(prononcé en turc : ), né le à Beyoğlu (Turquie), est un homme d'État turc. Cofondateur du Parti de la justice et du développement (AKP), il est Premier ministre de 2003 à 2014 et président de la République depuis 2014, étant à ces deux fonctions l'homme fort du pays.

Diplômé de l'université de Marmara, il est joueur de football semi-professionnel entre 1969 et 1982.

En parallèle, il s’engage en politique au sein du Parti du salut national. Élu maire d'Istanbul en 1994 sous les couleurs de la formation islamiste Parti de la prospérité, il perd son mandat quatre ans plus tard, lorsqu'il est emprisonné quelques mois pour avoir lu un poème du nationaliste turc Ziya Gökalp.

En 2001, avec Abdullah Gül, il fonde l'AK Parti, parti conservateur et défendant des engagements musulmans, et qui obtient l'année suivante la majorité absolue à la Grande Assemblée nationale. Mais Erdoğan étant toujours interdit d'exercer des fonctions politiques, c'est Abdullah Gül qui prend dans un premier temps la tête du gouvernement.

Devenu Premier ministre en 2003 après une élection législative partielle lors de laquelle il est élu député, Recep Tayyip Erdoğan fait amender à deux reprises la Constitution, en particulier pour que le chef de l'État soit élu directement par les citoyens, réforme l'économie nationale en investissant notamment dans les infrastructures et prône l'adhésion de la Turquie au sein de l'Union européenne. Il bénéficie d'une solide majorité parlementaire, confirmée lors des scrutins législatifs de 2007 et de 2011. Malgré des débuts libéraux, le régime qu'il fait émerger est considéré comme étant autoritaire voire dictatorial ; il fait notamment réprimer un mouvement protestataire en 2013. Il est également contesté pour des soupçons de corruption et pour sa gestion du conflit kurde.

Après avoir été plus de onze ans à la tête du gouvernement, il devient en 2014 le premier président de la république de Turquie élu au suffrage universel direct, succédant à Gül. L'AKP perd cependant la majorité absolue aux élections législatives de juin 2015, mais la regagne à celles de novembre suivant. La tentative de coup d'État militaire de 2016 renforce la position d'Erdoğan et conduit à des purges de masse ainsi qu'à la mise en place de réformes sécuritaires et d'un référendum constitutionnel, après lequel il reprend la présidence de l'AKP. Sa politique étrangère est alors décrite comme néo-ottomane et impérialiste, le conduisant à s'éloigner de l'Occident et à s'impliquer notamment dans la guerre civile syrienne.

Réélu à l’issue de l’élection présidentielle anticipée de 2018, il inaugure un régime présidentiel. Durant son deuxième mandat, il réduit l'indépendance de la Banque centrale pour mener une politique monétaire non conventionnelle, ce qui engendre une forte inflation et une importante dépréciation de la livre turque. Bien qu'apparaissant affaibli par cette crise ainsi que par sa gestion des conséquences des séismes de 2023 ayant coûté la vie à plus de 50 000 personnes et par le maintien de millions de réfugiés sur le territoire turc, il est réélu à l'occasion du scrutin présidentiel de 2023.

Situation personnelle Origines Recep Tayyip Erdoğan naît le dans le quartier historique de Kasımpaşa, dans le district de Beyoğlu, sur la rive européenne d'Istanbul.. Sa mère se prénomme Tenzile.. Son père Ahmet Erdoğan s'y est installé avec sa famille après avoir émigré du district de Güneysu dans la province de Rize, à l'extrême nord-est de la Turquie lorsque Recep avait 13 ans, en 1967.. Lors d'une visite en Géorgie en , Recep Tayyip Erdoğan déclare être issu d'une famille géorgienne, originaire de Batoumi, et ayant émigré à Rize..

