Illiam DhoneIl existe plusieurs formes de ce nom, mais la plus fréquente est Dhone. Certains auteurs écrivent Dhoân ou Dhoane, d'autres Dhône., surnom de William Christian (né le à Derbyhaven - exécuté le à Castletown), était un homme politique mannois, troisième fils d'Ewan Christian, deemster de l'île de Man. Il occupa des fonctions importantes, comme celle de membre de la House of Keys, puis surtout de gouverneur de l'île de Man. Il se rebella contre la famille des Derby, seigneurs de l'île, fut jugé sommairement puis exécuté dans la précipitationAu sujet d'Illiam Dhone, voir Manx Worthies, A. W. Moore, 1901, et Manx Museum, microfilm RB445 : série de documents liés à William Christian.. Son fils, George Christian (1635-1694), se battit pour obtenir une réhabilitation, ce qui intervint sur ordre du Conseil privé du roi d'Angleterre. Illiam Dhone est aujourd'hui très populaire sur l'île de Man et considéré comme un résistant à l'oppression anglaise. Sa mort est commémorée tous les à Castletown.

Son surnom, d'origine mannoise, signifie « Guillaume le Brun » en raison de ses cheveux noirsD'autres auteurs donnent à son surnom le sens de « beaux cheveux » (fair-haired), d'où « blond », comme le fait Walter Scott (The Waverley Novels, A. and C. Black, 1860)..

Biographie

Les premières années

Les premières années de Dhone ne sont guère connues. Il est le troisième fils survivant et le plus jeune héritier d'Ewan Christian, époux d'Elizabeth Cockshutt, dont la famille possède une propriété à Great Harwood, près de Kirkham, dans le Lancashire Yesterdays behind the door, Hicks Beach, Liverpool University Press, 1956., et une autre à Derbyhaven, dans le Ronaldsway (paroisse de Malew), au sud-est de l'île de Man, où il voit le jour, ce qui lui vaudra souvent d'être dénommé « William Christian du Ronaldsway ». Cette ferme de Derbyhaven, au bord de l'eau, connue sous le nom de Ronaldsway House, a été démolie en 1943 pour permettre l'aménagement de l'aéroport du Ronaldsway, bien que des bâtiments attenants subsistent toujours An illustrated encyclopedia of the Isle of Man, The Manx Experience, Douglas, 1997, p. 136.. C'est dans cette ferme que William Christian réunit 800 hommes de l'île en 1651 pour préparer la révolte contre le seigneur. Parmi eux figurent les principaux dirigeants des diverses paroisses de l'île R. H. Kinvig, M. A., A History of the Isle of Man, University Press of Liverpool, Eaton Press Ltd, Liverpool, 1950, p. 99..

thumb|200px|James Stanley, seigneur de l'île de Man et de Derby. Ewan ChristianEwan Christian était originaire de Milntown (paroisse de Lezayre), au nord de l'île de Man. était deemster de l'île de Man et considéré comme un des plus fervents opposants au comte de Derby et seigneur de l'île, James Stanley. Leur contentieux portait sur l'ancien système féodal de la propriété que le comte souhaitait abolir. Ce système offrait à ses bénéficiaires une propriété perpétuelle et libre. Stanley, par sa réforme, voulait abolir la notion de propriété perpétuelle pour en faire un bail sur trois générations. Cette réforme fit des mécontents et Ewan Christian s'y opposa. Mais Stanley, souhaitant s'assurer du soutien de Christian, menaça de louer la propriété des Christian, dans le Ronaldsway, à un certain John Corrin. Ewan Christian, comprenant qu'il était inutile de résister au comte, légua son domaine en 1643 à son troisième fils, William Christian, le futur Illiam Dhone William Christian (William Dhoan)., Manx Note Book, 1886..

Dans ce climat d'hostilité, William Christian semble pourtant être dans les faveurs du comte Stanley. Dès l'enfance, il est protégé par la famille des Stanley. Ceux-ci ont une telle confiance en sa famille qu'ils les affectent à leur garde particulière Introductory notice relative to the time of the rebellion (1643-1663)..

