L’opéra royal du château de Versailles est une salle d'opéra construite sous Louis XV à l'extrémité de l'aile nord du château de Versailles (Yvelines).
Genèse Les opéras avant l'opéra Sous Louis XV, le petit théâtre de la cour des PrincesVincent Pruchnicki, « Un théâtre au château de Versailles : la comédie de la cour des Princes », Bulletin du centre de recherche du château de Versailles, Articles, 2007, mis en ligne le 12 octobre 2009 sur crcv.revues.org, consulté le 28 novembre 2009. était incommode et ne se prêtait plus aux nouvelles modes. Pour distraire le roi, Madame de Pompadour monta une petite troupe de comédiens choisis parmi ses amis ; la marquise elle-même tenait sa place. La petite troupe eut deux théâtres successifs à sa disposition, théâtres provisoires et démontables installés d'abord dans la Petite Galerie puis dans la cage de l’escalier des Ambassadeurs. Ces petites salles accueillaient très peu de spectateurs et n'étaient pas considérées comme des théâtres de courAdolphe Jullien, La comédie à la cour, lire en ligne.
Le projet
En faisant construire l’aile du Nord, Louis XIV avait pensé y bâtir un opéra, les mauvaises finances de la fin de son règne l’en empêchèrentPierre Lemoine, Guide du Musée et domaine national de Versailles et Trianon, ..
Si le théâtre a été construit à l'extrémité de l'aile Nord, c'est aussi parce que non loin se tenaient deux grands réservoirs d'eaux qui alimentaient les Grandes Eaux des jardins : leur proximité garantissait un minimum de sécurité en cas d'incendie.. Louis XV fit reprendre le projet à l’occasion du mariage prochain de son petit-fils avec l’archiduchesse Marie-Antoinette. Quelques années avant sa mort, le , lors dudit mariage, Louis XV parachevait ainsi l’œuvre du Roi-Soleil.
La construction vignette|Marquis de Marigny: Brouillon d’une lettre adressée au Contrôleur général des finances Étienne Maynon d'Invault afin de lui rappeler qu’il a besoin d’une augmentation des fonds pour « parvenir à l’achèvement de la salle de spectacle du Château de Versailles, avant le printemps de 1770 » (mariage du futur Louis XVI avec Marie-Antoinette d'Autriche). ).
La construction fut commencée en 1768 sous ordre du roi par prévision des mariages de ses petits-enfants, la construction dura deux ans et L'Opéra fut inauguré le lors du mariage de Louis XVI de France et de Marie-Antoinette d'AutricheNicolas Jacquet, Versailles secret et insolite , éditions Parigramme, 2011, .. La construction de l'Opéra de Versailles marque l'aboutissement de près d'un siècle de recherches, d'études et de projets : car, s'il n'a été édifié qu'à la fin du règne de Louis XV, il a été prévu dès 1682, date de l'installation de Louis XIV à Versailles. Le Roi, en effet, avait chargé Jules Hardouin-Mansart et Vigarani de dresser les plans d'une salle des ballets, et l'architecte en avait réservé l'emplacement à l'extrémité de l'aile neuve, qui allait s'élever au cours des années suivantes. Le choix de cet emplacement était, au demeurant, fort judicieux : la proximité des réservoirs constituait un élément de sécurité en cas d'incendie, et la forte déclivité du terrain permettait d'obtenir, pour la scène, des « dessous » importants sans qu'il soit nécessaire de creuser profondément; aussi bien ce choix ne fut-il jamais remis en question par les successeurs de Mansart.
