La Leggenda della Vera Croce est un cycle de fresques situé dans le chœur de la chapelle Bacci de la Basilique San Francesco d'Arezzo. L'œuvre est commencée en 1447 par Bicci di Lorenzo. À la mort de Bicci en 1452, la réalisation des fresques est confiée à Piero della Francesca. Il les exécute entre 1452 et 1466.
Historique des fresques
Une petite communauté de franciscains est fondée à Arezzo au début du après la visite de saint François d'Assise. Deux siècles après, la congrégation avait une imposante église, dont l'abside, reconstruite après un incendie, avait besoin d'une décoration. Les chapelles au nord et au sud avait été peintes, mais la Cappella Maggiore, louée à la famille Bacci, était restée sans décoration. À la suite des pressions des moines dans les années 1440, la famille vend des vignobles pour financer une campagne de peintures affresco. La thème choisi était La Légende de la Vraie Croix, extraite de La Légende dorée de Jacques de Voragine.
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La narration était prévue sur les murs nord et sud de la chapelle et sur le mur, percé par une large fenêtre, avec des peintures sur l'arc triomphal et la voûte, l'ensemble composant un schéma de rédemption.
La fresque est initialement commencée en 1447 par Bicci di Lorenzo de Florence avec son atelier, qui commencent par la partie supérieure (les peintures affresco étaient toujours faites de haut en bas à cause des écoulements). Ils complétent le Jour du jugement figurant sur l'arc triomphal et les Quatre Évangiles de la voûte quand, en 1452, Bicci di Lorenzo meurt.
Les membres de son atelier continuent le travail avec la décoration des arcs de la voûte et les deux Pères de l’Église en dessous de la voûte, puis ils quittent Arezzo. C'est seulement à ce moment que Piero della Francesca est appelé pour compléter le projet. Malheureusement il n'existe plus de documents qui précisent la date exacte de la commission, les sujets précis de la commande, la date de complétion des fresques. En 1466 on faisait référence aux fresques comme étant terminées., mais on ne sait pas depuis combien de temps.
Piero a dévié du récit de la Légende dorée de deux façons : il a introduit la rencontre entre la reine de Saba et le roi Salomon et une Annonciation. En plus, il a donné beaucoup d'importance aux deux scènes de bataille où Constantin et Heraclius sont victorieux sur les infidèles. On peut interpréter ces scènes comme une allégorie portant sur les événements contemporains qui conduisent le pape Pie II, à partir de 1453, à planifier une croisade contre les Turcs.
À la fin du les fresques avaient besoin d'une restauration. Après quinze années de recherches et d’études, ces restaurations, qui ont duré dix ans, ont été terminées en 2000. Elles ont été organisées par la surintendance d’Arezzo et financées par la . Début 2016, une nouvelle intervention a été nécessaire ( - )..
Le récit dans La Légende dorée
L'inspiration des fresques est le récit de l'invention de la Vraie Croix racontée dans La Légende dorée de Jacques de Voragine. En voici les grandes lignes : La Croix du rédempteur fut taillée dans le bois de l'arbre ayant poussé sur la tombe d'Adam. Or, cet arbre n'est autre que celui qui a poussé à partir d'une graine de l'Arbre de la Vie, semée dans la bouche d'Adam après sa mort par son fils Seth. C'est l'archange Michel qui l'a apportée à Seth depuis le paradis terrestre afin de permettre le rachat, par Jésus et sa crucifixion, du péché originel introduit dans le monde par le premier homme. L'arbre ayant poussé sur le tombeau d'Adam est alors abattu sur ordre du roi Salomon pour servir de bois d'œuvre. Il est affecté à un pont, celui de Siloé. La reine de Saba, rendant visite à Salomon, s'agenouille devant cette poutre de bois, avec la prémonition qu'elle servira à fabriquer la croix de la passion de Jésus. La reine aurait dit à Salomon que ce bois serait un jour attaché à l'homme dont la mort mettrait fin au royaume des Juifs. Touché par cette prémonition, Salomon ordonne alors aux ouvriers de retirer le bois sacré du pont sur le Siloé et de l'enfouir profondément