vignette|Blason de la famille de Kermoysan Tugdual de Kermoysan est un seigneur breton, capitaine de gens d'armes et de trait, compagnon d'arme de Jeanne d'Arc et d'Arthur de Richemont, au service du duc de Bretagne Jean V, puis escuyer et conseiller militaire du roi de France Charles VII. Né à Saint-Gilles-les-Bois (devenue Saint-Gilles-Le Vicomte / Pommerit-le-Vicomte), dans l'actuel département des Côtes-d'Armor, il est issu des seigneurs du Goasmap et du Rumeur. Il participe aux principaux événements militaires de la reconquête de la France, notamment au siège d'Orléans aux côtés de Jeanne d'Arc en 1429, et à la reconquête de la Normandie (bataille de Formigny). Il est tué en 1450 au siège de Cherbourg.
Début de carrière militaire
La famille de Kermoysan est l'une des plus anciennes de Bretagne. On ne connaît pas très précisément la date de naissance de Tugdual de Kermoysan. Ce qui est certain, c'est qu'il naît sur les terres de sa famille, à la fin du , au château du Goasmap. Son père, Yvon, a eu quatre enfants : trois garçons, l'aîné, Jean (chevalier en 1409, qui épouse Amicie de Kermeur), le puîné Yvon, le cadet Tugdual, et une fille, Mahaut. Yvon, le puîné, apparaît dans une montre de la retenue de l'amiral de Bretagne Jean de Penhoët, le . Le cadet, Tugdual, se tourne vers la carrière des armes, et se forge une bonne réputation comme jeune écuyer sous la bannière de l'amiral Jean de Penhoët.
Selon Alexandre Mazas dans son ouvrage Vie des grands capitaines français du Moyen Âge (tome VI), Tugdual assiste, très jeune, à la bataille de Roosebeke, qui oppose le une troupe de miliciens Flamands, commandés par Philippe van Artevelde, à l'ost français conduit par Charles VI, et commandé par Olivier V de Clisson. Il peut paraître surprenant que Tugdual ait assisté à cette bataille, alors qu’il périt en 1450 au siège de Cherbourg. Cependant, l’histoire retient qu’il était, à Cherbourg, le plus vieux de tous les capitaines bretons, et il était vraisemblablement aussi le plus vieux de tous les capitaines de l'ost français.
Après avoir fait ses armes avec l'amiral de Penhoët, Tugdual rejoint Arthur de Richemont. Celui-ci, futur connétable de France et duc de Bretagne sous le nom d'Arthur III, a en effet été armé chevalier le , avant de monter à l'assaut de Soissons. Né le , il a alors 21 ans. Il forme rapidement sa propre compagnie. C'est pour la campagne d'Azincourt (1415) que nous trouvons la première mention de celle-ci. Il y commande un corps de 500 chevaliers ou écuyers, dont un grand nombre périront pendant cette campagne.
Tugdual participe très certainement à la bataille d'Azincourt, le , sous la bannière de Jean de Penhoët, aux côtés d'Arthur de Richemont, qu'il a rejoint parmi les 500 chevaliers et écuyers bretons des troupes royales. Le contingent breton combat à l'avant-garde.
Cette bataille se solde par côté français, dont 800 nobles, et prisonniers. Le jeune Richemont, retrouvé blessé sous un monceau de cadavres, est emmené par Henri V en Angleterre avec les autres captifs. Richemont restera prisonnier jusqu'à la mort d'Henri V (). Tugdual quant à lui, n'a pas péri et n'a pas été fait prisonnier. Richemont captif en Angleterre, Tugdual passe au service du duc de Bretagne, Jean V.
Le , Tugdual est capitaine à Montivilliers près du Havre ; il commande une compagnie d'hommes d'armes qui compte neuf autres écuyers. Il accompagne très vraisemblablement l'amiral et Jean V, duc de Bretagne, traité par le roi en ami, lorsqu'à l'automne 1419, ils font à pieds le Tro Breizh (tour de Bretagne ou pèlerinage des sept saints fondateurs). C'est à cette époque qu'il passe au service du dauphin, le futur roi Charles VII.