Les travaux de gros œuvre furent commencés dès 1685, mais furent vite interrompus en raison des guerres et des difficultés financières de la fin du règne. Louis XV, à son tour, recula longtemps devant la dépense, de sorte que, pendant près d'un siècle, la cour de France dut se contenter d'une petite salle de comédie aménagée sous le passage des Princes. Lorsqu'on voulait représenter un grand opéra, nécessitant une grande figuration et une machinerie compliquée, on construisait dans le manège de la Grande Écurie une salle provisoire que l'on démolissait le lendemain des fêtes: ce fut le cas, en particulier, lors des fêtes données à l'occasion du mariage du Dauphin en . Mais cette solution présentait de tels inconvénients que Louis XV résolut d'édifier une salle définitive dont il confia la construction à son Premier architecte, Ange-Jacques Gabriel.
Toutefois, la mésentente entre Gabriel et le directeur des Bâtiments du roi, Abel-François Poisson de Vandières, marquis de Marigny, conduisit ce dernier à confier en sous-main le chantier à Charles De Wailly, son protégé, architecte plus novateur, qui œuvrait alors à l'hôtel d'Argenson, sis au Palais-Royal à Paris, ex-Chancellerie d'Orléans, hôtel qui faisait alors sensation. La plupart des artistes retenus (Augustin Pajou, Louis Jean-Jacques Durameau, Gabriel Briard) pour l'opéra étaient issus de ce chantier fameux, entamé en 1765 et qui ne sera pas achevé avant 1772. Marigny avait retenu les conseils du marquis Marc-René de Voyer d'Argenson, grand connaisseur et mécène du moment.
La réalisation de ce grand dessein devait demander plus de vingt ans. Au cours de cette longue période, Gabriel, qui avait étudié les principaux théâtres d'Italie, en particulier ceux de Vicence, de Bologne, de Parme, de Modène et de Turin, présenta au roi différents projets dont aucun ne fut accepté. C'est seulement en 1768 que le roi, en prévision des mariages successifs de ses petits-enfants, se décida enfin à donner l'ordre de commencer les travaux. Ceux-ci furent poussés activement et l'Opéra, achevé en vingt-trois mois, fut inauguré le , jour du mariage du Dauphin avec l'archiduchesse Marie-Antoinette, avec une représentation de Persée de Quinault et Lully.
Les campagnes de restauration
L’Opéra, que Louis-Philippe fit repeindre en rouge dans les années 1840 et qui, en 1871, fut transformé en salle de séances pour l'Assemblée nationale, occupée par le Sénat à compter de 1875, fut scrupuleusement restauré de 1952 à 1956, et remis dans son état d’origine en 2009.
Il est ainsi redevenu l’un des plus beaux théâtres du monde, illustrant à nouveau la pensée de Gabriel et les choix esthétiques de De Wailly, unissant les grâces du style rocaille finissant au néo-classicisme triomphant, et donnant, selon le mot de Pierre Patte, « une idée du progrès réalisé dans les arts sous le règne de Louis XV ».
Architecture, décoration, aménagements et acoustique
Œuvre d'Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du Roi, et de Charles De Wailly, contrôleur général des Bâtiments du Roi, cette salle est l'une des plus éminentes expressions du style néoclassique sous Louis XV.
Extérieur
Deux galeries de pierre conduisent à l’Opéra : c’est par la galerie du premier étage que le roi s’y rendait, soit en gagnant directement sa loge particulière, soit en descendant l’escalier, aujourd’hui détruit, qui conduisait à la salle des Gardes, et, de là, au foyer et à l’amphithéâtre. vignette|Salle de l'Opéra royal.
Salle Le plan de salle, nouveau pour l’époque, affecte la forme d’un ovale tronqué, et les loges traditionnelles sont remplacées par de simples balcons, en retrait l’un sur l’autre, avec des séparations à hauteur d’appui. Ces dispositions favorisent la vision et l’audition ; il n’y a pas d’angle mort dans cette salle et l’acoustique y est particulièrement remarquable, d’autant plus qu’étant entièrement construite en bois, elle résonne comme un violon.
Les proportions en sont parfaites, et l’on ne peut qu’admirer l’élégante colonnade des troisièmes loges ; quant aux miroirs qui en tapissent le fond dans lesquels se réfléchissent les demi-lustres, donnant ainsi l’illusion de lustre entiers, ils accentuent le caractère de légèreté de cette architecture qu’ils semblent répéter à l’infini.
