François-Paul Alibert, né à Carcassonne le et mort le dans cette même ville, est un poète, directeur de théâtre, écrivain et journaliste français. Proche des poètes du renouveau néoclassique à l'aube du , il se réclamait de l'École romane et de Jean Moréas.

Biographie vignette|Plaque visible sur la maison de François-Paul Alibert, rue Andrieu à Carcassonne. Né dans une famille de propriétaires viticoles, François-Paul Alibert fait d'abord ses études au collège de l'Esquile à Toulouse, puis au lycée Paul Sabatier de Carcassonne. Il est embauché comme employé de bureau à la mairie de cette ville, avant d'être promu secrétaire général de mairie en 1908 jusqu'à la retraite. Il noue des relations avec de nombreux écrivains dont André Gide, et membres des milieux littéraires parisiens.

Il collabore à la Revue critique des idées et des livres de Jean Rivain et Eugène Marsan. Ami et correspondant d'André Gide, il publie sans interruption une quarantaine de recueils poétiques, d'inspiration classique, entre Jean Moréas et Paul Valéry. Ils sont loués par Jean PaulhanCité dans Poètes d'aujourd'hui, Paris / Lausanne, Éditions de Clairefontaine, 1947, ., puis Henri Clouard, qui écrit que François-Paul Alibert y « chante les thèmes éternels de l'amour et de la mort, et son chant, nourri de sa terre natale, monte dans le ciel humain de la pensée. C'est un chant parfaitement païen. Alibert voulait assurer à l'âme de grands bonheurs, et il s'y efforça dans les limites d'une sagesse fondée sur deux principes : d'une part, ne pas consentir à mutiler l'être, c'est-à-dire ne reconnaître de véritable satisfaction même très haute qui ne soit de l'âme et du corps tout ensemble ; d'autre part, maintenir le sens général d'une hiérarchie. »Cité par Jean-Jacques Pauvert, notice sur Le Supplice d'une queue, dans Anthologie historique des lectures érotiques, t. III (De Guillaume Apollinaire à Philippe Pétain 1905-1944), Paris, Stock / Spengler, 1995, p. 711.

En 1907, il fait un voyage en automobile avec ses amis André Gide et Eugène Rouart, vers le Gers et les Landes. Les textes et poésies qu’il écrit sont publiés dans la NRF du en ouverture de la revue. Puis en 1913, il voyage en Italie avec André Gide et Henri Ghéon, périple dont il publie ensuite le Journal.

Avec ses amis Joë Bousquet, Ferdinand Alquié, Claude-Louis Estève et René Nelli, il fonde en 1928 la revue Chantiers.

Directeur du Théâtre Jean Deschamps, le théâtre de la Cité de Carcassonne, le poète y avait fait représenter une Nausicaa et diverses adaptations d'Euripide dont il était l'auteur..

François-Paul Alibert est enterré dans sa ville natale, au Cimetière de Grèzes-Herminis à Carcassonne, qui l'honore d'une rue à son nom depuis 1955 ...

Des romans érotiques Un premier roman érotique, paru anonymement et clandestinement en 1931 (tiré à 95 exemplaires), Le Supplice d'une queue, lui fut attribué en 1945. Dans sa notice sur l'ouvrage, dans Les Livres de l'Enfer, Pascal Pia précise que ce court roman sur l'homosexualité masculine a été publié par le célèbre éditeur d'ouvrages érotiques René Bonnel, et que c'est « à l'instigation de Gide, [qu']un libraire parisien, Roland Saucier, directeur de la Librairie Gallimard boulevard Raspail, se chargea de transmettre le manuscrit d'Alibert à René Bonnel, qui consentit à l'éditer, et en demanda le frontispice au peintre et graveur catalan Pere Créixams. »Pascal Pia, Les Livres de l'Enfer. Du XVIe siècle à nos jours, Paris, Fayard, 1998, p. 631. Voir aussi Emmanuel Pierrat, Le Bonheur de vivre en enfer, Paris, Maren Sell Éditeurs, 2004, p. 81-85. Le livre reparaît officiellement pour la première fois en 1991, préfacé par Hugo Marsan qui écrit que « ce roman est audacieux parce qu'il affirme qu'au travers de l'extase sexuelle le bonheur est possible entre deux hommes »Hugo Marsan, Le Jeu de l'amour et de la nécessité, préface à Le Supplice d'une queue, Paris, Ramsay / Jean-Jacques Pauvert, 1991, .. C'est en effet un livre sur la solitude du désir, mais aussi un roman heureux de l'amour homosexuel, contant l'histoire érotique et amoureuse d'Albert et d'Armand, dans une sexualité grandiose et épanouie, dès leur première rencontre, ce dernier étant doté d'un « sexe triomphal », « infirmité physique par hypertrophie, précise Jean-Jacques Pauvert, dont certains exemples ont fait l'objet d'études médicales et psycho-sexuelles »Jean-Jacques Pauvert, notice sur Le Supplice d'une queue, dans Anthologie historique des lectures érotiques, t. III (De Guillaume Apollinaire à Philippe Pétain 1905-1944), Paris, Stock / Spengler, 1995, p. 711. : un « sexe monstrueux, où toute la gloire de la terre et du ciel s'enroulait »François-Paul Alibert, Le Supplice d'une queue, Paris, Ramsay / J.-J. Pauvert, 1991, ..

