vignette|Un homme noir boit à un distributeur d'eau réservé aux à un terminal de tramway en 1939, à Oklahoma City.

La ségrégation raciale aux États-Unis est une politique de séparation des personnes, selon des critères raciaux, mise en place principalement dans les États du Sud, entre 1877 et 1964 (ségrégation de jure) pour contourner l’effectivité de l'égalité des droits civiques des Afro-Américains garantis par la Constitution des États-Unis au lendemain de la guerre de Sécession à savoir : le treizième amendement du abolissant l'esclavage suivi du quatorzième amendement de 1868, accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et du Quinzième amendement de 1870, garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis.

Né à la suite de la guerre de Sécession et plus spécialement après la période dite de la Reconstruction, le système ségrégationniste s’ancre progressivement dans le droit des États américains du sud, avec les lois Jim Crow à partir de 1877, et notamment via l’arrêt de la Cour suprême de 1896 Plessy v. Ferguson. Il repose sur la doctrine dite .

La ségrégation de jure est abolie sous l’effet du mouvement américain des droits civiques au cours des années 1960 par l'adoption de différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968 prohibant toutes les lois et réglementations ségrégatives sur l'ensemble des États-Unis. Toutefois, le pays connaît une ségrégation de fait, et même une augmentation de cette ségrégation en ce qui concerne les écoles, grâce à une ségrégation sociale dans l'habitat, l'arrivée à terme de mécanismes de contrôle et la mise en place par les Blancs d'origine WASP d'outils visant à lutter contre la déségrégation initiale.

Histoire Abolition de l'esclavage L'esclavage est proscrit dans l'Empire britannique le . Lors de la Révolution française, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 déclare l'égalité entre les Hommes. L'esclavage dans les colonies françaises est aboli en 1794, puis remis en place par Napoléon Bonaparte en 1802. Thomas Jefferson obtient en 1807, dans la foulée de l'abolition de la traite au Royaume-Uni, que la traite négrière soit interdite officiellement sur le territoire américain à partir du , même si les contrebandiers la poursuivirent clandestinement pendant plusieurs dizaines d'années. Si certains États de la côte est comme le Vermont, l'État de New York, le Massachusetts, le New Hampshire, le Rhode Island et autres ont aboli l'esclavage dès la fin du , l'esclavage est aboli définitivement dans l'ensemble du territoire des États-Unis par le treizième amendement du .

Mise en place de la ségrégation La ségrégation raciale de jure aux États-Unis (1877-1964) s'installe progressivement dans les États du Sud après la période dite de la « Reconstruction » faisant suite à la guerre de Sécession et se terminant avec le compromis de 1877 par lequel l'occupation des ex-États confédérés d'Amérique par les troupes du Nord prit fin. L'ensemble des lois ségrégationnistes, votées par les assemblées législatives des divers États du Sud sont connues sous le nom de Lois Jim Crow.

Lois Jim Crow Un titre de loi infamant Pour entraver les nouveaux droits des Afro-Américains les États du Sud utilisent deux dispositifs, le premier passe par le terrorisme et la violence avec le Ku Klux Klan (KKK) et les lynchages, le deuxième est légal et réglementaire : les lois Jim Crow issues des Black Codes... Ces lois dites Jim Crow désignent les différentes dispositions que les États du Sud et d'autres ont mises en place pour entraver l'effectivité des droits constitutionnels des Afro-Américains. Elles commencent en 1877 et seront définitivement abolies dans la fin des années 1960 avec l'adoption de différentes lois fédérales mettant fin à la ségrégation raciale dans tout le territoire des États-Unis : le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968.

Le terme Jim Crow trouve son origine dans la culture populaire américaine par une chanson de 1828, Jump Jim Crow, imitation caricaturale et raciste d'un esclave afro-américain créée par l'auteur Thomas Dartmouth « Daddy » Rice (1808–1860).

