Les Chleuhs (chleuh : ⵉⵛⵍⵃⵉⵢⵏ, translitt. : Ichelḥiyen) sont un groupe ethnique berbère de langue chleuhe, variante du berbère, et majoritairement de confession musulmane sunnite. qui représentent 55 % des berbères marocains ( de personnes).. et vivant surtout dans le centre et le sud du Maroc.
Les Chleuhs sont établis dans le pays chleuh, une région du Maroc s'étendant au nord d'Essaouira jusqu'à Azilal et s'étendant à l'est vers le sud à travers l'oued Draa, à l'ouest l'océan atlantique et au sud jusqu'à Guelmim, la porte du Sahara. Cette région comporte principalement le Haut Atlas, l'Anti-Atlas ainsi que la vallée du Souss. Il existe cependant quelques communautés récentes dans le Sahara, notamment dans les régions de Laayoune et de Dakhla, ainsi que dans les grandes villes marocaines comme Casablanca ou Rabat..
Dans les faits historiquement au Maroc le terme de Chleuh (en arabe marocain : chelh ou shelh) ou Chellaha (sing. Chelh) désigne toutes les populations berbérophones en général que ce soit du Sous (Souss), du Moyen-Atlas, du Tafilalet ou encore du Rif. C’est toujours le cas aujourd’hui..
Le terme se retrouve aussi ailleurs au Maghreb notamment en Tunisie où chelha ('shelha) désigne la langue berbère en général, et sa variante locale le chelha tunisien.
Étymologie La première mention connue à ce jour du nom est dans le livre de Luis del Mármol Carvajal en 1667 qui écrivit sur le continent africain : Perrot d'Ablancourt 1667: 92-93..
L'étymologie du nom Achelḥi ou Tachelḥit n'est pas établie, elle reste donc un mystère. Cependant, il y a plusieurs hypothèses à propos de ce sujet. Le premier a s'être intéressé à l'étymologie du nom est le français William de Slane en 1856. Il dit que le nom venait du mot (pluriel : ) qui signifie « tente de poil de chameau » : ibid. : 495
En 1905, Auguste Mouliéras donne son hypothèse qui est un peu différente de la précédente : Mouliéras, A., 1905. Une tribu zénète anti-musulmane au Maroc les Zkara. .
Selon Van Den Boogert, ces hypothèses restent incertaines, voire douteusesVan Den Boogert (1997 : 3).. En ce qui concerne la première, il existe bien un terme Acluḥ signifiant tente, ce dernier n’est utilisé que dans l’aire taqbaylit en Algérie. De plus , le premier sens du mot Acluḥ est plutôt « étoffe grossière en laine », le sens de tente n'est que son deuxième sensDelaporte et al. 1844, 588..
L'écrivant Allemand Johann Wetzstein constatant que l'origine du mot Cluḥ est arabe pose une autre hypothèse :
Cette théorie sera reprise, quelques années plus tard, par son compatriote Hans Stumme. Toutefois, cela reste une hypothèse qui ne se base pas sur la linguistique de la région ; en effet, l’auteur, dans son argumentaire, fait appel à l’arabe littéraire et à l’arabe dialectal du Proche-Orient pour un terme que l’on n’entend largement et spécifiquement que dans l’arabe vernaculaire du Maroc..
Le troisième à avoir émis une hypothèse est l'écrivain anglais Robert Cunninghame Graham en 1898. Il écrit : « Shillah est le nom arabe des Berbères du Sud, c'est-à-dire de l'Atlas et du Sahara ; Shluoch, en arabe, signifie « chassé » et Shillah, les « gens chassés ». Les Shillah s'appellent eux-mêmes Amazeight, c'est-à-dire le peuple noble. Cette différence d'opinion quant à la nomenclature a été observée dans d'autres nations. […] Les Arabes n'utilisent ni le mot « Tamazirght » ni le mot « Berbère », mais appellent les tribus berbères « Shillah », c'est-à-dire les « exclus » ; le verbe est « Shallaha » et le terme utilisé pour le discours ShluochCunninghame Graham, R., n.d. Mogreb-el-Acksa. London: Heinemann, , 96.. »
Certains chercheurs et écrivains pensent que le nom est d'origine arabe et signifie voleurs, cependant, il y a aussi des hypothèses que le nom est d'origine berbère comme l'écrivain Mohammad Aqdim qui dit dans un de ses articles que le nom Chluḥ, en réalité, est le nom originel que se sont donné les peuples autochtones du Maroc, Masmouda dans le Haut Atlas, Al Haouz à Marrakech, le Souss et l'Anti-Atlas. En tachelhit, le verbe yecallah (prononcé "yechallah") signifie sédentaire, ce qui indique que le nom chloh signifie les sédentaires et les résidents ou la population stableFebrayer.com - Cluḥ d Taclḥit, Maṣmuda d Imṣmudn.. Il ajoute aussi qu'il n'y a aucun intérêt à recourir à la recherche du sens des mots « challah » et « chluh » dans d'autres langues que le tachelhit.
