L'« Armory Show » (officiellement The International Exhibition of Modern Art) est une exposition internationale d'art moderne organisée par l'Association des peintres et sculpteurs américains (Association of American Painters and Sculptors), qui s'est tenue à New York du au .

Itinérante, cette grande exposition collective fut ensuite remontée dans un format réduit à l'Art Institute of Chicago, du au 'The International Exhibition of Modernist Art', site de l'Art Institute of Chicago, en ligne., en enfin à Boston, au siège de la Copley Society of Art, du au .

L'International Exhibition of Modern Art attire, au total, plus de visiteursL'Histoire de l'art, tome 22, page 2582, Société des Périodiques Larousse, 1998.. Elle fait date dans l'histoire américaine car elle est la première exposition de ce genre, et elle a permis l'affirmation d'un nouveau courant pictural, le réalisme américain.

Historique vignette|droite|200px|Affiche officielle de l'exposition, montrant le drapeau de l'association comportant un pin, symbolisant l'esprit d'indépendance de ses organisateurs (New York, 1913). vignette| Bouton-cravate offert aux visiteurs et portant le slogan (1913, Smithsonian Institution). Origines et mise en place Son surnom — « Armory Show » — sert à qualifier uniquement la première exposition, celle de Manhattan (New York), qui se tint entre la Rue et le 68 Lexington Avenue, dans le bâtiment de l'« Infantry Regiment Armory », c'est-à-dire l'armurerie du premier bataillon de la Garde nationale — le 69th Regiment Armory — de New York qui prêtait alors ses locaux.

En 1911, trois peintres américains, Jerome Myers, et Walt Kuhn, se retrouvent à la Madison Gallery située à New York et dirigée par le peintre : ensemble ils décident de former l’Association of American Painters and Sculptors. Ils s'étaient connus fin 1910 en formant , groupe dirigé par Leon DaboD'après l'autobiographie de Jerome Myers, in: Artist in Manhattan, New York, American Artists Group, 1940.. Peintre professionnel, Myers avait vécu un temps à Paris en 1896 et était influencé par l'impressionnisme ; MacRae pratiquait un style réaliste mais vouait une admiration au japonisme ; Kuhn rentrait d'Europe où il avait passé plusieurs années entre Paris, Barbizon et Munich, au contact des nouveaux courants artistiques émergents. Cette association a pour but d'organiser des expositions d'art contemporain, afin de contourner les règlements trop restrictifs de l'Académie américaine des beaux-arts (National Academy of Design). Après plusieurs réunions, au cours desquelles ils se connectent avec un groupe de huit artistes dissidents réunis autour de Robert Henri, l'association est officiellement lancée le The Story of the Armory Show par Walt Kuhn, publié à New York à compte d'auteur en 1938 : ce document comprend la liste des exposants..

Au cours de l'année 1912, les associés se mettent d'accord sur le nombre d'exposants et le lieu pour exposer les œuvres : le choix tombe sur l'immeuble du 68 Lexington Avenue qui comprend un vaste hall, grâce à l'appui financier de deux femmes mécènes, Gertrude Vanderbilt Whitney et Mabel Dodge Luhan, qui offrent dans un premier temps la somme de dollars (soit près de francs de l'époque). Un autre sponsor fut trouvé en la personne d'Alfred Stieglitz, photographe et propriétaire de la première galerie consacrée à l'art photographique ; les collectionneuses Isabella Stewart Gardner et Lillie P. Bliss fut la cofondatrice du MoMA en 1928 — cf. la Notice en ligne sur le site du MoMA. rejoignirent également le cercle des donateurs, qui s'étendit bientôt à des artistes français de stature internationale comme Claude Monet, Odilon Redon et Auguste Renoir. Toutes ces personnes ne se contentèrent pas de donner de l'argent : elles mirent à la disposition des organisateurs leurs œuvres — les prêtant pour être exposées — et leurs réseaux.

Le choix de la présidence de l'association se porta sur Arthur Bowen Davies qui connaissait bien l'Europe. Durant l'été 1912, Walt Kuhn décide d'entreprendre une « tournée de prospection » sur le Vieux Continent, alléché par différents catalogues d'expositions de dimension internationale comme celui de la Sonderbund de Cologne, qui, depuis 1909, perpétuait l'esprit sécessionniste né à Munich quelques années plus tôt. Sur place, Kuhn noua d'importants contacts à La Haye, Amsterdam, Munich, et Berlin où Max Liebermann, Alfred Flechtheim et Paul Cassirer proposèrent leurs conseils. En octobre, Kuhn est à Londres, il contacte Davies en renfort et les deux hommes visitent les Grafton Galleries où se tient la « Deuxième Exposition sur les post-impressionnistes » organisée par Roger Fry. À Paris, Kuhn et Davies croisent les Américains Alfred Henry Maurer, Jo Davidson et Walter Pach qui assurèrent le relais avec les artistes, galeries et collectionneurs français. Ce fut Pach, qui fréquentait Gertrude et Leo Stein depuis 1907, qui établit le contact avec Henri Matisse et Marcel Duchamp, et plus globalement, avec tous les tenants de la Section d'or, qu'il connaissait personnellement. La plupart des artistes européens contactés avaient manifesté leur enthousiasme. Pablo Picasso, approché par Pach, confia à ce dernier une liste d'artistes à inviter : sur ce document conservé à la Smithsonian Institution, l'on trouve les noms de Juan Gris, Jean Metzinger, Gleizes, Fernand Léger, Duchamp, Robert Delaunay, Henri Le Fauconnier, Marie Laurencin, Roger de La Fresnaye et Braque, soit la plupart des tenants du cubisme françaisNote manuscrite de Picasso, sur wikipedia.en, en ligne..

