La Burlesque Équipée du cycliste (titre original en anglais : The Wheels of Chance) est un roman de jeunesse de H. G. Wells, relatant une randonnée cycliste dans le sud de l'Angleterre durant le mois d', dans une veine humoristique comparable à celle de Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome (1889). Il est publié en 1896 par J. M. Dent & Co. Résumé et contexte Cette comédie raconte les vacances estivales à bicyclette d'un petit employé d'un magasin de tissus londonien. Dans son trajet vers la côte sud, son chemin croise par hasard à plusieurs reprises celui d'un couple étrange qui semble se diriger dans la même direction. Il tombe sous le charme de la jeune fille, prénommée Jessie. vignette|gauche|alt=Peinture aux couleurs vives d'une voie vicinale sur laquelle circule un groupe de personnages hissés sur divers modèles anciens de vélocipèdes.|Aquarelle de Hy Sandham illustrant une randonnée cycliste dans la campagne anglaise à la fin des années 1880. Une femme en tricycle est suivie par plusieurs hommes montant des grands-bis. La rédaction du livre date du sommet de la « folie du cyclisme » (1890-1905), lorsque des bicyclettes à la fois pratiques et confortables devinrent pour la première fois largement accessibles à un prix modique, et avant les débuts de l'automobile. L'avènement de la bicyclette met en branle de brusques et profonds changements dans la société anglaise. Les membres de la classe ouvrière sont en mesure de parcourir des distances appréciables, de manière à la fois rapide et peu onéreuse, et l'idée même de voyage pour le plaisir se présente pour la première fois comme une possibilité à des milliers de personnes. Cette liberté nouvelle, touchant un nombre considérable d'individus, commence à fissurer la rigide structure de la société de classes anglaise et donne une impulsion particulière au mouvement existant vers l'émancipation féminine. Dans l'histoire racontée ici, Wells explore ces changements sociétaux.
Intrigue Le héros de l'histoire, Mr HoopdriverHoopdriver est un patronyme imaginaire qui signifie littéralement : « celui qui fait rouler un cerceau » : l'effet produit est d'autant plus comique qu'il est ici porté par un personnage un peu niais, qui ne maîtrise pas l'art de rouler sur deux roues. Il pourrait être rendu approximativement en français par « Roulecersot », est un petit vendeur employé dans un magasin de tissus dans le quartier londonien de PutneyH.G. Wells, The Wheels of Chance, Ch. i–iii & xxxv.. Le poste qu'il occupe est mal payé et peu valorisant (c'est aussi l'un des métiers que Wells lui-même a brièvement pratiqués). Cependant, il possède sa propre bicyclette et prépare une randonnée cycliste sur la Southern Coast pour ses dix jours de vacances annuelles.
Hoopdriver surmonte les frustrations de son existence quotidienne en s'évadant par l'imagination dans un monde de fantaisie. Il ne fait preuve d'aucun talent pour monter sa bicyclette de 43 livres et à travers sa maladresse transparaissent à la fois les hésitations de Wells lui-même dans sa manière de décrire le système de classes anglais et son regard critique sur cette société. Néanmoins, le personnage de Hoopdriver est traité de manière sympathique : H.G. Wells, The Wheels of Chance, Ch. xli..
