thumb|Guenièvre par Eleanor Fortescue-Brickdale.
La reine Guenièvre est un personnage de la légende arthurienne, épouse infidèle du roi Arthur, reine du royaume de l'île de Bretagne. Sa relation adultère avec Lancelot du Lac est un thème récurrent et important du cycle.
Origine du nom Le prénom Guenièvre est, de manière ultime, issu du gallois Gwenhwyfar. Il s'agit d'un composé des mots gallois gwen, gwyn « blanc, lumineux, saint » et hwyfar qui signifie soit « tendre, doux », soit « fantôme, esprit, fée »Site de Nordic Names : origine du prénom Gwenhwyfar . Il est apparenté au vieil irlandais Findabair, du proto-celtique *windo- « blanc, clair, saint » et *sēbarā, « être magique » (apparenté au vieil irlandais síabair, « spectre, fantôme, être surnaturel » [habituellement au sens péjoratif])...
Geoffrey de Monmouth lui donne le nom de Guanhumara en latin (bien que de nombreuses variations orthographiques se trouvent dans les divers manuscrits de son Historia Regum Britanniae). Son nom est Guennuuar dans la Vita Gildae, tandis que Giraud de Barri la nomme Wenneuereia. Dans la pièce en cornique du Bewnans Ke, elle s'appelle Gwynnever. L'écrivain anglais Thomas Malory au écrit son nom Gwenyvere. La forme anglaise traditionnelle correspondant à Guenièvre est Guinevere, issue de l'anglo-normand.
Famille Guenièvre est généralement présentée comme la fille du roi Léodagan de Carmélide qui avait de très bonnes relations avec le roi Arthur et permit ainsi leur rencontre. Néanmoins, la Triade galloise cite trois Gwenhwyfars possibles comme épouse d’Arthur, respectivement filles de Cywryd de Gwent, de Gwythyr ap Greidawl et de Gogrfan Gawr (Le Géant)Rachel Bromwich, Trioedd Ynys Prydein, .. Selon Geoffroy de Monmouth, elle était descendante d’une grande famille romaine et ne fut pas élevée par ses parents mais devint pupille de Cador de Cornouailles, son cousin dans le Roman de Brut. Aucun texte ne mentionne le nom de sa mère et on ne lui connaît pas d’enfant. Culhwch ac Olwen ainsi que les Triades et 84 lui attribuent une sœur nommée Gwenhwyfach. Dans les Triades on dit les sœurs en conflit, ce qui aurait causé la bataille de Camlann. Une demi-sœur et un frère de Guenièvre apparaissent comme personnages antagonistes, l'une dans le Lancelot-Graal et l'autre dans Diu Crône.
Personnage vignette|Fiançailles d'Arthur et Guenièvre, enluminure du . Guenièvre ne fait l’objet au mieux que de courtes mentions dans les chroniques. Son personnage s’étoffe à partir du dans la littérature proprement dite, chez Chrétien de Troyes par exemple, qui répond peut-être aux attentes d’un public de dames nobles de la cour de Marie de Champagne (1174-1204) intéressées par les personnages féminins Peter Noble, « The Character of Guinevere in the Arthurian Romances of Chrétien De Troyes », 67.3 (1972): 524-535.. Dans le cycle arthurien, développé sur quelques siècles par de nombreux auteurs, elle apparaît tantôt comme un personnage entièrement négatif, faible ou opportuniste, tantôt comme une dame remplie de qualités mais victime de la fatalité.
Les intrigues auxquelles elle est mêlée varient dans le détail au fil du cycle. La synthèse suivante récapitule les principales.
Elle est la fille du roi Léodagan, qui a servi Uther Pendragon et qui est parmi les premiers à reconnaître Arthur. Lorsque ce dernier accourt à son aide, il rencontre Guenièvre. Ils s’éprennent l’un de l’autre et convolent, mais à l’arrivée de Lancelot du Lac à la cour, c’est le coup de foudre immédiat et le début d’une relation adultère qui ne sera découverte que plus tard par le roi, lorsqu’il constate à l’issue d’un festin l’absence simultanée des amants. Agravain et Mordred, fils et beau-fils du roi Lot, s’étant portés témoins du forfait, pression est faite sur Arthur pour qu’il fasse périr Guenièvre sur le bûcher. Il s’y résout à contrecœur. Lancelot ayant promis de sauver la reine avec l’aide de sa parentèle, Arthur fait protéger le site de l’exécution par les autres chevaliers. Lancelot a le dessus, Gaheris et Gareth, frères de Gauvain, sont tués au combat. Gauvain pousse Arthur à poursuivre Lancelot en France où il s’est réfugié. En prévision de sa campagne française, Arthur laisse Guenièvre, semble-t-il amnistiée, à la garde de Mordred. À peine le roi parti, Mordred révèle ses intentions de s’emparer du trône et d’épouser Guenièvre. Celle-ci, selon les versions, accepte ou s’enfuit pour se réfugier à la tour de Londres et enfin dans un couvent. Ayant appris les nouvelles, Arthur retourne en Bretagne, affronte Mordred à Camlann et le tue, mais lui-même est mortellement blessé. Il est emmené par Morgane à Avalon. Quant à Guenièvre, après une dernière rencontre avec Lancelot, elle se retire dans son couvent pour y finir ses jours.
