Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Île, vicomte de Melun et de Vaux, né le à Paris et mort le à Pignerol, est un homme d'État français. Procureur général au Parlement de Paris et surintendant des Finances en 1653, il devient, en puisant dans les comptes publics, l'un des hommes les plus riches et les plus puissants du royaume de France.
Acquéreur de nombreuses terres et propriétés, il fait bâtir entre 1657 et 1661 le château de Vaux-le-Vicomte, qu'il transforme en un domaine fastueux, grâce aux artistes de renom qu'il embauche, ce qui contribue à alimenter la désaffection du jeune roi .
L'influence grandissante de Jean-Baptiste Colbert marque l'arrêt progressif de l'ascension de Fouquet, qui est dénoncé par Colbert pour malversations.
Destitué et arrêté sur l'ordre de en 1661, il est condamné au terme d'un procès-fleuve de trois ans à la confiscation de ses biens, et au bannissement hors du royaume. Sa peine est aggravée par le roi en un emprisonnement à vie dans la forteresse de Pignerol, où il meurt le .
Nicolas Fouquet retrouve une célébrité posthume par le biais des nombreux romans et films, notamment Le Vicomte de Bragelonne d'Alexandre Dumas.
Famille et formation Nicolas Fouquet est issu d'une famille d'origine angevine, qui fit fortune dans le commerce du drap avant de se convertir dans la magistrature et qui, contrairement aux prétentions de l'époque du clan Fouquet, n'était pas d'origine noble mais appartenait encore au à la bourgeoisie marchande : le premier ancêtre connu Jehan Fouquet était installé comme drapier-chaussier près d'Angers à la fin du ..
Le mot « fouquet » désignant un écureuil en langue angevineMichel Vergé-Franceschi, Le masque de fer enfin démasqué, Fayard, 2009, page 340., les Fouquet portaient les armes d'argent à l'écureuil rampant de gueules avec la devise « Quo non ascendet ? » (« Jusqu'où ne montera-t-il pas ? ») qui était peut-être celle de la famille en général, mais en tout cas celle qui fut adoptée par Nicolas FouquetMarcel Boulenger, Fouquet, Éditions Frédérique Patat, 2019...
Né le à Paris, il est le second fils de François IV Fouquet (alors maître des requêtes de l'hôtel du roi) et de Marie de Maupeou, issue d'une famille influente de la noblesse de robe.
En 1626, à la demande expresse du cardinal de Richelieu, François Fouquet est nommé juge du tribunal d'exception qui condamne à mort le comte de Chalais pour crime de lèse-majesté. Il se fait remarquer à cette occasion par Richelieu qui lui confie ensuite plusieurs missions et gagne auprès du cardinal un crédit, qui dès lors assure au clan Fouquet la protection de Richelieu.
Les Fouquet sont un modèle de famille catholique dévoteJoël Cornette, Affirmation de l'État absolu 1492-1652, Hachette Éducation, 2016.. et, comme les Maupeou, ils forment . Sur les douze enfants survivants du couple, les six filles et trois des garçons seront religieux (deux d'entre eux deviendront évêques). Nicolas Fouquet fait ses études chez les jésuites au collège de Clermont (futur lycée Louis-le-Grand) à Paris.. Il semble alors s'orienter lui aussi vers l'état ecclésiastique : il reçoit la tonsure en , devient trésorier de l'abbaye Saint-Martin de Tours et reçoit le bénéfice du prieuré de Saint-Julien de Douy ; mais il s'oriente finalement vers une licence en droit à la Sorbonne, qu'il obtient en 1631 à l'âge de seize ans. Il est reçu avocat au Parlement de Paris en 1632..
Nicolas Fouquet épouse en 1640 à Nantes Louise Fourché de Quéhillac, fille unique d'un conseiller au parlement de Rennes, qui lui apporte en dot, en plus de la terre de Quéhillac, en argent et rentes sur particuliers. Six mois après avoir donné naissance à une fille, Marie, Louise meurt à l'âge de 21 ans en . À 36 ans, il contracte un second mariage en avec Marie-Madeleine de Castille, âgée de 15 ans, qui appartient elle aussi, par son père, à une famille de marchands passée à la finance, puis anoblie, et qui apporte à Fouquet le vaste cercle de relations de la famille de sa mère dans la haute robe parisienne.