L'aventure estivale de Hoopdriver commence de façon lyrique : H.G. Wells, The Wheels of Chance, Ch. iv.. vignette|La première rencontre de Hoopdriver et de la Jeune Dame en Gris au chapitre 5. () Il fait dès le premier jour la rencontre d'une séduisante jeune fille vêtue de gris qui circule comme lui à bicyclette et porte des rationals (une jupe-culotte de type bloomers)Le terme rationals fait référence à une tenue vestimentaire d'avant-garde à l'époque victorienne, préconisée par la Rational Dress Society (Société pour un code vestimentaire rationnel) notamment pour certaines activités sportives chez les femmes. Il donne lieu, au chapitre 5, à un jeu de mots impossible à traduire en français, car cette langue ignore l'emploi du substantif rationnel dans ce sens vestimentaire et oblige en outre à distinguer l'adjectif du substantif : . Mot à mot : « Il fut pris de doutes étranges sur la nature de son vêtement du bas. Il avait bien sûr entendu parler de choses semblables. [vêtement] Français sans doute. [...] Et les choses étaient - bien sûr ! Des rationnels ! » (ce qui peut aussi se comprendre en anglais : « les choses étaient - Eh bien oui ! Rationnelles ! », le lecteur pouvant avoir entre-temps oublié à quoi s'applique le terme « chose » (things), extrêmement vague, employé initialement). Davray et Kozakiewicz ont pris le parti de ne pas chercher à traduire cette subtilité en s'éloignant sensiblement du texte original : . vignette|gauche|Jupes-culottes de cycliste « rationnelles», ou bloomers (rationals) en vogue au début du , du type porté par Jessie Milton (la jeune Dame en gris) dans le roman. Il n'ose pas engager d'emblée la conversation avec celle qu'il appelle « la Jeune Dame en Gris » (The Young Lady in Grey) mais leurs chemins se croisent ensuite régulièrement. On apprend finalement qu'elle se nomme Jessie Milton, n'est âgée que de dix-sept ans, et qu'elle a fui sa belle-mère vivant à Surbiton, avec la complicité d'un homme plus âgé et sans scrupules, un certain Bechamel (traduit en français par Beauchamp) entre les mains duquel elle risque « la ruine ». Bechamel a promis à la naïve Jessie de l'aider à s'établir dans une vie indépendante mais en réalité n'a d'autre intention que de la séduire. De manière ironique cette fuite a été, en partie, inspirée à la jeune fille par les idées libérales non conventionnelles contenues dans les romans populaires dont sa belle-mère est l'auteur.
vignette|gauche|alt=ancienne carte postale colorisée représentant une plage anglaise du Sussex vers 1900|La plage d'East Parade à Bognor Regis, entre 1890 et 1900. Plusieurs roulottes de bain sont visibles sur la plage.
Presque sans s'en rendre compte, Hoopdriver la tire des griffes de Bechamel et ils poursuivent ensemble leur voyage cycliste à travers le sud de l'Angleterre. Gêné de dévoiler sa situation réelle, Hoopdriver s'invente d'abord des origines sud-africaines et une vie de confort et de richesse jusqu'à ce que la honte l'amène à confesser sa vraie vie. Mais il se montre aussi courageux en administrant une correction à un villageois insolent pour avoir proféré une insulte grossière visant la jeune fille.
Cette rencontre inspire à Hoopdriver le désir de devenir meilleur, en même temps que des sentiments impossiblement romantiques à l'égard de Jessie. Finalement un groupe composé de sa belle-mère, de certains des admirateurs de cette dernière et de son ancienne institutrice parvient à les rattraper. Jessie rentre à la maison et Hoopdriver retrouve la draperie Emporium of Messrs. Antrobus & Co., mais Jessie lui a promis de lui envoyer quelques livres et lui a laissé entrevoir un vague espoir que H.G. Wells, The Wheels of Chance, Ch. xl..
L'éducation livresque et romantique de Jessie l'a maintenue dans l'ignorance des réalités de la vie, ce qui explique sa crédulité face à la comédie des histoires improvisées, mi-astucieuses mi-ridicules de Hoopdriver sur la vie en Afrique. Mais elle-même a aussi ses propres aspirations à une vie indépendante : (H.G. Wells, The Wheels of Chance, Ch. xxxiii.. L'intention de H.G. Wells dans La Burlesque Équipée du cycliste pourrait être interprétée comme satirique si la situation de ses personnages n'était pas aussi proche de la propre histoire de l'auteur et de celle de sa seconde femme, Catherine Robbins.
