Le harcèlement scolaire, parfois assimilé à des pratiques de « caïdage », brimade, ou encore bizutage, est l'ensemble des comportements de harcèlement en milieu scolaire. Il est caractérisé par l'usage répété de violences, dont des moqueries et autres humiliations.

Les technologies de la communication viennent compliquer le problème du harcèlement scolaire. Au moyen du « cyberharcèlement » (ou « cyberintimidation », « cyberbullying »), les enfants et adolescents harceleurs peuvent poursuivre leurs méfaits hors des murs de l'école, sous des pseudonymes, mais peuvent être identifiés par leurs adresses IP.

Il peut s'agir de harcèlement moral, comme des insultes ou des menaces, ou d'agressions physiques chez un ou plusieurs individus potentiellement discriminés sous prétexte de leur couleur de peau, religion, genre, orientation sexuelle, taille, handicap

Dans les cas les plus sévères, le harcèlement peut provoquer chez la victime des troubles de stress post-traumatique ainsi que des actes suicidaires ou bien provoquer chez le harcelé des actes de tueries.

Définition Le harcèlement scolaire se définit comme une violence répétée subie par un élève dans le cadre scolaire, de la part d’un ou plusieurs autres élèves. Il peut prendre différentes formes :

Verbale : moqueries, insultes, menaces. Physique : coups, bousculades, vols d'affaires. Psychologique : isolement, rumeurs, manipulation. Numérique (cyberharcèlement) : messages blessants, diffusion d’images humiliantes, harcèlement sur les réseaux sociaux.

Historique Le concept du harcèlement scolaire a été forgé au début des années 1970 par le psychologue Dan Olweus à l'occasion d'études réalisées dans des établissements scolaires scandinaves, à l'issue desquelles il a établi trois caractères permettant de définir le harcèlement : Le ou les agresseurs agissent dans une volonté délibérée de nuire ; Les agressions sont répétées et s'inscrivent dans la durée ; La relation entre l'agresseur ou les agresseurs et la victime est asymétrique.

Le premier des trois critères a toutefois été contesté par la suite, les enfants et adolescents n'ayant pas nécessairement la même perception de l'intentionnalité que les adultes« Defining Violence: Towards A Pupil Based Definition », sur le site N.O.V.A.S. R.E.S..

Le dernier point exclut de facto les conflits tels que les bagarres ou les disputes entre élèves : pour qu'il y ait harcèlement, il faut que la victime ne soit pas, ou ne se considère pas en situation de se défendre. La pratique du harcèlement scolaire va de pair avec une situation de domination.

La violence physique ne constitue que l'une des formes possibles de harcèlement scolaire, il est aussi constaté sous forme de violence verbale selon la définition que donne Dan Olweus. Selon lui, parmi les formes de harcèlement scolaire, au même titre que les menaces physiques : les moqueries, l'ostracisme, ou encore la propagation de fausses rumeurs à l'encontre de la victime, si tant est que celles-ci visent à la faire rejeter par les autres.

Les formes traditionnelles de harcèlement comme les insultes, le racket, les jeux dangereux (le jeu du taureau, la gard'av, le jeu de la couleur, jeu du foulard) tendent à céder la place à des pratiques comme le happy slapping ou le « cyberbullying ».

Contemporaines (depuis les années 1990)

Cyberharcèlement

Le « cyberharcèlement » ou, au Canada, « cyberintimidation » ou « cyberbullying », est une nouvelle forme de harcèlement dont la particularité est qu'elle se fait par Internet ou en utilisant les nouvelles technologies de l'information et de la communication notamment par courrier électronique, sur des forums, par messagerie instantanée (tchats), ou sur les réseaux sociaux en ligne et blogs, mais également par téléphone mobile via des appels ou des textosCyberintimidation, sur le site webAverti..

Il se distingue du harcèlement scolaire par les critères suivants : Il n’est pas cantonné à la cour de recréation ou aux moments où l’enfant est à l’école. Il fait appel à des connaissances techniques des technologies en ligne, dans ce sens, c'est une arme utilisable par ceux qui ne peuvent physiquement ou socialement pratiquer le harcèlement scolaire. Il peut être anonyme : la victime ignore l’auteur des méfaits. La fréquence et l'intensité des insultes et de la violence psychique sont renforcées par les moyens technologiques (diffusion d'informations, harcèlement on line collectif)

Sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram, TikTok ou Snapchat, il consiste en la publication de messages humiliants, diffamatoires ou encore dégradants ainsi que la publication de photos embarrassantes.

Le cyberharcèlement peut prendre différentes formes, comme des insultes, des menaces, des moqueries en ligne, la diffusion de rumeurs, le piratage de comptes ou encore l’usurpation d’identité. Il peut également inclure la publication de contenus humiliants ou le partage non consenti d’images intimes.

Le cyberharcèlement peut avoir des conséquences importantes sur les victimes, notamment sur leur santé mentale (anxiété, stress, isolement, décrochage scolaire). Il peut également se produire en continu, même en dehors de l’école, et les contenus diffusés en ligne peuvent se propager rapidement et rester accessibles longtemps, ce qui renforce son impact.

Profils d'agresseurs, d'agressés et d'agressés-agresseurs ?

Les profils de harceleurs et de victimes seraient suffisamment différenciés pour ne pas être interchangeables : , notent les auteurs du rapport sur le harcèlement chez les écoliers canadiens. D'autres études semblent pourtant indiquer qu'il existe un nombre important de victimes/agresseurs : entre 20 % et 46 % des victimes de harcèlement reproduiraient ces mêmes types d'agressions qu'ils ont (eu) à subirCatherine Blaya, art. cit. (ibid.).