Carrière politique Magistrat et homme d'affaires thumb|upright|Portrait de Fouquet.
À dix-neuf ans, il obtient une charge de conseiller au parlement de Metz, nouvellement créé par Richelieu, et bénéficie d'une dispense d'âge pour l'occuper. Il est alors chargé par le cardinal d'inventorier les papiers du Trésor de la chancellerie de Vic, où sont conservés tous les titres de la principauté épiscopale de Metz et de l'abbaye de Gorze afin de vérifier si le duc Charles IV de Lorraine n'empiète pas sur les droits du roi de France. Richelieu fait occuper le duché par les troupes françaises avant la fin des travaux et détache à Nancy un certain nombre de magistrats de la cour de Metz, dont Nicolas Fouquet, qui participe au conseil souverain en .
À Nancy, Fouquet mène grand train, prenant part aux séances à la comédie, aux bals et aux festins.
En 1636, son père lui achète une charge de maître des requêtes de l'Hôtel du roi et l'associe à ses affaires et lui cède une part dans la Compagnie des îles d'Amérique dont il est le directeur pour le compte de Richelieu, qui en est un des principaux actionnaires.
De 1642 à 1650, il est successivement intendant en Dauphiné, puis intendant de la généralité de Paris. Il devient alors intendant de l'armée des Flandres, puis de l'armée qui assiège Paris en 1649 et de celles que Mazarin envoie en Normandie, en Berry, en Guyenne et en Bourgogne. En 1650, Mazarin lui permet d'acheter pour la charge de procureur général auprès du parlement de Paris..
thumb|upright|left|Mignard, Le Cardinal Mazarin, protecteur de Fouquet.
Durant cette période, il reprend les activités de son père au sein des différentes compagnies maritimes, dans lesquelles la famille détient des parts : Compagnie des îles d'Amérique, du Sénégal ou encore de la Nouvelle-France. En 1640, il fait partie des premiers actionnaires de la Société du Cap-Nord et en 1642, il entre dans celle des Indes orientales, mais la mort de Richelieu, protecteur de longue date de la famille Fouquet, vient mettre fin à ses rêves coloniaux et maritimes. Fouquet choisit alors définitivement le service de l'État et celui du cardinal Mazarin qui succède à Richelieu.
Durant la Fronde Quand Mazarin s'exile à Brühl à la suite de son expulsion par le Parlement de Paris, Fouquet, procureur général, doit instruire contre le cardinal. Mais par le truchement de son frère Basile, chef de la police secrète du cardinal, il le tient informé jusqu’à son retour en grâce.
Surintendant des finances vignette|upright|Portrait de Fouquet par Édouard Lacretelle.
À la mort du duc de La Vieuville, surintendant des Finances, en , deux candidats se présentent pour occuper la charge : le diplomate Abel Servien et Nicolas Fouquet appuyé auprès de Mazarin par son frère l'abbé Fouquet.
Mazarin, tenant compte du réseau de Fouquet dans le milieu de la finance et de son poste de procureur au parlement utile pour en contenir les velléités de révolte, mais désirant aussi contrôler l'ambition de celui-ci, partage le le poste entre les deux hommesSimone Bertière, Le procès Fouquet, Editions de Fallois, 2017... Une fois en poste, Servien et Fouquet ne peuvent se mettre d'accord sur la façon de traiter avec les gens d'affaires. Pour faire cesser ce désaccord, Mazarin règle en leurs attributions respectives : à Servien les dépenses et à Fouquet les recettesFrançoise Bayard, Joël Félix, Philippe Hamon, Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, Paris, Cheff, 2000, ..
Fouquet, devenu maître des recettes, s'empare peu à peu de toute l'administration. Selon certains auteurs, il fait alors prévaloir le paiement de prétendues avances faites par lui et les siens sur tout autre paiement, détournant ainsi des fonds. Et il assigne à son gré les ordonnances de dépenses de Servien sur des recettes incertaines, douteuses ou chimériquesJean-Jules Clamageran, "Histoire de l'impôt en France, Guillaumin et cie, 1868, p. 587... Après la mort de Servien le , Fouquet reste seul surintendant.
