Le Cratyle (en grec ancien / ) est un dialogue de logique de Platon portant sur la question de la rectitude des noms. L’œuvre est composée entre le et le Il s'agit de savoir si la langue est un système de signes arbitraires ou naturels démontrant une relation intrinsèque avec ce qu’ils représentent. Une grande partie du dialogue est utilisée pour une analyse étymologique.
Le dialogue a lieu entre trois personnages : Socrate, Cratyle et Hermogène.
Dialogue Socrate examine deux thèses opposées sur la vérité du langage et deux quêtes du sens du mot : celle d’Hermogène, qui soutient que les noms sont justes en fonction d’une convention, et celle de Cratyle, qui soutient que les noms sont justes par nature. En filigrane de la pensée d’Hermogène, on retrouve la thèse de Protagoras selon laquelle : appliquée au langage, cette thèse affirme que c’est l’homme qui donne un sens à toute chose, et la vérité du monde appartient dès lors au monde social humain. À l’inverse, Cratyle, philosophe héraclitéen, affirmant la justesse naturelle des noms, propose une nature qui a un sens, mais échappe aux hommes : tout est dans un flux perpétuel, le mobilisme héraclitéen poussé à l’absurde. Pour réfuter ces deux visions du monde, Socrate va faire exploser l’adéquation jusque-là idyllique entre mot et nom.
Contre Hermogène, Socrate établit que les mots sont des instruments qui servent à nommer la réalité ; ils ont donc un lien avec elle : les choses ont une existence qui ne dépend pas de nous et donc les actes qui s’y rapportent ne dépendent pas non plus de nous. Or, parler est un actevoir Euthydème (284 c-d) et nommer une partie de cet acte qui se rapporte aux choses. Euthydème est évoqué et réfuté : tout n’est pas de même à la fois et toujours pour tout le monde. Pour Socrate, la vérité est pour chacun ce qui lui semble et la réalité n'est ni relative à chacun, ni dépendante de chacun, et elle ne varie pas au gré de la manière de voir, mais elle subsiste en elle-même, selon leur essence et leur constitution naturellevoir Euthydème (296 c). Une tentative de conciliation des deux thèses est proposée par Socrate : 416 c..
Nommer correspond donc à la propriété des choses de pouvoir nommer ou être nommées387 d.. Le nom est cet instrument qui permet de nommer388 b-c., et c’est un législateur qui établit les noms et compose, à partir de syllabes, le nom qui correspond à une chose. Le dialecticien, qui se sert de noms pour interroger et répondre, pourra juger de l’ouvrage390 d.. L’étymologie393 c et passim. permet de mettre au jour la justesse du nom, en en retraçant la genèse et en en exhumant le logos : par exemple, les barbares, admirant les astres du ciel toujours en train de courir (« thein »), appelèrent les dieux « theos » : de mot en mot, l’étymologiste remonte aux noms primitifs421.. Ces noms, par les lettres et les syllabes, imitent la nature d’un objet pour la nommer423 e. : la lettre ρ (rhô) suggère l'expression du mouvement426 a., le δ (delta) ou le τ (tau) expriment l’enchaînement ou l’arrêt427 b. etc. Cratyle approuve les propos de Socrate, mais refuse de considérer que des noms puissent être mal établis : si des noms sont mal établis, ils ne sont plus que des éclats de voix430 a..
Socrate revoit sa thèse : les mots sont plus que des instruments qui servent à nommer la réalité ; ils sont comme des images qui renvoient à la réalité, d’où découle la possibilité d’erreurs d’attribution. En effet, une image n’imite jamais parfaitement une chose, sinon ce n’est plus une image, mais une copie, indépendante de son original. De même pour les noms, si le nom de Cratyle imitait parfaitement Cratyle, il n’y aurait plus un mais deux Cratyle. La propriété du nom consiste à représenter la chose telle qu'elle est ; le nom est en quelque manière une image de la chose : les peintures sont également des imitations d'un autre genre ; l'on peut rapporter et attribuer respectivement ces deux sortes d'imitations, savoir les noms et les peintures, aux objets qu'elles reproduisent430.. Comme une icône, le nom doit conserver son statut d’image : il possède donc des imperfections nécessaires pour ne pas redoubler les choses d’une autre réalité faites de mots. Le nom ne doit pas être exactement la chose, mais simplement désigner les caractéristiques d’une chose433 c. ou la chose en soi. Devant Cratyle, qui peine à l’admettre, Socrate montre la part de convention dans les noms : l’usage parfois se substitue à la ressemblance pour désigner une chose, alors que rhô exprime la dureté et sigma et lambda la douceur, les Athéniens disent sklêrotês et les gens d'Érétrie sklêrotêr pour dire « dureté »431 c-435 c.
Théorie des deux Cratyle Connaître les choses à partir des noms selon Cratyle En se demandant si le premier à avoir établi les noms avait une idée juste des choses, l’enquête consiste à chercher comment expliquer que les noms suggèrent avec équivoque tantôt le repos tantôt le mouvement - et comment on peut connaître les choses alors que leur nom n’existait pas encore si c’est leur nom qui les faisait connaître435 d-439 b.. Cratyle répond en invoquant les dieux comme fondement des noms. Socrate réfute, et demandant d’en venir aux choses directement, sans les noms pour les connaître438 e.. Les noms n’ont ni sens naturel ni sens conventionnel et pourtant, ils sont traversés par une exigence de sens. Si les choses et leurs noms devenaient semblables en tout point, tout se trouverait double. Ce n’est donc pas sur le mot, mais sur le sens que doit porter la recherche, voire l’enquête : on passe ainsi du Cratyle au Théétète.
Citations Issues de L’Iliade, d’Homère : XX, 74 XIV, 291 II, 813 XXII, 507 XIV, 201 VI, 264-265 IX, 644-645 D’après Les Travaux et les Jours, d’Hésiode : 232-234 359-362..
Le Pélops platonicien Platon donne le nom de Pélops comme dérivant de qui signifie « près » en grec ancien, et de qui signifie « vue, œil » en grec ancien, parce qu’il n’a pas anticipé, n’a pas pu percevoir que la mort de Myrtilos porterait malheur à sa descendance394 d..
Le mythe de Tantale dans le Cratyle Dans le Cratyle, Platon donne pour supplice à Tantale un rocher qui menace sans cesse de l’écraser (395-396) : Socrate fait dériver le nom même du fils de Zeus, Tantale, du mot talanteía qui signifie « action de peser, de tenir en suspens » en grec ancien, ou encore qui signifie « infortuné » en grec ancien.
Bibliographie .
Références et notes
Articles connexes Réalisme (philosophie) Nominalisme
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