Le nom d'Illiam Dhone apparaît en 1640 comme régisseur des domaines de l'abbaye et en 1643 comme membre de la House of Keys (Chambre des Clefs) de Castletown « William Christian (b.1608,d. 1663) », Manx Worthies, A. W. Moore, chap. III, 1901..

Les prémices de la révolte (1648-1651)

Causes du soulèvement des Mannois

C'est précisément en 1643 que commencent à se faire entendre des rumeurs de révolte sur l'île. Lors d'un déplacement du seigneur de Man, James Stanley, comte de Derby, sur ses terres mannoises, il apprend que des actes d'insubordination ont été perpétrés contre l'autorité du gouverneur et qu'une révolte est très envisageable. Un membre de la famille d'Illiam Dhone est d'ailleurs impliqué dans ces actes. Il s'agit d'Edward Christian, un cousin éloigné, qui a été gouverneur de l'île grâce au soutien que Stanley lui prêtait, mais qui, après avoir fomenté un complot pour le chasser de l'île, se retrouve emprisonné à Peel, où il mourra « Edward Christian (b. circa 1600, d. 1661) », Manx Worthies, A. W. Moore, chap. III, 1901..

En 1648, Illiam Dhone est nommé receveur général de l'île par le seigneur James Stanley. Cette fonction témoigne du crédit dont il jouit auprès du comte et de la confiance que celui-ci lui accorde, au vu des sommes d'argent colossales qui passent entre ses mainsLe receveur général de l'île avait pour fonction de collecter les rentes et les revenus du seigneur. Voir « A description of an ancient legal document relating to the Isle of Man, with a brief account of the persons and officers referred to therein », in Yn Lioar Manninagh, vol. 1, janv. 1889-oct. 1894, p.332-336..

L'offre de capitulation de l'île de Man

thumb|200px|La House of Keys de Castletown. Lorsqu'en 1651, Stanley part en Angleterre combattre pour Charles II, à la cause duquel il s'est rallié, il nomme Illiam Dhone commandant des forces militaires mannoises sur l'île et garant de la sécurité de la comtesse. Stanley est fait prisonnier à la bataille de Worcester () et la comtesse Charlotte de La Trémoille, l'épouse de Stanley, qui réside sur Man, négocie la capitulation de l'île avec les parlementaires victorieux en échange de la libération de son épouxLe Parlement de Londres souhaitait depuis des années la capitulation de l'île de Man, à laquelle James Stanley était farouchement opposé. Le 12 juillet 1649, deux ans avant la bataille de Worcester, Stanley écrit au commissaire-général Ireton, qui faisait une énième demande : « Si vous me dérangez encore avec des demandes sur cette question, je brûlerai la lettre et pendrai le porteur. Ma résolution est immuable (...). » Introductory notice relative to the time of the rebellion (1643-1663).. Avant le départ de son mari, celui-ci lui avait accordé le pouvoir d'agir en son nom. Il confirme à son épouse, dans une lettre du , qu'il est raisonnable de négocier. L'offre de capitulation est remise à Londres par le gouverneur de Man, Philip Musgrave, et des représentants de la House of Keys.

Les esprits s'échauffent, alors que des rumeurs se font jour, selon lesquelles la comtesse de Derby serait sur le point de remettre l'île de Man entre les mains du Parlement de Londres. Celle-ci, sur l'injonction du gouverneur de Liverpool, Thomas BirchThomas Birch, originaire de Birch (paroisse de Manchester), était colonel et gouverneur de Liverpool., met ses deux filles, Catherine et Amelia, à l'abri dans cette ville, un abri qui deviendra rapidement une détention en bonne et due forme, sur la demande du Conseil d'État à Londres.

La révolte des Mannois (septembre-novembre 1651)

thumb|200px|Château-Rushen, à Castletown. Une révolte menée par Illiam Dhone éclate. Accompagné de notables mannois, il soulève la population contre la comtesse, affirmant qu'elle complote pour sauver sa vie et celle de son époux tout en sacrifiant l'île de Man. Le commandant de l'île, Hugh More, aux ordres de Dhone, toujours receveur général de l'île, reçoit l'ordre de ne pas s'opposer à la révolte.

