vignette|upright|Le marquis de Baroncelli, en tenue de gardian.
Folco de Baroncelli (né le à Aix-en-Provence et mort le à Avignon) est un manadier et écrivain français.
Disciple de Frédéric Mistral et majoral du Félibrige, il est considéré comme l'« inventeur » de la Camargue à travers le western camarguais. Il en a exploité des traditions avérées et en a instauré de nouvelles en s'inspirant du Wild West Show de Buffalo Bill lors de son passage dans le Midi.
Biographie Famille thumb|upright|Palais du Roure à Avignon. Marie Joseph Lucien Gabriel Folco de Baroncelli-Javon est né à Aix-en-ProvenceHôtel Villeneuve d'Ansouis, 9 rue du Quatre-Septembre, angle rue Goyrand., mais sera baptisé à Avignon où demeurent ses parents.
Celui qui devait devenir « gentilhomme-gardian » appartient par son pèreCe seigneur de très vieille noblesse avait épousé une Nîmoise, mademoiselle de Chazelles, dont il eut neuf enfants : Jacques Folco ; Henri (mort pour la France à Massiges le 24 septembre 1915) ; Marie-Thérèse, religieuse carmélite ; Jeanne, mariée en 1906 à Soubhi Ghali bey ; Emma ; Gabrielle, mariée en 1905 au comte Raoul Deltour de Chazelles ; Marguerite, mariée en 1914 au peintre Georges Dufrénoy, et enfin Adrienne, mariée en 1907 à Robert des Portes, officier de marine, fils de l'Amiral des Portes., Raymond de BaroncelliSi Raymond de Baroncelli est qualifié de « comte de Baroncelli-Javon », et non de « marquis » dans l'acte de naissance de son fils Folco, en date du 2 novembre 1869 à Aix-en-Provence, c'est parce que son père était toujours vivant et portait alors seul le titre de marquis... ; acte : . Folco de Baroncelli lui-même ne portera que le titre de comte jusqu'au décès de son père. à une famille florentine. remontant au et de tradition gibeline. La branche à laquelle il appartient s'est réfugiée en Provence au , après avoir fui la vengeance des MédicisGeorges Martin, La Camargue "gardianne" au temps passé, chez l'auteur, 1975, n. p. (notice sur le marquis Folco de Baroncelli).. Sa famille possède depuis le début du dans le diocèse de Carpentras, la seigneurie et le château de Javon ; toutefois le titre de marquis porté par le chef de famille n'est que de courtoisie. Leur principale demeure est située dans le centre d'Avignon et baptisée « hôtel de Baroncelli-Javon » avant d'être surnommée « palais du Roure » par Frédéric Mistral.
Il est le frère du cinéaste Jacques de Baroncelli et de Marguerite de Baroncelli, reine du Félibrige de 1906 à 1913, égérie du poète provençal Joseph d'Arbaud et épouse du peintre Georges Dufrénoy.
Le père de Folco de Baroncelli est attaché à la direction des Postes à Aix-en-Provence puis est nommé chef de station à la Direction des Postes de Nîmes.
Jeunesse et études Durant une quinzaine d'années, le jeune Folco poursuit ses études au collège de la maîtrise épiscopale de Nîmes. Il passe son enfance à Bouillargues mais surtout au Château de Bellecôte près de Nîmes, chez sa grand-mère, la comtesse de Chazelle. C'est là qu'il va entendre parler provençal et rencontrer les gardians venus de Camargue pour mener les taureaux aux courses de Bouillargues.
Engagement auprès du Félibrige Revenu dans la demeure familiale d'Avignon alors capitale des félibres, le jeune Folco y rencontre Roumanille, dont la librairie était voisine de l'Hôtel de Javon, et Mistral en 1889. Il s'enthousiasme pour la langue provençale qu'il introduit dans son milieu familial, par essence aristocratique, même s'il prétendit par la suite que . Dès 1890, il publie un premier ouvrage en provençal, la nouvelle Babali. Conscient que son nouvel ami porte un nom prestigieux qui servirait la cause provençale, Mistral lui confie l'année suivante la direction de son journal L'Aiòli. En 1905, il devient majoral du Félibrige, mais démissionne en 1926.
