vignette|350px|La province romaine de Judée vers 120.

La Judée (en – avec un « i » majuscule) est une province romaine créée en l'an 6. sur une partie du territoire des royaumes hasmonéen et hérodien. Elle tire son nom du royaume israélite de Juda. Elle couvre les régions de Judée, de Samarie et d'Idumée.

L'implication de Rome dans les affaires de la Judée commence en avec la fin de la troisième guerre de Mithridate lorsque la Syrie passe sous protectorat romain. Le général romain Pompée se trouve en position d'arbitre dans la guerre civile opposant les princes hasmonéens et . La Judée devient un royaume client de Rome sous la direction d'Hérode le Grand, puis au début du une province de l'Empire romain après la déposition d'Hérode Archélaos. Elle connaît trois révoltes contre Rome (première guerre judéo-romaine, guerre de Kitos, révolte de Bar Kokhba), à la suite desquelles l'empereur Hadrien change le nom de la province en Syrie-Palestine et transforme Jérusalem en une ville romaine baptisée Ælia Capitolina.

Les facteurs de la crise sociale La Palestine est une région prospère : le blé, la vigne et l’huile constituent des ressources essentielles qui sont même exportées. S’y ajoutent l’élevage en Samarie, ainsi que les fruits, les légumes et la pêche en mer et sur le lac de Génésareth. Mais la propriété foncière est émiettée particulièrement en Judée et en Samarie aux et Les paysans juifs détenteurs de parcelles trop petites pour être rentables sont rapidement endettés ; cet endettement, aggravé par une fiscalité exigeante, peut conduire à la servitude, facteur de vive tension sociale ; lorsque les paysans sont contraints de vendre leur propriété, ils survivent comme salariés ou métayers dans une situation de dépendance totale à l’égard du propriétaire. En Judée, la légitimité de l’impôt romain fait l’objet d’un débat idéologique, auquel s’ajoute un refus des charges fiscales jugées trop lourdes, comme l'atteste la demande d’allègement du tribut formulé en 17 par la Syrie et la JudéeTacite, Annales, II, 42..

La Judée vassale de Rome La Judée tombe sous domination romaine en 63 av. J.-C., à la faveur de la rivalité entre Hyrcan et , qui se disputent le trône. Pompée, arrivé à Damas au printemps, prend le parti d’. , vaincu par Pompée dans Jérusalem à l’automne, est emprisonné à Rome. L’oncle d’, Absalon, résiste pendant trois mois sur le mont du Temple puis est vaincu. Pompée épargne le Temple de Jérusalem et ses trésors, après avoir néanmoins pénétré dans le Saint des saints (Débir) sans l'autorisation du grand-prêtre d'Israël. , confirmé ethnarque et grand-prêtre, perd le titre de roi (fin en ). La Judée devient un protectorat romain et doit payer un tribut.

Alexandre, fils d’Aristobule II, échappé lors du transfert à Rome en 63, rassemble fantassins et et menace Jérusalem en Gabinius, le nouveau gouverneur de Syrie, envoie son lieutenant Marc-Antoine, qui défait Alexandre près de Jérusalem. Réfugié dans la forteresse de l’Alexandrion, Alexandre doit se rendre. Gabinius fait raser l’Alexandréion, Hyrcania et Machéronte. Hyrcan est rétabli comme grand-prêtre de Jérusalem, mais semble perdre sa qualité d’ethnarque et son pouvoir politique. Les Juifs, gouvernés par le Sanhédrin de Jérusalem, sont divisés en cinq circonscriptions judiciaires : Jérusalem, Gadara, Amathonte, Jéricho et Sepphoris.

Crassus, gouverneur de Syrie en , s’empare du trésor du Temple de Jérusalem. Son successeur Cassius réprime en un nouveau soulèvement d’ sous la direction de Peitholaos, bientôt exécuté à l’instigation d’Antipater. Pendant la guerre civile de , Aristobule II est libéré par César qui veut l’utiliser pour reconquérir la Syrie. Il est assassiné peu après avec son fils Alexandre par les partisans de Pompée.

