Guillaume de Rubrouck, de Ruysbroeck ou de Rubroeck, dit Rubruquis, né probablement dans les années 1210 ou 1220 à Rubrouck (comté de Flandre, royaume de France) et mort, selon les sources, dans les années 1270 ou après 1293., est un franciscain de langue flamande, sujet et intime de Saint Louis.

Il se rend en Mongolie en 1253-1254, précédant ainsi les voyages de Marco Polo et d'Odoric de Pordenone. Il visite Karakorum, la capitale de l'Empire dont il donnera quelques descriptions. Ne pouvant, à son retour, joindre le roi, il lui écrit une longue lettre relatant son voyage dans l'Empire mongol, source historique essentielle et grande œuvre littéraireJean-Paul Roux considère qu’il s’agit d’ (« Préface » à Guillaume de Rubrouck, Voyage dans l’empire mongol. 1253-1255, trad., annoté et commenté par Claire et René Kappler, Paris, Payot & Rivages, « Petite Biblio Payot », 2019 , p. 12)., mais qui ne connaîtra pas la popularité du livre de Marco Polo.

Les motivations de la mission de Guillaume de Rubrouck La mission de Guillaume de Rubrouck répond à différentes motivations que l'on peut résumer en deux points étroitement liés : le contexte géopolitique de la première moitié du et l'échec des missions l'ayant précédé. Ces motivations sont clairement expliquées dans l'Introduction au Voyage dans l'Empire Mongol de Guillaume de Rubrouck écrite par Claire et René Kappler.

Le contexte géopolitique au milieu du : la menace mongole Les Mongols d'Ögödei, le fils de Gengis Khan, s'emparent de Moscou en 1238, puis de Kiev, en 1240. Ils envahissent la Pologne, menacent Vienne, occupent Zagreb, non loin de l'Adriatique. C'est la mort d'Ögödeï en qui enraye la vague mongole. Celle-ci provoque le retrait des chefs mongols qui s'en vont régler les problèmes de succession au cœur de l'Asie centrale. L'Europe, malgré ce répit salvateur et inattendu, tarde à réagir face à cette menace qui, aux yeux des contemporains, apparaissait comme une tempête apocalyptique. L'appel à l'unité lancé par Frédéric II en 1241, alors qu'il est en conflit avec le pape Grégoire IX, ne reçoit aucune réponse - preuve de l'inertie qui touche alors l'Europe. Dans la lettre qu'il écrit à son beau-frère Henri III d'Angleterre, on peut notamment lire : Ces paroles révèlent bien l'image que les Occidentaux avaient des Mongols : ceux-ci apparaissaient comme au sens propre. Les Mongols étaient perçus comme les cavaliers d'Apocalypse décrit par le prophète Ezéchiel dans la Bible.

Malgré cette vision apocalyptique du peuple mongol déferlant sur l'Europe, il faut attendre 1245 pour que le pape Innocent IV envoie une mission à la tête de laquelle on trouve Jean de Plan Carpin, moine franciscain. Certes, tout l'Occident a tremblé face à la menace mongole, mais les possibilités d'entente semblent plus grandes avec les peuples des steppes qu'avec le monde islamique, qui reste l'ennemi principal depuis le . La priorité de la Chrétienté est en effet de récupérer les lieux saints. Les hordes mongoles ne se sont pas encore intégrées au monde islamique et on sait qu'elles comptent en leur sein des chrétiens nestoriens. Après sa rupture avec le reste de la chrétienté, l'Église nestorienne s'est en effet réfugiée en Perse. De là, elle a rayonné jusqu'au Tibet et en Chine.

Les missions de Jean de Plan Carpin (1245) et d'Ascelin de Lombardie À la fin de 1244, le pape Innocent IV envoie donc vers l'Orient, à la rencontre du Grand Khan, le franciscain Jean de Plan Carpin et un dominicain du nom d'Ascelin de Lombardie. Parti de Lyon en vers l'Orient, Jean de Plan Carpin arrive, en , au campement du khan Batu qui tenait la basse Volga. Ce dernier l'envoie à proximité de Karakorum où se trouve le campement impérial, où il assistera à l'élection du nouveau Grand Khan, Güyük, fils d'Ögödei. Il y restera jusqu'en avant de rentrer en Occident.

