Le Nunavik. (en ) est une région socioculturelle du territoire québécois faisant partie du Nord-du-Québec, autrefois le Nouveau-Québec. Le Nunavik couvre un territoire d'une superficie d'environ et est composé de lacs sculptés par les glaciers, de rivières, de toundra et de forêt boréale.

Il ne faut pas confondre le Nunavik avec la région Kativik, qui est le territoire administrativement reconnu situé au nord du , à l’exclusion des terres des catégories IA et IB destinées à la communauté crie de Whapmagoostui.

Les quelque du Nunavik (les Nunavimmiut), dont 90 % s'identifiant comme Inuit, vivent le long des côtes dans quatorze villages nordiques. S'y ajoutent les communautés de Kawawachikamach, peuplé de Naskapis ; ainsi que Whapmagoostui, une communauté de Cris.

Toponymie Nunavik signifie Louis-Jacques Dorais, La Parole inuit, Éditions Peeters, 1996, . en nunavimmiutitut (dialecte inuktitut du Nunavik). Les Inuit du Nunavik s'autodésignent Nunavimmiut.

En inuktitut, Nunavik signifie endroit où vivre..

Géographie vignette|gauche|Carte de la région Kativik à l'intérieur du Québec.

Frontières Le Nunavik s'étend au-delà des frontières du Québec, comme en témoigne l'Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Nunavik. Formant une péninsule dans sa partie québécoise, le territoire du Nunavik est ceint par la baie d'Hudson à l'ouest et par le détroit d'Hudson et la baie d'Ungava au nord. On retrouve tout au long de ces côtes des milliers d'îles et d'îlots, dont une grande partie sont sous la juridiction du territoire voisin du Nunavut.

À l'est se trouve le Nunatsiavut, un autre territoire peuplé par des Inuit, mais situé dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Topographie

À l'exception des Monts Torngat à l'extrême-est et des vallées sculptées par les principaux fleuves du Nunavik, le relief de la région est plutôt plat. Parmi les principaux sites de cratères météoriques, on retrouve les cratères des Pingualuit, Couture et La Moinerie.

Hydrographie vignette|gauche|Rivière George

Le réseau hydrographique est vaste et complexe. Parmi les fleuves et les rivières les plus importantes, on retrouve la rivière aux Feuilles, la rivière George, la rivière Koksoak, la rivière Caniapiscau, la rivière Arnaud, la rivière aux Mélèzes et la Grande rivière de la Baleine. Les plus grands plans d'eau sont le lac Wiyâshâkimî, le lac Tasiujaq, le lac Couture, le lac Bienville et le lac Le Moyne.

Végétation et faune vignette|Vue aérienne de la toundra du Nunavik.

Quatre biomes sont présents au Nunavik sur sa partie québécoise. En ordre d'importance, on retrouve la Taïga de l'Est du Bouclier canadien, la Toundra du Bas-Arctique, la Toundra du Moyen-Arctique et la Toundra des monts Torngat. Plusieurs troupeaux de caribous sillonnent les grandes étendues du territoire. Parmi les autres espèces animales, on retrouve l'ours noir, l'ours blanc, le loup des plaines et le renard et, chez les oiseaux, le harfang des neiges et la bernache du Canada.

Accès au territoire Il n’y a aucune liaison routière entre le Nunavik et le Québec méridional, bien que la route Transtaïga se termine près du (sur les bords du réservoir de Caniapiscau, à quelques centaines de kilomètres de Kuujjuaq), d'une part, et que la route de la Baie James soit éloignée de quelque des villages jumelés de Whapmagoostui et Kuujjuarapik (sur la côte orientale de la baie d'Hudson), d'autre part. Il y a un service aérien régulier et un lien maritime saisonnier (été et automne).

Histoire

Premiers habitants vignette|gauche|Ruines d'une maison longue de culture dorsétienne.

Les premiers hommes à occuper le territoire seraient les Paléoesquimaux anciens dits de culture prédorsétienne. Ils arrivent au Nunavik vers 1000 av. notre ère et s'installent sur la côte est de la baie d’Hudson et à différents endroits sur la côte de la baie d’Ungava. Vers l'an mille, les Thuléens, ancêtres des Inuit, font leur apparition dans l'Arctique canadien.. Mieux outillés face aux conditions arctiques, ils supplanteront tranquillement les Dorsétiens. Les sites les plus anciens de la culture de Thulé au Nunavik sont datés du .

