La Legio III Gallica (litt : de Gaule)Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994) ). fut une légion romaine levée par Jules César en 49 ou 48 av. J.-C. lors de la guerre civile qui l’opposait à Pompée le Grand. Le cognomen Gallica indique que les recrues venaient soit du nord de l’Italie (Gallia Cisalpina), soit de Provence (Gallia Transalpina)Lendering (2002) para 1.
Après avoir participé à toutes les grandes batailles livrées par César, la légion fut incorporée, après le meurtre de celui-ci, au sein des troupes de Marc Antoine avec qui elle prit part à la campagne contre les Parthes. Après la défaite de Marc Antoine par Octave lors de la bataille d'Actium (31 av. J.-C.), la légion fut envoyée en Syrie où elle fut stationnée à Émèse. Par la suite, elle fut envoyée en Arménie sous Néron, à nouveau lors d’une campagne contre les Parthes, puis en Mésie inférieure où elle contribua à la défense du limes danubien.
Pendant l’Année des Quatre Empereurs, la légion appuya d’abord Othon puis se rangea du côté de Vespasien après la victoire duquel elle retourna en Syrie, son campement étant situé à Rafanée (Syrie d’aujourd’hui), entre Antioche et Damas.
Sous les Antonins, elle participa à la répression de la révolte de Shimon bar Kokhba, après quoi elle combattit à nouveau les Parthes sous le commandement de Lucius Verus. Après le meurtre des empereurs Commode et Pertinax, elle prit le parti de Pescennius Niger contre Septime Sévère. Celui-ci devenu empereur intégra la légion au sein de ses forces pour réunifier l’armée et celle-ci participa à une nouvelle campagne contre les Parthes. Lors de la division de la Syrie en deux provinces, la Legio III Gallica demeura à Rafanée mais dépendait de Tyr, capitale de la nouvelle province et sa vocation devint plus méditerranéenne qu’orientale. Après le meurtre de Caracalla, la légion donna d’abord refuge au jeune Héliogabale, mais se lassa rapidement de ses excentricités lorsqu’il devint empereur. À la suite d'une révolte, Héliogabale décida de dissoudre la légion qui fut toutefois reconstituée sous le successeur de celui-ci, Sévère Alexandre, et fut alors stationnée à Danaba près de Damas.
Pendant la période dite de l’Anarchie militaire, la légion, si l’on en croit l’Histoire Auguste, aurait pris part à la campagne de Valérien contre les Sassanides. Nombreux furent les légionnaires capturés par les troupes de Shapur et utilisés pour la construction d’une grande digue. Rome n’étant plus en mesure de défendre efficacement ses provinces, deux « Empires », tous deux éphémères se créèrent, l’un en Occident, l’Empire des Gaules, où auraient stationné quelques régiments de la légion, l’autre en Orient où Odénat et, plus tard, sa femme Zénobie, prirent le commandement des rescapés du désastre de Valérien. Après la reconquête sous Aurélien, la Legio III Gallica aurait participé à la campagne du César Galère sous Dioclétien contre les Perses.
Par la suite, la légion est mentionnée quelques fois, conjointement avec une nouvelle légion, la I Illyricorum et l’un de ses détachements fut envoyé pour protéger la frontière sud de la province. Elle est encore mentionnée vers l’an 400 comme stationnée à Danaba sous les ordres du Dux Phoenicis.
À l’instar des autres légions de César, son emblème était un taureauLendering (2002) para 29..
Histoire de la légion
Sous les Julio-Claudiens
thumb|right|Les premières batailles auxquelles participera la Legio III Gallica, de janv. 49 à aout 47 av. J.-C.)
En 49 av. J.-C. César était devenu maître de l’Italie, des Gaules et des Espagnes; l’année suivante, en janvier 48 av. J.-C., il fut élu consul et traversa l’Adriatique pendant l’hiver pour surprendre Pompée en Épire. Ce dernier disposait alors de onze légions. C’est pour faire face à ces forces considérables, que César leva la Legio III Gallica qui fit dès lors partie des douze légions qui l’attendirent à BrindisiMeier (1982).. Elle fut par la suite de toutes les grandes batailles livrées par César : Dyrrhachium (48 av. J.-C.), Pharsale (48 av. J.-C.) et Munda (45 av. J.-C.). Après l’assassinat de César, en 44 av. J.-C., la légion fut incorporée dans les troupes de Marc Antoine. C’est donc du côté des triumvirs Marc Antoine et Octave que la légion participa à la bataille de Philippes en octobre 42 av. J.-C. opposant les triumvirs aux assassins de César, Cassius et Brutus. À la suite de cette bataille, les premiers vétérans de la légion reçurent des terres en Italie et s’installèrent à Pérouse (Perugia en Italie)Legio III Gallica (dans) Imperium-Romanum.com.. Il semble que ces vétérans aient joué un rôle déterminant dans la guerre qui opposa l’épouse de Marc Antoine, Fulvie, et le frère de ce dernier, Lucius, à Octave qui, resté en Italie, avait reçu mission de distribuer des terres aux vétérans des guerres civiles (Guerre de Pérouse). En 41 av. J.-C., Pérouse fut assiégée par les partisans d’Octave et la ville dut se rendreLendering (2002) para 2..
