Le palais de justice de Bruxelles (en néerlandais : Justitiepaleis van Brussel) est un imposant bâtiment de style éclectique et d'inspiration gréco-romaine situé sur la place Poelaert à Bruxelles. Il est le siège de l'arrondissement judiciaire de Bruxelles, ainsi que de plusieurs cours et tribunaux, dont la Cour de cassation, la Cour d'assises, la Cour d'appel de Bruxelles, le Tribunal de première instance de Bruxelles et enfin l'Ordre des avocats de Bruxelles.

D'une surface au sol de , il est considéré comme étant le plus grand bâtiment construit au et reste l'un des plus grands bâtiment au monde dépassant ainsi la basilique Saint-Pierre de Rome.. Il est l'œuvre de l'architecte Joseph Poelaert.

Une autre caractéristique de cette structure est qu'elle subit des travaux de rénovation ininterrompus depuis quarante ans : des échafaudages datant de 1984 sont encore fixés au bâtiment, leur démontage n'étant pas prévu avant 2030. Ces travaux sont si étendus dans le temps qu'une partie des échafaudages érigés pour la réfection a dû elle-même faire l'objet d'une campagne de réfection.

Histoire Gestation Le premier palais de justice avait été établi à l'emplacement de l'ancienne église des Jésuites, place de la Justice. Construit entre 1818 et 1823 par l'architecte François Verly, le bâtiment se délabra peu à peu et devint trop exigu. La question de la construction d'un nouveau palais de justice plus spacieux se posa dès 1837. On envisagea d'abord de le reconstruire au même endroit. Ce projet, dont le coût était évalué à trois millions de francsSoit environ ., avorta rapidementYvon Leblicq, « Les deux Palais de Justice de Bruxelles au », dans Poelaert et son temps, Bruxelles, 1980, .. L'idée de construire un nouveau palais de justice au quartier Léopold n'eut pas davantage de succès. En 1846-1847, un autre projet de reconstruction du palais fut également enterré.

Une commission, instituée en 1853, proposa en 1857 d'organiser un concours. Le choix de l'emplacement donna cependant lieu à des controverses animées. En 1858, le ministre de la justice Victor Tesch suggéra pour la première fois les jardins de la famille de Merode, à l'endroit où serait percé le prolongement de la rue de la Régence. Le gouverneur de la province de Brabant suggéra qu'il serait possible par la même occasion de relier le nouveau quartier Louise au centre de la ville. À la suite d'une proposition du conseiller auprès de la cour d'appel Gustave Bosquet, visant à installer le bâtiment perpendiculairement à la rue de la Régence plutôt qu'à la droite de ce prolongementYvon Leblicq, « Les deux Palais de Justice de Bruxelles au », dans Poelaert et son temps, Bruxelles, 1980, ., une étude fut confiée à l'ingénieur en chef Groetaers. Dans son rapport, ce dernier préconisa de construire un bâtiment de , avec une façade de faisant face à une place carrée de de côté. Des désaccords étant apparus entre Groetaers et le bourgmestre de Bruxelles, ce dernier proposa de mettre au concours la construction d'un palais de justice de Yvon Leblicq, « Les deux Palais de Justice de Bruxelles au », dans Poelaert et son temps, Bruxelles, 1980, .. Ce concours international, doté de trois prix, fut organisé par Arrêté royal du et furent déposés. Aucun n'ayant satisfait le jury, celui-ci recommanda au gouvernement de désigner un architecte et de porter la superficie du projet à .

En 1861, le ministre Victor Tesch choisit l'architecte Joseph Poelaert. Poelaert soumit en un avant-projet, qui fut approuvé par le ministre Tesch. C'est ensuite à Paris, loin des pressions et des influences de Bruxelles, que Poelaert se retira pour mettre la touche finale à ses plans. Il y avait réuni une équipe de dessinateurs, parmi lesquels Charles Laisné et Édouard CorroyerPaul Saintenoy, « Joseph Poelaert, architecte du Palais de Justice de Bruxelles, 1817-1879 », dans : Bulletin de la Classe des beaux-arts, Académie royale de Belgique, , 1943 - 10-12, Bruxelles, 1945, : ..

Sigmund Freud, en 1885 : cité dans et Roel Jacobs, Une histoire de Bruxelles, Bruxelles, 2004 : : . Le passage original où Freud fait cette réflexion n'est pas indiqué..

Le palais vu par la postérité Pour le Grand atlas de l'architecture mondiale, Édition Albin Michel, Paris 1982, ), .

Légendes vignette|redresse|La porte d'entrée du palais de justice.

prétend que les personnes déplacées n'eurent d'autre revanche que le sobriquet dont ils parèrent l'architecte Joseph Poelaert dans le patois bruxellois des Marolles : schieven architek, qu'on pourrait traduire à peu près par « architecte de travers ». De nos jours, ces deux mots restent une insulte utilisée par les personnes pratiquant ce dialecte, le présentant comme fait, pas comme légende.

Une autre légende urbaine affirme que Poelaert devint fou, dépassé par l'ampleur de son œuvre. Et d'aucuns de lier la démesure piranésienne du palais de justice de Bruxelles avec les exigences intellectuelles et la débauche de force physique que l'architecte exigeait de lui-même, lui qui voulait tout concevoir et tout contrôler, finissant par s'user à la tâche, le présentant comme fait, pas comme légende. Or, il n'en est rien. Il est possible que Poelaert ait été épuisé après dix-sept ans de soucis lorsqu'il fut frappé d'une congestion cérébrale () dont il décéda rapidementEntre autres : « La Chronique des Arts et de la Curiosité », Correspondance de Belgique, : « Poelaert meurt, en effet, d’une congestion cérébrale », ainsi que Revue mensuelle publiée par Octave Uzanne, deuxième année, Paris : A. Quantin, imprimeur éditeur, 1881, ..

