Le Suriname (parfois également orthographié Surinam), en forme longue la république du Suriname (en et ), est un pays d'Amérique du Sud (appelé Guyane néerlandaise jusqu'à son indépendance en 1975).

Il est situé dans le nord du continent, sur le littoral de l'océan Atlantique, au cœur du plateau des Guyanes ou Guyanes. Ses voisins sont le Guyana à l'ouest, le Brésil au sud et la Guyane française à l'est, et sa capitale est Paramaribo. Le pays doit son nom au peuple autochtone des Surinen qui en étaient les principaux habitants. Avec une population d'environ et une superficie de , le Suriname est, après le Guyana, le deuxième pays le moins densément peuplé des Amériques ainsi que le pays ayant la plus faible superficie d'Amérique du Sud.

Le Suriname est l'un des deux derniers pays sur le continent américain où la conduite automobile se fait du côté gauche, l'autre étant son voisin, le Guyana.

La région est colonisée par les Provinces-Unies au et prend le nom de Guyane néerlandaise. Elle fournit sucre, café, cacao et coton à la métropole du fait de l'esclavage, jusqu'à son abolition en 1863. Le Suriname devient une région autonome du royaume des Pays-Bas en 1954 avant d'accéder à l'indépendance en 1975. Un coup d'État militaire en 1980 signe le début d'une décennie de dictature marquée par l'exécution d'opposants politiques (massacres de décembre 1982) et de villageois appartenant à la minorité marron (massacre de Moïwana) ainsi que l'éclatement d'une guerre civile. Le processus démocratique est rétabli au début des années 1990. Le principal responsable du coup d'État de 1980, Desi Bouterse, est cependant élu président de la République en 2010.

La population se concentre sur environ 3 % du territoire, le reste du pays étant au moins constitué à 97 % par la forêt amazonienne, et plus de 90 % de la population se concentre sur la côte qui donne sur l'océan Atlantique.

Étymologie La graphie SurinamPays et capitales du monde au janvier 2004, par la Commission de toponymie de l’Institut géographique national français (IGN), employée depuis Candide de VoltaireCandide, chapitre XIX, est toujours celle utilisée dans de nombreux guides touristiques. ou certains organes de presse...

Aujourd'hui, l'orthographe Suriname est utilisée par l'Organisation des Nations uniesListe des États membres de l'Organisation des Nations unies, la Commission de toponymie de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), l'Union européenneCode de rédaction interinstitutionnel, annexe A5, Liste des États (au 9.3.2005), par l’Office des publications officielles des Communautés européennes et l'Organisation internationale de normalisationISO 3166-1.

L'ex-Guyane néerlandaise gagne son indépendance des Pays-Bas en 1975, après avoir été déclarée autonome en 1954. Le pays change finalement de nom en 1987. L’origine de son nom est hydronymique, le Suriname est en effet le cours d’eau le plus important du pays..

Géographie

vignette|Le fleuve Coppename. Avec une superficie de , le Suriname est le plus petit pays d'Amérique du Sud. C'est l'un des nombreux territoires de la Côte Sauvage, entre le delta de l'Orénoque et celui de l'Amazone. Il est situé sur le plateau des Guyanes, un massif montagneux et de plateaux qui comprend la quasi-totalité du pays, du Guyana et de la Guyane française et des parties du Brésil, de la Colombie et du Venezuela.

vignette|gauche|Mont Voltzberg dans le district de Sipaliwini. Le pays peut être divisé en deux principales aires géographiques : la zone côtière des basses terres du nord, qui a été cultivée et où vit la plupart de la population, et la partie sud constituée de forêts tropicales humides et de savanes peu habitées et qui couvrent environ 80 % de la surface du pays.

Les deux principaux reliefs montagneux du pays sont les monts Bakhuis et les monts Wilhelmina, situés au centre-ouest du pays, et les monts Van Asch Van Wijck, situés au sud-ouest du réservoir de Brokopondo. Le point culminant du pays est le Juliana Top, avec un sommet se situant à d'altitude.

Frontières vignette|Les territoires disputés sont en gris pâle. Le Suriname est bordé au nord par l'océan Atlantique, à l'est par la Guyane française, au sud par le Brésil et à l'ouest par le Guyana. avec le Guyana avec le Brésil avec la France (Guyane) Les frontières terrestres du pays demeurent toutefois incertaines, principalement dans le sud du pays où des différends territoriaux ont lieu avec la Guyane française à l'est et avec le Guyana à l'ouest le long des fleuves Marowijne et Corantijn. Toutefois, le 15 mars 2021, les différends entre le Suriname et la Guyane française semblent avoir été réglés...

Environnement vignette|Le Suriname avait un score moyen de l'Indice d'intégrité du paysage forestier 2019 de 9.39, le classant cinquième sur .. Le Suriname est, avec la Guyane (qui le jouxte sur une frontière de ) et une partie du Brésil, une des régions du monde les plus riches en biodiversité, mais celle-ci est en rapide recul, au moins en termes de surface disponible. Le pays couvre 2 % de la forêt amazonienne.

La forêt tropicale et les milieux naturels sont de plus en plus écologiquement fragmentés et remplacés par des plantations (riz, arbres), des villages et des infrastructures. La naturalité des milieux diminue fortement autour des implantations humaines et le long des routes et pistes.

L'orpaillage illégal y est en plein développement (maintenant très visible sur les dernières images satellitaires de Google Earth par exemple). Les gigantesques mines de bauxite fournissent 80 % des recettes d’exportation, non sans un impact majeur sur la forêt.

