L'externalité caractérise le fait qu'un agent économique crée, par son activité, un effet externe en procurant à autrui, sans contrepartie monétaire, une utilité ou un avantage de façon gratuite, ou au contraire une nuisance, un dommage sans compensation (coût social, coût écosystémique, pertes de ressources pas, peu, difficilement, lentement ou coûteusement renouvelables).

De la sorte, un agent économique se trouve en position d'influer consciemment ou inconsciemment sur la situation d'autres agents, sans que ceux-ci soient parties prenantes à la décision : ces derniers ne sont pas forcément informés et/ou n'ont pas été consultés et ne participent pas à la gestion de ses conséquences par le fait qu'ils ne reçoivent (si l'influence est négative), ni ne paient (si l'influence est positive) aucune compensation.

Nous pouvons ainsi considérer l'externalité comme la conséquence d'un échange marchant sur un acteur exterieur, sans que celle-ci ne soit prise en compte par le marché.

En résumé : « Tout coûte mais tout ne se paie pas »CD Echaudemaison, Dictionnaire économique et social, Nathan, Paris, 1993, ..

Exemples d'externalités Externalités négatives Une externalité négative apparaît dès que la production ou la consommation d'un bien, d'une ressource ou d'un service nuit à une tierce partie ou à l'environnement (qui englobe toutes les parties) : exemples de coûts sociaux : , effets sanitaires et sociaux des pollutions (voir ci-dessous)… ; exemples de coûts socio-écologiques : changement climatique, fumées, nuages toxiques, bruit, pollution lumineuse, encombrement, dégradation des sites et paysages, contribution à la crise de la biodiversité (disparition d'espèces, de populations et/ou d'habitats naturels, fragmentation écopaysagère), érosion et dégradation des sols, surexploitation du sous-sol et/ou de ressources, forestières, marines, L'analyse exhaustive des externalités est délicate. Le risque de les omettre s'accroît quand elles sont masquées par un surcroît d'activité économique faussant le bilan apparent et global de l'événement en cause. Ainsi chaque accident routier induit un surplus d'activité via l'intervention des secours, la mise en œuvre des soins médicaux, les réparations (routières, automobile ou le rachat d'un véhicule). Mais par ailleurs, des dommages irréparables ont été occasionnés dont les effets ne sont pas ou mal comptabilisés : deuil des personnes disparues, prise en charge des handicaps, perte de compétence et d'expérience Ainsi la concentration d'animaux nécessitée par l'élevage intensif favorise au stade de l'éleveur une plus grande productivité et par suite un meilleur prix de revient de la fabrication de la viande. Mais il ne faut pas méconnaître le fait que ce mode d'élevage augmente le risque d'occurrence de coûts non ou mal comptabilisés, comme ceux liés aux risques de pandémies (cf. les épisodes récents de grippe porcine, grippe aviaire, ou de l'ESB (syndrome de la vache folle) dont les coûts seront finalement payés par la collectivité qui les subit. Un cas historique d'externalité négative : au début du , des mines de cuivre s'installent dans la région de Ducktown, la technique utilisée à l'époque provoque des pluies acides qui rendent stériles les terres agricoles situées à proximité. Mais l'activité génère aussi des externalités positives sous forme d'emplois et de richesse dans la région. Appelée à se prononcer, la Cour Suprême du Tennessee a rendu en 1904 un arrêt célèbre qui préfigure le traitement moderne des externalités : elle reconnait la nuisance mais refuse de la faire cesser, au contraire elle autorise les mines à continuer leur activité à condition d'indemniser les victimesMadison vs. Ducktown Sulphur Companies (1904). Pour mieux évaluer, par des indicateurs pertinents, les effets de certaines politiques publiques, des chercheurs calculent les couts sociaux de molécules (gaz à effet de serre, ou dégradant la couche d'ozone par exemple, qui s'ils ne sont pas toxiques pour l'homme ou l'animal aux doses considérées, sont néanmoins environnementalement destructrices). C'est le cas par exemple du et du méthane () ou du protoxyde d'azote, dont les effets négatifs semblent avoir été sous-estimés.

Externalités positives Implantation d'une activité au voisinage d'une autre qui bénéficie des synergies ou des effets induits par cette nouvelle proximité. Construction d'infrastructures d'équipement ou de transport dont la présence et la meilleure commodité d'usage accroissent la valeur des terrains riverains. Les compétences et connaissances d'un salarié se diffusant à ses autres collègues.

Types d'externalités Typologie selon les effets économiques : Les externalités positives (ou économies externes) désignent les situations où un acteur rend un service économique aux tiers sans être récompensé ; Les externalités négatives (ou déséconomies externes) désignent les situations où un acteur défavorise économiquement des tiers sans compenser le dommage.

Externalité positive Externalité négative Acteur N'est pas compensé N'a pas à le supporter Tiers N'a pas à payer N'est pas compensé

Typologie selon l'acte économique : Les externalités de production désignent l'amélioration ou la détérioration du bien-être ressenti par l'agent B, non indemnisé, à la suite d'une production de l'agent A ; Les externalités de consommation désignent l'amélioration ou la détérioration du bien-être ressenti par l'agent B, non indemnisé, à la suite d'une consommation de l'agent A. Typologie selon la nature de l'acte économique : Les externalités de flux désignent des situations où l'action économique constituant l'externalité est un flux (par exemple, un flux de pollution) ; Les externalités de stock désignent des situations où l'action économique constituant l'externalité est un stock (par exemple, un stock de pollution).