Il doit ses deux prénoms à son mois de naissance dans le calendrier hégirien, rajab, et à son grand-père paternel, nommé Tayyip (que l'on peut traduire littéralement par « bon » ou « bien » en français) ; qui est dans son enfance son prénom d'usage.. Troisième de sa fratrie, il est issu d'un milieu qu'il considère lui-même comme modeste, son père est capitaine de navire sur les lignes de transport de passagers du Bosphore.

Jeunesse Le jeune Recep passe son enfance à Rize, où son père était capitaine de navire. et membre des garde-côtes turcs. Alors qu'il a 13 ans, sa famille s'installe à Istanbul. Il vend des simit, des petits pains en anneau, dans les rues de la métropole. Ses parents l'envoient étudier dans une école religieuse qui forme des imams et des prédicateurs, un lycée İmam hatip. Ce type de lycée est très prisé en Turquie par les familles traditionalistes, même s'il ne destine pas nécessairement à la carrière d’imam. À 16 ans, Recep Tayyip Erdoğan remplace l'imam à la mosquée pour réciter des prières, pour les naissances ou pour organiser le rituel des décès.

Joueur semi-professionnel de football, Recep Tayyip Erdoğan joue avec son coéquipier Yasoo Aga dans un club, et désire passer au statut de professionnel. Mais il renonce en raison de l'opposition de son père.

Études universitaires Recep Tayyip Erdoğan affirme avoir obtenu un diplôme après quatre années passées à la « faculté des sciences économiques et administratives » de l’université de Marmara, à Istanbul, ce que l’établissement en question confirmeEn 1999, Mehmet Emin Arat, un ancien camarade de classe du président Erdogan, est membre du conseil des professeurs de l'université de Marmara ; en 2010, il est vice-recteur de l'université et en 2014, il en est nommé recteur. Lire en ligne.

Cependant, en 2014, l'opposant Ömer Başoğlu accuse le président de falsification. et affirme ne jamais avoir croisé Erdoğan dans cet établissement. Après la publication de ses accusations, Ömer Başoğlu est victime de pressions et de harcèlement ; il est retrouvé mort quelques mois plus tard, en ., peut-être de maladie, bien que la thèse d'un assassinat soit également évoquée par l'oppositionTurquie : Erdogan et le mystère du diplôme, Le Point, 10 juin 2016.

Vie privée et familiale thumb|Erdoğan (au centre) avec son épouse Emine (au centre-droit), sa petite-fille Canan Aybüke (au centre-gauche) et son gendre Selçuk Bayraktar (à gauche) au festival Teknofest .

Le , lors d'une cérémonie religieuse, Recep Tayyip Erdoğan épouse Emine Gülbaran, née en 1955.. Il a rencontré celle-ci au cours d'un rassemblement du parti islamiste Selamet, alors qu'elle militait au sein d'une organisation féminine proche, l'« Association des femmes idéalistes » (mouvement proche des ultranationalistes des Loups gris, eux-mêmes proches du MHP), quelques mois plus tôt.

Le couple a quatre enfants : (né en 1979), (né en 1981), (née en 1983), femme de Berat Albayrak et Sümeyye Bayraktar (née en 1985). La benjamine, Sümeyye, est conseillère politique de son pèreGuillaume Perrier, « Recep Tayyip Erdoğan, le nouveau sultan », Le Figaro Magazine, semaine du 29 juin 2018, p. 58..

Ascension politique Débuts Recep Tayyip Erdoğan étudie la politique à Istanbul et travaille comme employé de l'entreprise de transport de la municipalité et en tant qu'entrepreneur indépendant. Au milieu des années 1970, il adhère et devient président de la section stambouliote de l'Organisation de jeunesse du Parti du salut national, le MSP, parti islamiste alors dirigé par Necmettin Erbakan.

