vignette|187x187px|Blason de Sainte-Marie-aux-Mines Sainte-Marie-aux-Mines est une commune française située dans la circonscription administrative du Haut-Rhin et, depuis le , dans le territoire de la Collectivité européenne d'Alsace, en région Grand Est. Marquée par des siècles d'exploitation minière qui a connu son apogée en 16e siècle, elle devient un important centre de l'industrie textile surtout au 19e siècle. Lieu d'immigration et de refuge pour de nombreuses communautés religieuses, elle joue un rôle dans l'histoire du protestantisme en Alsace. En , Sainte-Marie-aux-Mines est la terre de naissance du schisme amishJohn D. Roth, Letters of the Amish Division: A Sourcebook, Mennonite Historical Society, Goshen, Indiana, 1993.

Moyen Âge

Première mention de Sainte-Marie thumb|250px|Restitution des dîmes par Thierry II en 1078 au prieuré de Lièpvre - Archives de Meurthe-et-Moselle G393/1 Les débuts de la ville sont liés à la création du prieuré de Lièpvre en 762 puis du prieuré d'Échéry vers 938. Ces deux communautés religieuses font appel à des colons vosgiens - les Welsches - pour défricher la forêt et développer des cultures.

La première mention connue de la ville remonte à 1078. Il s'agit de l'acte de la restitution des dîmes de Saint-Blaise et de Sainte-Marie rendus au monastère de Lièpvre par Thierry II, Duc de Lorraine dont son père Gérard de Lorraine s'était injustement accaparé en 1052, et ce, avec l'approbation du futur pape Léon IX, alors évêque de ToulDeciman de Sancta Maria et de Sancto Blasio - Archives de Meurthe et Moselle G 393/1.. Selon certains historiens, Gérard appartiendrait à la maison franque des Étichonides qui ont régné sur l'Alsace au 8e siècle et qui descendaient du duc Etichon, le père de sainte OdileLe prédécesseur de Gérard d'Alsace, Adalbert de Lorraine, était le fils d'un autre Gérard qui avait épousé Gisèle, nièce de l'empereur Conrad . Le nouveau duc héréditaire de la Lorraine, Gérard d'Alsace, appartient donc à une illustre lignée solidement pourvue en Alsace, c'est-à-dire au sud-ouest du royaume de Germanie. Les liens entre la Lorraine, le royaume de Germanie et le Saint Empire s'avéraient de ce fait étroits et solides. Il était soutenu par l'empereur Henri III car les Etichonides avaient toujours loyalement servi l'Empire et lui avaient fourni des fonctionnaires dévoués. Source : Henry Bogdan : La Lorraine des ducs, .

A cette époque, l’Alsace se situe sous domination carolingienne qui se confirme avec le sacre de Charlemagne en tant qu’empereur en 800. Après la mort de ce dernier, son empire est divisé. L’Alsace passe alors sous l’autorité de Louis le Germanique au sein de la Francie orientale aussi appelée Germanie. Lorsqu’Otton Ier accède à la tête de la Germanie et se fait sacrer empereur en 962, l’Alsace devient partie du Saint-Empire romain germanique naissant et qui va dominer la région durant toute la période médiévale.

La découverte des filons argentifères Attribuée aux moines d'Échéry, la découverte de l'argent au 10e siècle suscite les convoitises du Duc Gérard de Lorraine, qui impose son protectorat aux deux prieurés. Le Duc installe une famille vassale dans la vallée, les sires d'Échéry, qui assurent la surveillance des mines et la protection des prieurés en son nom. Le pouvoir des prieurés diminue alors au profit de celui des officiers lorrains.

Le partage de la ville vignette|170x170px|Borne frontière du pont Bonduron datée de 1722, avec une croix de Lorraine à gauche et les armes des Ribeaupierre à droite. La lignée d'Échéry s'éteint avec le décès sans successeur de Jean d'Échéry en 1381, et ses fiefs sont revendiqués à la fois par les Ribeaupierre et les Hattstatt, tous deux vassaux du Duc de Lorraine. S’ensuit un conflit que le Duc arbitre le . Il cède définitivement une moitié de la vallée aux Ribeaupierre, et conserve l'autre moitié qu'il redonne en fief aux Hattstatt. La frontière de leurs terres est fixée sur 3 cours d’eau, dont l’un deux - la Lièpvrette - coule au milieu de Sainte-Marie-aux-Mines, la séparant en deux moitiés distinctes.