Arrêt Hall v. DeCuir et légalisation de la ségrégation Les Lois Jim Crow vont pouvoir légalement se développer grâce à un arrêt de la Cour suprême. Tout commence sur un bateau à vapeur, le Governor Allen qui relie La Nouvelle-Orléans en Louisiane à Vicksburg, Mississippi. Monsieur Benson, propriétaire et capitaine du bateau entre en conflit avec l'une de ses passagères madame DeCuir, une Afro-Américaine. Cette dernière, pour se reposer, désire utiliser une cabine réservée aux Blancs. Benson le lui interdit, il lui dit qu'elle doit se rendre dans la galerie des cabines réservées aux personnes de couleur. Or, cette injonction ségrégative est contraire au XIV amendement ratifié par la Louisiane, d'autant plus que le bateau naviguant sur le Mississippi et donc traversant plusieurs États, son règlement ne saurait dépendre des diverses lois ségrégationnistes édictées par les États traversés mais des seules décisions du Congrès de Washington. Pour savoir si la décision de la compagnie fluviale est constitutionnelle, monsieur Hall, qui reprend le litige après le décès du capitaine Benson, présente en 1870 l'affaire à la Cour suprême, c'est le cas Hall v. DeCuir. En 1877, la Cour suprême rend enfin son arrêt. Dans ses attendus, la Cour suprême constate que le Mississippi traverse des États dont certains n'ont pas ratifié le , donc en toute logique, une compagnie de transport inter-États devrait se soumettre à différentes lois contradictoires ; ainsi selon l'État traversé la discrimination ira jusqu'à refuser l’accès d'une personne de couleur, selon un autre ce sera la mixité et enfin dans un dernier cas la ségrégation. Devant ce qui apparaît comme une entrave à la libre circulation des entreprises de transports en commun, la Cour suprême arrête qu'à partir du moment où une compagnie de transport en commun ouvre le même service à ses clients blancs comme de couleur mais dans des compartiments, des cabines, des sièges séparés, cela est conforme à la Constitution. Cet arrêt ouvre la porte à la ségrégation raciale et aux différentes lois Jim Crow qui vont imposer la ségrégation non seulement dans les transports en commun (bateaux, trains, diligences, etc.) mais dans l'ensemble des espaces et des services publics comme les écoles, les restaurants, les toilettes, les hôpitaux, les églises, les bibliothèques, les manuels scolaires, les salles d'attente, les salles de spectacles, les logements, les prisons, les pompes funèbres, les cimetières : un peu partout dans le Sud vont fleurir des panneaux ......

Les lois Jim Crow en excluant les Afro-Américains de nombreux secteurs de la vie économique, conduisent à la création et au développement d'une économie afro-américaine, presse, assurances, banques, mutualité, services de pompes funèbres pour Noirs, hôtellerie-restauration, hôpitaux, établissement scolaires et universitaires, etc. permettant le développement d'une bourgeoisie et d'une élite afro-américaine.

Arrêt Plessy v. Ferguson

Affaire Afin d'obtenir l'invalidation de la loi pour les transports à l'intérieur de l'État, et plus largement de mettre en cause la ségrégation dans son ensemble sur le plan constitutionnel, Homer Plessy accepte d'enfreindre la loi, pour porter la question devant les tribunaux. Plessy est « d'ascendance mêlée, pour sept huitièmes blanc, et pour un huitième de sang africain, et la présence de « sang d'homme de couleur » n'est pas discernable en lui ». Pour la loi de Louisiane, c'est un Noir. Le , il s'installe dans une voiture réservée aux Blancs, alors qu'on a veillé à ce que la compagnie de chemins de fer connaisse sa qualité de métis. Il refuse d'obéir au contrôleur qui lui demande de se déplacer. Il est expulsé du train et arrêté.

Le cheminement légal de l'affaire est complexe. Plessy est poursuivi devant la cour de district de la Nouvelle Orléans, qui relève du pouvoir judiciaire de la Louisiane, et non de celui des États-Unis. Le juge John Howard Ferguson préside à l'affaire. La défense de Plessy s'appuie sur son apparence d'homme blanc et affirme que la décision de l'État de Louisiane de le traiter comme un Noir le prive de ses droits, en l'espèce sa « réputation d'homme blanc », privation de propriété qui est une violation de la clause de du . Plessy refuse d'ailleurs de répondre, devant le tribunal, à la question de sa race. À ce stade de la procédure, ce n'est pas la ségrégation en totalité qui est contestée. Les adversaires de la ségrégation, qui sont derrière la défense de Plessy, peuvent espérer une victoire totale, avec l'invalidation par les tribunaux de la ségrégation, mais le choix de Plessy comme « victime » laisse aussi la porte ouverte à une demi-victoire, d'un coup sérieux porté à la ségrégation en rendant la situation des métis si confuse que la loi serait difficile à appliquer. Alors que l'affaire est en cours devant le juge Ferguson, Plessy demande à la Cour suprême de Louisiane un « ordre de prohibition » () enjoignant au juge Ferguson de cesser les poursuites contre lui, au vu de l'inconstitutionnalité de la loi sur laquelle elles s'appuient. Le nom de Ferguson comme partie à l'affaire est donc tout à fait technique et sans importance réelle. L'affaire au fond est Louisiane contre Plessy. La Cour suprême de Louisiane, en accord avec le juge Ferguson, rejette la demande, et affirme la constitutionnalité du quand il s'applique à des transports qui ne franchissent pas les frontières de l'État. Plessy en appelle à la Cour suprême des États-Unis.

La défense de Plessy présente deux mémoires juridiques devant la Cour suprême. Le premier est signé par Albion W. Tourgée et James C. Walker et le second par Samuel F. Phillips et F.D. McKenney. Les plaidoiries, menées successivement par Tourgée et Phillips, ont lieu le .

Arrêt La décision de la Cour, rendue le , est obtenue par sept voix contre une (un des neuf juges n'ayant pas participé aux débats). Elle est en défaveur de Plessy.