Les finances royales sont alors dans un état désastreux, à la suite de ces détournements massifs. Alors que les besoins d'argent de la couronne sont immenses, à la fois pour financer la guerre et pour les dépenses personnelles de , le Trésor est en banqueroute, la conjoncture fiscale est calamiteuse (les tailles ne rentrent plus) et le stock de métaux précieux disponible, notamment d'or, insuffisant.
Fouquet se constitue une large clientèle parmi les manieurs d'argent du royaume.. En outre, les flux financiers considérables qui passent par les mains du surintendant ainsi qu'un réseau d'espions et d'informateurs permettent à Fouquet de consolider sa position.
Le bilan de sa surintendance ne fait pas l'unanimité. L'historiographie classique reproche à Fouquet son absence de principes économiques clairs, sa timidité à réduire les « affaires extraordinaires » et à éteindre les emprunts royaux, mais surtout sa collusion avec le milieu des manieurs d'argent, son clientélisme et son enrichissement personnel. Daniel Dessert juge ce bilan largement marqué par les critiques de Colbert et préfère souligner l'amorce de redressement financier obtenu par Fouquet, par des moyens somme toute similaires à ceux de Colbert :
Si Fouquet avait bien la même politique que Colbert, il n'a pas été l'auteur d'un système administratif cohérentRichard Bonney, « compte-rendu du Fouquet de Dessert », English Historical Review, janvier 1990, 105, , ..
Aventures coloniales et maritimes thumb|La citadelle Vauban du Palais, à Belle-Île, bâtie par Vauban à la suite des travaux de Fouquet.
Actionnaire, à la suite de son père, de compagnies d'exploitation coloniales, Fouquet a conscience des problèmes inhérents à ces sociétés qui hésitent souvent entre un but religieux et un but commercial, possèdent des moyens insuffisants et pâtissent de la concurrence des Anglais et des Néerlandais.
Rapidement, il décide donc d'intervenir dans les colonies de manière plus directe, en se faisant armateur. Dès les années 1640, sa famille achète ou fait bâtir plusieurs navires, dont des bâtiments de guerre. Certains semblent être utilisés pour la course, sous commission de la France comme du PortugalSelon le témoignage de Colbert de Terron, cousin du grand Colbert et intendant de Brouage, B.N., Mélanges Colbert, 101, fol. 290 v° et 291, 12 octobre 1658. Cité par . ;
Fouquet veut aller plus loin et se créer en Bretagne une puissance domaniale pouvant servir de base à de vastes entreprises coloniales et commerciales. C'est dans cette optique qu'il se lie à l'illustre maison bretonne de Rieux, à qui il rachète plusieurs terres aux alentours du golfe du Morbihan, comme la forteresse de Largoët. En 1658, par l'intermédiaire de Jeanne-Pélagie de Rieux, propriétaire de l'île d'Yeu, il fait fortifier l'île, où il amène des vaisseaux armés.
La même année, Fouquet achète Belle-Île pour de livres, dont il restaure les murailles, et où il fait bâtir un port, des magasins et des entrepôts à grands frais. Il semble bien que l'île soit également destinée à être une place de sûreté, un refuge en cas de procès le juge .. Simultanément, il constitue par l'intermédiaire d'un prête-nom une société de commerce à destination de l'Espagne et des Indes, dont les bateaux utilisent Belle-Île comme port d'attache et entrepôt. À la tête d'une dizaine de navires, utilisés pour le cabotage ou le commerce au long cours, Fouquet se classe parmi les premiers armateurs du royaume. Selon le surintendant et ses amis, l'ambition était que Belle-île remplace le port d'Amsterdam dans son rôle d'entrepôt de l'Europe septentrionale..
Afin de se prévaloir d'une autorité légitime, Fouquet achète en 1660 au duc de Damville la charge de vice-roi d'Amérique, qu'il confie à un homme de paille : les lettres de provision accordent au titulaire l'autorisation d'exempter d'impôts les marchandises et munitions destinées aux places existant ou à créer en Amérique.