Exploration européenne vignette|Carte du Nunavik, de la baie et du détroit d'Hudson, en 1615.

À partir du milieu du , certains explorateurs européens notent la présence d'une population humaine sur ce territoire mais les contacts sont très limités. Il faut attendre au moins le avant qu'une véritable communication et des échanges commerciaux ne s'établissent sérieusement. En 1811, la baie d'Ungava est explorée pour la première fois par deux missionnaires moraves en provenance d'Okak, au Labrador. En 1829, la Compagnie de la Baie d’Hudson ouvre un premier poste de traite à Kuujjuarapik. Un poste est également érigé à Kuujjuaq.

Le , le Royaume-Uni cède d'immenses territoires au Canada dont la Terre de Rupert. Le Canada fait de ses nouvelles possessions les Territoires du Nord-Ouest. En 1895, ces territoires sont divisés en quatre districts, dont celui de l'Ungava. Les frontières de ce district correspondent approximativement à celles du Nunavik tel que nous le connaissons aujourd'hui. En avril 1912, l'Ungava est transféré à la province de QuébecGazette officielle du Québec, 3 avril 1912, ., et en décembre de la même année il prend le nom de Nouveau-QuébecGazette officielle du Québec, 21 décembre 1912, ..

Implication gouvernementale vignette|gauche|Passage de marchands de la compagnie Revillon Frères à Kangiqsujuaq en 1909

Durant la guerre froide, le monde commence à s'intéresser à l'Arctique pour des enjeux militaires. L'Armée américaine implante plusieurs bases dans le Nord canadien dont celle de Crystal-1, en 1942, à Kuujjuaq. Elle occupe le site jusqu'en 1945.. Dans les années 1950, le gouvernement du Canada veut coloniser l'Extrême-Arctique afin d'y affirmer sa souveraineté. C'est ce qu'on baptisera plus tard la délocalisation du Haut-Arctique. Huit familles inuit d'Inukjuak au Nunavik sont déportées à Resolute et Grise Fiord, dans l'Archipel arctique canadien. Elles seront contraintes d'y rester et de s'adapter à un nouveau mode de vie. De 1945 à 1963, le gouvernement du Canada fonde des écoles fédérales dans les villages du Nunavik. L'enseignement est prodigué uniquement en anglais.

Ce n'est qu'à partir des années 1960 que le gouvernement du Québec commence à jouer un rôle sur cette portion de son territoire acquise plus tôt. Dans l'élan de la Révolution tranquille, Québec reprendra progressivement le contrôle sur les affaires sociales et économiques du Nunavik. En 1963, le gouvernement crée la Direction générale du Nouveau-Québec. En 1968, la Commission scolaire du Nouveau-Québec (aujourd'hui la Commission scolaire Kativik) est fondée à son tour, laquelle offre l'enseignement en inuktitut, en français ou en anglais.

Autodétermination thumb|En 2013, l'artiste Thomassie Mangiok. d'Ivujivik a proposé l'adoption d'un drapeau pour le Nunavik.

Le . est signée la Convention de la Baie James et du Nord québécois. Elle contient des dispositions pour régler de façon générale les revendications territoriales des Inuit du Nouveau-Québec.. La Convention permettra également la fondation de l'Administration régionale Kativik ainsi que de la Société Makivik.

En 1986, un référendum mené dans les collectivités du Nouveau-Québec fait adopter le nom « Nunavik » comme le nouveau toponyme officiel de ce territoire..

Lors du référendum de 2011 au Nunavik, les Nunavimmiuts rejettent à 66 % le projet d'un gouvernement régional..

Le 3 avril 2013, au cours d'une consultation, l'artiste et graphiste Thomassie Mangiok a proposé un drapeau pour le Nunavik.

Économie

L'économie du Nunavik repose majoritairement sur les opérations gouvernementales. Celles-ci représentent la moitié du produit intérieur brut régional alors qu'elles ne représentent que 7 % à l'échelle du Québechttp://www.chaireconditionautochtone.fss.ulaval.ca/documents/PDF/107.pdf. Par ailleurs, le principal moteur de création de richesse au Nunavik consiste en ses ressources minières. La mine Raglan, propriété de Glencore, située à l'Est de Salluit, est l'une des plus importantes exploitations de la région. Ce complexe est accessible grâce à l'aéroport de Kattiniq-Donaldson et par des installations portuaires à la baie Déception. La mine a commencé ses activités en 1997.