Selon l'ONU, bien que la situation économique semble s'améliorer depuis les années 2000, 50 à 60 % de la population manquent des ressources nécessaires à la satisfaction des besoins essentiels, ce qui encourage l'économie informelle et l'orpaillage illégal dans le pays, comme dans les pays voisins, l'exploitation illégale ou inadaptée de la forêt et du gibier. Le gouvernement du Suriname a établi un plan pluriannuel de développement jusqu’en 2010 pour tenter de vaincre la pauvreté.

Depuis 1999, la France a inscrit le Suriname dans ce qu'elle nomme la zone de solidarité prioritaire, un mécanisme de développement économique, qui a notamment permis une coopération avec la Guyane et la France métropolitaine via le Programme opérationnel de coopération transfrontalière 2007-2013 « Amazonie »Programme de coopération transfrontalière « Amazonie » : Document de travail, version 17 août 2007...

Histoire

Implantation autochtone Des groupes tribaux autochtones s’installent à partir de 1100 av. J.-C., sur le plateau des Guyanes : des peuples autochtones anciens, les Arawaks au , puis vers l’an 900 les Kalinagos et enfin Tupis. Ces quatre groupes étaient encore présents lors de l’arrivée des Européens.

Époque coloniale

Les premiers contacts entre Européens et autochtones se font en 1500, lors d’expéditions espagnoles sur les côtes (Pinzón). Des expéditions britanniques sont menées bien plus tard (1595-1616) par Walter Raleigh. À partir de 1616, les premières colonies permanentes néerlandaises s’installent sur les estuaires de l’Essequibo, de la Berbice puis de la Demerara (en actuel Guyana). En 1630, des Britanniques s’implantent à l’embouchure du fleuve Suriname, ce qui mènera en 1651 à la création de la prospère et éphémère colonie britannique, par Anthony Rowse et Lord Francis Willoughby de Parham, gouverneur de la Barbade. Des colons britanniques et des esclaves noirs arrivent alors de la Barbade.

Cette colonie est conquise en 1667 par les Néerlandais, qui cèdent aux Anglais la Nouvelle-Néerlande en retour. Jusqu’à la fin du , les Néerlandais deviennent maîtres du littoral des Guyanes, du Maroni à l’Essequibo (soit le Suriname et le Guyana). Les quatre colonies permanentes sont administrées par la Compagnie des Indes occidentales, dont la ville d’Amsterdam devient propriétaire en 1770. gauche|vignette|Esclave évadé (marron), 1796.|219x219px En 1783, après un siècle de révoltes et d'évasion d’esclaves (marronnage), du fait des dures conditions de ces derniers, les Néerlandais signent un traité avec le chef des révoltés Aluku Nengé, surnommé Boni, reconnaissant une véritable autonomie aux Noirs réfugiés dans les zones forestières.

Les colonies sont reprises par les Britanniques de 1796 à 1799, menant aux traités par lesquels les trois colonies de l’Essequibo, Berbice et Demara (soit le Guyana) restent à la Grande-Bretagne, et celle du Suriname aux Pays-Bas. Ainsi, en 1816, les colonies passent sous l’administration des Pays-Bas, faisant ainsi perdre tous leurs privilèges à la Compagnie des Indes occidentales et à la ville d’Amsterdam. Un gouverneur est alors nommé par La Haye. vignette|Vente d'esclaves dans la cour d’une demeure bourgeoise de Paramaribo en 1831.|centré Pendant l'occupation britannique, entre 1796 et 1816, de nombreux esclaves noirs, déjà anglophones, et en provenance des Antilles britanniques, arrivent au Suriname. Leur présence explique le développement de créoles à base d'anglais, comme le sranan, ou le saramaka. Ces créoles s'étendent avec le marronnage dans le pays, au détriment du néerlandais, langue des colonisateurs qui reviennent en 1817.vignette|Engagés javanais coupant la canne dans la Plantation Marienbourg, en Guyane néerlandaise, vers 1930.L’esclavage est aboli tardivement, en 1863 (en 1794 puis en 1848 dans les colonies françaises). Les colons font alors venir des travailleurs hindoustanis (accord avec Londres), javanais et chinois. Comme pour les Indes néerlandaises (l'actuelle Indonésie), le Suriname a le statut d'une colonie commerciale. Les colons blancs néerlandais sont rares, mais ils arrivent cependant à instaurer la langue néerlandaise comme langue coloniale, contrairement à l'Indonésie, car il y a plusieurs ethnies différentes, et donc des langues différentes. L'anglais sera utilisé comme seconde langue administrative et commerciale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, de 1940 à 1945, le Suriname est mis sous tutelle des Américains et de la Grande-Bretagne, car les Pays-Bas sont occupés par l’Allemagne. La colonie coopère alors avec les alliés et l’administration coloniale néerlandaise. À la suite de la libération des Pays-Bas en 1945, des mouvements populaires émergent pour demander l’indépendance. Enfin, en 1954, la colonie du Suriname reçoit de la couronne néerlandaise un statut d’autonomie interne (sous forme d’assemblée législative élue au suffrage universel).

À la fin des années 1960, des tensions fortes éclatent entre le Suriname et le Guyana, ancienne colonie britannique, autour d'un désaccord frontalier près de l'aéroport de Tigri, construit par le Suriname. Le Guyana a envoyé une petite force tenter de prendre le contrôle de ce territoire, échangeant des tirs avec la police surinamaise, distincte des forces néerlandaises, contrainte de se replier.

Depuis l'indépendance vignette|Le Suriname en 1914 vignette|Image satellite du Suriname.

L’acte d’indépendance est adopté le par le parlement surinamais. Le gouvernement est alors celui de Henck Arron, qui remporte en 1973 l’élection générale pour acquérir l’autonomie gouvernementale. Survient alors un exode des Hindoustanis, surtout vers les Pays-Bas.