Décorations vignette|Plafond de l'opéra royal. La décoration est particulièrement raffinée.
Louis-Jacques Durameau a peint le plafond central, où il a représenté Apollon distribuant des couronnes aux Muses, et les douze petits plafonds de la colonnade où il a évoqué les amours des dieux. Leurs coloris délicats s’harmonisent avec le décor en faux marbre de la salle, où dominent le vert Campan et le sérancolin.
Augustin Pajou a sculpté les bas-reliefs des premières loges où l’on voit, entre les profils des Muses et des Grâces sur le fond de lapis-lazuli, les figures allongées des dieux et des déesses de l’Olympe et ceux des secondes loges où des amours symbolisant les opéras les plus célèbres alternent avec les signes du Zodiaque.
C’est Antoine Rousseau qui est l’auteur des trophées d’instruments de musique qui encadrent la scène et du cartouche aux armes de France qui la domine.
Scène Comme c’était habituellement le cas dans les théâtres de cour, l’Opéra pouvait être transformé en vingt-quatre heures en une vaste salle pour le « bal paré ». Un système de treuils permettait d’élever le parquet du parterre pour l’amener au niveau de l’amphithéâtre et de la scène, sur laquelle on construisait une seconde salle entourée de colonnades praticables et ornée d’un plafond peint par Briard. Ce dispositif ingénieux, qui fut inauguré par le bal paré clôturant les fêtes du mariage du futur Louis XVI, le , était également l’auteur de l’équipement technique de la scène. Cette dernière, dont les dimensions exceptionnelles (12.70 m d’ouverture, 29 m de profondeur, 31 m de largeur et 18 m de hauteur) font l’une des plus vastes de France, permettait donc la représentation d’opéras à grand spectacle, exigeant une figuration nombreuse et des changements de décor à vue.
La cage de scène et les installations techniques de l'opéra ont été restaurées récemment () après deux ans de travaux« Réouverture de l'Opéra Royal – Les travaux de l’Opéra Royal », sur le site officiel du château de Versailles, chateauversailles.fr, consulté le 28 septembre 2009. qui ont coûté Ariane Bavelier, « La renaissance de l'Opéra royal de Versailles », Le Figaro, 18 septembre 2009, sur le site lefigaro.fr, consulté le 28 septembre 2009.. vignette|Scène de l'opéra royal.
Loges vignette|La loge royale. Derrière le parterre, s’élève l’amphithéâtre, au premier rang duquel sont placés les fauteuils de la famille royale et les tabourets des princes et princesses du sang et des duchesses. A l’étage des secondes loges, se trouvent trois petites loges particulières qui permettaient éventuellement au Roi d’assister au spectacle dans un semi-incognito : fermées de grilles en bronze doré et décorées d’exquises arabesques par Vernet le Jeune, elles communiquent par un petit salon ovale avec la galerie conduisant aux Grands Appartements.
La salle contenait autrefois plus de mille places, elle en compte aujourd’hui un peu plus de sept cents ; la fosse d’orchestre peut recevoir quatre-vingts musiciens.
Foyer royal
Le foyer, qui donne accès à l’amphithéâtre, est orné de statues qui sont l’œuvre de Augustin Pajou : Apollon, Vénus, l’Abondance et la Paix, la Jeunesse et la Santé, les Poèmes lyrique, pastoral, épique et dramatique.
Utilisations
vignette|Foyer royal. L'éclairage de la salle à la chandelle étant extrêmement coûteux et étant donné que l'opéra était surtout conçu pour servir à la fois de salle de théâtre, de salle de festin et de salle de bal, il n'était pas destiné à accueillir les spectacles ordinaires de la cour mais les événements exceptionnels, ce qui explique son utilisation très restreinte jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
Ancien Régime