Dans le même temps, un émissaire chargé des propositions de la comtesse pour favoriser la libération de son mari, embarque pour l'Angleterre. La même nuit, l'armée rebelle de Dhone s'empare de toutes les places fortes de l'île à l'exception de Château-Rushen et du château de Peel. Les propriétés du comte sont pillées. Tous les Anglais qui tombent entre les mains des hommes de Dhone sont maltraitésAffirmation confirmée seulement par M. Burton, le biographe du gouverneur Musgrave..

Au gouverneur Musgrove qui lui demande les raisons de cette rébellion, Dhone réplique qu'il a certains griefs contre le comte, sans doute en allusion à la réforme agraire entreprise quelque temps plus tôt. Il ajoute que la comtesse avait vendu l'île de Man au Parlement de Londres et que cela justifiait un soulèvement du peupleIl faut ajouter à ces griefs des lois édictées peu avant visant à renforcer la conscription militaire.. Les deux hommes parviennent toutefois à s'entendre pour tenter de gagner du temps et retarder le plus possible le débarquement des troupes anglaises.

Le , le seigneur de Man, James Stanley, est exécuté à BoltonOn reprochait au comte de Derby son implication dans le massacre de Bolton (28 mai 1644), au cours duquel 1 600 civils et soldats avaient été massacrés par l'armée royaliste., mais la nouvelle n'atteint pas Man tout de suite.

Avec l'aide de Musgrove, Dhone entame des négociations avec le Parlement anglais dont les troupes ont l'intention de s'emparer de l'île. Le , les troupes du Parlement, constituées de 44 vaisseaux et commandées par le colonel DuckenfieldRobert Duckenfield, de la ville de Duckenfield, dans le Cheshire, gouverneur de Chester en 1651 et de l'île de Man de 1651 à 1652., embarquent depuis l'Angleterre mais, à la suite d'une succession de tempêtes, n'accostent à Ramsey, sur l'île de Man, que le 28, à 10 heures du soir. Dès le lendemain, Dhone, par l'intermédiaire de Hugh More, s'engage à ne pas empêcher l'arrivée des troupes et demande à une foule de Mannois massée sur la côte de ne pas offrir de résistance. Aussitôt, les Anglais décident de mettre le siège devant Château-Rushen et le château de Peel.

La comtesse de Derby apprend par lettre la mort de son mari, alors qu'elle s'est retirée dans le fort de Rushen. Sa situation devenant intenable, elle quitte l'île peu après. Dhone remet la comtesse et ses filles aux commissaires du Parlement et donne à celle-ci la permission de partir à sa guise pour la France ou la HollandeC'est pourtant à Londres qu'elle se retirera et mourra le à Knowsley. Des narrateurs ont été surpris des airs hautains et conquérants qu'elle s'est donnée au moment de quitter l'île de Man, emplie de rage et de désespoir. Le biographe de la famille Derby, M. Seacombe, écrivit que la comtesse et ses filles étaient restées sur l'île, emprisonnées et soumises à « la méchanceté de Christian ». Cette assertion a été démentie à plusieurs reprises, et notamment dès le par le journal The Faithfull Scout qui explique le retard de la comtesse à quitter l'île par la difficulté à lui trouver un bateau prêt au voyage. Une enquête menée ultérieurement prouva la bonne conduite de William Christian dans cette affaire (Manx Note Book, 1886)..

Le , les troupes anglaises sont prêtes à faire usage de leurs canons. Mais elles décident en fin de compte d'abandonner leur position, après avoir reçu l'assurance que toutes les possessions des Derby sur l'île de Man seraient à l'entière disposition du Parlement. La révolte s'apaise. L'île de Man passe le sous le commandement de Londres et un gouverneur est nommé en la personne de Thomas Fairfax de Cameron. Le Parlement officialise la reddition de l'île et de ses châteaux le .

Illiam Dhone sur la sellette (1651-1658)

Malgré son rôle de chef de la révolte, Illiam Dhone conserve son poste de receveur général de l'île, sans doute dans le cadre d'une politique d'amnistie, mais le ministère des Finances lui réclame toutefois le remboursement des dégâts causés par le soulèvement Notes to Manx Soc Volume X - #56-75, note 65, William Christian, receiver.. De plus, il reste soumis à une grande pression sur l'île.