Le mas de l'Amarée En 1895, lou Marqués (le Marquis), comme on l'appellera désormais, se rend en Camargue et monte une manade, la Manado Santenco (la Manade saintine), aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Peu de temps auparavant, le , il avait épousé Henriette Constantin, fille d'Henri Constantin, propriétaire du Domaine des Fines Roches à Châteauneuf-du-Pape. De ce mariage naitront trois fillesNerte (Nerto), Maguelone (dite Lounet) et Frédérique (dite Riquette). Nerte et Maguelone se marient respectivement le (avec Gaston Bonis, enseigne de vaisseau) et le (avec Etienne de Montgolfier). Le , sa troisième fille, Frédérique, épouse Henri Aubanel, libraire à Avignon. bien que leur vie commune soit épisodique, sa femme supportant mal le rude climat camarguais. Néanmoins, le , il s'installe définitivement aux Saintes-Maries-de-la-Mer sur la petite route du Sauvage, au Mas de l’AmaréeCe terme serait la francisation du provençal amaréu désignant en Camargue un bouquet d'arbres (Louis Alibert, Dictionnaire occitan-français, nouvelle édition, Toulouse, IEO, 1977). ; cet ouvrage n'indique que ., comme locataire du propriétaire d’alors, Monsieur Allègre.
thumb|left|Le marquis de Baroncelli, en tenue de gardian, observant son troupeau dans sa manade aux Saintes-Maries-de-la-Mer au début des années 1900. thumb|Manade du Marquis Folco de Baroncelli lors d'une abrivade, vers 1900-1910.
En 1905, il fait connaissance à Paris de Joe Hamman, qui lui présente Buffalo Bill ainsi que l'indien Jacob White Eyes avec qui il entretiendra une correspondance de presque 20 ans, à l'occasion d'une représentation de la tournée de sa troupe américaine en Europe. Baroncelli propose à Buffalo Bill les services de ses gardians qui participent avec les Indiens et les cows-boys aux spectacles que Buffalo Bill organise alors dans le cadre de son Wild West ShowLes Indiens de Buffalo Bill et la Camargue, sous la dir. de T. Lefrançois, avec la participation de Rémi Venture, Serge Holtz et Jacques Nissou, Paris, La Martinière, 1994.. Il y trouvera l'inspiration pour créer ses jeux de gardians. À partir de 1909, Baroncelli met à la disposition d'Hamman ses gardians et ses taureaux pour ses films faits en Camargue, qui seront parmi les premiers Westerns tournés, outre ceux réalisés aux États-Unis.
En , les crues liées aux orages du 27 de ce mois noient une partie de sa manade.
En , il rencontre à Arles, l'industriel Jules Charles-Roux et la femme de lettres Jeanne de Flandreysy à l'occasion du tournage de la première version cinématographique de Mireille. Cette rencontre avec Jeanne de Flandreysy, déjà aperçue quatre ans plus tôt à Valence, le marque à jamais. Il tombe amoureux de cette belle, mais très indépendante femme, véritable égérie provençale. Si leur relation amoureuse fut brève, leur amitié dura jusqu'à la mort du marquisRené Baranger, En Camargue avec Baroncelli, l'auteur, Clichy, 1983, p. 47.. thumb|En attente de la ferrade au Mas de l'Amarée. thumb|left|Ferrade sous la supervision du marquis de Baroncelli.
Dès le début du , le marquis s’attelle avec d’autres à la reconquête de la pure race Camargue, tout comme il participe activement à la codification de la course camarguaise naissante. La sélection draconienne qu'il opère est récompensée par son taureau Prouvènço, historique cocardier qui déchaîne les foules, baptisé ainsi autant pour ses qualités esthétiques que ses aptitudes combatives. thumb|upright|La Naciouin gardiano devant l'église Saint-Pierre d'Avignon.
