditions de paix. Tout en se félicitant du rétablissement de la paix et du commerce, ils protestent formellement contre la cession de leurs anciens territoires sans plébiscite. Le traité de paix a été signé le , ratifié par la Hongrie le et est entré en vigueur le .

En signant le traité de Trianon, la Hongrie consent officiellement à la perte des deux tiers de son territoire de au profit de tous ses voisins sans exception, sa superficie passant de en à : L'Autriche, bien qu'elle n'ait rien revendiqué, se voit attribuer le Burgenland (), majoritairement germanophone ; La Slovaquie et la Ruthénie subcarpathique () rejoignent la Bohême et la Moravie dans l'État nouvellement créé de Tchécoslovaquie qui fédère les Tchèques, Slovaques et Ruthènes de l'ancien empire, mais englobe une minorité hongroise le long du Danube et de la frontière ; La Pologne reçoit des cantons des anciens comitats de Szepes/Spisz et d'Árva/Orava () ; La Croatie-Slavonie, le Muravidék, la Bácska et la partie occidentale du Banat () intègrent le royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui fédère les Slaves du Sud de l'ancien empire, mais englobe une importante minorité hongroise en Voïvodine ; Le corpus separatum de Fiume (Rijeka) () est transformé en État libre de Fiume (revendiqué par le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, il finira par être occupé par l'Italie) ; La Roumanie reçoit le Banat oriental, le Maramureș méridional, le Partium ou Körösvidék et la Transylvanie (), englobant la plus importante des minorités hongroises hors-frontières, localement majoritaire dans le pays sicule.

La Hongrie perd ainsi son accès à la mer Adriatique (en Croatie, rattachée au royaume des Serbes, Croates et Slovènes), la totalité de ses mines d'or, d'argent, de mercure, de cuivre et de sel, cinq de ses dix villes les plus peuplées, et entre 55 % et 65 % des forêts, ainsi que des voies ferrées, usines, canaux, institutions bancaires et terres cultivables..

Toutefois, l'Autriche et la Hongrie signèrent le le protocole de Venise. pour organiser un plébiscite en dans la ville de Sopron (en allemand Ödenburg, située dans le Burgenland) qui opta pour la Hongrie. Ce fut le seul cas où le « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » fut appliqué aux Hongrois.

La Mitteleuropa subit ainsi une refonte radicale de ses frontières.

Conséquences du traité vignette|Carte de la Hongrie antérieure au traité de Trianon sur un mur de village hongrois (sa silhouette se retrouve aussi sous la forme d'autocollants, porte-clefs, drapeaux, napperons, écharpes…). À droite, le texte dit : « Je crois en un seul Dieu, je crois en une seule patrie. Je crois en une seule justice divine éternelle. Je crois en la résurrection de la Hongrie. ».