vignette|Les drapeaux se fondent généralement sur une symbolique des couleurs.
Le symbolisme des couleurs est l'ensemble des associations mentales entre les différentes couleurs et des fonctions sociales et des valeurs morales. Ce symbolisme varie d'une société à l'autre, dans le temps et dans l'espace. Les associations mentales qui s'attachent à la couleur varient le plus souvent selon l'objet coloré.
La couleur, en ce qu'elle s'oppose à la grisaille, a sa symbolique. Des auteurs ont proposé des pour chaque champ chromatique. Ces associations sont fluctuantes, selon les cultures et les époques.
Constantes et variations Les champs chromatiques décrits par les noms de couleur fondamentaux diffèrent selon les langues et les contextes culturels, et ces délimitations entre les couleurs encadrent les associations possibles. Dans une langue qui a un mot pour les teintes bleues et vertes, comme le breton, l'islandais, le chinois et le japonais, il est improbable que ces couleurs aient des associations distinctes.
Les anthropologues Brent Berlin et Paul Kay ont étudié les termes désignant proprement une couleur, en excluant ceux qui désignent une nuance par référence à un objet caractéristique, dans plusieurs dizaines de langues et ont trouvé un ordre dans ces termes.. Quand une langue n'a que deux termes, elle distingue le blanc du noir ; avec trois termes, elle distingue le blanc, le noir et le coloré, dont le rouge est le plus exemplaire. Quand elle en a plus, s'ajoutent, à peu près dans cet ordre, le jaune, le vert, le bleu, le brun, le pourpre, le rose, l'orange ou le gris.
Aussi bien les procédures que les principes implicites dans le travail de Berlin et Kay ont été critiqués, mais personne n'a relevé de constantes dans les associations symboliques des termes. Au contraire, de nombreux auteurs ont conclu que les relations entre couleurs et significations sont contingentes. Les différentes cultures tentent d’instaurer des structures, associant les couleurs selon une certaine combinatoire qui leur donne une cohérence.
Théories symboliques des couleurs Abstraire la couleur de la perception de l'objet est un préalable à toute théorie qui attribue à cette propriété le sens diffus que peut avoir un symbole. Il faut pour cela ignorer délibérément la sensation brute, qui inclut la luminosité, la texture, le brillant.. C'est ainsi qu'on n'emploie pas les termes de couleur ordinaires pour certains objets, comme la robe du cheval, qui a son propre vocabulaire, sauf pour noir et blanc, relativement rares. Cependant, les associations symboliques appartiennent à un domaine dans lequel cette forme analytique de l'intelligence s'est révélée insuffisante..
En 1810, Goethe fait paraître son Traité des couleurs. Contre Isaac Newton qui ne considère que l'aspect physique, Goethe insiste sur la perception, ouvrant avec l'ouvrage de Schopenhauer Sur la vue et les couleurs, l'investigation psychophysique de la théorie des couleurs, tandis que son traité s'inscrit dans la tradition philosophique qui interroge la perception, notamment des couleurs, qui va de Démocrite à Ludwig Wittgenstein.. Dans ces conditions, avant la méthode d'objectivation de la psychologie expérimentale, les réflexions de Goethe, fondées sur la tradition et l'introspection, peuvent s'interpréter comme une symbolique, comme quand il affirme, après Aristote, que la couleur est un mélange de lumière et d'obscurité. Ce principe contient une constatation sur la perception : une image en grisaille est parfaitement compréhensible ; il exprime une classification des couleurs pures par efficacité lumineuse spectrale ; et il inclut toutes les associations d'idées implicites liées aux deux composantes du mélange.
+Oppositions dans le cercle chromatique selon Goethe. Plus Moins Jaune Bleu Activité Passivité Lumière Ténèbres Clarté Obscurité Force Faiblesse Chaleur Froid Affinité pour les acides Affinité pour les alcalis
Comme le remarqueront Portal et au le structuralisme, les symboles s'organisent toujours en oppositions, non pas isolées, mais . Goethe, sans affirmer de principe général, oppose ainsi les caractères qu'il associe à des couleurs : le rouge et le jaune à l'activité, le vert et le bleu à la passivité. Il associe aussi, comme le remarquera Helmoltz, la lumière à la vérité et celle-ci à la pureté, c'est ce qui lui rend scandaleuse l'affirmation de Newton selon laquelle la lumière blanche est un mélange de toutes les couleurs. Cependant, soucieux de rester proche des praticiens, Goethe organise les couleurs dans un cercle chromatique et dans un triangle, où leurs relations sont plus complexes.
En 1837, Frédéric Portal publie . Il s'agit principalement de l'association des couleurs avec des concepts religieux dont elles sont l'emblèmeSelon l'expression de ..
En 1895, écrivant à l'époque du symbolisme en peinture, Paul Souriau remarque que les couleurs, dans un tableau, peuvent suggérer, par analogie ou par association, des sensations hors du domaine visuel, comme le chaud ou le froid, le parfum ou une qualité sonore, et aussi des sentiments. Plutôt que des teintes particulières, ces symboles s'exercent grâce à des qualités d'ensembles de couleurs : clarté ou obscurité ; vivacité ou atténuation ; couleurs chaudes et froides. Cependant, . Mais, conclut-il . Le symbole n'exerce sa puissance que hors de la pensée logique.
Kandinsky entre 1919 et 1923, développe une symbolique (artistique, c'est-à-dire personnelle) associant des formes (carré, triangle, cercle) à des couleurs.
Au Bauhaus, Johannes Itten, puis Paul Klee entre 1921 et 1931, consacrent une petite partie de leur enseignement à l'association des couleurs à des formes dans l'espace, d'un point de vue principalement psychologique. Klee, dans ses , ateliers-cours (sic), relie formes et couleurs et aboutit à son (« étoile élémentaire ».).