Enlèvements de Guenièvre vignette|Le mai de la reine Guenièvre Le thème de l’appropriation de Guenièvre, par enlèvement ou séduction, apparaît déjà dans les sources galloises. Dans la Vie de Gildas (av. 1136) du moine Caradoc de Llancarfan, elle est enlevée par Melwas (Méléagant ?), roi de l’Æstiva Regio (« Pays de l’Été », peut-être le Somerset), et emprisonnée à Glastonbury. Après une recherche d’un an, Arthur la localise et se prépare à venir la reprendre avec une armée ; la guerre est évitée grâce à l’entremise de Gildas et le couple est réuni. L’archivolte de la Porta della Pescheria (portail nord) de la cathédrale de Modène, construite entre 1099 et 1184, porte une représentation de cet épisode. Selon Geoffroi de Monmouth, Guanhumara (Guenièvre), issue d’une grande famille romaine, est laissée par son mari Arthur à la garde de Mordred lorsque lui-même part sur le continent attaquer l’empereur fictif Lucius Hiberius ; Mordred usurpe le trône et la reine. À partir de Chrétien de Troyes, elle devient l'amante de Lancelot, mais selon une tradition reflétée dans le Roman de Yder (~1210) et La Folie Tristan du manuscrit de BerneAlison Adams, The Romance of Yder, DS Brewer, , son amant serait Yder. En tout état de cause, Guenièvre est souvent enlevée ou séduite.
Interprétations Si l’immense majorité des textes médiévaux s’ancrent dans une morale chrétienne de la fidélité et du péché, et c’est par ce prisme que le ou les adultères de Guenièvre sont expliqués pendant des siècles, des reconstructions modernes (de folkloristes ou de mythographes comparatistes), réinterprètent ceux-ci non pas comme faute, mais comme symbole de la mutation cyclique de la souveraineté et de la fertilité.
Ainsi, outre les interprétations psychologiques, morales ou courtoises de son infidélité, des spécialistes ont proposé qu’elle ferait originellement partie des reines symboles de souveraineté : les enlever revient à s’emparer du royaume de leur mari Manuel Aguirre, “Life, Crown and Queen: Gertrude and the Theme of Sovereignty”, The Review of English Studies 47 (1996): 163-74, at 171.. Le médiéviste Roger Sherman Loomis (1887-1966) voyait pour sa part Guenièvre comme une sorte de Perséphone celtique. Le fait qu’elle soit souvent tenue prisonnière dans un lieu qui l’isole du monde et la proximité étymologique des noms de son ravisseur (Mordred, Melwas, Meleagant, Meljakanz, Melianz etc.) ont pu inciter à voir dans ce dernier un personnage surnaturel unique, maître comme Hadès du monde infernal Georgianna Ziegler, The Characterization of Guinevere in English and French Medieval Romance, diss., U of Pennsylvania, 1974 (Ann Arbor, Michigan: University Microfilms International, 1982) 183-4. Le délai d’un an nécessaire pour qu’Arthur récupère Guenièvre dans la Vie de Gildas pourrait aller dans le sens d’un mythe comparable à celui de Perséphone, dont certains voient un équivalent dans l’enlèvement de Bláthnat par Cú Roí de la mythologie irlandaise Tom P. Cross et Clark Harris Slover (traducteurs et éditeurs) The Tragic Death of Cu Roi Mac Dairi, Ancient Irish Tales, New York: Henry Holt & Co., 1936 328-32..