Selon Rachid Agrour, le mot est arabe et non berbère. Mais le fait de chercher dans le vocabulaire de l’arabe littéraire semble peine perdue étant donné qu'il s'agit d'une langue figée depuis des siècles. Contrairement à l'arabe vernaculaire (darija) qui est une langue vivante et en perpétuelle évolution. En darija, la racine [clḥ] n'a pas d'autre sens à part celui lié aux berbères. Ainsi, il élabore son hypothèse sur le fait qu'elle aurait subi l’action du rhotacisme, permutation du /r/ vers le /l/. En darija, le verbe cerreḥ signifie inciser, disséquer. Pour les arabophones donc la chelha serait une langue arabe qui aurait été tailladée, mutilée et à tel point dégradée qu’elle en serait devenue méconnaissable, inintelligibleAgrour, R., 2012. Contribution à l’étude d’un mot voyageur : Chleuh. Cahiers d'études africaines, 52(208), ..
Histoire Antiquité Certains auteurs apparentent les Atlantes aux Chleuhs..... Les Atlantes sont décrits pour la première fois par l'historien grec Hérodote comme étant le peuple berbère habitant le sud de l'actuel Maroc. Ils seraient le peuple libyque le plus occidental de Libye antique (Afrique du Nord-Ouest) continentale (si l'on exclut les Guanches, Berbères insulaires des îles Canaries). Ils tirent leur nom du mont Atlas, c'est-à-dire la partie occidentale de l'actuel massif de l'Atlas, dont ils habitent la région et qui est nommée d'après le titan Atlas (Enquête, IV, 184-185)« La montagne a donné son nom aux habitants du pays : on les appelle les Atlantes » traduction A. Barguet, Gallimard, folio, 1992, .. vignette|Vue sur le Toubkal, point culminant du massif de l'Atlas depuis Tizi-n-Tagourant dans l'Adrar Azrou Wizem. Pour Pierre Vidal-Naquet, Platon a pu s'inspirer du nom de la tribu berbère des Atlantes décrite par Hérodote pour nommer la cité fictive qu'il imaginait : l'AtlantidePierre Vidal-Naquet, « Hérodote et l'Atlantide entre les Grecs et les Juifs. Réflexion sur l'historiographie du siècle des Lumières ». Quaderni di storia, 8, 1982, 16, ..
vignette|L’Atlantide, île mythique de Platon, dont les habitants portent le nom d'Atlantes.
Moyen-Âge
vignette|Le califat almohade, empire masmoudien fondé par l'imam Ibn Toumert dans le Haut Atlas occidental (actuelle province d'Al Haouz, au Maroc).
Les Chleuhs du Maroc moderne correspondent à l’ancienne tribu des Masmouda...., cette dénomination est toutefois tombée en désuétude dans le langage courant. Les Chleuhs, alors appelés Masmouda, s'installèrent dans de vastes régions du Maroc où ils étaient sédentaires et pratiquaient l'agriculture. La résidence de leur aristocratie était Aghmat, dans le Haut Atlas. À partir du Xe siècle, des tribus berbères des groupes Sanhadja et Guezoula migrèrent en territoire Masmouda, notamment dans le Souss. En adoptant la langue masmoudienne et la culture des Masmouda, ces tribus, en plus des tribus Masmouda natives, forment aujourd’hui le peuple Chleuh.
Temps modernes Royaume du Tazeroualt
Le Tazeroualt est un État indépendant né au , gouverné depuis sa capitale d'Iligh dans l'Anti-Atlas. Sidi Ahmed Ou Moussa Semlali (vers 1463 - vers 1563), un mystique a fondé sa propre zaouiaColonel Léopold-Victor Justinard, Un petit Royaume Berbère: « le Tazeroualt, un saint berbère Sidi Ahmed Ou Moussa », Librairie orientale et américaine, 1954.. Les conquêtes de son arrière-petit-fils Sidi Ali Bou Dmia lui permirent d'établir un royaume sur la région Tazeroualt, le Souss et la région présaharienne comprise entre l'oued Souss et le Drâa.