Certains prétendent que le palais aurait été construit avec le « sang des Congolais »On peut ainsi lire dans le journal le Soir du samedi « Xavier Magnée, le garnement tragique », interview de Xavier Magnée par Nicolas Crousse, : « une colonie, qui a permis à de construire le plus grand palais de justice du monde, l'église Sainte-Catherine, l'église Sainte-Marie, l'avenue Louise, l'avenue de Tervuren… Tout cela avec l'argent des colonies et le fruit de nos exploitations du cuivre du Katanga », en un mot le Palais de Justice aurait été construit avec le sang du Congo… alors que le Palais de Justice commencé en 1860 fut inauguré le après la mort de Poelaert et que le Congo belge ne fut attribué au roi par la conférence de Berlin qu'en 1885 ! De même, l'église Sainte-Catherine, fut commencée en 1854 et terminée en 1874, et l'église Sainte-Marie en 1845. Bien avant que la Belgique n'ait une colonie !, affirmation qui relève d'un anachronisme certain. En effet, la construction de celui-ci fut décidée par le gouvernement belge en 1861, sous le règne de , et fut achevée en , soit un an avant le début de la conférence de Berlin qui attribua, en 1885, le bassin du Congo à l'Association internationale présidée par . En réalité, la construction du palais de justice a été entièrement financée par les contribuables censitaires belges (le reste de la population ne payant pas encore d'impôts) et ne doit donc rien à la colonisation du futur Congo belge par , lequel ne donna d'ailleurs pas un franc pour les travaux de construction puisqu'il ne les avait pas commandés.

Une copie à Lima

vignette|Le palais de justice de Lima.

Une « transposition » de ce palais fut construite entre 1929 et 1937 à Lima, la capitale du Pérou. Néanmoins, les proportions de l'édifice de Lima sont plus modestes que celles de celui de Bruxelles et il n'a pas de coupole.

Installation d'un pendule de Foucault La haute coupole de la salle des pas perdus servit pour y installer un énorme pendule de Foucault afin de démontrer par les traces laissées dans du sable fin que la terre tourne bien sur elle-même, changeant ainsi la direction du traçage dans le sable par rapport au bâtiment. Cette expérience fut réalisée en 1951 pour célébrer le centenaire de l'expérience réalisée par Foucault .

À partir de 1964, le vide sous la coupole abrita les installations techniques du centre de l'Eurovision ainsi que les techniciens qui assuraient les échanges de programmes télévisés européens, reçus et émis vers les relais extérieurs grâce à une antenne de 17 mètres dressée au sommet du dôme, qui fut retirée en septembre 2002..

Dans la culture Dans la reprise des aventures en bande dessinée de Blake et Mortimer, Le Dernier Pharaon (2019) par Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et François Schuiten paru aux Éditions Blake et Mortimer, le palais de justice de Bruxelles apparaît comme le lieu central de l'intrigue... Un photomontage montrant la coupole du palais de Justice en feu sert de pochette à l'album MOERAS (2022) du groupe de hip-hop belge STIKSTOF.

Notes et références

Annexes

Articles connexes Joseph Poelaert Brüsel Palais de justice de Lima Bruno Paprowsky, architecte péruvien auteur d'un pastiche du Palais de Justice de Bruxelles. Palais de justice de Paris Fondation Poelaert Belvédère de la Place Poelaert Incendie du palais de justice de Bruxelles

Bibliographie François Joseph Albert Wellens, Nouveau palais de justice de Bruxelles. Architecte J. Poelaert. Notice descriptive, avec atlas comprenant et détails du monument, Bruxelles, 1881. Clément Labye, Le Palais de Justice de Bruxelles considéré aux points de vue artistique, technique, administratif et politique, Liège, 1885. Albert Guislain, Le palais de justice ou les confidences du mammouth, préface de , Forest-Bruxelles, éditions du Cheval de Bois, s. d. (1935). . . Thomas Coomans, « Le Palais de Justice de Bruxelles, le projet original de Joseph Poelaert (1862) et les différents projets pour le dôme », dans : Revue des Archéologues et Historiens d'Art de Louvain, , Louvain-la-Neuve, 1998. Joris Snaet, « », dans : , 4, 2011.

Jean van Win, Bruxelles maçonnique. Faux mystères et vrais symboles, avec une préface de Freddy Thielemans, Bruxelles, 2012, Ilona Andrea Debes, Der vergessene Löwe - Anmerkungen zu einer Löwenfigur von Léandre Grandmoulin im Justizpalast von Brüssel in: "Mit Belgien ist das so eine Sache ..." - Resultate und Perspektiven der Historischen Belgienforschung. tome 9, Sebastian Bischoff, Christoph Jahr, Tatjana Mrowka, Jens Thiel, Münster, 2021, p. 203-217, .

Liens externes

Commentaires sur le Palais de Justice tirés de l'univers de Schuiten et Peeters Dossier de candidature à l' La page consacrée au Palais sur le site de la Régie des Bâtiments Ensemble photographique sur le Palais de justice

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