Adaptations Dans l'immense littérature relative au roi Arthur, certaines œuvres touchent de plus près le rôle féminin de Guenièvre. Romans Lancelot ou le Chevalier à la charrette, roman courtois de Chrétien de Troyes, (édition avec préface et traduction de Mireille Demaules, éditions Gallimard, collection Folio, 1996) Cycle d'Avalon : Les Dames du lac et Les Brumes d'Avalon (The Mists of Avalon), Marion Zimmer Bradley, 1983 Guenièvre (Queen of Camelot), Nancy McKenzie, 2005, Pocket Cycle L'Ascension de Camelot (Camelot Rising Trilogy, 2019-2021), , De Saxus, 2021-2022
Bande dessinée Pour l'amour de Guenièvre de Jean-Claude Servais en 1992 ; Gwenwyfar la guerrière, tome 8 de la série Arthur de David Chauvel et Jérôme Lereculey, 2006.
Cinéma Le Roi Arthur et les Chevaliers de la Table ronde (Re Artù e i cavalieri della tavola rotonda, 1910), de Giuseppe De Liguoro Les Chevaliers de la Table ronde (1953) de Richard Thorpe Lancelot chevalier de la reine (Lancelot and Guinevere, 1963) de Cornel Wilde Camelot (Camelot, 1967) de Joshua Logan, adaptation du musical de Lerner et Loewe Excalibur de John Boorman, 1981 Lancelot, le premier chevalier de Jerry Zucker, 1995 Le Roi Arthur, film américain d'Antoine Fuqua, 2004 Kaamelott : Premier Volet, film français d'Alexandre Astier, 2021
Télévision Merlin, série télévisée anglaise, 2009 Guinevere (Guenièvre, l'autre légende), téléfilm australien féministe sur la légende d'Arthur réalisé en 1994 par Jud Taylor, sorti en France en vidéo en 1998, avec Sheryl Lee, Sean Patrick Flanery, Noah Wyle et Donald Pleasence Camelot, sortie en 2011, série télévisée de Michael Hirst, se basant essentiellement sur Le Morte d'Arthur Guenièvre Jones, série télévisée australo-canadienne Kaamelott, série télévisée française d'Alexandre Astier Merlin, série télévisée française (2012) - 2 épisodes Once Upon a Time, série télévisée américaine (2016) Knights of Guinevere (Les chevaliers de Guenièvre), série dystopique écrite par Dana Terrace, Zach Markus et John Bailey Owen en 2025
Actrices ayant joué le rôle de la reine Guenièvre
thumb|Julie Andrews dans le rôle de Guenièvre dans la comédie musicale Camelot, ici avec Richard Burton.
Ava Gardner dans Les Chevaliers de la Table ronde (Knights of the Round Table) réalisé par Richard Thorpe en 1953 Julie Andrews dans la comédie musicale Camelot en 1960 Jean Wallace dans Lancelot chevalier de la reine (Lancelot and Guinevere) de Cornel Wilde, 1963 Vanessa Redgrave dans Camelot (Camelot) réalisé par Joshua Logan en 1967 Laura Duke Condominas dans Lancelot du Lac de Robert Bresson en 1974 Marie-Christine Barrault dans Perceval le Gallois d'Éric Rohmer en 1978 Cherie Lunghi dans Excalibur en 1981 Kathleen Barr dans Le Roi Arthur et les Chevaliers de Justice (King Arthur and the Knights of Justice) (série télévisée de 1992) Sheryl Lee dans Guenièvre, l'autre légende (Guinevere) (téléfilm réalisé par Jud Taylor en 1994) Julia Ormond dans Lancelot, le premier chevalier (First Knight) de Jerry Zucker en 1995 Lena Headey dans le téléfilm Merlin de 1998 Amanda Donohoe dans Le Chevalier hors du temps (A Knight in Camelot, téléfilm, 1998) Samantha Mathis dans Les Brumes d'Avalon (The Mists of Avalon), téléfilm d'Uli Edel (2001) Keira Knightley dans Le Roi Arthur en 2004 Anne Girouard dans la série télévisée Kaamelott de 2005 Angel Coulby dans la série télévisée Merlin (2009) Tamara Hope dans la télésérie canadienne Guenièvre Jones Tamsin Egerton dans la série télévisée Camelot (2011) Camille Lou dans la comédie musicale La légende du roi Arthur (2015-2016)
Musique Guinnevere, chanson de Crosby, Stills & Nash dans leur album éponyme en 1969 thumb|Lancelot and Guinevere, Herbert Draper Rick Springfield, Album : , 1984 La Légende du roi Arthur, spectacle musical avec Camille Lou et Florent Mothe
Peinture Lancelot embrassant Guenièvre, par l'Atelier d'Évrard d'Espinques, 1475Bibliothèque nationale de France