À la mort de Pompée en , et Antipater se rallient à César. Antipater soutient militairement et diplomatiquement la campagne de Mithridate III, allié de César, en Égypte (48/). Il dirige un corps auxiliaire juif, obtient l’appui des Arabes et des princes de Syrie et rallie les garnisons juives du « territoire d’Onias », à l’est du Delta. En récompense, César confirme à Hyrcan II son titre de grand-prêtre et lui rend celui d’ethnarque. Il donne à Antipater la citoyenneté romaine avec exemption d’impôts, le titre de procurateur (en grec, épitropos) de Judée et la permission de rebâtir les murailles de Jérusalem. Joppé (Jaffa) et les villes de la plaine sont à nouveau rattachées à Hyrcan II. Antipater nomme son fils aîné Phasaél, stratège de Jérusalem, et son fils cadet Hérode, stratège de Galilée.

Après le meurtre de César en , Antipater et son fils Hérode se rallient au gouverneur de Syrie, Caecilius Bassus, ex-partisan de Pompée. Le départ de Cassius Longinus de Syrie entraîne des troubles en Judée. Après la bataille de Philippes, Antoine nomme Phasaél et Hérode tétrarques chargés de l’administration de la Judée. À la suite de l'invasion de la Syrie-Palestine par les Parthes en , Hérode est proclamé roi de Judée par le Sénat romain.

À la mort d’Hérode en , son royaume est divisé en trois tétrarchies entre sa sœur Salomé et ses fils Hérode Archélaos (Judée), Hérode Antipas (Galilée et Pérée) et Hérode Philippe II (Transjordanie). Des troubles éclatent contre Rome, réprimés par le gouverneur de Syrie Varus. 2000 Juifs sont crucifiés à Jérusalem.. Judas, fils du « brigand » Ézéchias qu’Hérode le Grand avait fait exécuter, prend la tête de la révolte armée en Galilée après s’être emparé des armes du palais royal de Sepphoris..

La province romaine de Judée vignette|250px|Carte montrant les frontières politiques et les villes importantes de la Judée, au de notre ère. L’attitude tyrannique du tétrarque Hérode Archélaos provoque l’envoi d’une délégation de Judéens et de Samaritains à Rome. En 6, Auguste convoque Archélaos à Rome, le dépose et l’exile à Vienne, en Gaule. La Judée et la Samarie deviennent provinces romaines. Elles sont rattachées à la Syrie et administrées d’abord par un préfet de rang équestre qui réside à Césarée mais se rend à Jérusalem au moment des fêtes. Pour maintenir l’ordre, il dispose de troupes romaines et d’auxiliaires recrutés parmi les habitants de la plaine de Sharon et de la Samarie, les Juifs proprement dits étant exemptés du service dans l’armée romaine.. En effet, le respect de leurs interdits religieux (tabous alimentaires, observance du code de pureté rituelle, impossibilité de participer à d’autres cultes) empêchent les juifs de côtoyer les païens à l’armée. Le préfet dispose aussi du droit de rendre la justice avec droit de vie et de mort, ce que confirme le récit du procès de Jésus.

Selon saint Luc (I,2), le gouverneur de Syrie Publius Sulpicius Quirinius procède, toujours en 6, à un recensement provincial en Judée., qui est divisée en dix toparchies (Jérusalem, Gophna, Akrabatta, Thamna, Lydda, Emmaüs, Pellé, Hérodium, Jéricho, l’Idumée et Engaddi) pour faciliter la collecte des impôts : Rome doit imposer sa fiscalité propre, fondée sur le , la (capitation ou impôt par tête), et les droits de péage et de transit (). Certains de ces impôts sont directement perçus par l’administration romaine tandis que d’autres, tels les droits de douane, sont affermés à des publicains.