Ce ne fut que fin novembre, de retour à New York, que l'association commença à contacter des artistes américains. Davies dessina un drapeau pour servir à la fois d'emblème et de logo : il s'était inspiré du Pine Tree Flag (drapeau au pin) qui avait été celui des insurgés durant les premières années de la Guerre d'indépendance américaine. On fit imprimer un avant-programme à , des cartes postales, des affiches et aussi des boutons-cravates reprenant le logo. On estima l'ouverture de l'exposition possible en , et qu'elle serait itinérante, avec Chicago et Boston comme étapes incontournables.

La plupart des membres fondateurs se retrouvèrent en 1916 pour former la Society of Independent Artists.

L'exposition de New York vignette|droite|200px|Entrée de l'exposition vignette|droite|200px|Intérieur de l'exposition vignette|droite|200px|Intérieur de l'exposition vignette|droite|200px| « The Rude descending a staircase (rush hour in the subway) » par J. F. Griswold, caricature parue dans The Evening Sun du 20 mars 1913. Le vernissage se tient le . L'exposition présente au public peintures, sculptures et travaux d'art pour un total de 300 artistes avant-gardistes européens et américains. Des travaux impressionnistes, fauvistes et cubistes y sont exposés. Sur la totalité, on trouve 399 peintures et 21 sculptures européennes, soit un peu moins du tiers.

Le hall de l'Armory, situé au rez-de-chaussée sur un seul niveau, est organisé en sections alphabétiques de A à R. Le plan proposé à l'entrée aux visiteurs s'exprime ainsi : Gallery A - American Sculpture and Decorative Art (sculpture et art décoratif américain) ; Gallery B - American Painting and Sculpture (peinture et sculpture américaine) ; Gallery C à F - American Painting (peinture américaine) ; Gallery G - English, Irish and German Paintings and Drawings (peintures et dessins anglais, irlandais et allemand) ; Gallery H à I - French Painting and Sculpture (peinture et sculpture française) ; Gallery J - French Paintings, Watercolors and Drawings (peintures, aquarelles et dessins français) ; Gallery K - French and American Water Colors, Drawings, etc. (aquarelles et dessins français, américains, etc.) ; Gallery L - American Water Colors, Drawings, etc. (aquarelles et dessins américains, etc.) Gallery M - American Paintings (peintures américaines) ; Gallery N - American Paintings and Sculpture (peintures et sculptures américaines) ; Gallery O - French Paintings (peintures françaises) ; Gallery P - French, English, Dutch and American Paintings (peintures française, anglaise, néerlandaise et américaine) ; Gallery Q - French Paintings (peintures françaises) ; Gallery R - French, English and Swiss Paintings (peintures française, anglaise et suisse).

Montées par Arthur Bowen Davies, les sections H et I proposent en fait une rétrospective historique de la peinture française du , offrant un regard sur Ingres, Eugène Delacroix, Camille Corot, Gustave Courbet, Honoré Daumier et les tenants du symbolisme. Les autres sections consacrées aux artistes français font une large place aux impressionnistes et aux post-impressionnistes ; le programme en définitive montre que la France a une place centrale, toutefois largement ancrée dans une forme de réalisme. C'est bien aux marges de cette exposition, face aux représentations d'avant-garde, que le choc pour le public se produisit.

Parmi les œuvres jugées trop pessimistes ou déroutantes, le Nu descendant un escalier n°2 (Nude Descending a Staircase #2) de Marcel Duchamp, peinte l'année précédente, montrant le mouvement de façon décomposé : elle trouva pourtant un acheteur de San Francisco, le marchand d'art Frederick C. Torrey, pour 324 dollarsAmerican Artists, Authors, and Collectors: The Walter Pach Letters 1906-1958, en ligne le 18 janvier 2016.. Les œuvres cubistes et futuristes troublèrent le public, les deux mouvements venaient d'éclore. Si Vassily Kandinsky est bien présent, aucune œuvre résolument abstraite ne figure cependant au catalogue. De même, à la lecture du catalogue, on remarque que sont absents les tenants du futurisme et une grande partie des sécessionnistes viennois.

La presse généralistes et les revues d'art ne restèrent pas insensibles à cet événement. Certains supports, ne se concentrant que sur l'avant-garde, pratiquèrent une sorte d'humour sarcastique à coup de caricature et de parodie, au fond assez potache. Une autre partie pratiqua l'anathème, accusant l'association d'immoralité, de favoriser l'anarchie, de façon à tourner l'exposition en dérision « How to become a Post-Impressionist paint slinger », in Walt Kuhn's scrapbook of press clippings documenting the Armory Show, vol. 2, 1913. « The New Art Fest », in Walt Kuhn's scrapbook of press clippings documenting the Armory Show, vol. 2, 1913.. En visite, le président Theodore Roosevelt lui-même déclara à propos de l'Armory Show : « Theodore Roosevelt's review of the Armory Show » in The Outlook, publié le 29 mars 1913, dans un dossier intitulé "A Layman's View of an Art Exhibition". Cité par Edmund Morris, dans Colonel Roosevelt, New York, Random House, 2010 - , pages 267–272 et 660–663.. Cet emballement médiatique parfois vitupérant créa l'effet le plus inattendu qui soit. L'Armory Show, par le tapage qu'il provoqua, signa définitivement la naissance officielle de l'art moderne aux États-Unis, même si l'on parlait déjà d'art moderne depuis la fin du , l'Arts & Crafts et l'Art nouveau avaient en effet essaimé en Amérique du Nord depuis longtemps. On y parlait des « modernistes », et le concept, bien que plus timidement qu'en Europe, avait percé. L'Armory Show fut en définitive l'endroit où s'affirma le réalisme américain d'où devaient émerger des figures comme Edward Hopper.