Richard Millet, né le à Viam (Corrèze), est un écrivain et éditeur français d'extrême droite. Il est l'auteur de plus de quatre-vingts livres.
En 2012, son essai intitulé Langue fantôme, suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik, suscite une polémique littéraire et journalistique, en particulier à la suite de la publication par Annie Ernaux d'une tribune dans Le Monde.
Biographie Originaire de Corrèze, d'un père protestant et d'une mère catholique, Richard Millet passe une partie de son enfance au Liban (de six à quatorze ans). Il participe à la guerre du Liban en 1975-1976 en tant que volontaire auprès de la communauté chrétienne« Richard M, le maudit », Le Point, 22 janvier 2009..
À son retour du Liban, il enseigne les lettres pendant vingt ans comme professeur certifié dans des établissements parisiens avant d'y renoncer pour se consacrer entièrement à l'écriture« Millet, Richard (1953- ) » sur universalis.fr..
Écrivain Romancier et essayiste, il décrit la Corrèze dans de nombreux romans ou récits tels Ma vie parmi les ombres ou La Gloire des Pythre, l’histoire d’une famille sur le plateau de MillevachesFranz-Olivier Giesbert, « Richard Millet : un silence de mort », Revue des Deux Mondes, février 2023, p. 87-89.. Franz-Olivier Giesbert le présente comme un . Il s'attache, dans ses essais, tel Le Sentiment de la langue, à défendre une certaine idée de la littérature.
Millet fonde avec le poète Jean-Michel Maulpoix la revue Recueil en 1984Revue Recueil., dans laquelle il signe de nombreux textes, ainsi que quelques chroniques sous le pseudonyme de Marc FournierArguments d'un désespoir contemporain, Hermann, 2011, p. 27.. Il est rédacteur en chef de La Revue littéraire de 2015 à .
En 2005, il est, avec Frédéric Beigbeder, Alain Decaux, Mohamed Kacimi, Daniel Rondeau et Jean-Pierre Thiollet, l'un des participants du Salon du livre de Beyrouth et contribue au renouveau de cette manifestation.
Il est l'auteur d'une œuvre abondante, avec un ou deux titres par an environ, qui comporte des romans largement autobiographiques ainsi que d'un Journal qui compte à ce jour cinq tomes.
Éditeur Il est directeur littéraire des éditions Balland jusqu'en 2001, date de leur rachat par Denis Bourgeois.. Il a été membre du comité de lecture des Éditions Gallimard jusqu'en 2012. À ce titre, il a joué un rôle décisif dans la publication du prix Goncourt 2006, Les Bienveillantes de Jonathan Littell« "Eloge" de Breivik: le pamphlet de trop de Richard Millet ? », AFP, 29 août 2012. ; en 2011, le prix est de nouveau attribué à l'un de « ses » auteurs (Alexis Jenni pour L'Art français de la guerre)Anne Brigaudeau, « L'heure de gloire de Richard Millet, l'éditeur de Gallimard qui fait l’éloge de Breivik », francetvinfo.fr, 4 septembre 2012..
En , Le Point révèle que Gallimard le licencie après la publication d'un article critique dans lequel il vilipende notamment le style de Maylis de Kerangal, une autrice de la même maison d'édition.. Selon L'Obs, cette décision a pu être
L'œuvre vignette|Lecture de Richard Millet au Centre Pompidou en 2010. Le Temps expose les thèmes principaux de l'œuvre de Richard Millet comme étant , ses livres oscillant le plus souvent entre le Liban et son « Limousin natal »Isabelle Martin, « Richard Millet s'explique sur la littérature », letemps.ch, 21 mai 2005..
Quant à Michel P. Schmitt dans Encyclopædia Universalis, il considère que cette œuvre
Ainsi, plusieurs de ses romans ont pour cadre le village de « Siom », pendant littéraire de Viam en Corrèze, notamment dans La Gloire des Pythre, L'Amour des trois sœurs Piale, Lauve le pur, Ma vie parmi les ombres. Plus largement, le plateau de Millevaches, son paysage, son climat, sa situation géographique, l'évolution de la vie de ses habitants au cours du , sont des éléments essentiels au contexte de ses histoires.