Environnement

Pollution vignette|gauche|Machinerie et navire de charge près d'Ivujivik, la communauté la plus nordique du Nunavik. Le Nunavik abrite encore des paysages forestiers intacts, qui ont disparu de l'essentiel des zones tempérées de la planète, et qui sont en régression au nord de l'Europe, de la Russie et des ex-pays de l'Est ainsi qu'au nord de l'Extrême-Orient. De nombreuses espèces devenues rares ou menacées survivent dans la zone boréale (du Nunavik à l'Alaska pour l'Amérique du Nord).

Bien qu'éloignées des grands centres urbains et industriels, les régions boréales ne sont nullement épargnées par la pollution ; Les polluants émis dans l'hémisphère nord tendent même à se concentrer dans la zone arctique où ils se déposent en contaminant l'océan Arctique. et les zones polaires émergées..

Cet environnement, via notamment la consommation traditionnelle d'animaux chassés ou pêchés appartenant au haut de la chaîne alimentaire, surexposent aussi les Inuit à des taux élevés de mercure, de plomb et d'autres polluants bioaccumulablesBerti PR, Receveur O, Chan HM, Kuhnlein HV: Dietary exposure to chemical contaminants from traditional food among adult Dene/Metis in the western Northwest Territories, Canada. Environ Res 1998, 76:131-42.Chan HM, Kim C, Khoday K, Receveur O, Kuhnlein HV: http://www.pubmedcentral.nih.gov/articlerender.fcgi?tool=pubmed&pubmedid=7588487 Assessment of dietary exposure to trace metals in Baffin Inuit food]. Environ Health Perspect 1995, 103:740-6 ([résumé]).

Le Nunavik est également l'une des régions du monde qui pourrait subir un particulièrement fort impact du réchauffement climatique.

Pollution par le mercure Les taux de mercure (issu de la chair d'animaux arctiques consommés comme nourriture) sont anormalement et excessivement élevés dans les échantillons sanguins de nombreux Inuits, avec toutefois une nette amélioration de la concentration sanguine moyenne de 1992 à 2004 (descendue à 51,2 nmol/L, soit une diminution de 32 % en Fontaine, Julie ; Dewailly, Éric; Benedetti, Jean-Louis; Pereg, Daria; Ayotte, Pierre; Déry, Serge, Re-evaluation of blood mercury, lead and cadmium concentrations in the Inuit population of Nunavik (Québec): a cross-sectional study ; Journal: Environmental Health, Vol. 7, Issue 1 DOI: 10.1186/1476-069X-7-25 ; 2008-06-02), avec toutefois de fortes différences selon l'âge et selon la consommation de viande de mammifères marins (phoque, morse, cétacé, etc.) qui constituent la première source de mercure chez les InuitBjerregaard P, Hansen JC: Organochlorines and heavy metals in pregnant women from the Disko Bay area in Greenland. Sci Total Environ 2000, 245:195-202 (résumé).Dumont C, Girard M, Bellavance F, Noel F: Mercury levels in the Cree population of James Bay, Quebec, from 1988 to 1993/94. Canadian Medical Association Journal 1998, 158:1439-45 (Résumé)Milman N, Mathiassen B, Hansen JC, Bohm J, Blood levels of lead, cadmium and mercury in a Greenlandic Inuit hunter population from Thule district. Trace Elements and Electrolytes 1994, 11:3-8. ([résumé])Rhainds M, Levallois P, Dewailly E, Ayotte P: Lead, mercury, and organochlorine compound levels in cord blood in Quebec, Canada. Arch Environ Health 1999, 54:40-7 (Résumé ).

Le mercure n'étant pas (à la différence du plomb) connu pour s'accumuler dans les tissus humains, ces différences laissent penser que les jeunes adultes dans les années 2000 consomment beaucoup moins d'aliments traditionnels (mammifères marins, oies, canards, etc.) que les plus âgés, ce que les enquêtes alimentaires confirment.