sous terre. Les Romains trouvent la poutre flottant dans la piscine probatique et l'utilisent pour fabriquer les trois croix sur lesquelles Jésus et les deux larrons seront crucifiés. Après la mort du Christ les trois croix auraient été jetées dans un fossé, près des remparts de Jérusalem à quelques mètres du Golgotha. Le songe de Constantin : Au , lors de la guerre intestine entre les prétendants pour le titre d’empereur, la veille de la bataille contre son rival Maxence, Constantin a une vision : s'il mène bataille sous la protection de la croix des chrétiens, il sera victorieux et par la suite deviendra chrétien. Après sa victoire, sa mère, Hélène, fait le voyage à Jérusalem pour récupérer le bois miraculeux de la Vraie Croix. Elle rassemble les sages de Jérusalem pour s'informer du lieu où elle est enfouie. Ces derniers désignent un juif nommé Judas, seul dépositaire du secret. Interrogé, Judas fait l'ignorant, si bien qu'Hélène le fait jeter dans une citerne sèche. Au bout de six jours de jeûne, il demande grâce et révèle l'emplacement : sous un temple dédié à Venus. Hélène ordonne que le temple soit rasé ; les trois croix sont trouvées et la Vraie Croix est identifiée parce qu'elle provoque la résurrection miraculeuse d'une jeune morte. À la suite de cette découverte, Judas se serait converti au christianisme, aurait pris comme nom de baptême Quiriace (Cyriaque de Jérusalem ou Judas Cyriaque), serait devenu évêque de Jérusalem et serait mort martyr sous l'empereur Julien. La Vraie Croix, devenue une source de miracles à Jérusalem, est volée au par le roi perse, Chosroès II qui convoitait son pouvoir. L'empereur byzantin Héraclius la récupère lors d'une bataille sanglante et la restaure à sa place à Jérusalem.
L'ordonnance des fresques
La Légende de la Vraie Croix est une histoire longue, mais elle suit une chronologie simple. On aurait pu penser que les illustrations de la légende se lisaient comme les pages d'un livre ; c'est-à-dire en commençant en haut, à gauche ; puis en se déplaçant de gauche à droit et procèdant vers le bas, niveau par niveau. Mais Piero della Francesca a choisi de relater la légende autrement.
Il a placé les scènes de la Genèse, non pas à gauche, mais en haut, à droite et la peinture doit être lue de la droite vers la gauche. Les épisodes suivants sont placés au niveau médian et doivent être regardé de gauche à droute. Ensuite le récit saute au niveau de la section médiane du mur d'en face, avant de progresser au premier niveau, etc.
Par contre, la distribution des scènes sur les murs de la chapelle est parfaitement symétrique :
thumb|Correspondance entre les fresques
Sur les murs sud et nord : La partie supérieure : (1) la mort d'Adam et (9) L'Exaltation de la Croix. Les deux lunettes marquent le début et la fin de l'histoire. La section médiane, deux scènes de la vie royale : (2) La rencontre avec la reine de Saba et le roi Salomon et en face (7) sainte Hélène et la preuve de la Vraie Croix. Ils expriment le pouvoir des femmes royales qui ont reçu une inspiration divine de reconnaître le Bois Sacré. Dans la section inférieur, deux batailles : (5) La victoire de Constantin sur Maxentius et (8) La victoire de Heraclius sur Chosrès. La première est une victoire sans effusion de sang contre des romains sous la signe de la Croix et la deuxième une bataille victorieuses mais sanglante contre les infidèles pour récupérer la Vraie Croix.
Sur le mur est, de chaque côté de la fenêtre : (10) L'Annonciation et (4) Le songe de Constantin. L'annonciation qui ne fait pas partie de la légende de la Vraie Croix est ainsi rajoutée par Piero pour faire pendant au rêve de Constantin. La première illustre la naissance de christianisme et la deuxième la naissance de la conquête de christianisme. (3) L'enfouissement du Bois Sacré et (6) La torture de Judas. Ils sont tous les deux une scène de genre. Ces fresques étaient peints à partir des dessins de Piero par son assistant Giovanni da Piamonte. (11) Le prophète Ézéchiel et (12) Le prophète Isaïe ou Jérémie. Deux prophètes de l'Ancien Testament qui ont prédit la naissance de Jésus et le Messie.
