(littéralement Rouille en paix) est le quatrième album studio du groupe américain de thrash metal Megadeth, sorti le . Il s'agit du premier album sur lequel figurent le guitariste Marty Friedman et le batteur Nick Menza. C'est d'ailleurs avec ces deux artistes que Megadeth a trouvé une formation de groupe stable jusqu'en 1999.
Grâce notamment à sa qualité excellente de composition et à sa production très soignée, reçoit un accueil critique très favorable saluant le travail accompli par le groupe pour la conception minutieuse du disque, ce qui a largement contribué à faire de Megadeth une des principales figures surplombant la scène metal. L'album, qui demeure à ce jour un grand classique, a été proposé pour la meilleure prestation metal aux Grammy Awards, tout comme la chanson , connue pour le légendaire duel de solos entre Mustaine et Friedman, qui a été proposé pour la . Il apparaît également dans la liste des 1001 albums que vous devez écouter avant de mourir.
Il s'agit presque d'un album-concept en raison de la cohérence des thèmes abordés qui sont en lien avec la célèbre couverture de l'album. En effet, les paroles des neuf titres sont toutes plus ou moins inspirées de scénarios de catastrophes nucléaires, de guerres, de religions, et plus généralement, d'éléments tirés de la littérature fantasy, le tout sur un fond instrumental qui alterne la vélocité du registre thrash avec la puissance du heavy metal. Les deux singles émis avant la sortie de l'album, ainsi que , sont devenus de véritables hymnes sacrés du thrash metal et sont interprétés à chaque concert du groupe.
Cet album, qui est désormais culte pour son influence considérable, représente probablement pour Megadeth leur meilleure performance ainsi que la plus aboutie de leurs réalisations. En effet, il symbolise le point culminant de la discographie du groupe : Dave Mustaine est alors au sommet de son art, et l'alchimie s'opère avec les nouveaux membres pour donner naissance à une référence majeure du mouvement metal. Il est considéré comme l'un des meilleurs albums du genre de tous les temps, entre autres pour sa haute complexité technique, sa richesse mélodique, sa virtuosité, mais également pour ses innombrables solos exécutés de manière chirurgicale ponctuant ainsi des paroles aussi épiques que retentissantes. Dès lors, constitue un pur chef-d'œuvre d'inspiration ; un monument d'une justesse remarquable et proche de la perfection pour la plupart des amateurs de metal.
Genèse Contexte Megadeth est un groupe de thrash metal, formé en 1983 à Los Angeles. Le groupe commence à s'assurer une notoriété internationale grâce à ses deux précédents albums et favorablement accueillis par la critique. Celle-ci s'illustre par de multiples invitations à venir se produire dans le cadre de festivals internationalement reconnus. En effet, en 1988, Megadeth joue au Monsters of Rock à Donington Park au Royaume-Uni, aux côtés d'Iron Maiden, Kiss, Helloween, Guns N' Roses et David Lee Roth, devant un public de plus de . Le groupe est alors ajouté à la tournée en Europe, mais abandonne au bout du premier concert à cause des problèmes de drogues du bassiste David Ellefson . À la suite d'autres problèmes inhérents au groupe, le chanteur et guitariste du groupe Dave Mustaine renvoie le batteur Chuck Behler et le guitariste Jeff Young, annulant ainsi leur tournée en Australie . L'année suivante, le groupe recrute à leur place respective Nick Menza et Marty Friedman, définissant ainsi la première composition stable du groupe, mais également la plus appréciée des fans. Lorsqu'il reforme le groupe en 2004, Dave Mustaine tente d'abord de reconstituer le groupe de Rust in Peace mais Marty Friedman et initialement David Ellefson ne sont pas prêts à tenter l'aventure. David Ellefson et Dave Mustaine sont alors les seuls membres originaux du groupe depuis sa création en 1983.
