Guillaume des Roches, né vers 1155 - 1160 (à Longué-Jumelles en Anjou ? ou vers Château-du-Loir ?), mort le , seigneur de Longué-Jumelles et de Château-du-Loir avec Mayet, seigneur de Sablé par son deuxième mariage, sénéchal d'Anjou et du Maine (chef des sénéchaussées de l'Anjou et des sénéchaussées du Maine) de 1199 à 1222. En mai-, Il fut nommé sénéchal héréditaire d'Anjou et du Maine par Arthur de Bretagne (proclamé comte d'Anjou, du Maine et de Touraine avec l'appui de la France) et son protecteur Philippe AugusteHistoire de France depuis l'établissement de la monarchie française, tome quatrième, Libraires associés, Paris, 1755.. Le roi Jean sans Terre avalisa cette promotion de ()- à la rupture d'août 1202, en le faisant aussi sénéchal de Touraine. Philippe confirma Guillaume comme sénéchal en et le fit gouverneur vicomte d'Angers (on dit aussi d'Anjou) en 1204.

Biographie Origine Guillaume des Roches est originaire de la Rochecorbon, du lignage des seigneurs des Roches fondé par Corbon au et est issu d’une branche cadette de cette dite famille. Ce dernier avait en tous cas une bonne part de son patrimoine dans le Maine, près de Château-du-LoirOn trouve notamment des lieux-dits Les Roches à Thoiré-sur-Dinan entre Château-du-Loir et Jupilles, et à Pruillé-l'Eguillé près de Jupilles. Mais cela n'en fait pas le berceau familial, d'autant que ce toponyme est fréquent. À proximité, vers 1204, Château-du-Loir a été donné à Guillelmus/Willelmus de Rupibus par le roi Philippe, selon un accord d'échange avec la reine Bérengère veuve de Richard Cœur-de-Lion, dont c'était une part du douaire : Philippe avait d'ailleurs reconnu en 1199 le comté du Maine comme douaire de Bérengère, avec Le Mans comme résidence principale, et Bérengère fonda l'abbaye de l'Epau en 1229. Mayet et la forêt de Bercé furent donnés par Arthur de Bretagne au printemps 1199, et confirmés par Jean sans Terre en juin 1200. Cependant Guillaume avouait comme patrimoine familial Le Houx à Jupilles où il fonde son prieuré vers 1187, et la vigne de La Grange à Château-du-Loir. Juste après dans la suite de l'article, nous indiquons que son père Baudouin et son grand-père Herbert étaient vassaux de Château-du-Loir et donc du comte d'Anjou-Maine (un Plantagenêt, aussi roi d'Angleterre à partir de 1154). On trouve aussi un toponyme Les Roches à (Longué)-Jumelles près de Brion au sud de Baugé. Au début du , sous Philippe Auguste, on trouve comme seigneurs de Jumelles Baudouin des Roches (sans doute un neveu de Guillaume), puis Geoffroi des Roches (1215) ; en 1257, sous saint Louis, un Geoffroi des Roches, petit-fils du Baudouin qu'on vient d'évoquer, gratifie l'abbaye de La Boissière à Dénezé, à l'est de Baugé et au sud du Lude. la ou ses prédécesseurs s'étaient installés comme on le voit dans le micro-toponyme "Bois-Corbon associé à une forêt possédée par Guillaume.. Le manoir du Houx, dans lequel il fit sa première fondation d'abbaye (prieuré), est dans la paroisse de Jupilles. Guillaume avait pour aïeul Herbert, qui pourrait être fils d’Hardouin des Roches, cité dès 1040 au cartulaire de Vendôme, et pour père Baudouin : tous deux étaient vassaux de Château-du-Loir. Sa mère, d'après la chronique de Parcé, serait Alice de ChâtelleraultIl avait une sœur nommée Letice, femme d'Emeri de la Jaille..