Les analyses du phénomène en tant que phénomène de groupe, dans la ligne de la , établissent à l'inverse qu'il n’existe ni profil type d’élève harceleur ni profil type d’élève harcelé, chacun pouvant d’ailleurs être amené à jouer l’un ou l’autre rôle selon les contextes.

Profil du harceleur

L'agresseur éprouve un fort besoin de domination et cherche à apparaître comme un « dur » aux yeux des autres enfants/adolescents/adulescents.. Il est en général impulsif, voire hyperactif et souvent plus fort et plus grand que la moyenne ; ou dans certains cas petit et complexé, ce qui peut le rendre agressif. Ses résultats scolaires peuvent être bons ou non. Sans avoir de problème apparents d'estime de soi, il présente des troubles d'anxiété marquésFlorence Motto, Les brimades entre élèves, Sciences Humaines, , février 2008, .. On peut également signaler une tendance à se sentir « provoqué », une faible culpabilisation et peu d'empathie.

Selon Marie-France Hirigoyen, toute personne c'est-à-dire tout sujet qui est en crise peut utiliser des mécanismes de violence pour se défendre. Ces harceleurs dits aussi agresseurs présentent des traits de « personnalité narcissiques ». Ce sont pour la plupart de l'égocentrisme ou du besoin d'admiration mais ils ne sont pas forcément pathologiques. On utilise la notion de perversité chez l'agresseur lorsque celui-ci applique une stratégie d'utilisation et ensuite de destruction, sans aucun remords, sans aucune culpabilité envers la personne agressée. Les harceleurs donnent des leçons de probité aux autres, ils sont en cela donc proches des personnalités paranoïaques. La personnalité paranoïaque se caractérise par l'hypertrophie du moi. C'est un sentiment de supériorité, d'orgueil, de psychorigidité ; c'est l'incapacité à montrer des émotions, des sentiments positifs. C'est une obstination, un mépris d'autrui, de la méfiance, c'est le sentiment d'être victime de la malveillance de l'autre..

Le harcèlement scolaire est parfois le fait d'un groupe d'élèves. Ce groupe, outre un ou des meneurs dont le profil vient d'être décrit, comporte des « agresseurs passifs »ÉduSCOL - Prévention de la violence/Les « jeux » dangereux et les pratiques violentes. qui sont avant tout entraînés par l'effet de groupe et peuvent présenter un profil de personnalité dépendante et manquer d'assurance.

La très grande variété de ces paramètres montre que l'on est face à un mécanisme complexe, qui entre en écho avec la période spécifique de l'adolescence. La personnalité est soumise à toute une série de remises en question (notamment oppression viriliste, identités alternatives, quête d'autonomie) créant une insécurité dans laquelle le groupe, et notamment le groupe malveillant, peut offrir une réponse aux individus en quête d'affirmation..

Des chercheurs, comme Dan Olweus (pionnier de la recherche sur le harcèlement) ont montré qu'on ne peut pas ; le pourcentage d'élèves agressifs est le même quel que soit son statut social d'origine. La psychologie du développement et la criminologie ont établi que l'exposition à un climat familial caractérisé par une faible chaleur affective, et des modèles parentaux valorisant l'agressivité ou le recours à la domination sont des facteurs de risque majeurs du passage à l'acte de harcèlement basés sur la coercition et un déficit d'empathie chez l'enfant;. Une étude récente, basée sur les données de l'enquête 2023 de l'OCDE sur les compétences sociales et émotionnelles de 52 751 adolescents de 15 pays confirme un lien structurel entre l'organisation du travail domestique au sein du foyer, et la propension à harceler à l'école. Après avoir identifié quatre modèles de division du travail familial : « égalitaire » (32.87%), « transitionnel » (45.24%), « spécialisé par genre » (16.63%) et « désengagé » (5.27%), les chercheurs ont constaté que les modèles « spécialisé » et « transitionnel » favorisent le harcèlement par le biais du renforcement des biais de genre, et que la propension à l'intimidation d'autrui est particulièrement marquées dans le schéma de foyer avec désengagement (c'est-à-dire sans répartition claire des responsabilités). Ces trois schémas (désengagement notamment) sont probablement associé à des défis plus larges dans l'organisation familiale.., et pourrait être plus répandus dans des structures familiales complexes (incluant les ménages monoparentaux, les familles divorcées ou d'autres arrangements non traditionnels, bien que la directionnalité de ces relations reste incertaine à partir des données disponibles..

Profil du harcelé

La victime est souvent choisie en fonction d'une vulnérabilité : handicap, différence physique (origine, couleur de peau ou des cheveux, surpoids, taille, âge) ou autre (fragilité ou isolement social), ou encore en fonction de critères de différence sociale (plus riche, plus pauvre, profession des parents). Les harcelés peuvent cumuler plusieurs de ces caractéristiques. Isolés socialement, ayant moins d'amis pour les défendre, ce sont souvent des victimes plus faciles.

Le harcelé devient victime et bouc émissaire quand il est désigné par l’agresseur. Ils sera désormais la cible de la violence, évitant généralement à son agresseur la dépression ou la remise en cause. Il est parfois choisi pour ce qu’il a en plus et que l’agresseur cherche à s’approprier, ou simplement parce qu'il était là. C’est souvent une personne interchangeable (présente au mauvais/bon moment), qui a peut-être eu le tort de se laisser faire, ou de se laisser séduire. il devient objet de moquerie ou de haine.

Le harceleur tend à cibler les aspects vulnérables de l’autre (une faiblesse, une pathologie... qui deviendra pour les agresseurs un point d’accrochage, un angle d’attaque. Le harceleur cherche à installer une relation de domination de la personne soumise, qui aura du mal à réagir et d’arrêter le combat. C’est cela qui montre que c’est réellement une agression. Il n’y a pas de négociation possible, tout est imposé.