Écriture et enregistrement Pour le titre Le titre , « rouille en paix », est un jeu de mots avec « », soit « [qu'il] repose en paix », version anglophone de ., Dave Mustaine s'inspire d'un autocollant qu'il aperçoit à l'arrière d'un véhicule . Dans un entretien datant de 1990, il raconte : .
C'est ainsi un groupe remotivé qui entre dans les studios Rumbo en , accompagné du producteur Mike Clink, qui a notamment travaillé auparavant avec Whitesnake, Guns N' Roses et Metallica. La chanson Holy Wars est dédiée à l'Irlande du Nord. Lors de la tournée So Far, so good... so what en 1988, Dave Mustaine rencontre un militant irlandais qui vend des T-shirts du groupe à la sauvette qui lui explique que cela lui permet de financer les activités de promotion de . Dave Mustaine, appréciant la façon dont ces partisans considèrent leur tâche, leur dédie une reprise d lors du concert qui suit, appelant à rendre , ce qui provoque une émeute. Megadeth est alors forcé de continuer la tournée dans un bus blindé . La chanson Holy Wars s'inspire de ces événements.
Les chansons Rust in Peace et Hangar 18 sont en réalité d'anciennes compositions que David Mustaine avait composé avant de rejoindre Metallica. Officiellement, l'album est produit par Mike Clink, le producteur de Guns N' Roses mais la collaboration avec Mustaine se passe mal et en pratique, l'album est produit par Micajah Ryan, Max Norman et Dave Mustaine.
Caractéristiques artistiques Liste des chansons
Style graphique La couverture de l'album est créée par Edward J. Repka, qui a également réalisé celle de sorti en 1986 . Il s’agit plutôt de l’album Rust in Peace. Sur la pochette, le bleu et le violet dominent comme pour faire allusion aux créatures extraterrestres. On aperçoit, au premier plan, Vic Rattlehead, la mascotte du groupe, élégamment habillé, brandissant dans sa main droite une sorte d'émeraude en fixant le spectateur. Il semble avoir extrait cet objet de la capsule rouillée, devant lui, qui contient un être inanimé correspondant à l'imagerie populaire de l'extraterrestre de Roswell.
Il s'agit en fait d'une réunion dans le Hangar 18 que décrit la chanson éponyme, regroupant Vic et les dirigeants des cinq puissances mondiales de l'époque (on aperçoit les drapeaux des pays en question sur les badges de chacun des personnages). Sont représentés, de gauche à droite : John Major (premier ministre du Royaume-Uni), Toshiki Kaifu (premier ministre du Japon), Richard von Weizsäcker (président de la RFA), Mikhaïl Gorbatchev (président de l'URSS) et George H. W. Bush ( président des États-Unis). C'est une allégorie de la théorie du complot qui stipule que, dans ce Hangar 18, seraient conservés, dans le plus grand secret, des éléments et des créatures extraterrestres .
Thèmes abordés et composition vignette|droite|upright=1.0|Le missile balistique américain Polaris, au centre de la chanson titre.
Le groupe aborde, dans , une série de thèmes différents qui, pour la plupart, ont déjà été traités par le groupe, comme la guerre et les manipulations politiques avec sur l'album éponyme, sur , les relations homme/femme dans sur et sur le suivant, ou encore la mort (, ). Cependant, le groupe introduit de nouvelles thématiques propres à cet album.
L'album s'ouvre sur la chanson , premier single issu de l'album et devenu, depuis, un classique que le groupe interprète à la fin de chaque concert (jouant parfois entre les deux parties de la chanson). Après une partie instrumentale de près de deux minutes, pendant laquelle la guitare incisive de Mustaine s'illustre aux côtés de la batterie de Nick Menza et de la guitare de Marty Friedman, la voix du chanteur se fait enfin entendre. Il chante d'abord la guerre en Irlande, qui fait rage entre catholiques et protestants. C'est justement cette partie de la chanson qui lui a été inspirée par son aventure en Irlande. Après un pont acoustique de Friedman, la chanson se décale vers un rythme plus lent et plus lourd, , dont le personnage créé par Marvel, le Punisher, en a été la muse .
