La signalisation bilingue (ou, par extension multilingue) consiste en la représentation sur un même panneau de signalisation d'inscriptions en deux langues ou plus. Son utilisation est réglementairement réservée à des situations locales où est en vigueur le bilinguisme administratif (régions bilingues ou frontalières) ou bien où il existe un important trafic touristique ou commercial (aéroports, gares, ports, points-frontières, villes touristiques, itinéraires internationaux, sièges d'autorités internationales) ; on en trouve parfois aussi dans les quartiers où la proportion d'immigrés originaires d'une même zone linguistique est élevée. Dans un sens plus extensif, elle inclut, dans les régions où coexistent des langues transcrites en alphabets non latins, la translittération des toponymes et l'éventuelle traduction des textes complémentaires. La tendance générale est plutôt de remplacer les informations qui devraient être fournies en plusieurs langues par des symboles et des pictogrammes standardisés au niveau international et représentatifs du contenu de l'information. L'emploi de la signalisation bilingue est sans doute le principal instrument symbolique de perception et d'institutionnalisation de la réalité bilingue d'un territoire.
thumb|Signalisation bilingue anglais/chinois à Hong Kong. thumb|Signalisation bilingue français/breton à Quimper (Bretagne). thumb|Panneau de signalisation à Hay-on-Wye (Pays de Galles). thumb|Signalisation bilingue à l'entrée de Kidal (Mali). Sur le côté gauche du rocher, Kidal est transcrit en caractères tifinagh.
Évolution vignette|Panneau de bienvenue à Newry (en Irlande du Nord) en irlandais et en anglais. 250px|vignette|Nom tchèque de Šumperk-Mährisch Schönberg effacé par les Allemands des Sudètes après l'annexion nazie de la Tchécoslovaquie en 1938. L'utilisation de la signalisation bilingue a augmenté considérablement durant la fin du , en particulier dans le monde occidental et démocratique, étant donné les forts mouvements migratoires, ainsi que grâce à l'augmentation de la protection des droits des minorités ethniques et linguistiques et également grâce à la non-correspondance entre les frontières administratives des États et les divisions ethno-linguistiques. Les premiers cas de signalisation bilingue s'appliquaient à des situations comme celle de Bruxelles en Belgique, où au début du l'utilisation du modèle du siècle précédent (assumant un État formé d'une nation culturellement homogène) a mené à des revendications de protections linguistiques importantes pour la langue néerlandaise (pourtant majoritaire dans le pays, en dépit du plus grand prestige du français) ce qui a déclenché un long processus de reconnaissance officielle de l'utilisation des deux langues. Un deuxième exemple est celui du Tyrol du Sud (aujourd'hui nommé Haut-Adige) d'expression allemande, mais annexé par l'Italie à la suite de la Première Guerre mondiale et qui fut ensuite la cible de politiques d'assimilations (comme l'italianisation des toponymes). Pour respecter les traités internationaux, on procéda à l'application de mesures de protection et de reconnaissance officielle des deux langues. Ces deux cas concernent cependant des territoires stratégiques où les habitants parlent une langue reconnue et pleinement officielle dans les pays voisins. Les seules alternatives à la protection officielle seraient donc l'annexion plus ou moins forcée par l'autre État (les multiples tentatives de reprise de l'Alsace) ou alors l'accès à l'indépendance (comme dans le cas de l'Irlande), ou encore l'assimilation plus ou moins forcée à la culture nationale (comme dans le cas de la francisation de l'Alsace en France). Le premier exemple de revendication d'une langue « régionale » remonte à l'expérience de revitalisation de la langue catalane en Espagne, avant la période franquiste, et habilement reprise à la fin de cette dernière, pour ensuite devenir un modèle de protection linguistique qui sera imité dans la plupart des régions autonomes d'Europe et qui servira de point de départ pour la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (Conseil de l'Europe).
L'emploi de la signalisation bilingue est souvent représentatif du niveau de protection et du niveau de multilinguisme effectif sur un territoire donné, ou du moins de la phase d'évolution des revendications de protection : La forme la plus élémentaire de protection est l'emploi de simples indications toponymiques dans les panneaux de signalisation (habituellement pour les noms des villes et des routes, ou les indications touristiques et culturelles), parfois sans aucun contrôle officiel et en utilisant un lettrage plus petit que la version « officielle ». Dans ces cas, les indications ne sont jamais transcrites dans les documents officiels, et la langue nationale conserve une plus grande visibilité et un plus grand prestige par rapport à la langue locale, qui est reléguée au rang de dialecte. On retrouve dans cette catégorie, par exemple, les communautés frisonnes de l'Allemagne. Une forme plus avancée de protection consiste en l'utilisation généralisée de panneaux bilingues affichant la langue nationale en premier et la langue locale en deuxième, tant sur les signalisations de lieux que sur les panneaux de direction. On utilise normalement des caractères de même taille mais des polices d'écritures différentes. Les indications complémentaires sont habituellement inscrites dans la langue nationale seulement, afin de ne pas alourdir le texte affiché sur les panneaux. Il s'agit ici d'une solution de compromis entre l'opportunité de donner une visibilité semblable aux deux langues et le désir de maintenir la prévalence officielle de la langue nationale. Cette forme correspond au cas de la Corse, par exemple. La troisième forme de protection est l'évolution naturelle de la deuxième. Elle consiste en l'application du bilinguisme signalétique intégral, qui affiche les deux langues de façon égale, incluant les informations complémentaires, sur tous les types de panneaux, d'après un ordre de priorité habituellement basé sur la prévalence linguiste des habitants pour une région donnée. Dans ce cas, les langues ont la même importance réelle, ou on remarque une légère dominance de la langue locale. Cette catégorie représente l'application effective du bilinguisme dans la signalisation. Cette forme correspond au cas de la Province autonome de Bolzano, par exemple. La forme la plus extrême de protection se manifeste par le passage à l'affichage monolingue utilisant la langue locale comme seul véhicule de transmission des informations, reléguant la langue nationale au second plan (au moins du point de vue de la visibilité). Cette forme correspond au cas de la Catalogne en Espagne. La majeure partie des autres cas possibles représente des situations hybrides, s'insérant parmi les catégories décrites ci-dessus.