Le fondateur spirituel de la dynastie était Ahmed Ou Moussa Semlali, un marabout du Souss né au milieu du et qui s'installa dans la région, où il fonde une zawiya qui attire des centaines de fidèles, venus recevoir son enseignement religieux.. Ahmed ou Musa a maintenu des relations étroites avec la dynastie saadienne, la dynastie alors au pouvoir au Maroc et précédant l'actuelle dynastie des Alaouites. Il utilisa sa position religieuse pour se tailler son pouvoir dans l'appareil d'État marocain. Après sa mort, la tombe d'Ahmed ou-Musa est devenue un lieu de pèlerinage et ses descendants ont hérité d'une grande partie de la richesse et du statut qu'il avait acquis en tant que chef spirituel..
La mort du sultan saadien Ahmad al-Mansur en 1603 a déclenché une instabilité politique dans tout le Maroc, à tel point que le petit-fils d'Ahmed Ou Moussa Semlali, Ali Bou Dmia, a saisi l'opportunité pour transformer le statut religieux de la famille en pouvoir politique. Se nommant émir de Tazerwalt, il fonda une capitale à Iligh et consolida son contrôle sur la région en mobilisant ses fidèles religieux et ses alliances tribales. Contrôlant à la fois les routes commerciales terrestres et les principaux ports tels qu'Agadir, Ali Bou Dmia a extrait les ressources nécessaires pour lever une armée importante (principalement d'esclaves), qu'il a ensuite utilisée pour étendre davantage les frontières vers l'est.
Au milieu du , Ali Bou Dmia contrôlait une large bande du Sahara et du Maroc au sud des montagnes de l'Atlas, y compris d'importants centres de commerce transsaharien tels que la vallée du Draa, Sijilmassa, Touat et Taghazza. L'hégémonie de Ali Bou Dmia, cependant, a été menacée par la montée de la dynastie alaouite à Tafilalet, qui à la fin des années 1650 a capturé Sijilmassa et a érodé une grande partie de la puissance économique de Tazerwalt. Ali Bou Dmia est mort en 1659. et fut brièvement remplacé par son fils Muhammad, mais en 1670, les Alaouites rasèrent la capitale de Tazerwalt à Iligh, consolidant ainsi leur contrôle sur le Maroc et mettant définitivement fin à l'indépendance politique de Tazerwalt.vignette|Tombe de Sidi Ahmed Ou Moussa (Ahmad u Musa) à Zawiya Sidi Ahmed Ou Moussa à Tazerwalt, Province de Tiznit.Après la destruction d'Iligh, les descendants d'Ahmed Ou Moussa Semlali ont perdu la majeure partie de leur pouvoir politique, mais ont pu tirer parti de leurs liens familiaux avec le saint pour maintenir la richesse et le prestige social en tant que « Maison d'Iligh ». Sans jamais défier directement les Alaouites. règne, aux , ils ont regagné un pouvoir politique et même militaire important, jouissant d'un degré d'autonomie qui leur a donné le contrôle sur une grande partie de la région du Souss et leur a permis de réglementer le commerce et de mener des relations diplomatiques avec la dynastie alaouite au pouvoir et les puissances européennes .
Aujourd'hui, la zawiya de Sidi Ahmed ou Musa reste un lieu de pèlerinage et se situe dans le village de Sidi Ahmed Ou Moussa, qui porte son nom.
Langue
vignette|Panneaux de signalisation bilingues arabe-berbère à Tiznit. Le chleuh est le plus important dialecte amazigh par le nombre de ses locuteurs, dont l'estimation varie entre . et .. Il s'étend sur la plus grande partie de l’Atlas : le Haut-Atlas (dans sa partie sud et ouest), l'Anti-Atlas et le Souss. Le tachelhit est parlé au Maroc méridional sur une zone s'étendant des pentes nord du Haut Atlas aux pentes méridionales de l'Anti-Atlas, limitées à l'ouest par l'Océan Atlantique. La limite orientale de son aire de répartition est marquée par l'axe Demnate-Ouarzazate ; au-delà de cette limite s'étend l'aire du tamazight du Maroc central. Les locuteurs de ce dernier dénomment le tachelhit du Souss tasusit pour le distinguer de leur langue qu'ils dénomment aussi tachelhit, mais les deux ne sont pas entièrement inter-compréhensibles.