Le royaume de Bulgarie est le régime politique de la Bulgarie de 1908 à 1946. Il voit le jour lorsque la principauté de Bulgarie déclara son indépendance formelle vis-à-vis de l'Empire ottoman. Il disparaît lors de la mise en place de la république populaire de Bulgarie.

Histoire

La principauté de Bulgarie est déjà indépendante de fait depuis 1878, mais le , le prince Ferdinand, profitant de la prise du pouvoir des Jeunes-Turcs à Constantinople, déclare l'indépendance pleine et entière de la Bulgarie et s'octroie le titre de tsar des Bulgares.

Guerres balkaniques

Dès 1911, le gouvernement du royaume de Bulgarie se rapproche du royaume de Grèce et du royaume de Serbie pour monter une alliance contre l'Empire ottoman. En 1912, des traités signés avec ces royaumes voisins, ainsi qu'avec le royaume du Monténégro conviennent d'un partage de la Macédoine et de la Thrace entre les alliés de la Ligue balkanique.

En , la première guerre balkanique est déclarée contre l'Empire ottoman. Les alliés remportent un succès militaire éclatant, les troupes bulgares arrivant aux portes d'Istanbul. Par le traité de Londres, l'Empire ottoman perd l'essentiel de ses dernières possessions européennes.

Ayant subi les plus lourdes pertes, la Bulgarie estime avoir droit à une plus large part des territoires conquis, revendiquant notamment les territoires à majorité bulgarophone de Macédoine. En juin 1913, la Bulgarie attaque la Serbie et la Grèce, mais la deuxième guerre balkanique se conclut pour elle par une défaite. Le traité de Bucarest de 1913 partage la Macédoine entre la Serbie et la Grèce et donne la totalité de la Dobroudja au royaume de Roumanie ; la Bulgarie ne garde qu'un débouché sur la mer Égée.

Première Guerre mondiale

Une alliance disputée Les guerres balkaniques se sont soldées pour la Bulgarie par un agrandissement de son territoire, malgré sa défaite lors de la deuxième guerre en 1913. Au cours de l'année 1915, le royaume mène des négociations parallèles avec les Alliés et la Triplice : ces échanges portent sur les compensations territoriales à accorder en cas d'intervention dans l'un ou l'autre camp : la Macédoine serbe en cas d'alliance avec la Triplice, une partie de la Thrace turque et des districts en Macédoine serbe (la Serbie recevrait des compensations en Bosnie) en cas d'alliance avec l'Entente. Le , la Bulgarie signe un traité d'alliance avec les empires centraux, qui promettent au tsar Ferdinand la Macédoine ainsi qu'une bonne partie de la Serbie traditionnelle.

Pour les puissances centrales, l'alliance bulgare est essentielle, car elle est susceptible de permettre la création rapide d'une continuité territoriale avec l'Empire ottoman, très dépendant des livraisons de matériel de guerre. Ainsi, les puissances centrales livrent à la Bulgarie au terme des clauses du traité d'alliance de charbon par mois, du matériel ferroviaire et du matériel de guerre en quantité, ainsi que des munitions.

L'entrée dans la guerre

Le , la Bulgarie déclare la guerre à la Serbie occupant la Macédoine, le Nord de la Grèce et la Dobroudja. Par le jeu des alliances balkaniques, la Serbie fait alors jouer son alliance avec la Grèce. mais celle-ci se dérobe, la Serbie n'étant pas en mesure de fournir les prévus par l'alliance gréco-serbe de 1913.

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Les troupes serbes doivent faire face à une double offensive, sur son front nord, et sur son front est, qui vient de s'ouvrir avec l'intervention bulgare du côté de la Duplice.

La Bulgarie dans la guerre Rapidement, après la déroute serbe, une fois les buts de guerre bulgares atteints de nombreux hommes d'État et militaires bulgares souhaitent la sortie de la guerre ; dès février 1916, des frictions apparaissent entre les militaires de l'armée impériale et royale et les hommes d'État bulgares.