Le texte relatant la mission de Plan Carpin est la première source d'une telle importance sur les Mongols. Dans ce rapport, l'idée selon laquelle les Mongols représentent un danger pour l'Occident est clairement affirmée ; on peut notamment y lire que les Mongols préparaient une nouvelle offensive : Par conséquent, l'Occident doit se préparer à une nouvelle offensive et sortir de son inertie. Jean de Plan Carpin Ce portrait des Mongols s'accompagne d'un appel à l'unité des pays occidentaux qui, comme l'appel à l'unité de Frédéric II quelques années auparavant, restera sans effets.

Pourtant, la lettre que le Grand Khan Güyük adressa à Innocent IV en réponse à l'ambassade de Plan Carpin fournissait des motivations à l'union des pays occidentaux. Le répond à Innocent IV qu'il n'a pas précisément l'intention de se soumettre à une quelconque autorité temporelle ou spirituelle. Par ailleurs, Güyük affirme clairement sa volonté : Les prétentions mongoles étaient donc claires.

Malgré la véhémence de ces propos, les ambassades et missions se succédèrent au cours des années suivantes. L'origine de cette multiplication des contacts est à chercher dans la volonté de la Chrétienté d'asseoir leur pouvoir sur les Lieux saints. Dans cette optique, les Mongols apparaissent comme des alliés potentiels.

Cependant, Les images que les uns se font des autres et les images qu'ils ont d'eux-mêmes est à la source de ces malentendus. On a déjà précédemment évoqué les images que la Chrétienté a des Mongols. Frédéric II les comparait aux et soutenait que : Rapidement, leur image se teinte de la mythologie biblique de l'Apocalypse ; les Mongols apparaissent sous les traits du peuple de l'Antéchrist. Simon de Saint-Quentin, qui participa à la mission d'Ascelin, établit un rapprochement entre le nom du Grand Khan, Güyük, et le nom de Gog, figure biblique représentant métaphoriquement les forces apocalyptiques. Il écrit ainsi : Simon de Saint-Quentin s'inspire ici de ce passage du livre prophétique d'Ezéchiel (38, 14-16) :

La mission d'Ascelin, dont l'esprit était profondément infusé par ces images, eut un déroulement malheureux. Il se rendait auprès du chef des armées mongoles en Perse, Baïdju. Lorsqu'Ascelin se présente devant Baïdju, il refuse de se plier à la coutume mongole qui exigeait que l'on s'agenouille sur les deux genoux (ce geste étant réservé à Dieu pour les chrétiens) à moins que les Tartares ne se convertissent au christianisme. Ceux-ci répondent alors de manière véhémente qu'ils et souhaitent faire payer cette insulte en faisant Baïdju renvoie ainsi le dominicain, mais flanqué de deux ambassadeurs chargés de remettre au pape une lettre qui exige que ce dernier se présente en personne au Grand Khan pour se soumettre à lui.

Quoi qu'il en soit, à partir des grandes lignes s'esquissant dans les missions de Plan Carpin et d'Ascelin, on prend conscience du fossé qu'il y avait entre les Mongols et les chrétiens.

La mission d'André de Longjumeau L'issue de la mission d'André de Longjumeau, qui succède à celles de Plan Carpin et d'Ascelin, est importante dans la mesure où elle permet de comprendre les motivations directes de la mission de Guillaume de Rubrouck.

Le dominicain André de Longjumeau réalisa une première mission (plus ou moins contemporaine de celle de Jean de Plan Carpin) auprès des Mongols sous l'impulsion d'Innocent IV en 1245-1247 à l'issue de laquelle il rencontra l'avant-garde de Baïdju.