Le traité du revêt une importance particulière dans l’histoire de la ville. Il provoque une réorganisation complète du mode de gestion du territoire car les Ribeaupierre gèrent par eux-mêmes leur part du Val de Lièpvre tandis que le duché de Lorraine conserve sa domination sur l’autre partie.

Le duché de Lorraine, issu du partage de la Lotharingie en 959, fait partie du Saint-Empire romain germanique jusqu’en 1542 et perdure jusqu’en 1766, date à laquelle il est intégré au royaume de France. Les Ribeaupierre (aussi appelés les sires de Rappoltstein ou Rapoltstein) exercent leur tutelle sous le protectorat autrichien du Saint-Empire romain germanique. Leur seigneurie se distingue par son étendue et par les richesses potentielles qu’elle renferme avec notamment les mines d’argent. Leur domination s’incarne dans les trois châteaux de Ribeauvillé et dans quelques gros bourgs des collines sous-vosgiennes. Les Ribeaupierre s’éteignent en 1673 et leur comté passe alors sous le contrôle de la famille des Deux-Ponts qui le détient jusqu’à la Révolution française.

Ainsi, la division de la ville dure quatre siècles, jusqu'à la Révolution de 1789.

l'Âge d'or

La Réforme Vers 1480-1486, le Duc de Lorraine entreprend des prospections minières dans l'ensemble du duché. D’anciennes mines abandonnées sont découvertes à la Sainte Croix aux Mines et les recherches sont prolongées jusqu'à Sainte-Marie Alsace où l’exploitation est reprise. La question de la frontière germano-lorraine cause de nombreuses frictions entre les deux parties et requiert même, en 1521, l’arbitrage de l’Empereur Charles Quint pour déterminer les droits de prospection de chacun. C’est le début d’une période d’exploitation minière qui fera la renommée de Sainte Marie.

Vers 1500 Sainte-Marie n’est qu’une petite bourgade : elle compte 15 maisons en tout, 8 du côté lorrain, 7 du côté alsacien. Le redémarrage de l'activité minière nécessite une main d'œuvre qualifiée et en nombre suffisant. Les Ribeaupierre qui sont vassaux de la Maison d’Autriche, font appel à des mineurs étrangers. En demi-siècle, ils sont plus de 3000 à venir de Saxe, et on leur construit 1200 maisons, dont le village de Fertrupt. Leur arrivée provoque la germanisation partielle du Val d’Argent, jusqu’alors francophone, et la diffusion du protestantisme (dont la Saxe fut l’un des premiers foyers).

Ces mineurs font construire une église Sur-le-Pré (auf der Matte), qu’ils inaugurèrent en 1544. Lorsque les Ribeaupierre se convertissent à leur tour au protestantisme, l’église sur le pré devient exclusivement luthérienne. Une communauté calviniste de langue française se réunit d'abord dans un lieu connu sous le nom de Backhofen. Si les Ribeaupierre protègent la Réforme, les familles catholiques n’ont plus de lieu de culte du côté alsacien de Sainte-Marie. Respectant, le système de la Paix d’Augsbourg (1555) au terme duquel le Prince, le maître d’un territoire, impose sa religion à ses sujets, les Ribeaupierre ordonnent la conversion de tous ses sujets à la nouvelle religion. Le dernier prêtre catholique doit quitter sa charge vers 1560 et l'église de Saint-Pierre-sur-l'Hâte est attribuée aux calvinistes. Cette paroisse calviniste francophone se dote en 1588 d’une Confession de foi écrite par son pasteur Marbeuf. Ainsi, pour la messe et les sacrements, les catholiques qui résident encore du côté alsacien doivent se rendre du côté lorrain. Quant aux ducs de Lorraine, ils ne tolèrent sur leur rive que le culte catholique. vignette|gauche|Des mennonites alsaciens amish en 1815.Par ailleurs, arrivent à Sainte-Marie-aux-Mines plusieurs vagues de réfugiés : huguenots d'abord, à la suite des massacres de Wassy (1562) et de la Saint-Barthélemy (1572), puis des protestants expulsés de Lorraine par le duc de Lorraine Charles III (1585) et de ceux de Badonviller par le comte de Salm (1625). Persécutée en Suisse, les anabaptistes, issues de la Réforme radicale et attachés au principe du affluent aussi à Sainte-Marie-aux-Mines.