Au service de Richard Cœur-de-Lion Né vers 1155. - 1160Gaston Dubois, Recherches sur la vie de Guillaume des Roches, sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine, 1869, Bibliothèque de l'école des chartes, Volume 30, numéro 30, ., on ignore tout de son enfance. Comme il fait une fondation pour , on peut croire qu'il le servit dès qu'il fut en âge de le faire (c'est-à-dire vers 1170-1180). En effet, compte tenu du contexte de l'époque, Guillaume du recevoir une formation martiale et rentrer au service d' dès qu'il fut en âge de le faire. On sait notamment qu'en 1189, il faisait partie du « dernier carré » du roi Plantagenêt alors replié dans le Maine si l'on en croit l'Histoire de Guillaume le Maréchal.

Il était certainement au service de dit Richard Cœur-de-Lion, fils d', et l'on sait qu'il était déjà habile aux armes et expérimenté dans les affaires, assez avancé dans la faveur du prince pour qu'il le choisît le second des quatre délégués chargés de négocier la paix avec Philippe-Auguste, le , à la sorte de sa captivité.

Baron d'Anjou et du Maine - Mariages Vers 1187-89, Guillaume aurait épousé en premières noces Philippe, dont la mère se nommait Hilaire, d'après certaines sources basées uniquement sur un acte de donation à l'abbaye de la Boissière de deux prés à Longue-Île, que Célestin Port identifie avec l'île de Blaison. Il n'y a pas d'autre allusion à ce mariage, ni d'héritier. Cependant, l'attribution de cette première épouse semble être une erreur, d'après le Marquis de Brisay, liée à l'existence d'un homonyme qui n'était pas le Sénéchal et sans lien avec sa famille :" Hilaire, dame de Beuxe,... avait plusieurs filles, l'une, Philippa, mariée en 1200 avec Guillaume des Roches, vassal de Montsoreau, lequel, mort avant 1217 et remplacé auprès de Philippa, par Guillaume de Souday, ne peut être assimilé au sénéchal, son homonyme, qui vécut jusqu'en 1222, uni, dès 1198, à Marguerite de Sablé, qui lui survécut".

Vers 1190, Guillaume se marie avec Marguerite de Sablé, la fille et l'héritière de , Grand maître du Temple. Par ce mariage, il devient un des plus grands barons d'Anjou et du Maine avec les fiefs de Sablé, La Suze, Louplande au Maine, et Briollay, Brion, Genneteil et Précigné en Anjou (plus Agon en Normandie près de Coutances, probablement venu des Mayenne-Dinan ancêtres maternels de Marguerite). On peut voir dans cette alliance qui procura à Guillaume une situation enviable et une fortune territoriale considérable, l'influence de Richard Cœur de Lion, qui partait alors pour la croisade, emmenant avec lui, comme chef de sa flotte, le père de la fiancée. Il y a dans cette alliance une circonstance qu'on n'a pas remarquée et qui est pourtant intéressante. Quand se fit l'union en 1189 ou 1190, Marguerite n'était pas héritière, ni même future héritière, car Geoffroy de Cornillé, son frère, vivait et devait vivre encore une dizaine d'années. L'abbé Angot le suppose infirme ou incapable, physiquement ou moralement, car à part le rôle qu'il remplit en place de son père à la réception de l'abbé d'Évron (1190), on ne le rencontre dans aucun acte, sinon pour des donations aux abbayes, et cependant son existence est constatée comme bienfaiteur à l'abbaye du Perray-aux-Nonnains à Écouflant jusqu'au . Or depuis longtemps, soit du vivant de son père avant 1195, soit depuis jusqu'à la mort de Geoffroy de Cornillé en 1200, Guillaume des Roches administra et gouverna les domaines de sa femme. Sa belle-sœur Philippe, qui n'eut que 60 livres de rente en mariage, n'y fit pas une grande brèche.