Lieux de l'action vignette|gauche|upright=1.5|alt=Dessin d'une carte du sud de l'Angleterre à l'échelle approximative d'un millionnième sur laquelle cinq comtés sont figurés ainsi que plusieurs localités.|L'itinéraire de Mr Hoopdriver. Les principales localités mentionnées dans le texte sont indiquées sur cette carte. Certaines portions du trajet ne peuvent être reconstituées avec certitude : entre Stockbridge et Blandford d'une part, où il n'est question, au début du chapitre 33, que d'un () ; au début du dernier chapitre d'autre part, où la route empruntée par Hoopdriver entre la Rufus Stone et Basingstoke n'est pas détaillée. Wells décrit dans son intrigue des lieux réels, et l' peut suivre sur une carte l'itinéraire complet des protagonistes. Parmi les localités traversées, peut citer : Surbiton, où, au chapitre 5, Hoopdriver rencontre pour la première fois Jessie ; Cobham ; Ripley, où Hoopdriver se repose et se restaure à la taverne de la Licorne (The Unicorn), tandis que Jessie et Bechamel font halte à l'auberge du Dragon Doré (The Golden Dragon). Cette bourgade située sur l'ancienne route de Portsmouth était, en 1887, considérée par le vicomte Bury, président de la National Cyclists' Union, comme . C'est ainsi que la route de Londres à Ripley était à l'époque de la rédaction du roman l'une des plus fréquentées par les cyclistes en Angleterre. La distance de 23 miles séparant Ripley de la capitale pouvait être parcourue en un aller-retour d'une journée par les meilleurs d'entre eux. Wells a modifié le nom de la taverne de l' Ancre (Anchor) en celui de Licorne. Le village de Ripley sera à nouveau mentionné par Wells un an seulement après la parution de ce récit cycliste dans son roman d'anticipation au ton très différent La Guerre des mondes, publié sous la forme de feuilleton dans le Pearson's Magazine en 1897. On y voit un des tripodes martiens détruire le après avoir échappé au tir des cannoniers postés à Ripley. vignette|le château de Guildford. () Guildford, où, au sommet du donjon des ruines du château, se produit la quatrième rencontre de la Jeune Dame en Gris, avec Hoopdriver (chapitre 9) ; Godalming ; Milford ; Haslemere ; Midhurst ; Chichester ; Bognor : c'est dans cette station balnéaire du Sussex occidental, à l'hôtel de la Vigogne () que Hoopdriver vient au secours de Jessie et l'aide à s'enfuir ; Chichester Harbour ; Havant ; Botley (Hampshire) ; vignette|gauche|Vue en direction de l'est (c'est-à-dire vers Winchester) depuis une auberge de Stockbridge bordant la route principale, comme celle décrite par Wells dans le hameau fictif de Wallenstock. le hameau de Wallenstock : il s'agit du seul toponyme fictif de l'histoire. peut cependant facilement y reconnaître, d'après les indications données dans le texte, la bourgade de Stockbridge. une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Winchester, sur la route de Salisbury dans lequel, (), Hoopdriver venge l'honneur de Jessie en se battant avec le villageois Charlie (chapitre 32) ; Blandford : c'est dans ce village du Dorset que Hoopdriver, à l'auberge du faisan doré (Golden Pheasant) avoue sa véritable identité à Jessie ; Ringwood ; Stoney Cross ; la Rufus Stone, une stèle commémorative de la mort de Guillaume le Roux érigée dans le hameau de Brook à l'intérieur du parc national New Forest (où Hoopdriver fait ses adieux à Jessie).
vignette|La Rufus stone, hameau de Brook, situé au cœur du parc national New Forest dans le Hampshire, terme du voyage cycliste et de l'idylle de Mr Hoopdriver.
Analyse
Adaptation Le roman a été adapté au cinéma en 1922 par Harold M. Shaw sous le titre The Wheels of Chance avec George K. Arthur dans le rôle de Hoopdriver et Olwen Roose dans le rôle de Jessie.
Notes et références
Notes
Références
Citations du texte original
Annexes Bibliographie Texte , texte intégral avec illustrations de (1859-1939) Le texte de la traduction française originale de Henry-D. Davray et Bronisław Kozakiewicz(1906) sur feedbooks.com. Le texte intégral sur le site du Projet Gutenberg. Version audio sur LibriVox.
Traductions en français La Burlesque Équipée du cycliste, traduction de Henry-D. Davray et Bronisław Kozakiewicz, Mercure de France, 1908. Les Roues de la chance, traduction d'Albert Savine et Michel Georges-Michel, Albin Michel, 1926.