Il existe également des cas où l'on remarque que les différentes autorités responsables des routes appliquent différents standards. Habituellement ces réseaux locaux et urbains affichent une forme plus avancée de bilinguisme (mais souvent, sinon toujours avec comme résultat un manque d'uniformité et de standardisation, aux limites de la conformité normative), alors que le réseau routier national révèle des difficultés majeures d'application du même niveau de bilinguisme (bien qu'il soit plus conforme et mieux standardisé, lorsque présent).
Problématique liée à son implantation
L'implantation de la signalisation bilingue (ou multilingue) sur un territoire requiert donc un important effort d'organisation et de coordination de la part des autorités locales et présente autant d'avantages que d'inconvénients. Parmi les avantages habituellement notés, on retrouve :
L'utilité accrue de cette signalisation bilingue dans les régions frontalières, pour établir une continuité d'intercommunication avec les pays voisins, dans l'optique de l'intégration des différentes communautés. Le renforcement de la perception de l'identité et de la spécificité d'un lieu, le liant à la langue qui devient l'un de ses traits les plus représentatifs. La signalisation devient le principal véhicule visuel qui établit officiellement l'effet rassembleur d'une langue régionale ou minoritaire. La contrainte d'utiliser le plus possible des pictogrammes faciles à comprendre, ainsi que l'obligation de concevoir avec soin la présentation des panneaux, afin d'y afficher, à l'intérieur d'un espace raisonnable, toutes les informations devant être transmises en plus d'une langue ainsi que d'en garantir la compréhension immédiate. L'incitation à normaliser l'orthographe des toponymes et des diverses variantes locales.
Parmi les inconvénients de la signalisation bilingue, on retrouve : Le dédoublement des textes qui peuvent causer des problèmes de sécurité lorsque les informations sont difficiles à comprendre ou mal présentées sur le panneau. La répétition dans les textes complémentaires, dans le cas de langues régionales, d'informations déjà présentes dans la version nationale et déjà compréhensibles par les utilisateurs. Divers problèmes relatifs à l'adaptation des standards nationaux à la situation bilingue, à la coordination de l'officialisation des toponymes minoritaires et à la normalisation linguistique. Une augmentation des dépenses reliées à la plus grande dimension des panneaux de signalisation bilingue. Une prévisible opposition « politique » de la part des gouvernements centraux (particulièrement dans les pays non démocratiques et/ou centralisateurs) ainsi que de la part des groupes nationalistes.
Une étude a été réalisée en 2000 par l’institut de recherches en transport, de l’Université de Leeds, à la demande de l'Assemblée de Galles, afin de déterminer si la signalisation bilingue pouvait créer des problèmes de sécurité routière pour les conducteurs (étant donné l'augmentation de la quantité de texte). La conclusion démontre qu'en présence d'un affichage conçu correctement, il n'existe pas de différence dans les temps de réponses des conducteurs pour saisir l'information présentée sur un panneau bilingue..
Signalisation routière bilingue dans les pays francophones Algérie, Maroc et Tunisie left|vignette|Panneau de bienvenue en arabe, berbère (tifinaghe) et français à Isser en Kabylie (Algérie). vignette|Panneau de bienvenue en arabe, berbère (tifinaghe) et français à Tiznit (Maroc). L'Algérie, le Maroc et la Tunisie faisaient partie du second espace colonial français. Bien que la langue officielle soit l'arabe (au côté du berbère en Algérie et Maroc) l'utilisation du français, et le bilinguisme de fait sont donc largement répandus et tolérés. La signalisation des indications et des lieux sur les routes principales et dans les zones touristiques et urbaines adopte le modèle européen et affiche la double forme en arabe et en français. Les toponymes mineurs utilisent habituellement une transcription francisée. Les noms de rues sont également bilingues. Les symboles internationaux qui sont habituellement affichés avec des caractères latins (comme le « STOP » ou le « P ») sont accompagnés de la version en arabe (« قف/STOP »). Les informations complémentaires sont au contraire affichées exclusivement en arabe (قف), en particulier dans les régions intérieures.
thumb|Panneau stop à Nador (Maroc) en arabe et berbère, apparu le et disparu durant la nuit. Dans ces pays (en particulier en Algérie et au Maroc), la langue berbère est assez répandue, et ses locuteurs tentent depuis longtemps d'obtenir une reconnaissance officielle. Parmi les diverses revendications se trouve celle d'une signalisation trilingue qui inclurait le berbère, mais jusqu'à maintenant, les autorités nationales se sont opposées à cette demande. La problématique de cette langue se pose dans les innombrables dialectes qui existent en Afrique du nord et dans sa transcription latine, arabe ou tifinagh.