En 1916, l'armée bulgare joue un rôle important dans la campagne contre la Roumanie, qui est entrée en guerre durant l'été 1916 aux côtés de l'Entente ; en effet, elle oblige la Roumanie à une concentration de troupes sur son front sud. Ainsi, lors des négociations de paix après la débâcle roumaine en , le royaume de Bulgarie exige la totalité de la Dobroudja, dont une partie lui a été retirée lors de la paix de 1913.

Cependant, cette paix de victoire est mal reçue par la population bulgare, et le Premier ministre, Radoslavov, est obligé de démissionner en ; il est remplacé par Malinov, moins germanophile que son prédécesseur. Lors des offensives alliées sur l'ensemble des fronts, le front stabilisé dans la basse vallée du Vardar depuis fin 1915, vole en éclats lors de l'offensive lancée par Louis Franchet d'Espèrey le 15 septembre 1918. Dès le 25, les troupes alliées menacent les principaux nœuds de communications bulgares ; le front bulgare s'écroule dans les jours suivants. Évoquant le contexte de cette offensive, qui fait changer la nature de la guerre sur le front de Salonique, Churchill, dans ses mémoires, évoque l'abandon du front par les soldats bulgares, qui rentrent simplement chez eux. Cet abandon du front amplifie le succès de l'offensive alliée, a pour conséquence la désagrégation complète de ce front et rend nécessaire, aux yeux du nouveau gouvernement, la demande d'armisticeW. Churchill, La Seconde Guerre mondiale, citée par C. Pavone, Une Guerre Civile, Essai historique sur l'éthique de la Résistance italienne, Seuil, 2005 (trad. française), p. 29.. L'armistice apparaît pour le tsar comme la seule solution pour sortir son pays du conflit.

La sortie de la guerre Le , le haut-commandement bulgare remet au commandant de l'armée de Salonique une demande d'armistice. Le tsar Ferdinand doit abdiquer en faveur de son fils, , face à des tensions révolutionnaires qui menacent le trône. Le royaume de Bulgarie se retrouve donc dans le camp des vaincus : le traité de Neuilly signé en 1919 lui fait même perdre l'accès à la mer Égée et lui supprime le droit de disposer d'une aviation.

Entre-deux-guerres (1919-1939) vignette|redresse|. Alexandre Stamboliyski (1879-1923) devient en 1919 chef d'un gouvernement de coalition ; les de mars 1920 donnent une forte majorité à son parti.

Le royaume de Bulgarie se voit infliger de lourdes réparations de guerre envers le royaume de Roumanie et le royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Malgré d'importantes difficultés sociales et économiques et l'hostilité du tsar, Stambolijski met en œuvre une politique de réformes. L'opposition qu'il rencontre l'amène à rechercher une alliance avec le Parti communiste bulgare et à ouvrir des relations diplomatiques avec l'Union soviétique. Le coup d'État du 9 juin 1923 mené par l'armée et les partis nationalistes renverse Stambolijski, qui est assassiné. Alexandre Tsankov, soutenu par le tsar, forme un gouvernement conservateur. Ce gouvernement réprime violemment insurrection communiste durant l'automne 1923. Le , les communistes perpétuent un attentat contre le tsar et le gouvernement à la cathédrale Sainte-Nédélia de Sofia : cent cinquante personnes y trouvent la mort, mais le Premier ministre, blessé, et le tsar survivent à cette tentative d'assassinat. En 1926, le régime se démocratise, le tsar obtenant le départ de Tsankov : une amnistie est prononcée, le Parti communiste demeure cependant interdit.

Pendant l'entre-deux-guerres et en prenant exemple sur l'Allemagne, le tsar contourne une à une les clauses du traité de Neuilly, de façon indirecte tout d'abord, puis ouvertement à partir des années 1930. C'est ainsi qu'il parvient à reconstituer une armée de l'air dès 1935. Dans le même temps, il soumet la Bulgarie à un régime autoritaire après une période où s'entretuent communistes, révolutionnaires macédoniens et ligues fascistesRobert Philippot, « De la Bulgarie avant les Bulgares à la République populaire », article « Bulgarie » dans Encyclopedia Universalis, 2000..