La description des fresques
Épisode I : La mort d'Adam
Piero peint les quatre étapes de l'histoire avec un même paysage, qui est le paysage toscan autour d'Arezzo. La peinture doit être lue de droite à gauche. Sur la droite, Adam, moribond, assis à même le sol, nu et sec comme un vieillard de 939 ans selon la Genèse, est entouré par Ève et ses enfants. Il envoie Seth, son troisième fils, aux portes du Paradis pour obtenir de l’archange Michel l’huile de la miséricorde, qui ramène à la vie. À l'arrière-plan, en petit, la rencontre entre Seth et l'Archange Michel ne se passe pas comme prévu. Ce dernier refuse de donner l’huile mais remet un rameau ou un grain de l’Arbre de Vie, avec ordre de le mettre dans la bouche d'Adam après sa mort pour racheter le péché originel. Toute, la partie gauche est réservée à l'enterrement d'Adam en présence de sa famille. La dépouille d'Adam est peinte en raccourci. Derrière lui, agenouillé, on devine (dans un manque non encore restauré) Seth plantant le rameau de l’Arbre de Vie. Derrière eux, Eve bouche, yeux et bras grand ouverts, est enlaidie par son désespoir. Après l'enterrement d'Adam, au centre de la fresque l'arbre rejaillit de sa bouche et son âme est sauvé.
Avec le temps, l'arbre est oublié, jusqu'au moment où le roi Salomon construit le Grand Temple de Jérusalem. L'arbre serait utilisé pour construire un pont sur la rivière Siloé.
Épisode II : La reine de Saba et le roi Salomon
La reine de Saba, lors de son voyage pour voir le roi Salomon et pour entendre ses paroles de sagesse, va traverser le pont, quand par un miracle elle apprend que le Sauveur sera crucifié sur ce bois. Elle se met à genoux dans une adoration dévote. Quand Salomon découvre le message divin reçu par la reine de Saba, il commande que le pont soit enlevé et le bois, qui causera la fin du royaume des juifs, soit enterré.
Cette peinture doit être lue de la gauche vers la droite. Les deux épisodes sont représentés sur la même fresque, séparés par la colonne du palais royal. Cet élément architectural est le centre de la composition et le point de fuite pour l'ensemble de la fresque. Il est possible qu'elle ait aussi un sens symbolique, comme dans les scènes de l'Annonciation, où la colonne qui sépare l'ange annonciateur et Marie représente le Christ : Columna es Christus, ici c'est la reine qui fait une annonce concernant le Christ à Salomon.
L'épisode sur la gauche, l'Adoration du Bois sacré, est tirée de la Légende dorée, alors que celui de droite, le rencontre entre Salomon et la reine de Saba, est un élément iconographique ajouté par Piero.
Adoration du Bois Sacré : Derrière la reine de Saba, à genou, se trouve sa suite des dames de cour, avec leurs coiffures hautes, les fronts dégagés et longues capes de velours, selon la mode du siècle. La régularité de la composition est soulignée par les deux arbres dans l'arrière plan, dont les feuilles abritent et protègent le groupe de femmes et les serviteurs qui tiennent les chevaux.
Dans sa composition Piero apporte une attention constante à la régularité des proportions et aux détails de la perspective.
Rencontre entre Salomon et la reine : La scène a lieu dans un contexte architectural très ordonné, même les trios dames, debout derrière la reine sont placés pour former une abside ouverte. Le sens de profondeur des personnages qui sont témoins de la rencontre est obtenu en les plaçant sur des plans différents et avec une attention accrue de l'utilisation de la perspective et de la couleur.
Épisode III : Enfouissement du Saint Bois