En 1420, le dauphin (futur Charles VII), l'envoie à Melun pour défendre la ville contre les Anglais et les Bourguignons, sous les ordres d'Arnault Guilhem de Barbazan, chambellan du roi et sénéchal d'Agenois et de Gascogne. Le siège commence le . Cette place, qui barrait l’accès de Paris par la Seine, était d’une grande importance. Barbazan y commande pour le dauphin. Les Anglais élèvent dans la galerie de mine une forte barrière de bois. C’est une simple cloison, à hauteur de la ceinture d’homme. Dans cette lice souterraine, les deux parties belligérantes descendent journellement et accomplissent des joutes ou passes d’armes aux flambeaux. Chacun des deux généraux y crée des chevaliers, comme il était coutume de le faire à l’occasion des sièges en rase campagne. Henri de Lancastre ne dédaigne pas de participer de sa personne à ces prouesses militaires. Le duc de Bourgogne (Philippe III) accepte pour adversaire messire Tugdual de Kermoysan, qui a l'honneur de croiser le fer avec lui, alors que ce dernier n'est pas encore chevalier. Henri V croise quant à lui le fer avec le seigneur de Barbazan.
Malgré ces prouesses, la ville est prise et Tugdual est fait prisonnier. Il doit payer une rançon pour recouvrer la liberté. Tugdual de Kermoysan, après avoir recouvré la liberté, la même année, est gouverneur de Montaiguillon, l'une des plus puissantes forteresses de la Brie, qu'il défend contre le duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre. Sa réputation franchit rapidement les limites du duché de Bretagne.
thumb|Sceau de Jean V de Bretagne.
Le , Marguerite de Clisson, héritière des Blois, attire Jean V de Bretagne dans un guet-apens et le retient captif au château de Champtoceaux. Pour libérer le duc, son épouse Jeanne de France, fille du roi Charles VI, fait appel aux bretons de Bretagne et charge Tugdual de recruter ceux qui servent en France.
Il est au nombre des 143 seigneurs qui assiègent Champtoceaux avec l'armée bretonne de mai à . Tugdual de Kermoysan et Jean Budes enferment les secours anglais dans la place. Ils ont la garde du pont. Les Anglais se rendent après une quinzaine de jours. Ils obtiennent leur capitulation.
En 1421, Tugdual, entré au service du roi de France, rejoint son compatriote Prigent de Coëtivy, alors lieutenant du roi en Champagne et futur Amiral de France. Ils harcèlent et fatiguent tous deux beaucoup les Anglais et les Bourguignons jusqu'en Brie, et se retirent place forte de Montaiguillon pour tenir garnison. Le comte de Salisbury Thomas Montaigu les y assiège. Malgré une vaillante résistance, à court de vivres, ils sont contraints de se rendre et faits prisonniers. Tugdual doit de nouveau payer une rançon pour retrouver sa liberté.
En 1423, Tugdual de Kermoysan et Prigent de Coetivy sont à nouveau défaits près de Mouzon.
Le , Jehan et Tugdual de Kermoysan accompagnent le duc Jean V de Bretagne et Arthur de Richemont à Angers : Richemont fait office d'ambassadeur entre Jean V et Charles VII de France. Il est accompagné de 9 chevaliers bannerets, 12 chevaliers, et un nombre important d'écuyers, au total 179 gens d'armes, qui sont payés et soldés pour un mois.
Le siège d'Orléans
Au mois d'avril 1429, Jean de Dunois, comte de Dunois, et le maréchal Gilles de Rais demandent des braves pour conduire un convoi à Orléans. Tugdual de Kermoysan est au nombre des huit volontaires qui partent pour Orléans. Il est qualifié d’"Escuyer du roy" et y est nommé "Thudual de Kermoisan", dit le Bourgeois, capitaine de Montécler", et est à la tête d'une compagnie de 15 hommes d'armes et 11 hommes de trait (archers) selon les comptes de maître Hémon Raguier, trésorier du roi.
Richemont décide d'envoyer Kermoysan en avant, « en ambassade ». Tugdual fait donc partie de l'armée de renfort qui arrive à Orléans le . Il tente une sortie le , monte à l'assaut des Tourelles le , et participe à la bataille rangée qui refoule les Anglais vers Meung : L'assaut final est en effet donné dans la matinée du : Tugdual se bat avec ses hommes en compagnie du duc d'Alençon et Jamet du Tillay, La Hire (Étienne de Vignolles), Poton de Xaintrailles, le comte de Vendôme, le maréchal de Saint-Sévère (Jean de Brosse), et Florent d'Illiers, aux côtés de Jeanne d'Arc.