Le rapport à la langue L'œuvre de Richard Millet se construit autour des thèmes du temps, de la mort, du désir, du mal et de la souffrance. Mais c'est la question du rapport à la langue qui se situe au centre de cette œuvreMonika Prosowska, « Le sentiment de la langue » dans l'œuvre de Richard Millet. Studia Romanica Posnaniensia, vol. XXXIII, pp. 31-47. 2006.. Ainsi, pour Thomas Mainguy,
Son style se veut l'héritier de la grande prose française, qui va « de Bossuet à Claude Simon ». Entremêlant références religieuses et mots crus, il s'inscrit à la fois dans la tradition catholique et dans une certaine modernité littéraire.
L'essayiste polémiste thumb|left|Richard Millet en novembre 2010. En 2005, dans Le Dernier Écrivain et Harcèlement littéraire, Millet critique les écrivains français contemporains qui méconnaissent les règles de la langue française.. Il dénonce aussi la domination du roman policier, de l'heroic fantasy ou de la science-fiction, « sous-genres » qui auraient entraîné, selon lui, une certaine inversion des valeurs. Il s'oppose en cela à Borges pour qui le roman policier serait le digne héritier de la tragédie grecque, mais rejoint José Ortega y Gasset, lequel prétendait que le roman psychologique dépassait en intensité les autres genres. Reprenant à son compte cette position, Millet oppose aux autres genres littéraires une langue foisonnante et riche, à la différence, par exemple, d'un Georges Bernanos qui se moquait bien des genres.
En 2007, dans Désenchantement de la littérature, il fustige une nouvelle fois les manquements des auteurs français contemporains, mais aussi la perte du sentiment religieux en Europe. Il soutient que la France, sans son identité chrétienne, ne serait plus elle-même. Ses positions aussi bien littéraires que religieuses suscitent de nombreuses critiques dans les milieux littéraires, Patrick Kéchichian, du Monde reconnaissant quand même ..
Il répond à ses détracteurs dans un livre paru en , Le livre est cependant très critiquéPar ex. : Raphaelle Rérolle, « Richard Millet, généalogie d'un malaise », dans Le Monde 2, 7 juin 2008.. Contrastant avec ces réactions critiques, l'écrivain Philippe Sollers se montre en accord, au moins partiel, avec le constat du Désenchantement..
En 2010, Richard Millet publie L'Enfer du roman, un ensemble de réflexions sur ce qu'il appelle la . Il y critique sévèrement l'hégémonie du , et lui oppose la solitude de l'écrivain et la recherche du style, possible seulement en plongeant dans les profondeurs de la langue. L'année suivante, il développe ses positions littéraires et sociales dans Fatigue du sens et Arguments d'un désespoir contemporain.
En , sur France Culture« Au cœur de la France », France Culture, Répliques d'Alain Finkielkraut, le 11 juin 2011 ; avec Jean-Christophe Bailly et Richard Millet., il fait scandale en déclarant que
« Affaire Richard Millet » de 2012 En 2012, il publie chez Pierre-Guillaume de Roux un essai intitulé Langue fantôme, suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik, Tout en condamnant les actes de Breivik, Millet affirme que c'est . Il considère Anders Breivik comme . Il assimile ce massacre à un nouveau symptôme de l'échec de la littérature, supplantée par le fusil d'assaut« Nouvelle provocation de Richard Millet » sur magazine-litteraire.com du 21 août 2012..
Une polémique s'ensuit. Annie Ernaux publie dans Le Monde une tribune intitulée « Le pamphlet fasciste de Richard Millet déshonore la littérature. », cosignée par plus d'une centaine d'écrivainsCette liste ne figure plus dans les archives électroniques du monde.fr.. J. M. G. Le Clézio qualifie le texte de Millet d'« élucubration lugubre » et de « répugnant ».. Le Point juge que Richard Millet « avait du style mais le gâche dans des propos suicidaires ». Il est traité par Les Inrocks de xénophobe., et plus généralement, d'après Le Figaro, les médias l'accusent de racisme et d'apologie du crime.. D'aucuns jugent cette publication incompatible avec les fonctions de Millet chez GallimardRaphaëlle Rérolle, « L'apologie de Breivik par Richard Millet crée la polémique chez Gallimard », Le Monde, 27 août 2012.L'Express, 31 août 2012.. Le , il annonce sa « démission contrainte »« Richard Millet : “J'envisage de quitter cette France que j'aime” », Thierry Clermont, lefigaro.fr, 16 octobre 2013. du comité de lecture des éditions Gallimard.. C'est un acte symbolique fort, car Richard Millet est désormais exclu du cercle restreint de ceux qui peuvent décider si une œuvre peut être éditée ou non..