Saint Louis, parti en d'Aigues-Mortes pour la croisade, arrive à Chypre en où il s'installe à Nicosie. C'est ici qu'il reçoit Sabeddin Morrifat David et Marcus, envoyés par un chef mongol prénommé Altigidaï. Ces deux envoyés apportent au roi de France une lettre qui fait encore débat aujourd'hui quant à l'authenticité de ses formules et de son ton. En effet, il n'était pas rare à l'époque que les traductions s'éloignent de la version originale du document. Mais, selon Paul Pelliot, la traduction de la lettre apportée par David et Marcus est on ne peut plus proche de sa version originale et ne souffre d'aucuns embellissements de la part des traducteurs. La lettre contient essentiellement des éléments religieux et donne l'impression, lorsqu'on l'accorde avec les paroles des envoyés, que les Mongols sont largement christianisés et qu'ils ne sont animés par aucune animosité à l'égard des chrétiens. Paul Pelliot considère que cette lettre s'intègre dans les projets diplomatiques d'Altigidaï. Afin d'étayer cette thèse, Paul Pelliot cite l'impression que Simon de Saint-Quentin avait eu lors de la mission d'Ascelin : les Mongols "méditaient entre eux sur les entraves que leurs tromperies pourraient nouer aux pieds des Francs dès leur arrivée [en Syrie], soit par un simulacre de conversion à la foi chrétienne, soit par quelque autre ruse mensongère, afin d'empêcher les Francs de pénétrer sur leurs territoires, c'est-à-dire en Turquie et en Alep". Et Pelliot ajoute que : "il est bien probable qu'Äljigidaï méditait déjà en 1248 cette attaque du califat de Bagdad que Hülägü devait mener à bien quelques années plus tard. Pour ce faire, une diversion franque sur l'Égypte empêcherait le sultan du Caire de venir en aide au calife ; elle avait en outre l'avantage de tenir les Francs assez loin des territoires de l'Asie Mineure, de la Syrie septentrionale et de la Mésopotamie qui reconnaissaient l'autorité mongole". Et en arrière-plan de ces projets, ajoute Pelliot, "les Mongols ne doutaient pas que les Francs ne dussent devenir, à la longue, des vassaux du grand khan".

À la suite de ces contacts avec les envoyés d'Altigidaï, Saint Louis envoya en Mongolie, en 1249, une délégation conduite par le dominicain André de Longjumeau. Cette mission comportait deux objectifs : apporter des lettres de Louis IX à Altigidaï et à Gûyük. Or, lorsque la délégation arrive au camp d'Altigidaï, Güyük vient de mourir. Altigidaï décide alors d'envoyer la mission auprès de la veuve de Güyük, la régente Oghul Qaïmish qui se trouvait à proximité de Karakorum dans l'apanage de son défunt époux. La régente reçoit avec satisfaction les cadeaux offerts par saint Louis, parmi lesquels figurent des reliques de la Vraie Croix. Elle en remet elle-même aux envoyés français pour leur souverain. Mais des déclarations hautaines les accompagnent, et une invitation à Saint Louis de se considérer comme son vassal. La réponse fut ainsi très conventionnelle et brisait nettement les espérances de Louis IX d'une possible alliance avec les Mongols que Marcus et David avaient fait naître.

Par conséquent, aucun progrès n'a été fait depuis la mission de Plan Carpin. André de Longjumeau, toutefois, a rapporté des renseignements utiles, tant sur la rigoureuse neutralité en matière religieuse des Mongols que sur la présence de chrétiens nestoriens dans la haute administration et jusqu'aux abords du trône. Il a également rencontré quantité de chrétiens déportés: Géorgiens, Hongrois, Coumans, Alains… D'autre part, on dit que la mère et plusieurs des femmes de l'empereur Mongku sont chrétiennes. On le dit aussi de Sartaq, un arrière-petit-fils de Gengis Khan, qui commande pour le compte de l'empereur entre le Don et la Volga. Tout se passe comme si toute l'aristocratie des steppes est près de basculer du côté des chrétiens.

Cette présence chrétienne infiltrant les strates de la civilisation mongole pousse Saint Louis à envoyer une nouvelle ambassade : la mission de Guillaume de Rubrouck. Mais la "propagation de la foi n'est pas un simple prétexte, ni une ruse : Saint Louis, défenseur du Christ, et Guillaume de Rubrouck engagent cette mission pour contribuer au service de Dieu. Étant entendu que cette tentative pouvait avoir, par surcroît, des bienfaits diplomatiques" patents.

La mission de Guillaume de Rubrouck Le départ de Guillaume (1253)