Vers 1693, un nouveau groupe d’anabaptistes arrive à Sainte-Marie-aux-Mines conduit par Jacob Amman. Il n'approuve pas les évolutions des mœurs de la communauté anabaptiste Saint-Marienne et provoque un schisme. La communauté conservatrice qui en résulte et qui représente alors la majorité des anabaptistes alsaciens, prendra le nom d'Amish. Les autres sont désignés par le terme de mennonites.

Les mines d'argent En raison des mouvements tectoniques qui l’ont formé, le massif vosgien est traversé par de nombreuses failles géologiques, ce qui explique la présence de filons sur le territoire du Val d’Argent. Plus de 150 variétés minérales y sont découvertes : l’argent, mais également le cuivre, le plomb (en particulier la galène), le cobalt ou l’arsenic, le zinc, le nickel, le fer, ainsi que des métaux plus rares, tels que l'antimoine natif, le bismuth natif, l'uranium ou le manganèse. thumb|Mine Gabe GottesEntre 1512 et 1629 avec ses phases de recherche et d’abandon, de production et de déclin, 276 mines sont mises en exploitation, dont 24 produisent de l’argent, du cuivre et du plomb. Pour accéder aux filons, les mineurs creusent une galerie au marteau et à la pointerolle et la galerie progresse de quelques centimètres par jour seulement.

Le monde minier du Val d’Argent possède sa propre organisation sociale très hiérarchisée et son système judiciaire. Tout mineur doit prêter serment au juge des mines, contrairement à la population civile qui dépend, elle, d’un juge seigneurial. En 1563, les mineurs bénéficient d'un système de soin et de protection sociale grâce à la Caisse des mineurs.

L’exploitation est florissante jusqu'en 1570, puis elle entame un long déclin, dû en partie à la concurrence de l'argent en provenance du Nouveau Monde. Au début du 17e siècle, il ne reste qu'une centaine de mineurs à Sainte-Marie-aux-Mines.

Nouvelles tentatives d’exploitation minière A partir de 1710, certaines mines sont rouvertes pour l’exploitation de cobalt, mais aussi de cuivre et de plombLes mines de Sainte-Marie, Revue d'Alsace, 1898, . Au 18e siècle, le bleu de cobalt est utilisé comme élément de coloration pour les glaçures des poteries et pour la teinte des tissus. De nouvelles techniques de percement voient le jour, comme l’utilisation de la poudre pour creuser les galeries en faisant exploser la roche. Des pompes hydrauliques permettent l’évacuation des eaux.

L’exploitation est abandonnée vers 1789.

Rattachement de la ville à la France La guerre de Trente Ans anéantit ce qui reste de l'exploitation des mines. Amorcée en Bohême en 1618, elle atteint l’Alsace en 1621 qui devient l’un des principaux champs de bataille entre Impériaux d’un côté et protestants allemands et leurs alliés (Suédois et Français) de l’autre. En 1643-35, le feu anéantit une partie de Sainte-Marie et consume Fertrupt. La peste qui apparait alors dans la vallée ravage la population déjà décimée par la famine et la guerre. À Marie-aux-Mines, il ne reste plus qu'une trentaine de familles.

Par le traité de Munster, inclus dans l’appellation traités de Westphalie de 1648 qui conclut la guerre, Louis obtient les possessions des Habsbourg en Haute-Alsace. Ainsi, Sainte Marie devient française.

Jean-Jacques de Ribeaupierre est l’un des premiers nobles de la province à se soumettre à la suzeraineté de la France. Il en est récompensé par de nombreuses faveurs et par des privilèges dont il s’empresse de faire profiter ses sujets protestants. Lorsque Ribeaupierre décède en 1763 sans laisser d'héritiers mâles, Louis attribue l'intégralité de ses possessions à l'époux de sa fille, Catherine-Agathe Ribeaupierre. Ainsi, la seigneurie des Ribeaupierre passe au duc Birkenfeld et ses descendants.