Au milieu des années 1970, Erdoğan, écrit, dirige et interprète le rôle principal d'une pièce de théâtre avant-gardiste, antisémite et conspirationniste intitulée Maskomya (comprendre Mas-Kom-Ya - en turc, Mason-Komunist-Yahudi ou Maçon-Communiste-Juif en français), qui présente la franc-maçonnerie, le communisme et le judaïsme comme des périls menaçant la TurquieBoisson, Pierre, "Maçons, communistes, juifs" : quand Erdogan était comédien, Rue89, 13 février 2014, consulté le 3 avril 2015."Antisemitism in the Turkish Media (Part III): Targeting Turkey's Jewish Citizens", MEMRI.org, 6 juin 2005, consulté le 3 avril 2015..

Sa carrière politique est interrompue par le putsch militaire du 12 septembre 1980 et l'interdiction faite aux membres de son parti d'exercer tout mandat, mais dès 1983, Erdoğan redevient actif politiquement dans le Parti de la prospérité, dont le chef n'est autre que Necmettin Erbakan, qui était déjà lié à Erdoğan au sein du MSP ; les deux hommes décident de rompre politiquement en 1999.

Maire d'Istanbul En , Recep Tayyip Erdoğan est élu maire d'Istanbul, grâce à une image de porte-parole de l'anti-corruption. Candidat du Parti de la prospérité, d'obédience islamiste, il obtient 25,2 % des suffrages, trois points devant İlhan Kesici (Parti de la mère patrie) et cinq points devant Zülfü Livaneli (Parti populiste social-démocrate)https://www.ysk.gov.tr/doc/dosyalar/docs/Mahalli/1994/Buyuksehir/Pdf/1994Mahalli-Buyuksehir-istanbul.pdf.

Ses opposants lui concèdent des réussites. Il développe notamment l'accès à l'eau courante, tandis que les coupures d'électricité ou d'eau se font plus rares et que ses grands projets d'infrastructures, comme le métro, sont réalisés. Sa gestion des ordures et des services municipaux est également considérée comme un succès. Comme promis dans sa campagne, le maire d'Istanbul affiche sa volonté de réduire la corruptionhttps://www.lesechos.fr/monde/europe/erdogan-lhomme-de-fer-de-la-turquie-131363..

En , les quartiers alévis d'Istanbul sont attaqués par des escadrons de la mort liés à la police. S’ensuivent des manifestations au cours desquelles sont tués..

Malgré la popularité du maire, les milieux laïcs - particulièrement les militaires - demeurent cependant très suspicieux quant aux velléités d'islamisation de la municipalité. Ainsi, à partir de 1996, alors qu'Erdoğan est maire de la ville, quelques établissements publics dépendant de la municipalité ne servent plus d'alcool. À une journaliste étonnée de cette dernière mesure, il répond : Olivier Michel, « Turquie : ceux qui résistent encore à Erdogan », Le Figaro Magazine, semaine du 29 décembre 2017, p. 44-52..

Le , Erdoğan est condamné à une peine de dix mois de prison, pour avoir, lors d'un meeting le à Siirt dans l'est du pays, repris une citation du poète nationaliste Ziya Gökalp qualifiée d'incitation à la haine : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». Conduit en prison, de son propre aveu il vit mal son séjour derrière les barreaux.

Dirigeant de l'opposition vignette|Erdoğan et Romano Prodi, président de la Commission européenne, et Günter Verheugen, commissaire européen à l'élargissement ; les entretiens entre les trois hommes ont porté sur l'obtention d'une date à laquelle pourraient commencer officiellement les négociations de l'adhésion de la Turquie à l'UE.

À sa sortie de prison, le , Erdoğan change radicalement de tactique et renonce à affronter les militaires.

Durant l'automne 1999, Erdoğan quitte le Parti de la vertu (FP), qui a succédé au Parti de la prospérité (RP), et se prononce en faveur d'une séparation de la religion et de l'État (en Turquie, les imams sont des fonctionnaires affiliés au directorat des Affaires religieuses, lui-même dépendant directement du Premier ministre).

En 2001, Erdoğan cofonde le Parti de la justice et du développement (AK Parti), parti conservateur à l'image de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne. Le noyau dur de l'AK Parti est constitué par l'aile modérée du Parti de la vertu, interdit la même année. Erdoğan en prend alors la présidence.