L'analysant, Annie Le Brun tient Le Supplice d'une queue comme « un des trois ou quatre grands romans du désir », elle y lit cette fois-ci une grande « noblesse d'amour », à l'opposé de « l'actuelle et pléthorique production “érotique” » qu'on pourrait regrouper dans « une même collection intitulée “Beaucoup de baise pour rien” »Annie Le Brun, « De la noblesse d'amour », La Quinzaine littéraire, n° 824, 1-15 février 2002, repris dans Ailleurs et autrement, Paris, Gallimard, coll. « Arcades », 2011, p. 66.. Au-delà de la passion incestueuse que rapporte le livre, un des deux garçons de l'histoire rapportant comment son père l'a initié à l'amour, Annie Le Brun considère ce livre comme un témoignage de « l'amour fou », car « c'est aux confins mortels du plus grand désir que se vivent ces passions. »Annie Le Brun, Ailleurs et autrement, Paris, Gallimard, coll. « Arcades », 2011, p. 67.

Le manuscrit d'un deuxième roman érotique à caractère homosexuel, intitulé Le Fils de Loth, est paru en 2002, préfacé par Didier Eribon.

Un troisième roman, Une Couronne de pines, a été imprimé clandestinement peu après 1931, là encore transmis via Roland Saucier à un éditeur resté anonyme, mais l'édition en fut détruite par la police ; il en resterait un seul et unique jeu d'épreuves.

Œuvre Principales publications Terre d'Aude, 1906 L'Arbre qui saigne : poèmes, Carcassonne, Servière & Patau, 1907. Le Buisson ardent, Paris, Bibliothèque de l'Occident, 1912. La Complainte du cyprès blessé, poèmes, 1920 Le Deuil des muses, prologue en un acte, en vers, en hommage à Lionel des Rieux et aux écrivains morts pour la France, Orange, Théâtre antique, Marsyas, ou la Justice d'Apollon, drame satyrique en 3 actes et un prologue, 1922 Odes, avec un portrait de l'auteur gravé au burin par Jean Émile Laboureur, Paris, Éd. de la Nouvelle revue française, 1922. La Leçon tragique d'Orange, 1923 Églogues, poèmes, 1923 Élégies romaines, avec un portrait de l'auteur par Jean Aubert, Paris, Éd. de la Nouvelle Revue française, 1923. François-Paul Alibert : Poèmes ; In La Revue universelle. Tome XIV, Juillet 1923, Jacques Bainville, directeur. François-Paul Alibert : Le Laurier du Forum ; In La Revue universelle. Tome XV, Octobre 1923, Jacques Bainville, directeur. Le Cantique sur la colline, Paris, À la Cité des livres, 1924. Poèmes, 1924 François-Paul Alibert et Jean Hervé, Les Dioscures, Hommage aux frères Mounet, Prologue récité devant le Mur d'Orange le 1er août 1925 par les artistes de la Comédie-Française, Carcassonne, Pierre Polère, 1925. La Guirlande lyrique, Paris, Librairie Garnier Frères, 1925. Charles Bordes à Maguelonne, vignettes de Jos Jullien, Saint-Félicien-en-Vivarais, Au Pigeonnier, 1926. Le Chemin sur la mer, suivi de Fenêtre et de Sulamite, 1926 Les Jardins de Salluste, 1927 La Couronne de romarin, 1927 La Prairie aux narcisses, orné d'un frontispice de Manolo, Marseille, Les Cahiers du Sud, 1927. La Renaissance de la tragédie, 1928 Les Amants de Ravenne, drame en quatre actes et neuf tableaux en prose, avec un prologue et un épilogue d'après la Divine Comédie, musique de scène de Michel Mir, créé à Carcassonne, Théâtre Antique de la Cité, , et publié à Carcassonne, Gabelle, 1929. Paris couleur de Temps, 1929 Les plus beaux poèmes de François-Paul Alibert, préface d'André Thérive, 1929 Le Cycle de Shakespeare au Théâtre de la Cité, 1930 En marge d'André Gide, 1930 Pierre Puget, Paris, Les Éditions Rieder, 1930. La Plainte de Calypso, suivie de la Complainte du cyprès blessé, 1931 Le Supplice d'une queue (publié anonymement et clandestinement), René Bonnel, avec un frontispice de Pere Créixams, 1931 (tiré à 95 exemplaires) Le Cyclope, drame satyrique en 1 acte, adapté d'Euripide, Carcassonne, Théâtre Antique de la Cité, Épigrammes, 1932 Dissonances, 1935 Mirages, Paris, R. A. Corréa, 1936. Le Collier d'aiguilles de pin, 1936 Nouvelles Épigrammes, 1937 Vieilles chansons du jeune temps, 1938 Terre qui as bu le sang, Carcassonne, Gabelle, 1939. La Prairie aux colchiques : poèmes, Tours, Arrault, 1944. Le Colloque spirituel, 1948 La Chanson du saule au platane : poèmes, Paris, Points et contrepoints, 1951.

Publications posthumes Correspondance avec André Gide : 1907-1950, édition établie, présentée et annotée par Claude Martin, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1982 En Italie avec André Gide : impressions d'Italie, 1913, voyage avec Gide, Ghéon et Rouart, texte inédit présenté et annoté par Daniel Moutote, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1983 Le Supplice d'une queue (publié anonymement et clandestinement en 1931 par René Bonnel), précédé de Le Jeu de l'amour et de la nécessité par Hugo Marsan, Paris, Ramsay / Jean-Jacques Pauvert, 1991 ; Paris, la Musardine, 2002 Le Fils de Loth, présentation par Emmanuel Pierrat, préface par Didier Eribon, Paris, la Musardine, 2002 La couronne de pines, présentation par Jean-Marc Barféty, Gay-Kitsch-Camp, 2025

Notes et références

Pour approfondir Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

Jean Rousselot. Dictionnaire de la poésie française contemporaine 1968, Auge, Guillon, Hollier -Larousse, Mooreau et Cie.-Librairie Larousse, Paris

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