Au , la recherche en sciences sociales cherche à préciser la notion de symbole alors que la vision des couleurs continue à susciter des réflexions philosophiques, à cause de ses ambiguïtés. Claude Lévi-Strauss . Il note en 1962 : . Cette association constitue l'essence du symbole, qui s'unifie quand il dépasse l'expérience personnelle pour se constituer collectivement en savoir religieux, sans nécessairement se constituer en code.
Le groupe μ a distingué, dans les signes visuels, le signe plastique et le signe iconique, qui peuvent l'un et l'autre avoir un signifié d'après .. La couleur n'est pas nécessairement utilisée pour sa valeur mimétique (iconique). Si spectateur identifiait le bleu du manteau de la Vierge comme un outremer véritable, à une époque ou ce pigment coûtait plus cher que l'or, il pouvait associer cette couleur à une notion de prix et, selon le contexte, d'honneur, d'hommage ou de sacrifice, plus qu'à la couleur du ciel ; c'est aussi le cas pour le carmin. et évidemment pour l'or des icônes. Le groupe µ a fondé . La liaison théorique entre le concept de couleur et le stimulus coloré révèle ses lacunes explicatives dès qu'on considère la puissance symbolique des matières colorantes.
Groupes de couleurs Les articles consacrés à chaque champ chromatique, blanc, noir, rouge précisent les associations généralement citées de ces couleurs avec des abstractions. Cependant, le symbolisme traite les pensées par oppositions ; ainsi une même couleur peut s'associer, selon le contexte, à deux abstractions opposées ; tandis que les couleurs, elles aussi, s'opposent, comme les couleurs chaudes et froides et les couleurs complémentaires, au-delà de leur sens technique. Blanc, rouge, noir L'Antiquité privilégie le noir, le blanc et le rouge. Le rouge porte en lui la signification d’un tissu teint, le noir d'un tissu souillé, sale et non teint et le blanc d'un tissu non teint, pur et propre. Les codes sociaux et les systèmes de représentations s’articulent autour de ces valeurs jusqu’en plein Moyen Âge. Dans l'aire indo-européenne, le blanc est associé aux fonctions sacerdotales ; le rouge, auquel s'annexent l'orange et le jaune, à l'activité guerrière, et le noir, avec le vert et toutes les teintes foncées, aux fonctions productives.
Le groupe des trois couleurs les plus caractéristiquement, opposées, rouge, blanc et noir, reste associé puissamment à des fonctions sociales, respectivement, celle de la production des valeurs communes, généralement religieuses ou morales, celle de l'action guerrière et de la défense, et celle de la production des biens matériels. Dans les emblèmes nationaux tricolores, on rattache facilement les couleurs à cet ensemble. L'histoire de leur invention associent fréquemment les couleurs à des fonctions apparentées aux fonctions tripartites indo-européennes. L'ensemble oriente les associations que l'on fait de chacune des couleurs et de leur rapport à la communauté imaginée que désigne l'emblème tricolore. Noir et blanc, coloré et incolore Durant l'Antiquité et le Moyen Âge, l'usage des couleurs est un enjeu théologique au sein du christianisme. La couleur fait en effet l'objet de débats chez les Pères de l'Église, les théologiens et les prélats. Certains considèrent qu'elle est une matière, une simple enveloppe qui recouvre les objets et dissimule leur véritable nature, ce qui en fait un décor mensonger. D'autres considèrent qu'elle est immatérielle, qu'elle représente une fraction de la lumière divine (et par là du Saint-Esprit), cette émanation de Dieu devant être incluse dans le culte. Michel Pastoureau caractérise comme les prélats qui comme Bernard de Clairvaux estiment que les couleurs sont un artifice futile que l'Homme a ajouté à la Création divine. Ils les excluent de la décoration des lieux, livres, habits et ustensiles de culte. Les autres, comme les clunisiens ou Suger, promeuvent son usage.. Dans cette discussion, « couleur » s'oppose au blanc, au noir, au gris, au grège et à l'écru. La couleur blanche est celle de la divinité. Les partisans de l'usage des couleurs dominent à partir de la fin du . Les couleurs principales médiévales (blanc, jaune, rouge, vert, bleu et noir) se diffusent alors sur les vêtements et dans les églises.
Le christianisme influence à cette époque profondément la symbolique des couleurs : le blanc exprime la pureté, l'humilité, la libéralité. C'est au tour du noir d'être le reflet de l'humilité et de la pénitence à partir du , devenant la couleur obligée du vêtement monastique. Considéré auparavant comme une simple variété de noir, le bleu acquiert à partir de la fin du une signification autonome : couleur céleste représentée sur le voile de la Vierge, il devient le symbole de la sérénité, de la candeur et se répand sur les vêtements et les armoiries. Le jaune, couleur à la fois de l'or et du soufre maléfique, est associé à la maladie, au déclin (le jaune est une couleur éteinte, mate, triste par rapport à l'or ou à la lumière du soleil, source d'énergie et de vie), à la trahison (couleur de la robe de Judas à partir du ).. Le vert, que les teinturiers peinent à fixer, symbolise l'instabilité (associée à l'amour, l'enfance, la chance, le hasard), l'Islam ou le diable depuis le , alors qu'il représentera la nature pour les romantiques. Le noir, symbole des ténèbres et de la mort, devient « une couleur à la mode » du au et une couleur royale jusqu’au milieu du . Bien qu'il reste associé à la sorcellerie ou au deuil, le noir est en effet adopté dans toutes les cours européennes à la suite des lois somptuaires qui interdisent aux aristocrates romains de porter des vêtements colorés jugés ostentatoires alors que la peste noire désole le pays.