Pendant ce temps, le reste de la légion participait à la campagne de Marc Antoine contre les Parthes (36 av. J.-C.) au sein d’une immense armée composée de seize légions comprenant , et cavaliers. Après une avance rapide jusqu’à la capitale de la Médie, Marc Antoine dut abandonner le siège. Commença alors une longue retraite au cours de laquelle l’armée romaine perdit quelque et Plutarque, « Antoine », 44-55.. Il semble que la légion se soit alors conduite de façon héroïque et que son courage ait permis de sauver le reste de l’arméeLendering (2002) para 3..
thumb|left|La province de Syrie où fut stationnée la Legio III Gallica à partir de 30 av. J.-C..
Après la défaite finale et le suicide de Marc Antoine à la bataille d’Actium (31 av. J.-C.), la Legio III Gallica fut intégrée dans les forces d’Octave, lequel l’envoya avec la Legio VI Ferrata, la Legio X Fretensis et la Legio XII Fulminata dans la province de Syrie où elle fut stationnée à Émèse (aujourd’hui Homs en Syrie)Lendering (2002) para 4..
Pendant l’hiver 21-20 av. J.-C., Octave devenu Auguste ordonna au futur empereur Tibère de se rendre en Arménie, retombée sous l’influence des Parthes après l’effondrement du système que Marc Antoine avait instauré en Orient. La légion fit partie des forces de Tibère, mais n’eut pas à combattre, la situation ayant été résolue entretemps par un traité de paix conclu entre Auguste et le souverain parthe Phraatès IV qui redonnait l’avantage aux Romains. Les Parthes acceptèrent alors de restituer les insignes et les prisonniers capturés après la défaite de Crassus lors de la bataille de Carrhes en 53 av. J.-CTraina (2011) .Boardman (1925) .
Il est probable que la Legio III Gallica ait fait partie des trois légions envoyées de Syrie et utilisées par Publius Quinctilius Varus, légat d’Auguste pour la Syrie, en 4 av. J.-C. pour mettre un terme à une révolte en Judée après la mort du roi Hérode le GrandLendering (2002) para 5..
Lorsque l’empereur Claude (r. 41-54) décida de fonder la Colonia Claudii CæsarisCréées par l’État romain, les « colonies » étaient destinées à contrôler un territoire récemment conquis. Essentiellement « colonies de peuplement » (contrairement aux colonies puniques par exemple qui étaient essentiellement des comptoirs commerciaux), elles permettaient aux empereurs d’y établir les vétérans démobilisés qui devenaient des facteurs d’acculturation des populations locales à Ptolemais (aujourd’hui Accre en Israël), il y installa des vétérans des quatre légions de la province de SyriePline l’Ancien, Histoire naturelle, 5,75..
Sous le règne de son successeur, Néron (r. 54-68), la Legio III Gallica participa avec la Legio VI Ferrata et la Legio X Fretensis à la campagne de Cnaeus Domitius Corbulo contre les Parthes afin de reprendre le contrôle de l’Arménie, territoire continuellement disputés par les deux empires. Les villes d’Artaxata et de Tigranocerta furent prises respectivement en 58 et 59 et le roi Tiridate , qui avait été nommé par le souverain parthe fut remplacé par Tigranes VI, qui dut aller à Rome recevoir sa couronne de Néron, l’Arménie devenant un État-client de RomeTacite, Annales 12. 50. 1–2.. La Legio III Gallica devait rester au moins jusqu’en 64 en Arménie où elle fut stationnée au fort de ZiataLendering (2002) para 6..
En 66, un détachement de la légion se joignit à l’armée de composée de la Legio XII Fulminata, de détachements des trois autres légions stationnées en Syrie et six cohortes d’infanterie auxiliaires plus quatre unités de cavalerie, qui, sous les ordres du légat de Syrie, Caius Cestius Gallus (successeur du gouverneur Corbulon) tentait de mettre fin à la Grande révolte juive. S’il réussit à prendre la ville de Beït-Shéarim où siégeait le sanhédrin, il fut incapable de conquérir le Temple de Jérusalem. Dans sa retraite, il fut écrasé par Eleazar ben Simon et perdit la presque totalité de sa légion, soit à peu près et 480 cavaliersTacite, Histoire, X, 13..
En dépit de cet échec et de la détérioration de la situation, Néron, jugeant sans doute que la pression sur le limes danubien était plus menaçante que la guerre de Judée, décida de transférer la Legio III Gallica vers la Mésie inférieure où elle fut stationnée à Oescus sur le Danube et remplaça la Legio V Macedonia. La légion s’y illustra en défaisant en 68-69 avec l’aide de détachements de la Legio VIII Augusta les Roxolans, une tribu sarmate, qui dévastait la Mésie et avait annihilé deux cohortes romaines. La légion tua quelque , surchargés par le butin et les bagagesTacite, Histoires, I, 79.Lendering (2002) para 8..
Pendant l’Année des quatre empereurs et sous la dynastie flavienne