En 1197, à Briollay (Briolé), domaine de la maison de Sablé, il renouvelait le douaire de sa femme, universellement, sur tous ses biens présents et à venir, avouant par là combien la fortune que lui avait apportée Marguerite, avant qu'il ne fût sénéchal, était supérieure à la sienne. Bien avant cette date, vers 1187, Guillaume des Roches avait fondé, dans le manoir familial du Houx en Jupilles, un prieuré de Marmoutier. C'est la première de ses fondations, faite avant son mariage, même avant sa première union avec Philippe, car il n'est mention dans ses intentions exprimées que de ses parents et de ses frères qu'on ne retrouvera plus jamais cités ; aucune allusion à sa femme, qui paraîtra dans toutes ses donations postérieuresDom Edmond Martène assigne aussi une époque, antérieure même au premier mariage de Guillaume des Roches, à la fondation du Houx, mais pour une raison fausse, car il y voit l'intervention de Guillaume de Passavant, évêque du Mans, confondant le prieuré du Houx avec l'église de Houssay que l'évêque donna en effet à Marmoutier..

Contre Jean sans Terre Mais dès le début du , Guillaume apprécie peu la traîtrise de Jean sans Terre (Jean sans Terre devient roi d'Angleterre le , après la mort de son frère, dit Richard Cœur-de-Lion, qu'il a trahi à plusieurs reprises).

À la mort de Richard Cœur-de-Lion, Guillaume des Roches, qui précédemment avait déjà servi d'intermédiaire entre Philippe-Auguste et le feu roi pour une ligue contre Jean-sans-Terre, se tourna délibérément contre ce dernier, s'attachant au jeune , fils de frère aîné du roi Jean.

Au service d'Arthur de Bretagne Il vint rejoindre le jeune prince à la tête de Bretons, indication probable d'une charge qu'il aurait remplie dans ce duché pour le roi Richard. Il le suivit au Mans, reçut dès mai- le titre de sénéchal de l'Anjou et du Maine, Mayet et la forêt de Bercé, ce qui fait comprendre l'utilité de ses conseils et l'importance de son secoursEn ce mois de juin 1199, Arthur nomme le nouveau sénéchal Guillaume des Roches.. Au mois d'octobre, il commandait les troupes d'Arthur, princeps exercitus Arthuri, quand elles vinrent au Mans rejoindre l'armée de Philippe-Auguste. Mais c’est là qu'après avoir connu la destruction de Ballon, il fit au roi des reproches d'avoir dévasté les places de son pupille et que, voyant la mauvaise humeur du monarque, il se décida à travailler à la réconciliation d'Arthur et de son oncle, déjà préparée probablement au camp d'Auvers-le-Hamon, près de Sablé. Le rapprochement eut lieu et Guillaume reparaît aussitôt, le , avec son titre de sénéchal dans les actes du roi Jean. Il en obtint la création d'une foire à Angers, et entra dans l'intimité de la reine-mère, Aliénor, qui fit alors des fondations à Fontevrault pour l'âme de Richard, son fils. Le roi Jean confirma à Chinon, le , la charge de sénéchal d'Anjou, du Maine et même de Touraine, à Guillaume et celui-ci le reçut dans son château de La Suze, le . Il eut du roi plusieurs missions de confiance : auprès du chapitre d'Angers pour l'élection de Guillaume de Beaumont au siège épiscopal, qui n'aboutit pas immédiatement ; avec le sénéchal de Poitou, en 1201, pour donner des lettres de sauvegarde à ceux qui désiraient aller le trouver en Angleterre ; le , auprès de la garnison de Moncontour. En , d'accord avec Raoul de Beaumont, il négocia à Rome un emprunt au nom du roi pour avancer l'élection du candidat royal au siège d'Angers.

Arthur, grâce à l'influence de la duchesse Constance, sa mère, était resté à la cour de France. Il refusa d'aller faire hommage au roi Jean qui le sommait d'y venir et qui priait tous ceux qui s'étaient ralliés à lui : , Juhel de Mayenne, Guy de Laval, Guillaume des Roches, l'évêque du Mans, le vicomte de Beaumont, de lui donner des otages si Arthur faisait défection (). Quand le jeune Arthur eut entrepris sa conquête du Poitou qui aboutit à sa capture à Mirebeau, Guillaume des Roches prévint le roi Jean que, s'il ne relâchait pas le prince et les autres prisonniers, il se séparerait de lui. C'est ce qu'il fit en se réconciliant avec Philippe-Auguste, sans écouter le roi d'Angleterre qui le sommait de lui rendre les places dont il avait la garde () et le privait de son sénéchalat ().

L'ennemi de Jean sans Terre