En 1931, les agrariens, réorganisés, remportent les , Nikola Mushanov devenant chef du gouvernement. Mais la Bulgarie subit bientôt les effets de la Grande Dépression et les tensions sociales reprennent. Le , un du Zveno amène Kimon Georgiev (1882-1969) à la tête d'un gouvernement militaire autoritaire. Mais, le , le tsar Boris III, craignant les visées républicaines de Georgiev, réalise son propre coup d'État et instaure un régime de monarchie autoritaire. Le parlement est restauré, mais l'activité des partis politiques n'est pas rétablie.

Seconde Guerre mondiale

Neutralité (1939 – 1941)

Objet des rivalités germano-soviétiques, après la signature du pacte de 1939, le pays se rapproche de plus en plus de l'Axe jusqu'à l'invasion de la Yougoslavie. En effet, dès la fin 1940, les intérêts soviétiques sont clairement définis dans un rapport présenté au roi Boris, ceux-ci se limitent au littoral de la mer Noire, littoral pour lequel ils manifestent le plus grand intérêt au début de l'année 1941.

Au début de l'année 1941, en dépit de proclamations rassurantes, qui ne dupent cependant pas les diplomates soviétiques, la Bulgarie se rapproche de plus en plus du Reich, ce qui suscite des réactions désordonnées de la part des diplomates bulgares partisans de la neutralité.

Cet indéniable échec diplomatique de la Russie est perçu par les diplomates russes comme un des épisodes de la lutte pour le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles, la Bulgarie étant alors considérée comme un moyen pour étendre l'influence soviétique dans cette direction ; cette dernière, officiellement neutre est néanmoins mise en garde contre les prétentions soviétiques à la fois par le Reich et par la Grande-Bretagne. Une fois dans le camp allemand, la Bulgarie s'aligne sur la politique du Reich, et tente d'assurer une large publicité aux objectifs soviétiques.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, en 1939, le tsar et son gouvernement se déclarent déterminés à rester neutres jusqu'à la fin des hostilités, mais espèrent profiter de la situation pour en retirer quelques bénéfices en matière d'agrandissements territoriaux, tout particulièrement dans les territoires habités majoritairement par des populations bulgares et attribuées aux pays voisins à l'issue de la seconde guerre des Balkans et de la Première Guerre mondiale. Cependant, la position géopolitique de la Bulgarie dans les Balkans va faire voler en éclats ces velléités de neutralité tant sont fortes les pressions exercées par les différentes puissances.

Bogdan Filov devient Premier ministre le . Cet homme d'extrême-droite est de culture allemande et germanophile notoire. La germanophilie du tsar et du Premier ministre contraste avec les sentiments russophiles de la populationAntonin Snejdarek, Casimira Mazurowa-Château, La nouvelle Europe Centrale, Imprimerie Nationale, 1986, p. 53 – 57.. C'est d'abord par la négociation que la Bulgarie obtient une expansion territoriale aux dépens du royaume de Roumanie : À la suite des accords de Craiova le Sud de la Dobroudja est rattaché à la Bulgarie le .

Ainsi, objet de discorde, la Bulgarie observe une neutralité de moins en moins stricte au fil de l'hiver 1940 – 1941. Elle devient l'alliée des forces de l'Axe jusqu'au où elle bascule du côté des Alliés jusqu'à la fin de la guerre. Le , est officialisée l'adhésion de la Bulgarie à l'Axe, par une cérémonie à laquelle sont convoquésSelon le mot de . le président du Conseil et le ministre des Affaires étrangères bulgares, et par l'entrée de troupes allemandes dans le royaume de Bulgarie.

Par rapport à d'autres pays comme le royaume de Hongrie ou le royaume de Roumanie qui sont au même titre que la Bulgarie des satellites opportunistes de l'Allemagne nazie entendant tirer des avantages territoriaux d'une alliance avec l'Allemagne, la Bulgarie a maintenu des relations diplomatiques avec l'Union soviétique jusqu'à la fin du conflit mondial.

Alliance avec les forces de l'Axe (1941 – 1944)