Le , en remplacement du Coumitat Virginien dissout, il crée l'association Nacioun gardianoL'association est déclarée au Journal officiel le 16 septembre 1909 sous son nouveau nom. Le conseil des membres fondateurs reste le même. Le siège social sera aux Saintes-Maries-de-la-Mer (d’après le site officiel de Nacioun gardiano). (« Nation gardiane ») pour défendre et maintenir les traditions camarguaises. Il avait aussi participé à la sauvegarde de la Confrérie des Gardians de Saint-Georges, fondée à Arles en 1512 et qui était menacée de disparition.
Mobilisé de la guerre de 1914-1918, il est profondément affecté par les carnages. À la suite de propos prétendument « anti-militaristes » qu'il aurait proférés et qui furent dénoncés, il est affecté à la garde du détachement des prisonniers de guerre internés au fort de Peccais près d'Aigues-Mortes. En 1917, sur attestation du maire des Saintes-Maries, il est considéré comme exploitant agricole et autorisé à séjourner au mas de l'Amarée pour les nécessités de son élevageRené Baranger, En Camargue avec Baroncelli, l'auteur, Clichy, 1983, pp. 51-54 (Chap. « Folco mobilisé »)..
À la fin de la Guerre, le , Jeanne de Flandreysy, associée à son père Étienne Mellier, rachète le palais du Roure, vendu par le marquis et ses frères et sœurs à la mort de leur mère. Ce palais, maison historique et familiale des Baroncelli, avait été mis en vente au cours de l'été 1907 puis vendu le à la société Immobilière de Vaucluse qui en avait dispersé la plupart des trésors, dont de superbes boiseries. C'est à cette époque que Jeanne de Flandreysy l’incite à écrire.
Le , à Nîmes, il conduit la « Levée des Tridents », à la tête des membres de la Nacioun gardiano et en compagnie de son ami Bernard de Montaut-Manse, pour protester contre l'interdiction des corridasLevée des tridents.. Il s'agit d'un défilé pacifique comme le montrent les photographies de l'époqueDéfilé pacifique.. Bernard de Montaut-Manse réussit à faire débouter la SPA de son action en justice contre les corridas à NîmesBaroncelli au secours de la corrida..
En 1924, il demande à l'illustrateur Hermann-Paul de concevoir et dessiner la croix camarguaise, dont le modèle est réalisé par Joseph Barbanson, forgeron aux Saintes-Maries-de-la-Mer. La croix est inaugurée le sur un terre-plein de l’ancienne sortie sud-est de la cité camarguaise. À cette fête sont présents de nombreuses personnalités et les amis du marquis de Baroncelli : le poète Joseph d'Arbaud, Rul d'Elly, Maguy Hugo (la petite-fille de Victor Hugo), Madame de la Garanderie, Fanfonne Guillierme, la famille des éditeurs Aubanel, et Hermann-Paul.
Le mas du Simbèu thumb|left|Mas du Simbèu, réplique exacte du mas de l'Amarée, dans les années 1930.
Toutefois, les problèmes financiers s’accumulent et en 1930, désargenté, il doit quitter le mas de l'Amarée dont il n'est que locataire. Les Saintois se cotisent alors et lui offrent un terrain sur lequel il construit une réplique du mas de l'Amarée, le mas du Simbèu (littéralement « signe », « enseigne », « point de mire », nom donné au vieux taureau, chef du troupeau)Il s'agit d'un taureau castré, auquel on a inculqué la peur de l'homme et qui obéit à la voix ; une sonnaille pend à son cou. Il sert à manœuvrer la manade (le troupeau). Il est au gardian ce que le chien est au berger. ; le à minuit, il quitte l’Amarée pour le Simbèu. Le nouvel édifice reprend la disposition des lieux de son modèle (pour le rez-de-chaussée : à gauche, la cuisine, au centre la salle à manger avec la porte d'entrée, à droite l'écurie ; pour l'étage : à gauche et au milieu, les chambres, à droite la fenière)Les cabanes du premier mas du Simbèu aux Saintes-Maries-de-la-Mer, pierreseche.com, 6 septembre 2008..