Externalités techniques On parle d'externalité technique dans la production lorsque la fonction de production d'un acteur est modifiée par l'action d'un tiers.

Un exemple célèbre d'externalité positive double et réciproque est celui de l'apiculteur et de l'arboriculteur, développé par James Meade en 1952. L'apiculteur profite de la proximité de l'arboriculteur et obtient un miel de meilleure qualité qu'il peut vendre à meilleur prix sans coût supplémentaire pour lui. L'arboriculteur n'est pas payé pour le service indirect qu'il rend à l'apiculteur mais il profite gratuitement du service de pollinisation offert par les abeilles aux arbres fruitiers ; son rendement est amélioré sans recours à de coûteuses méthodes manuelles. La pollinisation aléatoire par les abeilles enrichit en outre la diversité génétique permettant à la flore de mieux résister aux stress et maladies. L'externalité est positive dans les deux sens. vignette|311x311px|James Meade

Les externalités techniques peuvent être vues (Weber 1997Weber Luc, (1997), L'État, acteur économique, 3 éd, Economica, Paris.) comme la conjonction de deux caractéristiques : la production jointe et la non-exclusion possible du bien. Par production jointe, on entend le fait que le processus de production d'un bien entraîne la production d'autres biens, ou sous-produits. On parle d'externalité parce qu'à la production visée du premier produit, s'ajoute celle d'un sous-produit, qui elle, n'est pas forcément voulue. Par non-exclusion, on se réfère au fait qu'il n'est pas possible d'empêcher la consommation ou la production du bien secondaire en question.

Externalités pécuniaires Il y a externalité pécuniaire quand les coûts d'achat ou de vente d'un acteur sont modifiés par l'action d'un tiers. Concernant la production, on dira qu'une externalité pécuniaire modifie non pas la fonction de production, mais la fonction de coûts (Scitovsky 1954)Scitovsky T, (1954), Two concepts of external economies, Journal of Political Economy, Vol. 62, No 2..

Ce type d'externalités, très courant, peut être illustré par les investissements dans un secteur, par exemple l'acier, qui ont pour effet de diminuer le prix du bien produit et donc de diminuer les coûts d'un autre secteur, par exemple les constructeurs de chemin de fer, ce qui peut en retour augmenter sa demande d'acier qui amènera de nouveaux investissements et ainsi de suite. Les économistes du développement industriel se sont beaucoup interrogés sur ce type de dynamique dans le choix des investissements dans les pays en développement. Hirschmann notamment a développé toute une analyse de l'industrie en se basant sur l'étude des liens amonts ou avals entre secteurs.

Externalités technologiques Proches des externalités techniques, les externalités technologiques ont pour effet de modifier la productivité (production par unité de facteurs) totale des facteurs et donc de modifier potentiellement la fonction de production individuelle de chaque firme (Antonelli 1995Antonelli C. (1995), Économie des réseaux : variété et complémentarité, in Économie industrielle et économie spatiale, Economica, Paris.).

Une partie des apports du progrès scientifique global sont des externalités censées profiter à tous sans que chacun ait à en subir directement les frais.

Le logiciel libre produit des externalités positives (S. Weber 2006) The success of open source Steven Weber, 2006 Harvard University Press. . (et aussi étudié par Jean Tirole).

Externalité de position Il y a externalité de position quand l'utilité que l'acteur tire d'un bien dépend de l'utilité que les autres consommateurs tirent du même bien, et surtout de la position de l'acteur par rapport aux autres dans la possession du bien.

L'exemple le plus classique en est celui des biens de luxe : la satisfaction tirée de leur possession dépend en grande partie du fait que les autres possèdent ou non le même bien, le fait d'être le seul ou parmi un groupe relativement réduit de possesseurs augmentant le plaisir retiré. Cette différence de valeur due au fait que peu de personnes possède un certain bien est nommée « effet de snobisme », avec lequel le nombre de personnes possédant un bien et la satisfaction due à la possession de ce bien sont négativement corrélés (moins il y a de personnes possédant ce bien, plus je serai satisfait), et ce indépendamment de la satisfaction intrinsèque liée à l'usage du bien. Frank (1985., 1991Frank, Robert. (1991). “Positional Externalities,” in Richard Zeckhauser, ed., Strategy and Choice: Essays in Honor of Thomas C. Schelling. Réimprimé en 1993. MIT Press, Cambridge, MA, ., 2003Frank, Robert, (2003). “Are Positional Externalities Different from Other Externalities?,” Brookings Institution Conference on ‘Why Inequality Matters: Lessons for Policy from the Economics of Happiness'. Un article qui sera publié dans The Journal of Public Economics.) est un des auteurs qui se sont le plus penchés sur la question de l'effet de snobisme, tandis que Mason (2000)Mason, Roger (2000), “Conspicuous consumption and the positional economy: policy and prescription since 1970”. Managerial and Decision Economics 21 . propose une revue du sujet.

Un autre exemple, symétrique à l'effet de snobisme, est « l'effet d'imitation » ; quand le nombre de personnes possédant un bien et la satisfaction due à la possession de ce bien sont positivement corrélés (plus il y a de personnes possédant ce bien, plus je serai satisfait), et ce indépendamment de la satisfaction intrinsèque liée à l'usage du bien. C'est le cas, par exemple, pour certains biens que l'on achète pour « être à la mode », « suivre la tendance »…

Externalité d'adoption

Il y a externalité d'adoption, ou « effet de réseau », quand le fait que d'autres personnes font la même action accroît l'utilité/valeur de l'action, autrement dit, la valeur du produit dépend de son nombre d'utilisateurs.