Ce recensement provoque une révolte contre la , dirigée par Judas le Galiléen appuyé par le pharisien Sadoq ; malgré les justifications données par les notables juifs, la révolte contre cette forme de domination romaine est durement réprimée. Les rebelles sont crucifiés. Cette révolte est à l'origine du mouvement des zélotes, qui considèrent Dieu comme leur seul chef et maître.

Hérode Agrippa , d'abord tétrarque de Judée sous Caligula (37), obtient de Claude le titre de roi. La Judée redevient un royaume jusqu'à sa mort en 44. D’après Flavius Josèphe, les troupes romaines de Césarée maudissent le souvenir d’Agrippa, entrent de force dans sa maison, violent ses filles et célèbrent sa mort publiquement par des fêtes et des libations. Après le bref épisode du royaume d’, Judée, Samarie et Idumée sont de nouveau annexées et confiées cette fois à un procurateur.

Cuspius Fadus est le premier (44-46). Il réprime la révolte de Theudas qui est décapité..

En 46, Tiberius Julius Alexander, un Juif apostat d’Alexandrie, devient procurateur jusqu'en 48. Il fait face à une famine et fait exécuter Jacques et Simon, fils de Judas le Galiléen, probablement chefs du parti zélote.

Sous le procurateur Ventidius Cumanus (48-52). une émeute éclate à Jérusalem vers 48/49 lors d’une fête religieuse quand un soldat romain montre son sexe à la foule des pèlerins. Elle est réprimée par le procurateur. Peu après un soldat romain déchire et brûle un rouleau de la Loi de Moïse, et la foule juive se rend à Césarée pour exiger qu’il soit puni. Cumanus fait exécuter le coupable pour éviter la révolte. La situation s'aggrave en 51 quand des pèlerins galiléens sont assassinés dans un village de Samarie. Cumanus ne punissant pas les meurtriers, une bande de Zélotes se met à massacrer plusieurs villages samaritains. Ils sont arrêtés et exécutés par les troupes de Cumanus. L’affaire est portée devant le gouverneur de Syrie qui envoie des délégués à Rome, où appuyés par le jeune Hérode Agrippa II (fils d’Hérode Agrippa ), les Juifs obtiennent gain de cause. Cumanus est exilé en 52.

Claude envoie alors son favori Antonius Felix, un Grec, comme procurateur. Il épouse Drusilla, la sœur d’Agrippa. Sa politique maladroite et injuste entraîne le développement du parti zélote. Félix arrête leur chef Eléazar par trahison. Il fait exécuter le grand-prêtre Jonathan fils d'Anne par des sicaires armés de poignards . Les sicaires exécutent fréquemment leurs compatriotes ralliés aux Romains. À cette époque paraissent plusieurs prophètes rassemblant les foules et leur promettant la liberté, ce qui entraîne la réaction immédiate des Romains. Félix fait ainsi exécuter les partisans de « l’Égyptien » qui voulaient pénétrer dans Jérusalem. Profitant de l’agitation, les grands-prêtres s’emparent des dîmes dues aux simples prêtres, ce qui accentue les tensions sociales..

En 54, de nouvelles violences éclatent à Césarée à propos du statut de la ville et des droits civiques des Juifs. Juifs et Syriens s’affrontent. Les Juifs, armés de gourdins et d’épées, ont le dessus. Le procurateur de Judée Antonius Felix les somme de se disperser, puis ordonne à ses troupes de charger et les laisse piller les maisons des JuifsFlavius Josèphe, Antiquités juives, XX, 177.. Les troubles continuent et les notables juifs demandent l’arbitrage de Néron, qui tranche en faveur des Syriens, reléguant les Juifs au rang de citoyens de deuxième classe. Cette décision ne fait qu’accroître leur fureurFlavius Josèphe, Antiquités juives, livre XX, 184..