L'auteur reçoit le soutien de quelques-uns de ses confrères. En 2013, Muriel de Rengervé publie le récit de ce qu'elle nomme la « mise à mort » de l'écrivain, L'Affaire Richard MilletÉditions Jacob-Duvernet., où elle défend la liberté souveraine de la littératureRémi Soulié, « Terrorisme intellectuel », Le Figaro Magazine, semaine du 22 novembre 2013, page 129.. En 2017, Benoît Duteurtre note qu'Annie Ernaux en demandant que Richard Millet ne soit plus édité ni ne puisse éditer les autres et en rassemblant .
L'expérience de la guerre, témoin d'une biographie phantasmatique Dans La Confession négative, Richard Millet explique, à travers son double de fiction, comment
En réalité, le contenu de cet ouvrage, qui est présenté comme un récit et non comme un roman, n'est que l'un des exemples d'une « biographie phantasmatique », qui ici monte en épingle un épisode de la vie réelle de l'auteur : il reconnaît par la suite n'avoir passé que trois à quatre mois au Liban lors de la guerre de 1975-1976, .
La passion pour la musique Dans son livre Musique secrète, paru en 2004, l'écrivain évoque son goût pour la musique classique. Son père est un musicien amateur, il joue du violon et du piano. Dès l'enfance, Richard Millet est immergé dans une ambiance musicale, de sorte que la musique a toujours été présente dans sa vie. Il joue lui-même du piano et consacre une heure tous les jours à cet instrument. Son père l'inscrit au conservatoire, il fait un séjour linguistique en Angleterre chez le compositeur Peter Burden et rêve de devenir lui-même musicien. Il écrit même un morceau pour piano, une pièce atonale inspirée par la musique de Schönberg, Berg et Webern. Mais il est obligé d'abandonner ses études par répugnance à jouer en public.
Sa vocation est l'écriture. Désormais, il écrit ses livres en musicien. Ne pas aimer la musique est pour lui une faute inexcusable in La Forteresse (cité par Franz-Olivier Giesbert, in « Richard Millet : un silence de mort », Revue des Deux Mondes, février 2023, p. 87-89).. Il a rendu hommage à la musique contemporaine (Pour la musique contemporaine, 2004) et écrit le livret de l'opéra de Marc-André Dalbavie, Gesualdo, créé à Zurich en 2010..
Sa passion apparaît très clairement dans certains de ses livres comme La Voix d'alto, Sibelius : Les Cygnes et le Silence ou La Nouvelle DoloresIl avait été, à l'occasion de la sortie de ce dernier roman, l'invité de Lionel Esparza sur France Musique ; voir sur francemusique.fr..
Positionnement politique et intellectuel Dans un article des Inrocks publié en 2012, Nelly Kaprièlian reproche à Richard Millet par le biais de ses essais et le succès que ceux-ci rencontrent une ..
Pour Mohamed Aït-Aarab, Millet est , écrivant dans Désenchantement de la littérature :
Ivan Jaffrin considère que son œuvre s'inscrit dans la lignée de la droite contre-révolutionnaire et de l'extrême droite et interprète Éloge littéraire d’Anders Breivik comme étant symptomatique d'un moment du temps qui voit une
Le présentant comme un , Franz-Olivier Giesbert dans la Revue des Deux Mondes considère qu'à l'inverse de des années 1970-1980, ou qui , Richard Millet n'a jamais apporté son soutien aux exactions de cette époque (et cela malgré son Éloge littéraire d'Anders Breivik (cité par Franz-Olivier Giesbert, in « Richard Millet : un silence de mort », ).) et que, de ce fait,
Publications Romans, récits, nouvelles
Essais
Journal 2018 : Tome 1, 1971-1994, Léo Scheer, 387 p. 2019 : Tome 2, 1995-1999, Léo Scheer, 275 p. 2020 : Tome 3, 2000-2003, Pierre-Guillaume de Roux, 320 p.