Il est remarqué comme " un vaillant gentilhomme dès lors bien renommé, appelé Thudual de Carmoisien, dit le Bourgoys, de la nation de Bretagne ". Le soir même les tourelles sont aux mains des Français. Le au matin les troupes anglaises lèvent le siège et battent en retraite (entre morts ou pris). Le capitaine La Hire et Ambroise de Loré chevauchent à leur poursuite avec cent ou 120 lances.
Le Manuscrit du Mystère du siège d'Orléans, écrit peu après la délivrance de la ville, raconte qu'après la prise d'Orléans, les grands seigneurs essayent de convaincre Tugdual d'accepter la charge et l'honneur de garder la ville.
Tugdual après les avoir remerciés de l'honneur et de la confiance qu'ils lui témoignent, s'y refuse. Florent d'Illiers et Jeanne d'Arc l'en supplient : « Ca Messire, Y vous fault garder cette place, vous estes Chevalier loyal et de chascun estes en grace... ».
Kermoysan fini par accepter : « combien pour la chose conduire en sont cy de plus suffisant, et plus savant, je le veil dire, mais vous veil estre obeissant... ».
Le , l'armée quitte Orléans avec environ 800 combattants.
Arrivée de Richemont Vers le , Arthur de Richemont, parti de Parthenay malgré l'interdiction du roi, mal conseillé par son favori Georges de La Trémoille, approche de Beaugency, sur la Loire, à au sud-est d'Orléans où se trouve Jeanne d'Arc.
Tugdual s'en va rejoindre l'armée de Richemont (400 lances soit au moins et 800 archers) qui approche de l'armée française.
Richemont apporte à Charles VII l'autorité de son nom et de son épée . Tugdual est envoyé vers la Pucelle en « parlementaire » avec Pierre de Rostrenen pour préparer son arrivée. Jeanne, qui se conforme aux instructions du roi, se prépare en effet à lui livrer bataille… Kermoysan et Rostrenen reviennent annoncer que Jeanne va venir le recevoir à coups d'épée :
« Eh bien ! », répond l'obstiné Breton, « s'ils viennent, on les verra », et il continue sa marche en avant. Au sortir de Parthenay, La Jaille apporte à Richemont ce message du roi : « retournez en arrière ou le roi vous combattra ».
La rencontre a lieu entre Jeanne d'Arc et Richemont. L'histoire a retenu ces célèbres mots de Richemont à l'adresse de Jeanne d'Arc :
.
Fort heureusement, un accord est trouvé : l'apport des forces de Richemont double l'effectif de l'armée, qui conserve un double commandement : le comte d'Alençon (lieutenant général du dauphin Charles) et Jeanne continuent de commander les Français, et Richemont les Bretons.
Suites de la guerre
thumb|Bataille de Jargeau (enluminure de 1508)
Au siège de Jargeau (), Tugdual combat dans les rangs des Français. L'armée est composée des lances amenées par Jean II d'Alençon, le comte de Vendôme, le Bâtard d'Orléans, le maréchal de Boussac (Jean de Brosse, seigneur de Sainte-Sévère), le capitaine La Hire, messire Florent d'Illiers, Jamet du Tillay et "Messire Tugdual de Kermoysan". Dès le lendemain, les assiégeants font avancer les machines et les bombardes.
Il y a peine quatre heures que les hommes s'efforcent lorsque Jeanne d'Arc, bannière à la main, monte sur une échelle appuyée à la douve, le mur est escaladé. La ville cède, est entièrement saccagée, et les Français n'ont pas perdu 20 hommes.
De là, Beaugency est à son tour assiégée et prise, puis les Anglais sont bousculés à Patay au nord d'Orléans. Il y a là Boussac, d'Albret, Laval, Lohéac, Chauvigny... Tugdual charge vaillamment. La déroute anglaise à Patay est totale, ils abandonnent leur matériel.
Après cette brillante victoire, les Français pillent Meung-sur-Loire.
Puis c'est la reddition de Troyes le . À la suite de ces succès, le sacre de Charles VII est décidé. Le , il part de Gien escorté de Jeanne d'Arc et de ses capitaines, parmi lesquels figure toujours Tugdual de Kermoysan. La marche triomphale se poursuit vers Reims, où le roi est sacré le . Tugdual assiste au sacre de Charles VII, aux côtés de Jean de Brosse, maréchal de Boussac, de Jean de Graville et de Gilles de Rais.