La chanson se clôture au bout de six minutes, suivie par , le deuxième single issu de l'album. Nick Menza est à l'origine de cette chanson, où sont évoqués la Zone 51 et le Hangar 18, le batteur s'inspirant du film du même nom. Selon Menza, le Hangar 18 serait une base militaire qui recèlerait des artéfacts et des créatures extraterrestres. Mustaine fait remarquer que . Dans la chanson, on y prétend que le Hangar 18 renferme une salle d'ordinateurs depuis laquelle on contrôle le monde, ainsi que des instruments permettant d'observer les étoiles. La chanson a une structure particulière, notamment parce que la partie chantée n'est que très courte. En effet, après les trois couplets récités par Mustaine, s'ensuit un duel de guitares pendant lequel Mustaine et Friedman enchaînent solo sur solo.
vignette|droite|upright=1.0|Dave Mustaine pendant la tournée . Les chansons et sont jouées à chaque concert. Il est le seul à avoir contribué à l'écriture de l'album.
Suit , chanson au rythme effréné et au riff agressif. Le groupe s'éloigne ici du heavy metal et même du thrash metal, créant les fondements du speed metal. Mustaine y évoque les massacres perpétrés pendant les guerres, fussent-ils commis à l'encontre des civils ou des militaires. On y parle également des conséquences à l'échelle individuelle de la guerre, et plus particulièrement de la Seconde Guerre mondiale : « », soit « Jour-J, prochain arrêt Normandie » (.allusion au débarquement de Normandie). On peut également considérer que cette chanson est un appel à la désolidarisation avec la nation (« » soit « Ne t'interroge pas sur ce que tu peux faire pour ton pays / Interroge toi sur ce que ton pays peut faire pour toi », parodie de la célèbre phrase de John F. Kennedy).
La chanson suivante, , suit un schéma plutôt similaire à celui de , dans la mesure où la chanson est également introduite par une longue partie instrumentale. Le rythme de est certes moins rapide, mais il conserve cependant une certaine vitesse de par le chant de Mustaine. La chanson est inspirée du roman fantastique et le refrain est d'ailleurs composé de l'énumération de ces cinq capacités magiques.
est une courte chanson de deux minutes cinquante, au rythme également effréné. Mustaine y raconte ses problèmes d'addiction à l'héroïne (le poison en question).
Un rire lance , succédé d'un riff légèrement aigu et rapide. Mustaine y évoque la légende selon laquelle un fantôme vivrait dans son grenier et raconte la fois où il l'a découvert .
Un riff rapide et sec annonce , considérée comme la troisième meilleure chanson de l'album. Mustaine y aborde avec douleur les ruptures amoureuses et les conséquences qu'elles peuvent avoir sur les relations entre les hommes et les femmes. Il déclare qu'il a écrit cette chanson après sa rupture avec sa fiancée. La tornade est une métaphore de la passion amoureuse, l'amour étant le fait d'être au centre de la tornade. Le chanteur sous-entend que rester dans cette tornade serait catastrophique, car elle l'emporterait. En sortir est la seule solution. À la fin de la chanson, il mentionne le baiser de la mort (), pratique indiquant à celui à qui il est destiné qu'il va bientôt mourir des mains de celui qui l'accomplit. Le solo de guitare est généralement considéré comme le plus réussi de Marty Friedman (par les fans et par lui-même).
Les guitares de Mustaine et de Friedman ne se manifestent pas sur la chanson , qui est avant tout un solo de basse. Sur fond de la basse oppressante de David Ellefson, Mustaine chante d'une voix lassée, parlant de la pollution engendrée par les activités humaines, de ses conséquences et prévoyant l'extinction de la population, mais aussi de la vie des hommes après une guerre nucléaire.